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LES SURNIES (').
Que l’on a nommées aussi accipitrines ou chouelles-épervières, semblent, par leurs formes générales , être le lien naturel qui unit les oiseaux de proie diurnes, à ceux que, par opposition de mœurs, On à appelés nocturnes; car les surnies
(} Surnia, Duméril, Zool, anal.
mêmes n’ont rien de nocturne dans leurs habitudes, puisqu'on les voit se livrer à la poursuite du gibier pendant le jour, et chasser leur proie à la manière des éperviers. On les distingue de toutes les autres espèces de strix à leur tête arrondie et lisse, c’est-àdire sans collerette de plumes et sans aigrettes ; à leurs formes sveltes et allongées. Elles ont ure queue assez longue , composée de rectrices étagées, et des tarses abondamment velus jusqu’à la racine des ongles. Leurs yeux sont organisés pour la vision de jour, aussi bien que pour celle du crépuscule ou de la nuit.
Les espèces de surnies sont :
4° La CHOUETTE LAPONNE (1), la plus grande des chouettes, car le mâle a deux pieds, et la femelle deux et jusqu'à huit pouces, n’a point été connue de Buffon. Sa tête est très grande, et sa face large est couverte de longues plumes d’un gris pur et rayées de bandes brunes. Un long cercle de plumes poirâtres encadre la face. Ces plumes , contournées, sont blanches et noires. Toutes les parties supérieures , les ailes et la queue, sont d’un gris pur, marqué de beaucoup de taches et de nombreux zigzags d’un brun terne. Les rémiges et les pennes de la queue portent de larges bandes d’un brun terne et d’un brun plus foncé en zigzag. Les parties inférieures sont irrégulièrement marquées de mèches brunes sur un fond blanchâtre. Les cuisses, l’abdomen, les couvertures inférieures de la queue , et les plumes des tarses et des doigts sont rayées transversalement de zigzags blancs et bruns. Le bec est jaunâtre , et presque entièrement caché par les plumes de la face.
La chouette laponne vit dans les climats les plus septentrionaux des deux continents, car on la trouve en Laponie, au Groënland, et surtout dans le nord de l'Amérique, dans les montagnes Rocheuses au Missouri. On ignore les mœurs de cette belle espèce, qui n’apparoît en Suède que dans des circonstances fort rares.
2° Le HARFANG (2) a été décrit par Buffon et figuré pl. 458 des enluminures. Cette grande chouette, du pourtour du cercle arctique, est très commune à Terre-Neuve, à la baie d'Hudson, au Groënland, sur la côte du Labrador, et très rarcen Islande, aux îles Orcades, aux iles Shetland.
5° Le caPparacOcu (3) est encore une espèce décrite par Buffon et figurée avec beaucoup d’exactitude sous le nom de chouelte à longue queue de
() Strix laponica, Retz., faune de Suëde, no 30. Sparm., Carls. pl. 5. Strix cinerea, Richards. fauna am., bor. pl. 31, p. 77. Temm., Man. I, p. 81.
(2) Strix nyctea, L.
() Edwards le premier s’est servi de ce mot, t. If, pl. 62, avec l’épithète de hawk-owl, ou chouette épervier,
DES OISEAUX
Sibérie, pl. 465 des enl. (!). Cette grande chouette habite la zone arctique , et s'avance parfois jusqu’en Allemagne, et très rarement en France. Elle niche dans les arbres | et pond deux œufs blancs. Elle se nourrit de fourmis et d'insectes.
