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OU LES MITOUS DES BRÉSILIENS

Ont le bec très fort, comprimé sur les côtés, muni d’une cire unie, et ayant les narines obliquement ouvertes en devant. Le tour des yeux ct les joues sont nues Leur tête est surmontée d’uné huppe de plumes redressées, rigides, longues et re+ coquillées au bout. La queue est moyenne, arrondie, à rectrices droites. Les tarses sont robustes, scutellés, mais sans éperons.

() Crax, L. Merrem donne aux Aoccos et aux pauri le nom d’alector, emprunté aux Grecs, qui désignoient ainsi le coq.

Les hoccos vivent en grandes troupes dans les forêts de l'Amérique méridionale. Leur naturel est peu sauvage ; leur caractère est doux, tranquille et sans défiance lorsqu'ils ne sont pas inquiétés ; mais ceux qui vivent proche des habitations ne tardent pas à devenir ombrageux et farouches. Ces oiseaux une fois pris se plient avec la plus grande facilité à la domesticité, et bientôt on les voit aussi familiers que les poules dans les basses-cours. Importés en Europe, les Hollandois se sont plu à les élever ; mais en général leur production a été empêchée par l’infécondité des femelles. M. Temminck cite toutefois M. Amesloff, qui étoit parvenu à faire multiplier ces oiseaux, et quelques unes des espèces suivantes, dans les ménageries élevées à grands frais, de manière à pouvoir les servir sur sa table. La char des jeunes hoccos est blanche et d’ua famet plus délicat que celle des pintades et des faisans. Il est étonnant qu’on ne se soit pas occupé de façonner à nos basses-cours des oiseaux qui y scroient aussi précieux que le dindon, et aussi faciles à habituer à nos climats. Leur naturel est trop empreint de cette indolence et de cette tranquillité d'habitudes, pour qu’on n’obtienne pas en peu de temps des résultats favorables. D'ailleurs ils semblent se plaire au voisinage de l’homme, dont ils recherchent la société, et reviennent chaque soir se réfugier dans les gites qu'il leur a préparés, et où ils demeurent en paix. Ces oiseaux ne sont pas délicats sur le genre de nourriture. Une fois acclimatés, ils mangent indifléremment du maïs, des petits pois, des graines de sarrasin, du riz, du pain. Leur cri peut se rendre par les syllabes po-hie, bien qu'ils fassent entendre parfois un bourdonnement sourd, dû sans doute aux sinuosités que décrit la trachéc-artère. Dans l’état de liberté, ils vivent dans les bois de bourgeons et de fruits, nichent et se perchent sur les arbres. On les trouve répandus dans toutes les parties du monde.

Les variétés que présente le plumage des espèces rendent leurs distinctions fort difficiles à saisir, aussi les hoccos comptent-ils des espèces nominales (!).

4° Le HOCCO cOMMUX ou rocnoLI (2), dont le jeune âge a été figuré par Buffon, enluminure 86, sous le nom de hocco, faisan de la Guiane, a sur la base du bec une caroncule charnue qui la surmonte, et qui est colorée en rouge ou en orangé. Son plumage est noir, ainsi que sa huppe, élégamment frisée. Les parties inférieures du ventre sont blanches, et la

(9 Le docteur Spix a figuré les crax fasciolata, pl. 62. Crax Blumenbackii, pl.64. Crax globulosa, pl 65, 66, et crax rubrirostis, pl. 67, qui pourroient bien étre des variétés de l'espèce anciennement connue.

(2; Crax globicera, L. Lath. Edw. GI, pl. 295, fig. 1. Temm, gall. 3, p. 12 et suiv. Storia degliucc. avec fig.

queue, noire, a son sommet lisérée de blanc. La femelle ne diffère pas beaucoup du mâle.

Comme nos poules, le tocholi, en se croisant, a produit dans la ménagerie une variété infinie de métis, que les naturalistes ont érigés en espèces. Mais comme ces métis ne se sont pas reproduits, il en résulte qu’on ne sait où retrouver le type de plusieurs descriptions, faites d’ailleurs avec beaucoup de soin. Le mot tocholi est mexicain, ou du moins M. Temminck l’a forgé aux dépens de son véritable nom, qui est fecuocholli. Ce qui caractérise cette espèce est donc la présence constante du tubercule placé au front sur la racine du bec. Buffon a confondu ce 10ocholiavecle milou-porunga. Les jeunes n’ont qu’une légère éminence à la place du tubercule qu’ils doivent avoir plus tard.

