‹ Compléments de BuffonChapitre 56 sur 667 · LES PAONS · texte numérisé non relu

LES PAONS

Si célèbres par leur riche vesliture, ont le bec robuste, nu à sa base, convexe, assez épais, à man-

() Crax tuberosa, Spix. pl. 67 et crax uramutum, pl. 62.

@) Crax galeata, Lath.; ourax mitu, Temm. pl. col. 453: pauxi miîtu, Temm., Gall.,t. 11, p. 8. Craæ tomentosa, Spix, Av., Bras , pl. 63.

(3) Av. pl. 153, pl. 58.

(4) Crax brasiliensis, Orn., t.E, p. 296.

(5) Procecd., t. FI, p. 59.

(6) Pavo, L.

DES OISEAUX

dibule supérieure voûtée, et débordant l’inférieure. Les narines sont percées sur le rebord du front, et sont 1ecouverles par une membrane convexe. Les joues sont dénudées en partie. Leurs tarses sont longs, robustes, garnis d’écailles et armés d’ergots prononcés. Les ailes sont concaves, à 5e et 6e rémige les plus longues. La queue se compose de dix-huit pennes acciues de très nombreuses couvertures étagées, et qui peuvent se redresser pour s’étaler en roue. Ces plumes ont des barbes lâches et soyeuses, el sont terminées par un miroir en forme d’yeux à l'extrémité. La tête est surmontée d’une huppe. Le mot paon est emprunté par euphonie au cri que poussent les oiseaux de ce genre. On n’en connoît bien que deux espèces.

4° Le PAON DOMESTIQUE (1), originaire de l'Inde, se propage dans l’état de domesticité dans toutes les contrées du midi de l’Europe. Cet admirable oiseau, connu dès la plus haute antiquité, a été figuré par Buffon, enluminures 454 et 458, et existe encore à l'état sauvage dans le nord de l’Inde et dans la plupart des îles de la Malaisie. Dans les ménageries d'Europe il a produit quelques variétés panachées, et rolamment une variété albine, remarquable par son éclatante blancheur. Les Malais nomment le paon m ra ou marak. Sir Rafles le regarde comme indigène à la presqu’ile de Malacca et à Java, et ne l'a rencontré que rarement à Sumatra, aux alentours de Bencoolen. Le colonel Sikes l’a observé dans le pays des Mahrattes, le Dukhun, où il porte le nom de mor. Il est commun à l’état sauvage dans les forêts des Gnauts, et on Je conserve en vie dans les temples indiens.

Le paon à été élevé en domesticité dès les temps les plus reculés, tant la richesse de sa parure lui attire l’admiration des hommes,

2° Le PAON JAVANOIS (2); ou le merak des naturels du pays où habite cette espèce, diffère du paon ordinaire , suivant le docteur Horsfield , par sa huppe qui est longue et formée de plumes linéaires très simples ; par les plumes du cou, de la poitrine et du dos, qui brillent des teintes les plus vives de vert bronzé, et qui sont terminées par une bandelette noir violet. Les scapulaires et les petites couvertures des ailes sont variées de riches teintes émeraude et azur.

IL est certain que le docteur Horsfield a décrit sous ce nouveau nom l'espèce suivante,

5° Le PAON SPICIFÈRE (#) a été mentionné par Buf-

(‘) Pavo cristatus, L., Less. Atlas d'Ornith., pl. 82, fig, 2. Temm., Gall. t. HE, p. 650; sir Raffles, Cat., t XII, p. 319. Proceed., t. If, p.151.

(2) Pavo javanicus, Horsf., Cat., Trans. Soc., Lion, t. XII, p. 185. Pavo crista elongata, plumis linearibus simplicibus.

() Pavo spiciferus, Vieill., Gall., pl, 202. Pavo mu-

fon (t. IT, p. 566) sous ce nom de spicifère, bien que Brisson en ait tracé la description sous celui de paon du Japon(!); mais l’auteur qui en à parlé le premier est Aldrovandi, qui lui appliqua la désignation de muticus, parce qu'il le croyoit privé d’ergots, sans doute parce que dans Ja planche soumise à son examen on avoit oublié de représenter cet organe. Ce dessin avoit été fait au Japen et donné au pape par l’empereur de cette ile. Long-temps la réalité de cet oiseau fut mise en doute par les naturalistes, d’après une phrase de M. Cuvier, ainsi conçue, et insérée dans une note du Règne animal : « Le paon du Japon ou spicifère, fondé uniquement » sur une peinture envoyée -du Japon au seizième » siècle, n’est rien moins qu’authentique. » Mais depuis, M. Cuvier lui-même a rectifié son Opinion dans la deuxième édition de son livre, M. Wilson a publié dans ses Illustrations, gravées à Edimbourg, deux portraits représentant le mâle et la femelle de ce magnifique oiseau, et M. Vieillot, dans sa Galerie (pl. 202), en a donné une assez bonne figure coloriée.