4° La CHOUETTE DES MONTS OURALS ?) n’a point été connue de Buffon : elle a long-temps été confondue avec les deux précédentes. « Cette grande chouette, dit M. Temminck, est du nombre de celles qui poursuivent leur proie le jour. Elle chasse de la même manière que les busards, mais on la voit rarement sortir des forêts avant le déclin de la journée, à moins que le temps ne soitcouvert. Les bocages les plus sombres sont les lieux qu’elle choisit pour exercer ses rapines , alors que la soirée les facilite. M. Naumann rapporte qu’elle est agile et prompte dans ses mouvements, et que son vol est plus bruyant que celui des chouettes demi-nocturnes. Des souris, des campagnols, des rats, des hannetons, forment sa nourriture la plus habituelle. Elle fait la guerre aux jeunes oiseaux, tels que coqs de bruyères, lagopèdes, ou bien elle poursuit les liè. vres et les lapins. Elle niche dans les trous d'arbres et dans les fentes de rochers. »
Cette chouette atteint jusqu’à près de deux pieds six pouces, bien que sa taille la plus ordinaire soit deux pieds seulement. Sa queue est fortement conique, et les ailes n’en atteignent que la moitié. La tête est forte, et la face, très fournie de plumes, affecte une teinte grise blanchâtre, marquée de quelques plumes noires imitant des soies. Un large cerele de plumes blanches tachées de noir prend son origine au front, et encadre toute la face. Le sommet de la tête, la nuque, le dos et les couvertures des ailes sont marqués de taches longitudinales fort grandes, et disposées sur un fond blanchâtre où cendré. La gorge, le devant du cou , et toutes les parties inférieures sont blanchâtres, marquées sur le milieu de chaque plume d'une raie longitudinale brune. Les rémiges et les rectrices sont alternativement rayées de bandes brunes et de bandes blane sale , au nombre de sept sur ces dernières. Le bec, entièrement caché par les plumes pileuses de la face, est jaune. L’œil est brun , les poils des jambes et des doigts sont blancs , tiquetés de brun.
Cette chouette a été observée pour la première fois aux monts Ourals, dans la Russie asiatique. Depuis on l’a trouvée dans le nord de la Russie, en Sibérie, en Livonie, et même en Autriche et en Hongrie. Elle niche sur les arbres, et la femelle pond trois ou quatre œufs d'un blanc pur. M. Cuvier
(1) Strix funerea, Lath. Strixæ canadensis et freti Hudsonii, Briss, Strix macroura, Meyer. S. macrocephala, Meisner.
(2) Strix uralensis, Pallas, 431 TT, Man, I, St; Tem., pl. col. 27,
pense que cette chouette est l’Aybris ou ptynx d'Aristote (lib. 1x, cap. 12).
5° Le coucou (!) habite l'Afrique. Par sa forme allongée, dit Levaillant, il approche encore plus des oiseaux de proie de jour que le caparacoch. Il a la gorge, le devant du cou, la poitrine, et généralement tout le dessous du corps, depuis le bec jusque sous la queue, y compris le revers des ailes, les jambes, les doigts, couverts de plumes soyeuses d’un blanc éblouissant ; celles qui recouvrent les jambes sont fort longues, et descendent si bas qu’elles cachent entièrement les pieds, dont on n’aperçoit que les ongles. Ceux-ci sont noirs ainsi que le bec, qu’on remarque à peine, tant il est environné, jusqu'aux narines, de plumes fines qui ressemblent à des poils. Les yeux sont d’une couleur orangée fort vive. Le dessus de la tête, le derrière du eou et le manteau sont d’un gris brun roussâtre. Les couvertures des ailes ‘ajoutent à cette même teinte des taches blanches. Toutes les pennes des ailes sont liserées de blanc à leurs pointes. La queue est composée de douze rectrices, dont les deux du milieu sont entièrement du même gris brun que les ailes; les autres, sur un même fond, portent à leurs barbes externes des bandes transversales d’un blanc neigeux. Toutes sont blanches en dessous.
