LES CORMORANS
Sont peut-être de tous les oiseaux ceux dont les distinctions d’espèces sont les plus embrouillées et les plus difficiles à reconnoitre. En effet, tous se ressemblent par une grande analogie de formes et même de coloration. L'espèce d'Europe paroit être le phalacrocorax d’Aristote, que les Celtes ont traduit par cormoran ou corbeau de mer.
Les cormorans sont les plus grands destructeurs de poissons. Ils vivent en troupes sur les rivages, perchés sur les rochers, ou même sur les arbres, où ils digèrent leur proie sans craindre l'approche de l’homme. Les Chinois les ont dressés à la pêche, et leur font dégorger le poisson qu'ils ont saisi. La familiarité de ces oiseaux leur a valu le nom de nigauds, qu’ils portent dans tous les récits de voyages. L’anatomie du cormoran ordinaire a été l’objet de quelques articles récents (6).
Les espèces les mieux caractérisées de ce genre et les plus remarquables sont :
1° Le cormoran de Desmurest (7), qui habite les rivages de la Corse, est en entier d’un vert noirâtre. La tête est sans huppe. La membrane sous-rostrale est large. Les pieds sont jaunes. Le bec grêle, fauve, long de deux pouces. La queue a quatorze rectrices ‘mâle ). Sa longueur totale est de deux pieds six lignes.
{") S. fusca, Vieill., Gal., 277.
(2; Proc., 1, 90.
(2) Bull., Soc. phil., janv. 1826. Bull, X, 154.
(4) Bull., Soc. phil., janv. 1826.
(5) Carbo , Lacép. Meyer. Phalacrocorax, Briss. Halieus, Illig. Hydrocorax, Vieill. Pelecanus, L. Halieus de «eus, pêcheur.
(6) Bull., 1, 279. Proc., IV, 129.
(1) Carbo Desmarestii, Payreaud., Corse, Ann, se. nat, août 1826 , p. 960. Bull., XI, 302.
La femelle est, en dessus, d’un fauve verdâtre varié de blanchâtre. Le corps est blanc en dessous.
2° Le cormoran de Gaimard (1) est décrit par M: Garnot en ces termes : « Il est un peu plus gros que le cormoran brun; il se fait remarquer par la belle couleur grise cendrée de son corps. Sur les parties latérales du cou, de l’un et de l’autre côté, s’apercoit une bande blanche, longue de trois pouces, sur cinq à six lignes de large ; c’est à cause de cette disposition que cet oiseau pourroit recevoir le nom de jugulaire. Le croupion, l’extrémité des ailes et la queue sont bruns. Le manteau, la couverture des ailes sont d’un marbré brillant de noir, de brun et de blanc gris satiné. La peau nue des pouces et les pieds sont rouges; sur ces derniers ressortent des ongles noirs. Le bec est jaune ; vers son extrémité crochue, la mandibule supérieure est d’un brun clair ; l’œil vert aigue-marine, qu’entoure un cercle noir, contraste admirablement avec les parties voisines. Longueur de l'oiseau, vingt-quatre pouces; du bec, trois pouces ; de l'aile, neuf pouces six lignes; de la queue, cinq pouces; du tarse, deux pouces; du doigt extérieur, trois pouces six lignes.