Le tocholi habite le Brésil et la Guyane.

2° Le nocco p’ALBIN (!) semble être une variété de l'espèce précédente ; sa huppe, recoquillée et assez fournie, est composée de plumes noires et blanches. Ses joues sont nues. Le cou en entier et le manteau sont noirs, mais les ailes sont fauves, rayées de noir. La queue est noire, rayée de fauve. La poitrine est rousse, avec des rayures noires; le ventre et les flancs sont d’un jaune blond doré fort vif.

Le musée de Paris en possède un individu.

5° Le HOCCO À BARBILLONS (?) n’est connu que par la description qu'en a donnée M. Temminck, d’après un seul individu qui provenoit du Brésil. Son bec est plus court et plus fort que celui du mitou-porauga. La mandibule supérieure est plus élevée. La cire qui en couvre la base est rouge, et se prolonge de chaque côté de la mandibule inférieure en un petit barbillon arrondi. Le ‘our de l’œil est nu, et celte nudité est séparée & la cire par des plumes. La tête, les plumes frisées de la huppe, les parties supérieures sans exception, le cou et la poitrine, sont d’un noir à reflets verdâtres.

Les deux espèces qui suivent ont leur cire simple, c’est-à-dire qu’elle ne se prolonge pas en barbillons charnus, et qu'elle n'est pas surmontée d’une caroncule.

4 Le nocco-miTou (3), ou le mitou-poranga de Marcgrave, est l’espèce la plus anciennement connue, comme aussi celle qui est la plus répandue dans les collections, et qu’on a conservée en vie le plus fréquemment en Europe. On rencontre ce hocco à la Guyane, soit hollandoise, soit françoise. On dit

(:) Crax albini. Hoazin d'Hernandez. Albin, t. I, pl*31°

(2) Crax carunculata, Temm. gall., 3, 440, 690.

() Crax alector, Gm. Buff, t. II, pl. 13. Crax mitu, Vieill., Gal, pl. 199. Less. Ornith., pl. 81, fig. 1. Encyc.,

1, 173. Le coq indien, Mém. de l’acad. Le poës, Frisch. pl4921"

DES OISEAUX

aussi qu’il se trouve au Mexique, où il est nommé tepetotl, au Paraguay, où il porte le nom de mitow, suivant d’Azara, et au Brésil, où il s’appelle mutaopinime. Sonnini, dans l’édition qu’il a publiée de Buffon, donne sur cet oiseau d’intéressants détails. « Avec une parure simple, mais élégante, des mœurs paisibles et sociales, le hocco offre encore un aliment sain autant que savoureux , une ressource facile et abondante pour les tables des colons de l'Amérique méridionale, et surtout pour la subsistance des voyageurs qui pénètrent dans les forêts immenses de cette partie du monde. »

« La race du hocco noir est constante, et quoiqu’elle soit très nombreuse à la Guyane françoise, elle est la même dans tous les individus. Cette espèce viten troupes nombreuses dans les vastes forêts dont ce pays est presque entièrement ombragé; mais ils n’ont de sauvage que leur demeure; la douceur et la tranquillité forment leur caractère. Ils ne semblent craindre ni même connoître les dangers; peu soigneux en apparence de la conservation de leur propre existence, ils ne fuient nullement les occasions de la perdre. Je me suis souvent trouvé, ajoute Sonnini, au milieu de bandes considérables de ces paisibles oiseaux, que ma présence ne paroissoit pas intimider. Aussi cette sorte d’insouciance donne la plus grande facilité de les détruire, car on peut en tuer plusieurs, même à coups de fusil, sans qu’ils cherchent à s'éloigner autrement qu’en volant d’un arbre à l’autre. »

Ces hoccos deviennent ombrageux aux alentours des habitations, aussi ne se présentent-ils jamais en plus grand nombre que deux ou trois individus. Azara dit qu’ils vont par paires au Paraguay.

