tome VI des Annales de la Société linnéenne de Paris
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bord antérieur du sternum, tantôt se porte directement vers son bord postérieur, tantôt obliquement vers sa crête, pour se confondre avec une iigne semblable qui la parcourt aussi dans une plus ou moins grande partie de sa longueur. La portion comprise en dedans de cette ligne sur chaque face est dévolue au moyen pectoral de Vicq-d’Azyr, celle qui existe en dehors au grand pectoral.
La crête sternale ou le bréchet, est placée sur la ligne médiane ; elle constitue une lame falciforme plus ou moins développée, et qui existe constamment dans tous les oiseaux, à l'exception de l’autruche, du nandou ou autruche d'Amérique, du casoar à casque et du casoar sans casque ou emou, chez qui elle manque complétement. Pius haute et plus épaisse en avant qu’en arrière, la crête se prolonge le plus souvent jusqu’au bord postérieur du sternum ; quelquefois elle finit avec lui, en se partageant en deux lignes qui, s’écartant l’une de l’autre, circonscrivent un espace ordinairement triangulaire, plus ou moins grand , auquel on donne le nom de marge. Cette surface, immédiatement à nu sous la peau, n’est presque jamais recouverte par les fibres des pectoraux qui s'arrêtent ordinairement aux lignes qui la bordent de chaque côté. Le bord inférieur de la crête est droit ou convexe, et incliné d’arrière en avant ; plus épais dans ce dernier sens que dans le premier, il est dans toute sa longueur garni d’un tissu fibro-cartilagineux , plus ou moins abondant , et fait immédiatement saillie sur la peau.
Le bord antérieur est toujours plus court que le précédent; il peut être droit ou concave, et s’amincit de haut en bas ; tantôt mince et tranchant, tantôt épais et cannelé ; il donne à sa partie moyenne attache à l’aponévrose sterno-coraco-claviculaire. Fréquemment il est surmonté d’une apophyse comprimée, tantôt arrondie, tantôt bifurquée, qui lui appartient en commun avec le bord antérieur du
sternum, C’est l’épisternum de M. Geoffroy Saint- Hilaire.
Dans quelques uns des oiseaux où cette apophyse manque, et même quelquefois dans ceux où elle existe, le bord antérieur du sternum présente audessous d’elle un trou. Cette disposition, qui par elle-même n'offre rien de remarquable, indique rudimentairement une particularité très curieuse que présente la crête sternale dans deux espèces de grues, la commune (ardea cinerea L. ) et celle des Indes orientales { À. antigone Lath. ) et dans une seule espèce du genre anas, le cygne sauvage ou à bec jaune (anas cycnus L.). En effet, dans ces trois oiseaux la crête sternale, ordinairement pleine, est creusée d’une cavité assez grande pour loger une portion de la trachée-artère qui peut avoir jusqu’à vingt-un et vingt-quatre centimètres de long. Cette singulière disposition, qui s’observe dans les deux
sexes, à été signalée pour la première fois par Willhugby, ainsi que l’a appris M. Baillon d’Abbeville, qui le premier a possédé des sternum de c\gne sauvage. Cette rentrée de la trachée-artère dans la crête, qui altère sensiblement la forme du sternum et la clavicule, s’observe dans des oiseaux remarquables par la longueur de leur col et de leur sternum, ainsi que par le nombre de leurs côtes, qui est le même, mais différent d’ailleurs sous une foule de rapports. Est-elle liée à quelque particularité dans la respiration, la production de la voix, les mouvements du col? doit-on la rapprocher du renflement de la trachée-artère dans les canards, des circonvolutions qu’elle forme au devant de la poitrine dans le cassican Kkéraudren de la Nouvelle-Guinée ? on peut le présumer sans pouvoir l'affirmer.
Au point où les deux bords du bréchet se réunissent, il existe une saillie plus ou moins marquée, que M. de Blainville appelle l'angle de la crête sternale. Elle est arrondie dans quelques oiseaux et aiguë dans le plus grand nombre; quelquefois elle s'articule avec la clavicule, qui souvent ne fait que la toucher ou s'appuyer seulement sur elle. L’angle de la crête peut rester sur le même plan que le bord antérieur du sternum, il peut le séparer ou rester fort en decà de lui.