Tout porte à croire que le paon spicifère n'existe point au Japon, autrement qu’à l’état domestique, Mais, ce qui est certain, c’est qu’on le rencontre à l’état sauvage dans l'ile de Java, d’où l’a envoyé M. Diard, et que c’est de cet oiseau que parle le docteur Horsfield sous le nom de paon javanois, et qu'enfin M. Crawford, voyageur bien connu, en a tué des individus dans plusicurs îles de l'archipel de la Malaisie.

La description que donne Buffon du spicifere, extraite de celle d'Aldrovandi, est trop erronée pour que nous ne lui fassions pas succéder des détails pris sur nature. Le bec est cendré, l'iris est jaune ; les parties nues des côtés de la gorge sont d’un rouge éclatant. Les couvertures supérieures de la queue sont au moins aussi longues, mais moirs fournies que celles du paon ordinaire, et susceptibles de s’étaler de la même manière, Le sommet ce la tête et la partie supérieure du cou étant d’un veit changeant et bleu, selon l’ipcidence des rayons lumineux. Les brins de la huppe sont longs d'environ quatre pouces, garnis de barbes dans toute leur lorgueur, et vertes et bleues. Les plumes de la poitrine et du ventre sent variées de bleu, de vert, ct disposées en forme d’écailles. Celles du dos, taillées sur une même forme, sont bleues, vertes, et terminées de noir avec un trait bleu à leur partie moyenne, Les couvertures supérieures des ailes sont d’un vert changeant en bleu; mais le bleu, sous un aspect,

ticus, L. Shaw. Mise. pl. 641. Temm., Gall., t. HE, p. 652. Pavo Aldrovandi, Wils., Ilust. pl. 14 et 15. Bull., t XX VI, p. 289.

() Pavo japonensis, Briss., Ornith., t, HE, p. 289.

semble plus étendu et plus brillant que Pautre couleur. Les pennes primaires des ailes sont blanches, tirant au roux, surtout vers leur extrémité. Les tectrices de la queue sont brunes tirant au marron, avec leur tige blanche, un miroir doré au milieu, bleu , cerclé de vert au pourtour. Les tarses sont gris ; la queue est étagée, verte, bordée de blanc et formée de dix-huit rectrices.

Le jeune n’a pas de bleu sur la tête. Le dos est varié de noir.

La femelle n’est pas connue.

D LES ÉPERONNIERS ().

f. Que l’on trouve confondus avec les paons dans la plupart des livres d'histoire naturelle, s’en distinguent par leur bec médiocre, droit, comprimé, couvert de plumes à sa base, et dont la mandibule supérieure est recourbée à la pointe. Les narines sont latérales , placées au milieu du bec, et à moitié recouvertes par une membrane nue, et se trouvent être ouvertes en avant. Les tarses sont longs et grêles, armés de deux à trois ergots robustes chacup, et simplement tuberculeux chez la femelle. Le pouce est un peu élevé au-dessus des autres doigts; les ongles sont petits, et celui du pouce est très court. La queue est longue, arrondie, composée de vingt-deux rectrices, recouvertes en partie par une seconde rangée de pennes. Les ailes ont les quatre

premières rémiges étagées, mais les cinquième et

sixième les plus longues. Elles sont concaves, courtes, à pennes dilatées.

Quatre espèces de la presqu’ile de Malacea et de Sumatra composent aujourd’hui ce petit groupe. Buffon n’a donné sur l’éperonnier, anciennement connu, que des notions vagues et confuses, et paroit ne pas avoir eu une idée bien nette, car son chinguis semble être formé avec les traits de deux espèces distinctes.