Le mitou pond à la Guiane dans l’hivernage, et la femelle n’a qu’une couvée par an. Les œufs sont blancs et de la grosseur de ceux d’une poule d'Inde, au nombre de deux quand les femelles sont jeunes, et jusqu'à six quand elles deviennent vieilles, Les colons espagnols appellent ces oiseaux dindons de montagne, pabos del monte : c’est qu'en effet le hocco-mitou se plait dans les grands bois des montagnes, où il vit de fruits sauvages, et surtout de ceux du {hoa piquant, qu’il avale tout entier, au dire de Fussé-Aublet (1).

A Cayenne, les mitous sont assez familiers pour entrer dans les maisons : ils reconnoissent celles où ils ont trouvé des aliments. Ils perchent sur les toits par suite de leur goût pour les lieux élevés. Ils ont été naturalisés à Porto-Rico.

La huppe de cet oiseau est composée de plumes recoquillées, noires et blanches. Sa cire est jaune, son plumage est roir, son bas-ventre d’un blanc pur. Sa longueur totale varie de deux pieds huit

(*) Hist, des plantes de la Guiane, p. 184.

pouces. On connoît plusieurs métis de cette espèce.

Les femelles ont le dessous du corps fauve.

5° Le HOCCO ROUGE où COCOLITLI (!) du Pérou a été figuré par Buffon (enl. 195) sous le nom de hocco d'u Pérou. Sa huppe est très fournie en plumes recoquillées , à moitié blanches et à moitié noires. Ses joues sont revêtues d’un épais duvet noir et blanc. Son cou et sa gorge sont blanc pur. Le dos est vêtu d’un manteau marron à reflets bronzés. La poitrine est d’un brun roux; le ventre et les cuisses sont d’un roux jaune, Les ailes sont rousses , mais vermiculées de noir et de blanc. La queue est ample et brune. Son bec à une cire lisse, non surmontée d’un tubercule.

A l’état sauvage ce hocco acquiert la taille d’un dindon, ou deux pieds dix à onze pouces de longueur. La base des deux mandibules est de couleur de corne. Les jeunes ont les plumes de leur huppe droites. Les côtés de la tête et du cou mélangés de plus de noir que de blanc, et les parties supérieures sont rayées de larges bandes transversales d’un blanc roussâtre. Ces bandes sont accompagnées de chaque côté par une raie noire. Un liséré blanc frange l’extrémité de la queue. Ces bigarrures disparoissent successivement, car après la première mue les plumes de la huppe se recoquillent et les bandes s’effacent.

Le cocolitli, en s’appariant avec le mitou-poranga, donne naissance à des métis (2) qui tiennent de Pun et de l’autre, ou le plus souvent en grande partie d’un seul individu.

Ce hocco vit à la Guyane et au Pérou, s’il faut en croire quelques indications d'auteurs.

6° Le Hocco DE YARRELL (3), figuré dans la ménagerie de la Société zoologique de Londres sous le nom de red-knobleed curassow , nous est inconnu. Sa trachée - artère diffère de celle des autres espèces , et se rapproche de ce qui a lieu chez le hocco mitou-poranga, bien que par ses formes l'oiseau ait la plus grande identité avec le tocholi. I ne se distingue de celui-ci que par une rougeur plus vive de la cire, qui s’élève en éminences de chaque côté et à la base de [a mandibule inférieure, en s’ajoutant à l’éminence qui surmonte la supérieure.

(1) Craæ rubra, Gm. Temm., Gall., 3, p. 31 et 687. Crax peruvianus, Brisson. La poule rouge, Albin, p.40. Cocolitli, Fernandez, ch. 40, p.23. Var. Lath. t. IV, pl. 63.

(2) Var. du hocco noir, Sonnini, Buff., t, V, pl. 47, fig. 2.

(G) Crax Yarrellii, Bennett, Proceed. t. I, p. 33.

LES PAUXIS().

Diffèrent des hoccos en ce qu’ils ont leur bec plus court et plus gros. La cire, comme toutes les parties de la tête, recouverte d’un épais duvet soyeux. Le bec est haut, fort, médiocrement comprimé sur les côtés, et surmonté à la base d’un tubercule osseux , pyriforme, très développé. Les narines sont percées obliquement au milieu d’une membrane qui recouvre une large fosse nasale. Les ailes sont très amples, à sixième rémige la plus longue. Ees tarses sont robustes, longs et scutellés. La queuc est moyenne et arrondie.