Le choucou a le corps mince, fluet et allongé. Sa tête est ronde, les tarses très petits et les doigts fort courts, Il a tous les gestes et les mouvements de tête de la chevèche et des chouettes en général, sans en avoir la stupidité, L’aile pliée s'étend jusqu'au milieu de la queue, qui est étagée comme celle du coucou d'Europe, oiseau auquel il ressemble par sa forme allongée et par ses pieds courts. Il n’a cependant qu’un doigt derrière et trois par devant. Mais Levaillant a observé que le doigt extérieur se trouve quelquefois en avant quand l'oiseau est perché, ce qui, joint à sa forme, pourroit le faire prendre pour une espèce du genre des coucous. Le choucou, dont le nom est formé des mots chouette et coucou contractés, est appelé par les colons d'Auteniquoi naglvalk, ou faucon de nuit. Il ne paroîit qu'après le crépuscule, et les oiscaux de nuit se sont déjà fait entendre de toutes parts que celui-ci est encore dans sa cachette. Il ne se montre enfin qu’au moment où l’on commence à ne plus distinguer bien nettement les objets. Il vole avec une si grande rapidité, en rasant la terre ou les arbres de la lisière d’un bois, que l'œil le plus attentif ne peut suivre ses mouvements. Il est presque impossible de les tirer au fusil, et ce n’est guère qu'avec des filets que l’on peut s’en emparer. La femelle est un peu plus petite que le mäle, et n'en diflère que par le blanc moins pur du
(") Striæ choucou, Lath, Daudin, IH, 486. Levaill,, Af., pl 38, LI, p. 100.
HISTOIRE NATURELLE
dessous du corps. Le choucou vit d'insectes et de , jaune plus clair. Le cri de cette espèce est lugubre.
petites rainettes qui se tiennent sur les buissons. Il habite l’intérieur du cap de Bonne-Espérance. Lorsqu’il vole, il a l’habitude de crier sans cesse, et de répéter les syllabes eri-cri-cri— cri-cri-cri — cricri-cri, qu'il articule avec une remarquable précipitation lorsqu'il passe près de l’homme ou de quelque animal. Cet oiseau est si peu farouche, qu’il est arrivé à Levaillant, à ce qu’il rapporte du moins, de sentir sur sa figure l’agitation de l'air que frappent les ailes.
6° Le cnoucounou (1) est aussi une chouette accipitrine d'Afrique, bien propre, dit Levaillant, à remplir le très petit intervalle qui semble séparer le choucou des chouettes. Sa queue, plus longue qu’elle ne l’est ordinairement dans les oiseaux de ce genre, est à peu près aussi étagée que dans le choucou ; sa tête est égalem”nt moins grosse; son bec est de même caché dans les plumes pileuses qui environnent sa base et qui couvrent en entier les narines. Son corps, moins ramassé, est plus svelte que celui des chouettes.
Le choucouhou est à peu près de la grosseur du moyen duc, mais il est cependant plus allongé, et les pieds sont aussi plus longs. Ses ailes ployées s’étendent aux trois quarts de la longueur de la queue. Les tarses et les doigts sont couverts de plumes soyeuses très déliées. Le bec et les ongles sont d’un brun noir, et les yeux d’un jaune topaze foncé. La gorge est ornée d’une espèce de collier ou haussecol blanc. Le reste du plumage est agréablement varié en dessus de brun de différentes teintes, lequel, en se dégradant insensiblement du ton le plus foncé au ton le plus clair, se trouve plus ou moins varié de blanc. La poitrine et le dessous du corps portent les mêmes couleurs, mais elles sont plus régulièrement distribuées en une rayure festonnée, dont le fond blanchit à mesure qu’il s'approche du ventre et des jambes. Les plumes soyeuses qui couvrent les tarses et les doigts jusque sur les ongles sont d’un gris blanchâtre. La queue est en dessous rayée de brun noir et de blanc roussi ; en dessus le blanc est plus pur et le brun plus foncé.
