LE COMBATTANT OÙ PAON DE MER
Tringa pugnax. L.
Le nom de combattant que porte cet oiseau indique que ses mœurs sont belliqueuses , et que les divers individus se livrent des combats à outrance, disposés en troupes réglées et marchant Îes uns contre les autres avec le plus grand ordre. M. Vieillot est l’auteur qui a le mieux décrit cet oiseau dans le tome XXXIV du Dictionnaire d'histoire naturelle (p- 458). Le nom de combattant qu'ont adopté les naturalistes pour cette espèce, dit M. Vieillot, convient très bien à des oiseaux qui se livrent entre eux un combat seul à seul, des assauts corps à corps, qui se battent aussi en troupes réglées, ordonnées, et marchant l’une contre Pautre, phalanges composées seulement de mâles ; ce qui fait présumer que l'amour seul est la cause de leurs querelles. Les femelles attendent à part la fin de la bataille, enflamment par de petits cris l’ardeur des belligérants, et restent le prix de la victoire. Souvent la lutte est longue, et quelquefois sanglante : les vaincus prennent la fuite; mais leur ardeur guerrière, qui n’est produite que par leur ardeur amoureuse, renaît au cri de la première femelle qu’ils entendent. Ils oublient leur défaite, et entrent en lice de nouveau, si quelque antagoniste se présente. Cette petite guerre a lieu tous les jours, le matin et le soir, aux mois d’avril et de mai. A cette époque les mâles ont un plumage de guerre qui leur sert de bouclier ; c’est une espèce de crinière composée de plumes longues, fortes et serrées, qu’ils portent autour du cou, et qu’ils hérissent lorsqu'ils s’attaquent, mais qui les quitte avec leurs amours. Cet ornement , qui tombe par une mue arrivant à ces oiseaux vers la fin de juin, diffère sur presque tous les combattants. Il est roux dans les uns, gris dans d’autres, blanc dans quelques uns; d’un beau noir violet chatoyant, coupé par des taches rousses, sur des individus; et enfin, sur plusieurs, c’est un mélange de toutes ces couleurs; celui d’un blanc pur est le plus rare. Cette livrée de combat ne varie pas moins par la forme que par les teintes, durant la période de son accroisse-
ment.” Outre ce surcroît momentané, ils ont une surabondance de molécules organiques qui se manifeste par l’éruption d'une multitude de papilles charnues et sanguinolentes qui s'élèvent sur le devant de la tête et autour des yeux. Il n’existe pas d’oiseau qui, proportions égales, ait les testicules aussi forts : ceux du combattant ont chacun près de six lignes de diamètre et plus d’un pouce de longueur ; le reste de l’appareil des parties génitales est également dilaté dans le temps des amours; dans tout autre moment on ne distingue plus guère le mâle des femelles, car ceux-ci perdent leur crinière, et les tubercules vermeils qui couvroient leur tête pâlissent et s’oblitèrent, et la place se recouvre de plumes.
Les combattants ne séjournent pas sur nos côtes ; ils partent de Picardie, où ils arrivent au mois d’avril, dans le courant de mai, par les vents du sud et du sud-est qui les portent en Angleterre, où ils nichent en très grand nombre, particulièrement dans le comté de Lincoln. On en trouve aussi au printemps sur les côtes de Hollande, de Flandre et d'Allemagne; ils sont en grand nombre en Suède, en Islande, en Russie et en Sibérie. Comme ces oiseaux arrivent régulièrement au printemps et que l’on n’en voit point à l'automne, on ne sait pas où ils passent l’hiver.