Les parties latérales de la crête sternale sont couvertes par la double couche des pectoraux, et présentent une ligne plus ou moins prononcée et rapprochée du bord inférieur, qu’elle suit en se terminant, tantôt avec lui, tantôt avant lui, pour se réunir à une ligne analogue qui se trouve déjà signalée sur la face intérieure du corps du sternum. Le moyen pectoral recouvre l’espace circonscrit par ces deux lignes et le bord antérieur, tandis que celui qui existe au-dessus et au-dessous est occupé par le grand pectoral. On peut ainsi, d’après l'étendue proportionnelle de ces deux surfaces, connoître le volume respectif de ces deux muscles,
La crèle sternale est rarement droite, ainsi que l’a fait observer M. Strauss, qui s’est beaucoup occupé de l’anatomie des oiseaux, mais qui, malheureusement, n’a point encore fait connoître Îles résultats qu’il a obtenus. Presque constamment elle est divisée, tantôt à droite, tantôt à gauche, tantôt des deux côtés à la fois. Ces déviations s’observent particulièrement dans les oiseaux domestiques, et surtout, parmi eux, chez les gallinacées. Elles sont probablement dues au rachitisme, ou à la pression exercée par le poids du corps quand le jeune animal se couche, en s'appuyant sur son bréchet non encore ossifié.
Le sternum a quatre bords : un antérieur ou cervical, deux latéraux ou costaux, un postérieur ou abdominal.
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Le bord antérieur ou cervical présente à sa par tie moyenne deux rainures articulaires plus larges dans leur milieu qu’à leurs extrémités, tantôt distinctes et séparées, soit par un intervalle inarticulaire, soit par un trou, soit par une apophyse, tantôt confondues , quelquefois entrecroisées en dedans ; elles logent l'extrémité postérieure des os coracoïdes, et aboutissent en dehors à une surface inarticulaire plus ou moins étendue, triangulaire , concave, que M. de Blainville appelle fosse sous-clavière, fossette sternale ou fossette du muscle sterno-coracoïdien, qui la remplit, et qui ne semble pas être l’analogue du sous-clavier. Bornée en dehors par le bord costal , la fossette se prolonge plus ou moins sur la face inférieure du sternum, selon le volume du muscle qui s’y insère. Deux lèvres circonserivent la hauteur de ce bord : la supérieure, alternativement concave et convexe en avant, mais toujours concave en haut, porte tantôt un tubercule mousse ou aigu qui la surmonte, tantôt une saillie triangulaire, tantôt une apophyse bifurquée qui, tous, donnent attache à l’aponévrose sterno-coraco-claviculaire; quelquefois elle est unie ou même creusée d’une échancrure.
La lèvre inférieure est toujours convexe en avant, elle peut offrir exactement les mêmes dispositions que la supérieure. Dans certains oiseaux chaque lèvre présente une saillie lamelleuse, qui, en se réunissant toutes deux, laissent une ouverture par laquelle les os coracoïdes se touchent par l’angle interne de leur extrémité postérieure.
Les bords latéraux ou costaux sont concaves dans le plus grand nombre des oiseaux ; ils varient dans leur longueur. Leur partie antérieure , plus épaisse que la postérieure où s’insèrent quelques uns des muscles abdominaux, donne, dans une étendue variable, attache aux côtes et présente des saillies transversales en nombre égal à celui de ces os, et
son étendue et dans sa configuration, il est toujours concave en haut, et peut être droit, convexe, concave ou angulaire en arrière. Tantôt il est percé de deux trous qui persistent à toutes les époques de la vie ou qui se remplissent avec l’âge, tantôt il offre deux échancrures constantes ou susceptibles de se convertir en trous; tantôt il en présente quatre, qui varient dans toute leur étendue et dans leur proportion relative, et qui sont séparées par cinq apophyses, plus ou moins dilatées à leur terminaison, et dont la médiane est toujours Ja plus Jarge et la plus forte. Bien que ces dispositions diverses se reproduisent le plus souvent avec une grande constance dans les différents groupes auxquels elles appartiennent, elles présentent cependant parfois des irrégularités. Ainsi, tandis que tous les accipitres ont deux trous ou deux échancrures au bord postérieur du sternum, le vautour-aura présente quatre de ces dernières ; il Y a quatre échancrures dans toutes les chouettes, il n’y en a que deux dans l’effraie. Chez les pigeons il y a ordinairement deux échancrures et deux trous : ces derniers peuvent s'oblitérer, et il ne reste alors que les premières. Dans les chevaliers. presque toutes les espèces ont quatre échancrures; dans le chevalier cul-blanc (tringa ochropus), et dans la guignette ( tringa hypoleucos Gmel.), il n’y en a que deux. Toutes ces variations doivent engager à n’attacher qu’une importance secondaire aux différences que présente à cet égard le bord postérieur du sternum , et à prendre surtout en considération l’ensemble des caractères fournis par les différentes pièces qui constituent l’appareil sternal.