Le choucouhou n’a été rencontré par Levaillant que dans le voisinage de la rivière d'Orange, et chez les grands Namaquois. Ce voyageur ajoute : « Quoique celte espèce de chouette ne se montre que durant la nuit, je l’ai apercue plusieurs fois étant à la chasse dans les bois, et j’ai remarqué même qu'elle voloit très bien en plein jour et pendant la clarté du soleil. »
La femelle est un peu plus forte que le mâle; elle en diffère très peu par son plumage , qui est un peu moins flambé de blanc ; ses yeux sont aussi d’un
(0) Strix nisuella, Lath, Lev., Af., pl. 39, (. L, p. 104.
7° La CHOUETTE DE LA NOUVELLE - ZÉLANDE (1) que les indigènes de la baie Tasman appellent, sans doute par analogie avec son cri, eou-hou, semble appartenir aux surnies. Elle a le dessus de la tête, du dos, des ailes, d’un brun marron clair, couvert de taches rousses arrondies. Le bec est petit, très recourbé, pointu, marbré de noir et de blanchâtre ; les soies qui l’entourent oùt leur extrémité noire, ainsi que le reste de leur tige, dont les barbules sont blanches à la base. Les joues et la partie antérieure du front près de l'œil sont blanchâtres; la poitrine et le ventre sont fauves et ornés de flammes d’un joli brun ; les grandes pennes et la queue ont des bandes transversales brunes : on en compte environ neuf sur cette dernière, qui est fort longue et légèrement arrondie. Les ailes, assez longues et pointues, arrivent au milieu de la queue. Les couvertures alaires inférieures sont d’un roux vif, et les grandes pennes ont de larges taches blanches sur un fond grisâtre. Les plumes des tarses et celles qui soutiennent la queue sont d’un roux vif. Les pieds sont forts, les ongles grands et noirs. Cette espèce est un peu plus petite que la chevêche maugé, avec laquelle elle à de grands rapports, mais elle en diffère par les taches du dos, qui sont plus nombreuses et plus régulières. Sa longueur totale est de onze pouces. Elle habite la baie Tasman , dans le détroit de Cook, à la Nouvelle-Zélande.
8° La nous (2?) habite Cayenne, où elle paroît avoir reçu le nom de chouette de jour, ce qui prouve qu’elle vole et chasse en plein jour. « A considérer l’ensemble de ses formes, dit Levaillant, elle semble se rapprocher davantage des oiseaux de proie de jour que le choucouhou. Sa queue est arrondie et fort longue. Sa tête n’est pas très grosse non plus, en même temps que le bec est plus apparent que dans les chouettes ordinaires, puisque les narines sont entièrement découvertes, et seulement ombragées par quelques poils dirigés en avant. Tous ces caracières réunis et faciles à saisir sont autant de marques distinetives qui placent naturellement la huhul à côté du choucouhou d'Afrique, et même entre lui et le choucou, puisqu'elle chasse en plein jour, et que son bec saille plus en avant et est plus ressemblant à celui des oiseaux de proie diurnes. » Les ailes de la huhul ployées s'étendent un peu plus loin que le milieu de la queue, dont la longueur surpasse des deux tiers celle du corps de l’oiseau, gros comme la chouette d'Europe. Le bec, les doigts et les serres sont d’un beau jaune. Le plumage est richement
(:) Noctua zelandica, Quoy et Gaim., Astrol., pl. 2, fig.1,t.1,p. 168.
() Strix huhula, Lath. Strix lincata, Shaw. Strix al bomarginata, Spix, pl. 40. Chevéche noire ou huhu” Levaill,, Af,, pl. #1 et 44 (jeune). L
DES OISEAUX
coupé d’écailles blanches sur un fond noirâtre ; ces sortes d’écailles sont plus larges sur les parties inférieures et en dessous que sur le cou et sur le dos. Le sommet de la tête est seulement ponctué de blanc. Les tarses sont couverts dans toute leur longueur de petites plumes noires, parsemées de taches blanches ; ces plumes, se terminant à la naissance des doigts de chaque côté, et se prolongeant ensuite sur celui du milieu, forment à cet oiseau des espèces de mitaines. Les ailes sont d’un brun de café brülé. Les grandes pennes ont absolument la même couleur, et les moyennes se terminent, ainsi que toutes les petites couvertures des ailes, par une bordure blanche. La queue, qui est d’un brun noirâtre plus foncé que les ailes , est étagée ; toutes les pennes qui la composent sont terminées de blanc, et rayées en travers de trois bandes blanches; mais ces bandes ne correspondent point l’une à l’autre, de sorte que la queue à la coloration d’un beau marbre noir veiné largement de lignes blanches.