Ces oiseaux font leur nid au mois de mai, sur la terre, dans de petits creux entourés de gazon ; leurs œufs sont au nombre de quatre ou cinq, pointus, cendrés , et parsemés, principalement au gros bout, de taches d’un brun rougeâtre. Ces œufs sont très bons à manger, et on les recherche dans plusieurs pays aussi bien que ceux des vanneaux : l’incubation dure un mois. En Angleterre on leur fait une petite chasse ; l’oiseleur saisit l'instant où ces oiseaux se battent pour leur jeter son filet. On en prend aussi en Hollande dans les mois de juillet et d’août, et leur chair y est très estimée. Sans doute qu’elle a perdu ses bonnes qualités au printemps, car ce nest pas un gibier fort recherché à Paris, époque où l’on en voit assez souvent dans les marchés. Les Anglois sont dans l’usage de les engraisser, en les pourrissant avec du lait et de la mie de pain; mais on est obligé, pour les rendre tranquilles, de les tenir renfermés dans des endroits obscurs, car ils se battent aussitôt qu’ils voient la lumière. L’esclavage n’adoucit point leur humeur guerrière ; s'ils sont renfermés avec d’autres oiseaux, ils les défient tous, et pour posséder un coin de gazon vert ils se battent à qui l’occupera; ils semblent même se piquer de gloire, car ils ne se montrent jamais plus animés que quand il y a des spectateurs. Tout est pour eux un motif de combat; le boire, la nourriture , le gazon est disputé et enlevé plusieurs fois ; le vaincu revient à la charge, et souvent de nouveaux efforts sont couronnés de succès : heureusement, pour la
HISTOIRE NATURELLE
conservation de l’espèce, la nature leur a donné de foibles armes; ils se renversent sans presque se faire de mal, à peine s’enlèvent-ils quelques plumes. Les femelles ont l'humeur aussi guerrière que les mâles; car une qui fut observée en captivité étoit un athlète redoutable, et qui ne refusoit jamais un défi. Ainsi donc l’amour n’est pas le seul motif de leurs querelles : l’insociabilité semble être le fond de leur caractère, quoiqu’on les voie presque toujours en troupes.
Le mâle est de la grosseur du chevalier : il a dix pouces six lignes de longueur, le bec gris, l'iris noiselle, la tête couverte de petits mamelons (les uns en ont plus, les autres moins); la partie supérieure et le dessous du cou d’un violet foncé, très brillant ; le haut du dos couvert de plumes noirâtres, bordées de gris et variées de grandes taches pareilles à la couleur du cou; la partie inférieure, le croupion, les couvertures des ailes, et celles du dessus de la queue, d’un gris brun; chaque plume bordée d’une teinte plus claire; la base du bec entourée de petites plumes d’un blanc sale et roussâtre ; la poitrine variée de blanc, de noir et de violet; le ventre et les autres parties blancs ; les grandes couvertures et les pennes primaires des ailes brunes, les autres d’un gris brun plus ou moins clair, et les plus proches du corps traversées à leur bout de raies noirâtres; celles de la queue pareilles, et rayées trausversalement de la même teiate; les pieds gris. Cette description ne peut s'appliquer à tous les individus; car la plupart varient de couleur, et il est très rare d’en rencontrer deux pareils : sur les uns le blanchâtre et le roux remplacent le violet et le noirâtre ; sur d’autres c’est un cendré jaupâtre ou un brun tirant sur le marron. Le plumage des femelles est plus constant. Ce qui les caractérise au printemps, c’est la privation des mamelons charnus et des longues plumes du cou, qui sont chez elles aussi courtes que les autres. Enfin le blanc règne sur la tête et sur le dessous du corps; le dessus est varié de blanc, de brun et de roussâtre, mais le blanc domine sur toutes.
LES HÉMIPALMES ().
Sont des bécasseaux qui ont un repli membraneux assez large placé à la base des doigts; ils ont un pouce, et d’ailleurs toutes les formes des vrais tringa. Les deux espèces connues sont de l’Amérique du Nord.
4° L’échasse (?) a le bec beaucoup plus long que la
() Hemipalama , Ch. Bonap.,Syn , 316.
() Tringa himantopus, Ch. Bonap., Syn., esp. 245. Bull., XIII, 124,
Le tringa brevirostris de Spix, pl. 93 , du Brésil, paroît appartenir à ce sous-genre.
DES OISEAUX
tête, recourbé ; les tarses très longs; les doigts à demi palmés ; le croupion blanc, traversé par une raie noire ; la queue égale et grise; les rectrices du milieu plus longues ; celles des côtés blanches intérieurement, et le long de leur partie moyenne. Longueur totale, près de neuf pouces et demi. Cette nouvelle espèce a été prise sur les rivages du New- Jersey, vers la mi-juin. Elle est remarquable par les anomalies qu’affectent ses diverses parties; elle tient en effet des numenius et des tringa, et a beaucoup de rapports avec le cocorli de M. Temminck : elle ressemble en outre, par le port, aux chevaliers. 2° Le combattant demi-palmé(!) a le bec plus court que la tête, et très étroit; son croupion est noirâtre, et les rectrices moyennes sont plus longues que les latérales. Cet oiseau est très commun dans tous les Etats de l’Union.