La seule espèce de ce genre est le pauxi d'Hernandez (?), que Buffon a figuré pl. 78 des enlum., sous le nom de pierre de Cayenne, qu’on rend par V’épithète d'oiseau à pierre. Le nom d’ourax, que M. Cuvier a consacré à ces oiscaux de l’Amérique équatoriale , est d'autant plus mal choisi, que les Grecs s’en servoient pour désigner dans l’Attique le coq de bruyère.

Le pauxi a le tubercule osseux de la tête d’un bleu céleste. Son plumage est noir, le bas-ventre excepté, qui est d’un blanc pur. Sa tête et son cou sont veloutés. Cet oiseau est commun à la Guyane; on le rencontre aussi au Mexique et dans l’ile de Curaçao. Nous n'avons aucuns faits nouveaux à rapporter pour compléter la description qu’en a donnée Buffon. Toutefois, le charamel (3) de ce dernier auteur, admis d’après de vagues indications de Fernandez(#), n’a rien d’authentique, et Sonnini suppose même que c’est d’un iroubou ou vaulour qu'il est question dans le passage cité.

LES HOCCANS 6).

Se distinguent des hoccos et des pauxis par leur bec, qui est élevé, très comprimé, convexe, à arête comme dentée. La mandibule inférieure est courte, plus haute, mais obtuse. Les narines sont arrondies, et percées en avant d’une cire poilue qui recouvre des fosses nasales peu saillantes. Les joues sont emplumées. Leurs tarses sont hauts, robustes, à larges

scutelles. Les ailes sont amples, concaves. La queue est moyenne et arrondie.

(°) Pauxi, Temm., Gall. t. HI, p. 483. Ourax, Cuv., Rég. An.

() Crax pauri, L. Vieill., Gal. pl. 200.

(: Crax vociferans, Auct.

{#) Ch. 41.

(5) Mitu, Marcg. Less., Ornith., ourar, Temm., pl. col. Temm. Gall., 3,683.

HISTOIRE NATURELLE

Le docteur Spix a figuré deux oiseaux du Brésil (!} qui pourroient bien se rapporter à ce genre.

L'espèce type est le noccax (2) ou le vrai mitu de Marcgrave, qui a été figuré par Jonston(3), sous le nom de müitu-mitu. La plupart des auteurs systématiques l'ont confondu avec le hocco mitu-poranga, en ne le regardant que comme une variété, Brisson excepté, qui en fait son hocco du Brésil (4).

Le hoccan est moins grand que le pauxi. La crête de la mandibule supérieure du bec s'élève beaucoup au-deésus du crâne, et se dessine en tranchant aigu. Derrière cette protubérance cornée apparoît une touffe de plumes que l'oiseau a la faculté de relever. La tête, les joues, le pourtour des yeux et le haut du ,çcou sont couverts de petites plumes veloutées très courtes et d’un noir mat. Tout le reste des parties supérieures, la poitrine, le ventre, les cuisses et les plumes de la huppe, sont d’un noir à reflets violets et pourprés. Chaque plume est bordée par un cercle étroit d’un noir mat. La queue porte les mêmes teintes que les parties supérieures, mais elle est terminée de blanc. L’abdomen ct les couvertures inférieures de la queue sont d’un marron foncé. Le bec, ainsi que le casque dont il est surmonté, sont du plus beau rouge. L’iris est noirâtre, et les pieds sont d’un rouge ponceau clair. Sa longueur totale est de deux pieds cinq pouces. La mandibule supérieure a un pouce une ou deux lignes dans sa plus grande hauteur. Sa trachée-artère est fort élargie (5).

Les mâles ne diffèrent point des femelles. Le bec des jeunes est moins rouge, et l'élévation de la crête osseuse est moins grande.

Le hoccan a des mœurs douces et sociales. I vit en troupes nombreuses qui habitent les bois de montagnes, perchent sur les arbres, et cherchent leur nourriture à terre. On le rencontre assez communément au Brésil. Il n’a pas encore été plié à la domesticité. Quelques individus vivants, nourris dans les ménageries, ne se sont pas reproduits. L’individu conservé dans les galeries de Paris provenoit de Surinam.

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