A l'union du bord antérieur du sternum avec les bords latéraux, il existe une apophyse aplatie de dehors en dedans, variable dans sa grandeur, sa forme et sa direction. Vic-d’Azyr l’appelle clavicu-
laire, parce qu’elle est voisine de l’os coracoïde, | qu’il considéroit comme la clavicule; mais il est mieux de l’appeler latérale avec M. de Blainville,=
séparées les unes des autres par de grandes ouvertures dans les coureurs, et dans les autres fa-
milles par des échancrures bordées de trous nourriciers.
Le nombre des côtes, et il est question ici des côtes sternales, varie de trois à neuf dans les oiseaux. Il n’est pas toujours constant dans des genres appartenant à la même famille ni chez des espèces du même genre ; on l’a vu, qui plus est, varier plus d’une fois d’un côté à l’autre dans le même oiseau, chez des perroquets élevés en cage. I faut donc hien se garder d’attacher une trop grande importance au nombre des côtes considéré comme caractère z0ologique.
Le bord postérieur ou abdominal mérite une attention spéciale, parce que sa disposition fournit d'excellents caractères pour la distinction des fa milles, du genre et des espèces. Très variable dans
par opposition à l’apophyse médiane qui surmon le bord antérieur de la crête sternale. Peu rn pée dans quelques oiseaux, elle l’est beaucoup chez d’autres; tantôt aiguë, tantôt obtuse, elle s'incline en avant, en arrière ou en dehors. Par sa face externe, elle concourt à former la fossette du sternocoracoïdien, auquel elle donne attache en ce sens, ainsi qu’en dedans; à son sommet s’insère en arrière Ie sterno-costal ou triangulaire du sternum, en avant le sterno-trachéal, L'angle qui existe en arrière, à l'union du bord postérieur avec les bords latéraux, peut être droit, obtus, arrondi; mais il n'offre d’ailleurs rien de bien remarquable.
Tout ce que nous avons dit jusqu'ici du sternum, dans le plus grand nombre des oiseaux, peut aussi S'eppliquer à lautruche, au nandou, au casoar et à
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l'émou, avec cette différence que, dans ces quatre oiseaux , il n’y à jamais de crête ni aucune ligne qui indique la limite des pectoraux. L'absence de ce premier caractère donne à leur sternum une physionomie particulière bien propre à les distinguer de leurs congénères.
Il existe parmi les oiseaux des nuances innombrables sous le rapport de l'aptitude au vol, et on peut les apprécier avec assez de justesse, à l’aide de l'étude approfondie de l'appareil sternal, et surtout du sternum. En général, plus le sternum est osseux, plus l’animal auquel il appartient vole bien ; plus il est membraneux, plus il offre de désavantage pour le vol. Les accipitres, les oiseaux-mouches, les martinets, les pétrels et les frégates d’une part; de l’autre les gallinacées, les tinamous, les poules d’eau, nous offrent les deux extrêmes à cet égard; entre ces deux points il existe une infinité de degrés qu’il seroit trop long d'examiner ici. Le développement de la crête sternale influe puissamment aussi sur la faculté de voler. Sa hauteur varie beaucoup dans les différents groupes d'oiseaux, mais elle est constante dans chacun d'eux. Une crête bien développée, avec un sternum large et solide, appartient aux oiseaux qui peuvent voler long-temps et avec rapidité au besoin; c’est le propre des vrais faucons , des pétrels, des frégates. Une crête très haute, avec un sternum étroit, est une disposition déjà moins avantageuse; c’est ce qu’on observe, en général, dans les oiseaux dont le vol est vif et soutenu , ou pressé mais court, ou lent mais prolongé ; les colibris, les martinets, sont dans le premier cas; les perroquets, les huppes, sont dans le second ; dans le troisième se trouvent les grues, les hérons, les cigognes. Toutes les fois que la largeur du sternum l’emporte beaucoup sur la hauteur de la crête, on peut en conclure que l'oiseau ne vole pas bien : quand avec cela le sternum est très long, on peut croire, sans crainte de se tromper, que l'oiseau est un bon nageur, mais qu’il vole mal, ou . tout au moins qu’il nage mieux qu’il ne vole : c’est | he des cygnes, des plongeons. Il est vrai que les | pingoins et les manchots, qui ne volent que peu ou point, ont une crête sternale beaucoup plus déve- . loppée qu’elle ne sembleroit devoir l’être au premier coup d'œil; mais cette contradiction n’est qu’apparente, et s’explique quand on songe que ces oiseaux, qui quittent peu la mer et qui y nagent submergés à la facon des poissons avec lesquels on les confond quelquefois de loin, se servent de leur aile comme d’une véritable nageoire, et se meuvent dans un milieu bien plus résistant que l’air. Il falloit done, pour compenser ce désavantage, que la nature leur donnât des muscles puissants et des surfaces d’insertion étendues ; c’est ce qu’elle a fait. Les gallinacées offrent encore une exception de ce genre; leur