Nous avons vu au Muséum d’histoire naturelle de Paris, un individu venant de Cayenne, blanc duveteux, à face d’un noir vif, ayant tous les caractères de bec, de pattes et de formes générales de la huhul. Cet oiseau en seroit donc le jeune âge, que Levail- Jant a figuré, planche 44 de ses oiseaux d’Afrique, sous le nom de chouelte à masque noir, bien que cet auteur indique quelques différences dans les proportions. Le masque profondément noir de la face, lorsque tout le corps est revêtu d’un duvet contonneux d’un blanc de neige, est des plus caractéristiques; seulement du brunâtre apparoît sur les ailes et sur la queue.
LES CHEVÉCHES ().
Ont la tête lisse, c'est-à-dire qu’elles sont privées d’aigrettes. À peine trouve-t-on sur leur face quelques traces de la disposition rayonnée des soies des disques des yeux. Les plumes de la tête se dirigent en arrière, et sont de même nature que celles du corps. Le bec est recourbé dès la base; les tarses sont emplumés. Savigny a tracé pour les chevêches d'Egypte les caractères diagnostiques suivants : leur bec est épais, très court, brusquement incliné, peu comprimé, et convexe eu dessous ; la cire est très renflée sur les narines et comme gibbeuse de chaque côté; les narines sont écartées, très petites, parfaitement rondes, tournées en devant ; la mandibule inférieure a deux échancrures marginales vers le bout ; la langue est ovale, épaisse, pourvue de deux cônes en dessous, très obtuse; les tarses sont laineux de
) Noctua, Savig., Egypte, p. 45.
toutes parts; les doigts sont velus jusqu’à la base des dernières phalanges, l’ongle intermédiaire n’a pas de crénelures ; les ailes, peu pointues, sont dépassées par la queue : on remarque quatre à cinq rémiges échancrées, dont la première est courte et la troisième la plus longue ; la queue est égale; les cercles périophthalmiques sont médiocres et peu réguliers ; les oreilles externes sout petites, rondes et dénuées d’opercules.
Tels sont les caractères admis par Savigny, qui les a tirés de la chevèche, mais qui n’ont pas été véri . fiés sur toutes les espèces étrangères classées par les descripteurs dans cette section.
4o La CHEVÉCHE ACADIENNE (!). Elle a été nommée passerine par Wilson, quoiqu’elle soit bien distincte de la véritable passerina. Cette chouette d’Acadie est très commune dans l'Amérique du Nord, surtout dans les Etats de Pensylvanie et de New- Jersey. Son plumage est brun foncé, tacheté de blanc. Le corps en dessous est blanchâtre tacheté de rouge brun. Sa queue est courte, sa taille est pelite. Ses ailes sont aussi longues que la queue.