4° Le cainquis (?) est de la taille du faisan doré, mais il est moins svelte, et les ailes ne dépassent pas l’origine de la queue, qui est large, assez longue, et fortement arrondie. Sa tête est lisse, c’est-à-dire sans huppe. Les petites plumes du sinciput sont légèrement frisées ou contournées à leur pointe, plus ou moins ébouriflées, et d’un brun grisâtre. La gorge est blanchâtre. Les plumes du cou, de la poitrine

(") Polyplectron, Temm., Gall., t. 11, p. 363, diplectron, Vieill. Pavo, L., Cuvier.

() Polyplectron chinquis, Temm., pl. Col. 539 (vieux mâle). Pavo thibetanus, Gm , Lath., Vieill., Gall., pl. 203 Geune). Polyplectron albo-ocellatum, Cuv., Less., Or-

nith., p. #87 (jeune de deux ans). PeacochPh Edw,, Glan. pl, 67. easant,

HISTOIRE NATURELLE

et du ventre ont une teinte brunâtre terne, coupée par des bandelettes transversales ondalées et brunes noirâtres. Les rémiges sont brun lustré, moucheté de gris brun, et leurs baguettes sont brunes. Les autres pennes des ailes, les couvertures et les scapulaires ont un ton gris jaunâtre, parsemé de petites bandelettes brun noirätre. Toutes ces plumes sont à leur sommet œillées ou marquées d’un miroir arrondi, d’un bleu éclatant, à reflets pourprés et opalins. Ces yeux brillants sont tous entourés d’un cercle noir, bordé lui-même d’un autre cercle blanc grisâtre ou jaune blanchâtre. Le dos, le croupion et les couvertures de la base de la queue sont d’un brun clair, moucheté et ondulé en travers de jaune blanchâtre. Les pennes de la queue, et la rangée des pennes plus courtes qui recouvrent les grandes tectrices, sont d’un brun terne parsemé de petits points jaune d’ocre. À un pouce de l’extrémité des pennes de la rangée supérieure, et à dix-huit lignes de l’extrémité des vingt-deux rectrices, sont placés deux miroirs ovalaires, séparés seulement par le rachis de la plume , et comme accolés ainsi l’un à l’autre. Ces yeux, comme les précédents, jouissent des reflets bleus et pourpres les plus éclatants, mais avec moins d'éclat toutefois que ceux des ailes. Ils sont, comme ces derniers, entourés d’un cercle noir largement bordé de gris terne. Le demi-bec supérieur, rouge à la base, est noir à sa pointe. Les plumes de la région ophthalmique sont placées en claire voie. L’iris est jaune; les pieds sont noirs et les ongles gris. Le mâle a vingt-deux pouces de longueur, et la queue seule en a dix.

La femelle diffère du mâle par son plumage à miroirs moins brillants, et par sa queue plus courte. Les pieds sont d’un gris terne, et à la place de l’ergot du mâle est un tubercule calleux assez élevé.

Dans son jeune âge, le chinquis a le plumage d’un gris terreux, relevé de grandes taches et de rayures brunes. Dès la première mue la livrée change, et les miroirs des ailes et de la queue se dessinent, pour revêtir à la seconde mue un éclat de bleu, précurseur des teintes plus riches de l’âge adulte. Les chinquis qu’on à nourris en captivité ne paroissoient pas très sauvages. Ils provenoient de Canton, où on les élève dans des ménageries. Cet oiseau se tient, à cé que l’on assure, dans les montagnes qui séparent lPIndostan du Thibet.

29 L’ÉPERONNIER OCELLÉ (!), ou argus, est plus petit de taille que le chinquis. Il porte une courte huppe composée de plumes assez larges. Les joues sont nues, et les miroirs des ailes sont beaucoup plus petits, d’un vert métallisé, et entourés d’un

() Polyplectron bicalcaratum, Temm., pl. Col. texte. Sonnerat, Atlas, pl. 99. Buffon, Enl. 4992 et 493. Pavo bicalcaratus, Gm. Sir Raffles, Cat., Trans. soc. Linn., t. XIII, 319.

. cercle noir unique. Le plumage, dans son ensem- |

ble , a des teintes brunes beaucoup plus sombres.

