LES ARGUS
Ont été rangés avec les faisans par la plupart des auteurs. Ils se font distinguer par leur bec nu à la base, assez robuste, convexe en dessus, comprimé sur les côtés, renflé à l'extrémité, dilaté aux bords, à mandibule supérieure voûütée, plus longue que l’inférieure, et la recouvrant. Les narines sont enveloppées par une membrane convexe, et occupent la partie moyenne du demi-bec. Les joues et le devant du cou sont recouverts d’une peau nue, où sont implantés quelques poils. La langue est charnue et
() P.emphanum, Temm. pl. col. 240.
() Argus, Temm. Phasianus, Lath.
entière. Les tarses sont médiocres, scutellés en avant, réticulés et sans ergots ; le pouce porte à terre par son extrémité. Les ailes sont énormes, courtes, concaves, à premières rémiges plus courtes que les secondaires ; les 8e, 9° et 40° sont les plus lüngues. La queue est formée de douze larges rectrices graduées , dont les deux intermédiaires sont beaucoup plus longues que les autres.
La seule espèce de ce genre est l'ARGuS (1), ainsi rommé par les Européens, de ce que sa queue est semée d’yeux. Buffon en a parlé (t. IT, p. 561), sous le nom de luen, que lui donnent en Chine les Tartares. Cependant sir Rafles, dans son Catalogue (p. 580), mentionne le nom de kuaow. L'argus paroit commun dans les forêts de Malak et de l'ile de Sumatra, où il vit par couples. Il est mentionné dans les poëmes des Malais, où il est caractérisé en quelques vers avec prédilection. Marsden avoit parlé de cet oiseau dans son Histoire de Sumatra, sous le nom de coo-ow, ou fameux faisan (tom. , p. 187). « C’est, dit-il, un oiseau d’une grande » beauté, son plumage étant peut-être, sans exagé- » ration, le plus riche de toute la race volatile. » Pris dans les bois, l’argus ne peut s’accoutumer à la captivité, et meurt bientôt après qu’il a été privé de sa liberté. Il fuit une trop vive lumière, et préfère l'obscurité. Sa chair a le goût de celle du faisan.
On dit avoir rencontré des argus à Java, dans les Moluques , et en Chine, au Pégou, à Siam, à Camboge; mais l'indication de ces localités mérite confirmation.
Nous croyons devoir donner une description plus complète de ce magnifique oiseau que celle tracée par Buflon.
Le mâle a la gorge, le haut du cou en devant et les joues recouvertes d’une peau nue, d’un rouge passant au bleu, sur laquelle sont implantés quelques poils noirs clair-semés. Les plumes du front, du dessus de la tête et de l’occiput sont très petites et veloutées. D’autres plumes très étroites, à barbes décomposées et piliformes, se relèvent un peu sur le derrière du cou. Celui-ci, en avant et en bas, de même que la poitrine, et toutes les parties postérieures, est d’un brun rougeâtre, chaque plume se trouvant tachetée irrégulièrement de jaune foncé et de noir. Le haut du dos et les petites couvertures des ailes portent de grandes taches noires, avec des petites lignes d’un jaune d’or. Le reste du dos, le croupion et les couvertures supérieures de la queue sont marquetés de brun sur un fond jaune clair. Les
() Argus giganteus, Temm., Gall., t. IL, p.678. Argus pavoninus, Vieillot, Gall., pl. 204 et pag. 19. Phasianus argus, L. Lath., Less., Atlas, pl. 84 Encycl., pl. 87, fig. 3. Atlas, Dict. classiq. Philosoph. Trans. t. LV, p. 88, pl. 3. Lond. Mag., 1766, 473,
HISTOIRE NATURELLE
rectrices d’un brun marron très foncé sont parsemées de petits points blancs entourés de noir. Les deux intermédiaires ont du gris sale à leur extrémité. Les pennes des ailes sont très lirges, et couvertes d’un grand nombre d’yeux. Les tiges des primaires sont d’un beau bleu, celles des secondaires d’un blanc pur. L’extérieur des premières pennes est d’un blanc sale, tacheté de noir, et l’intérieur finement rayé, avec une large bande rousse, parsemée de petits points blancs; on y remarque encore des taches noires entourées de brun. Les secondaires sont d’un gris blanc pointillé de noir. Les intérieures ont de grands yeux rangés le long des tiges, et de diverses teintes. Entre les miroirs apparoissent des petites raies ondulées d’un brun noirâtre sur un fond bleu, Les pieds sont rouges, les ongles et l'iris orangé vif; le bec est jaune. L'argus a de longueur cinq pieds trois pouces, et dans ces dimensions la queue entre pour trois pieds huit pouces. Les rectrices secondaires n’ont pas moins de deux pieds dix pouces.
La femelle n’a, en totalité, que vingt-six pouces, ce qui est dû à ce que sa queue est beaucoup plus courte que celle du mâle. Ses ailes n’ont aussi que treize pouces quatre lignes, tandis que celles du mâle ont près de trois pieds. Un duvet très court recouvre le dessus de la tête : il varie du gris clair au gris brun. Le bas du cou, la poitrine et le haut du dos sont d’un roux marron, zigzagué de noir. Le reste du dos, le croupion, les petites couvertures des ailes et celles de la queue sont d’un brun jaunâtre, varié de raies transversales noires, larges et étroites. Les premières rémiges sont d’un roux foncé, pointillé de noir. Les secondaires, brun noirâtre, ont des bandelettes irrégulières jaune d’ocre.
Les jeunes sont d’un brun terne, irrégulièrement mouchetés de roux jaunâtre, de brun et de noir. Ce n’est qu'après la quatrième mue qu’ils prennent de riches parures.
LES IMPEYS (), MONAULS OU LOPHOPHORES.
Ont le bec allongé, nu à la base, robuste, convexe en dessus, à mandibule supérieure, voûütée, marquée d’un sillon à son origine, plus longue que l'inférieure, recourbée et dentée à l’extrémité, élargie à la base, sans arête distincte, entamant les plumes du front. Le pourtour des yeux est nu. Les narines sont étroites, rapprochées, percées en croissant, bordées par les plumes veloutées du front,
(:) Impeyanus, Less., Ornith, 488, Monaulus, Sonn., Vieill, Lophophorus, Temm.
DES OISEAUX
couvertes par une lame renflée. La huppe qui surmonte la tête du mâle est composée de brins filiformes, élargis à leur sommet en palettes. Leurs ailes sont courtes et concaves, à quatrième et cinquième rémige les plus longues, Les tarses sont emplumés jusqu’au-dessous de l'articulation, scutellés, armés d’un fort ergot acéré.
Ce genre ne comprend qu’une espèce, qui vit dans les forêts montagneuses de la chaîne des monts Himalaya , et qu’on à vainement essayé de plier à la domesticité, Sa voix a de l’analogie avec celle des faisans,
mms