2° La CHEVÈCHE BLANCHE (? ne repose que sur une figure et une description de Levaillant. « La chouette, figurée par Levaillant, n’est qu’un vieux harfang, » dit M. Cuvier (#), et M. Temminck répète cette assertion. Or, nous transcrivons la description entière de Levaillant, et personne sans contredit ne sera tenté de mettre en doute la sagacité et le coup d’æil exercé de cet ornithologiste, et de préférer à son opinion une phrase du Règne animal, basée sur un léger examen de planches gravées, et nullement fondée sur la comparaison du harfang et de la chouette blanche en nature. « J'ai vu, dit Levaillant, cette belle chouette dans une collection à Amsterdam. Il ne faut pas confondre cette espèce, ni avec le grand duc blanc de Sibérie, dont plusieurs auteurs font mention, et qui, suivant eux, n’est qu’une variété de notre grand due, ni avec le harfang. La chouette blanche, dont il est question, n’est pas cette variété du grand duc, devenu blanc par l'influence d’un climat froid, car elle ne porte point d’aigrette relevée sur la tête comme les ducs. D'ailleurs, les ailes du grand duc n’atteignent que le bout de la queue, et dans notre chouette blanche, elles le dépassent de plusieurs pouces, caractère bien remarquable, et qui la distingue encore du harfang, qui a la queue beaucoup plus longue, et dont les ailes ne vont pas au-delà de la moitié de son étendue. Le harfang a la tête petite, et cette chouette blanche la, au con-
(:) Strix Acadica, Gm. Wils., Am., Ornith., pl. 34, fig. 2, t. IV,p. 66. Strix Acadiensis, Lath. Temm, Man., t. 1, p. 96.
{) Strix nivea, Daudin. Strixz candida, Lath. La chouette blanche, Levaill., Af,, pl, 45.
3) Règ. an.,t. 1, p. 369.
traire , fort grosse. Enfin, le harfang est plus grand de tailie que cette dernière, qui, quoique aussi grosse que le grand duc, est cependant plus courte et plus trapue encore que lui. Voilà les caractères distinctifs de ces:trois chouettes bien établis ; aiusi, je crois, dit toujours Levaillant, que nous pouvons conclure avec certitude que cette chouette. blanche est une espèce particulière et différente de celles, avec lesquelles nous l'avons comparée. On ne sera donc pas tenté, je pense, de les confondre ensemble. »
Cette espèce a tout le plumage blanc de neige, sur lequel apparoissent quelques taches noires très rares, répandues sur les couvertures des ailes ou sur les rémiges. Les plumes soyeuses qui revêtent les tarses et les doigts sont si touffues, qu'on n’apercoit nullement ces derniers, le bout de leurs serres noires excepté. On ignore sa patrie.
5° La CHEVÈCUE DE TENGMALME (!) n’a point été connue de Buffon. Sa queue et ses ailes sont plus longues que ces parties chez la chevèche ; les régions supérieures sont d’un roux brun nuancé de noirâtre. Le sommet de la tête et la nuque sont marqués de petites taches blanches arrondies. L'ouverture du bec, le palais et la langue sont rougeâtres. Le bec est jaune; l'iris d’un jaune brillant, Le mâle a huit pouces quatre lignes. La femelle, plus forte de taille, a le plumage supérieur d’un brun grisâtre avec une multitude, de petites taches blanches de forme arrondie sur la tête et sur les pennes des ailes, une tache noire entre l'œil et le hec. Les parties inférieures sont varices de blanc pur. Le duvet des pieds et des doigts est de cette dernière couleur,
Cette espèce est commune dans le Nord, en Suède, en Norwége, en Russie, mais elle est rare en Livonie. On la trouve dans quelques provinces de l’Ailemagne, dans les bois de sapins, et ce n’est qu’accidentellement qu’elle se montre en France, dans les Vosges, dans le Jura et dans le nord de l'Italie, mais jamais en Hollande. Elle se nourrit de souris, de phalènes, de scarabées et autres insectes, quelquelois aussi de petits oiseaux. Elle niche dans les trous que,se creusent les lapins, et la femelle pond deux œufs.d’un blanc pur.
49 La CHEVÉCHE À COLLIER (?) habite la Guyane hollandoise, aux environs de Surinam. C’est une grande espèce, tenant par sa taille le milieu entre la hulotie et le grand duc, et remarquable par deux larges sourcils blancs, surmontant les yeux, et qui tranchent sur le fond chocolat de la face. Cette couleur foncée est également celle du derrière du cou,
() Strix Tengmalmi, Gm. Striæ dasypus, Bechst. Naum: pl. 48, f.2 et 3. Vieill., Gal., pl. 23. Strix passerina, MeyereL Wolff (en est la femelle), Temm., Man., 1, 94.