Le mâle, dit M. Temminck, a les plumes du front allongées, blanches à leur naissance, et brunes noirâtres dans le reste de leur étendue. Tout le reste de la tête et le cou sont couverts de très petites plumes vélutineuses, d’un noirâtre sale. La gorge est blanchâtre. Les joues, le tour des yeux et la cire sont couverts d’une peau jaunâtre. De très petits miroirs ronds, d’un beau vert foncé, nuancé de bleuâtre, sans reflets pourpres, couvrent le dos, les scapulaires et les couvertures des ailes, et sont encadrés de noir. Le fond du plumage est brun jaunàtre, parsemé de gouttelettes d’un noir intense, tandis que la poitrine, le ventre, l’abdomen et les cuisses sont d’un brun terre d'ombre, avec les baguettes de plumes de la poitrine blanches. Les rémiges sont brun foncé. Les rectrices, placées en deux plans, ont des miroirs accolés et d’un vert brillant, entouré d’un large cercle noir. Le reste de la queue est marbré comme les plumes du dos, mais l'extrémité des deux rangées est roussâtre, maculé de noir profond. Le bec est brun, l'iris est jaune. La taille du mâle est de dix-huit à dix-neuf pouces. La femelle est inconnue.

M. Temminck a reçu cet éperonnier de Malacea : sir Rafiles mentionne cette espèce ou la précédente sous le nom malais de souaow chirmin, en ajoutant : « Ce magnifique oiseau est très commun dans » la presqu’ile de Malak, et on le rencontre aussi à » Sumatra. »

3° Le CHALGURE () a une livrée privée des miroirs brillants, dont sont décorés les autres éperonniers. Un brun terre d'ombre colore la tête, le cou, la poitrine , le ventre et les flancs. Les ailes ont également reçu cette teinte, mais leurs grandes couvertures, les scapulaires, le manteau et le dos sont rayés de croissants noirs sur un fond brun roussâtre. Les grandes couvertures de la queue et les rectrices sont rayées de roux et de noir, mais toutes les pennes, à partir de leur portion moyenne jusqu'à leur extrémité, sont violet, à reflets verts et pourpres. Deux éperons très pointus sont implantés à chaque tarse. Le bec est très grêle et blanchâtre. Les pieds sont gris. Le seul individu que l’on connoisse de cette espèce est conservé dans les galeries de Paris, et a dix-huit pouces de longueur. Il avoit été envoyé de Sumatra par M. Diard.

4° Le NAPOLÉON (?) a été ainsinommé par le prince Masséna, duc de Rivoli, qui possède le seul individu connu dans sa riche galerie, et qui, en imposant un

() Polyplectron chalcurum, Cuv. Temm. pl, Col. 519. Less., Orn. 487. P.inocellatus, Gal. de Paris.

() Polyplectrum Napoleonis, prince Messéna in Less, Ornit, p. 487 et 650.

nom à cet oiseau, nous autorisa à en placer la description dans notre Traité d’ornithologie. C’est à nos vives prières, et assez long-temps après que notre livre eut été publié, que M. Prêtre fut autorisé à peindre ce magnifique oiseau pour les planches coloriées de M. Temminck, et cet auteur, pour être conséquent avec ce qu’il a écrit maintes fois, n’auroit pas dû changer le nom qu’il avoit recu en celui d’éperonnier à toupet (1), qu’il ne mérite pas plus que la deuxième espèce que nous avons décrite,

Le napoléon est un des beaux oiseaux connus : sa livrée somptueuse chatoie sous l’azur, l’émeraude, l'or glacé, qui y sont répandus à profusion, et qui étincellent par leurs reflets métallisés.

Les plumes de sa huppe sont minces, effilées, et d’un vert doré brillant. La tête, la poitrine et le devant du cou sont de ce même vert tirant au noir, et brillant de reflets métallisés. Les joues sont noires, le cou est comme duveteux et peu fourni de plumes. Un large bandeau blanc naît au front, et surmonte les yeux en descendant à l’occiput. Sur les joues règne une plaque neigeuse. Le dos, les ailes, sont d’un vertémeraude des plus suaves; le thorax est noir, avec des reflets bronzés, le ventre au contraire est noir mat. Le dos et toutes les parties supérieures de la queue sont d’un brun finement vermiculé de roux jaune. Les miroirs ou yeux sont en ovale régulier, et forment sur la queue deux rangées. À la première ils terminent les couvertures, et à la deuxième ils occupent le tiers terminal de chaque penne. Ces miroirs sont vert glacé d’émeraude, entourés d’un cercle noir, bordé lui-même d’un cercle gris de perle. La queue est lisérée de roux, de brun, puis de blanc. Le bec est brun; les tarses sont gris, armés de deux ergots pointus.

On ne connoît pas la femelle de ce bel oiseau. On ignore également de quelle contrée de l’Inde il provient.

Page 1