() Strix torquata, Lath, La chouette à collier, Lev., Af., pl. 49, t.I, p.113,
du manteau et du dessus de la queue, dont les pennes sont terminées par une bordure blanche, et portent des rayures transversales de la même couleur. La poitrine est ceinte d’un large collier ou haussecol brun. La gorge, le devant du cou, ainsi que les flancs et les recouvrements du dessous de la queue sont blancs ; les tarses et les doigts, sont entièrement couverts de plumes soyeuses d’un blanc très lustré. La queue est en dessous d’un gris blanchâtre rayé de brun foncé. Les couvertures des ailes et les scapulaires sont la plupart rayés de blanc gris. Le bec est jaune à sa pointe, et bleuâtre à sa base. Les griffes sont noires.
5° La CHEVÉCHE BRAME (!} neressemble pas mal à
la chevèche d'Europe quant à ses formes, mais elle
en diffère par sa coloration et par sa taille, qui est plus petite. Son plumage a du blanc aux parties supérieures, et celles-ci sont plus brunes noirâtres sur les endroits qui sont brun cendré chez la chevéche. De larges sourcils. et un collier sur la nuque, composés de plumes blanches, terminés par des croissants brun cendré, servent à distinguer la chevêche brame. Les parties inférieures ont de larges taches , dont la réunion forme des bandes transversales. La queue et les rémiges sont zonées de blanc. Cette espèce a été découverte dans le Bengale par M. Dussumier. Le jeune, plus petit, est d’un rouge ocreux assez foncé. C'est l’anté des Indiens, audire de Leschenault.
6° La CHOUETTE DE SONNERAT (?) a beaucoup de rapports de formes avec la chevêche de Tengmalme. Sa queue est bien plus longue que ses ailes, et les tarses ainsi que les doigts sont garnis d’un duvet court. Toutes les parties supérieures du corps sont d’un brun roussâtre, marqué sur les plumes de la tête de très petits points blancs, et sur les couvertures des ailes et les pennes de grandes taches rondes de cette couleur. Les rémiges et les pennes de la queue sont privées de taches ou de raies, et ces parties ont la même teinte que le dos. Du blanc roussâtre est répandu sur les plumes qui composent les cercles périophthalmiques, sur celles de lafaceet de la gorge. Tout le dessous de l'oiseau est d’un blanc pur coupé par des bandes transversales, distantes les unes des autres, brunes. Les poils des tarses et des doigts sont roux, le bec et les ongles jaunes. La longueur totale de cet oiseau est de onze pouces, et la queue dépasse les ailes de deux pouces. Cette chouette, des environs de Pondichéry, a été découverte dans l’Inde par Sonnerat.
7° La CHEVÈCHE OCCIPITALE ($) a les tarses ct les doigts couverts d’un duvet blane et abondant. Ses
(1) Sérix brama, Temm., pl. 63 (adulte).
(2) Strix Sonneratii, Temm., pl. 21 (adulte). (5 Strix occipitalis, Temm., pl. 34 (adulte).
DES OISEAUX
ailes sont beaucoup plus courtes que sa queue. Les plumes du pourtour des ÿeux sont blanches. Le dessus de la tête et du front sont fauves, pointillés de blanc. L’occiput est taché de noir et de roux sur un fond gris clair. Le manteau, les couvertures des äilés, sont semés d’yeux blancs sur un fond châtain brun. Des bandes jaune ocreux rayentén travers les rémiges et les réctrices. Le dessous du corps est blanc flammé de jaune rouille. On ignore la patrie de cet oiseau.
8° Là CHEVÈCHE PEENGLAH (1!) nous est trop peu connué pour que nous puissions dire si c'est à cette section ou à la suivante qu’elle appartient. Les Mahrattes la nomment peenglah , au rapport du lieutenant-colonel Sykes, qui l’a rencontrée dans le Dukhun. Sa taille varie de neuf pouces et demi à
onze pouces, et sà queue a deux pouces et demi à |
trois pouces (anglais). Elle est très multipliée sur ce point de l'Inde; on en rencontre des familles composées de quatre à cinq individus, vivant ensemble. L’œil est d’un jaune brillant. Les deux sexes ont le même plumage et se nourrissent de souris et d'insectes. C’est un oiseau triste, qui se fait entendre dans l’épais feuillage des arbres , et pour lequel les Mahrattes professent un respect superstitieux. Le nom de peenglag signifie devin. Cela tient à ce que ces Indiens supposent que cétte chevêche prédit l'avenir.
Se La cHevËcHE BouBour (?) habite la Nouvelle- Galles du Sud, où les nègres australiens la counoissent sous le nom de buck’buck, par onomatopée avec son cri, qui imite assez l’accentuation du coucou, aussi les colons établis à Port-Jackson lui donnentils ce dérnier nom. Le boubouk a les yeux jaunes, Je corps fauve en dessus, rayé sur la tête, et tacheté de jäunâtre sur le dos. La gorge est jaunâtre, tachetéé de brun et rayée. Le ventre est ferrugineux, avec des taches plus pâles et irrégulières. Les plumes des tarses sont jaunâtresi, panctuées de noir. Les doigts sont également très velus. Le bec est fauve et grêle.
400 La CHEVÈCHE TACHETÉE (5) ressemble beaucoup à la précédente. Elle habite les mêmes lieux à la Nouvelle-Hol'ande, et porte sans doute le même nom. Le front est légèrement tacheté de blanc. L’occiput, la nuque, la poitrine, sont couverts de peti-
tes maculatures blanches réunies. Le dos, les scapu-
laires, les tectrices, d’un brun mat, sont émaillés de larges gouttelettes neigeuses. Le ventre est brun
() Noctua indica, Frank. Proceed, Zool. soc., I, 82,
(>) Striæ boobook, Lalh., Vig. ét Horsf., Trans. soc., Linn.,t. XV, p. 188. Vieill., Encyel., LIL.
() Striæ maculata, Vig. et Horsf:, ibid., 189. S; superné brunrièa, maculis rotundis albis notata, abdomine ferrugineo-brunneo, maculis grandioribus ; digitis pilosis.
ferrugineux, également tacheté dé blanc. Lés rémiges sont fauve brunâtre, rayées de fauve ferrugineux , avec du blanc au rebord du poignet. Les rectrices, brun cendié , sont rayées de fauve pâle, plus claires en dessous, et tachetées de blané au bord extérieur. Le corps à onze pouces, la queue cinq. Les principales différences de cette espèce avec la précédente sont dans la taille, puisque la chevéc 6 tachetée est beaucoup plus petite que le boutouk dans une coloration moins ferrugineuse, avee plus de taches blanches. Cependant il est probable que celle qui nous occupe est seulement un individu de sexe différent, et que les deux espèces n’en font qu'une.
QC LES NUDIPÉDES.
Sont des chevêches qui ont les tarses entièrement nus.
LA CHOUETTE NUPIPÈDE (:). o
Vit dans les îles de Porto-Rico et de Saint-Domingue. Elle a le dos d’un fauve rembruni, les pe tites couvertures des ailes tachetées deblane, le dessous du corps d’un blanc sale, avec des taches bruanâtres et lyrées. Le bec est noirâtre. Ses tarsés et les doigts sont allongés, complétement nus, ét brunâtres. Les jeunes sont roux, à ventre moins taché. Maugé a rapporté de Porto-Rico l'individu qui est au Muséum.
LES PTILÈDES.
Forment une autre section de chevêches que distinguent des poils rigides criniformes, disposés en dents de peigne sur les côtés des doigts, depuis leur naissance jusqu’à la racine des ongles.