» Ce beau cormoran habite les rivages de la rade de Callao, et se tient de préférence sur les rochers qui entourent l'ile Saint-Laurent. »
5° Le petit cormoran (?, du pasteur Brehm, séparé de l'espèce ordinaire par cet ornithologiste, n'est pas très authentique. Il en à les mœurs, le plumage et les formes. Sa queue, formée de quatorze pennes, a huit pouces. On le trouve sur les côtes de Ja Hollande. 4° Le largup (), que les Groënlandois nomment {ingmik où tingmirksoalk, suivant Fabricius, est une gracieuse espèce des contrées les plus septentrionales. Brun noir glacé de vert, sa tête porte une huppe frontale redressée. Le bec est jaunâtre, et les pieds sont noirs. 5° Le cormoran à oreilles (f) de la Nouvelle-Zélande, appelé pa-degga-degga, a la plus grande analogie de formes et de coloration avec l'espèce précédente. Il est noir, à reflets verts, avec les orbites nus jaune rougeätre. Une huppe redressée sur le front et étendue sur l’occiput. Une ligne blanche va des yeux jusqu'aux ailes. Les plumes du dos sont terminées à leur pointe par une gouttelette noire, tandis qu’elles sont colorées en
(") Pelecanus Gaimardi, Garnot, Zool. de la Cogq., pl. 48. Corpore cinereo , lateribus colliufrinque alba, facie nuda, carunculata ; pedibus rubris ; alis posteriore caudaque brunneis ; dorso, alis anteriore albis maculis ; rostro luteo (Garnot).
(2) Carbo subcormoranus, Brehm., 1824. Bull., V,15.
& C.cristatus, Temm., pl. 322. Pelecanuscristatus, Miller, 150. Fab., 90, no 58. Olafsen, Voy. en Islande, t. 11, pl. 44 Zool. arctiq., 583. Fab., Proc., 53,
(# C. auritus; hydrocorax dilophus, Vicill., Gal, pl.275.
HISTOIRE NATURELLE
cendré brunâtre dans le reste de leur étendue. 6° L’impérial (1) a été découvert dans les criques du bord occidental du détroit de Magellan, par le capitaine Parker King. Sa tête est huppée. Toutes les parties supérieures sont pourprées. Les ailes et les scapulaires sont d’un vert noir. La queue a douze rectrices comme les rémiges. Le dessous du corps, une bande sur l'aile et une tache au milieu du dos, sont d’un blanc soyeux. Le bec est noir, et les pieds sont jaunâtres. 7° Le sarmiento (?), du détroit de Magellan comme le précédent, est noir pourpré sur le corps, blanc en dessous, avec le haut du dos et les ailes vert noir, La gorge, les joues, les tectrices des jambes sont ponctuées de blanc. 8° La fête rouge (3) a le dessous du corps, la tête et le cou pourpre noir; le thorax et le ventre blancs; les joues tachetées de blanc. La face est nue et rouge. Le bec est très court et noir. El est plus petit que les deux précédents.
Le cormoran de Bougainville (*) vit sur les côtes du Chili, et c’est sur les rivages de Valparaiso que l'individu que nous décrivons a été tué. Sa taille est assez forte, car il mesure deux pieds et quelques pouces dans sa longueur totale. Son bec assez allongé est gris brunâtre, et n’a du blanc nacré qu’à sa portion terminale. Le tour des yeux et les joues, de même que la gorge et la pear qui entoure la mandibule inférieure, sont nus, et cette peau légèrement rugueuse semble vivement colorée de rouge pendant la vie. Les plumes de l’occiput sont allongées, et semblent, par leurs proportions, former une petite huppe lâche. Cet oiseau n’a que deux couleurs. La tête, le cou, et toutes les parties supérieures, sont bronze à teintes métallisées. Mais ce qui le caractérise est une tache oblongue et verticale, d’un blanc neigeux qui naît à la gorge, et règne sur le devant du cou, dans une longueur d’un pouce à peu près. Le bas du cou est aussi d’un blanc pur, et cette couleur est propre à toutes les parties inférieures, les. flancs exceptés, qui sont vert bronzé. La coloration bronzée des parties supérieurs chatoie diversement, suivant les régions et les effets de la lumière : les reflets sont bleus à la tête, au cou et sur le croupion ; ils sont verts sur le dos, sur les grandes couvertures etsur les ailes. Lesrectrices rigides et étagées, comme celles de tous les cormorans, ont leurs tiges couleur de corne, et leurs barbes verdâtres frangées de blond. Les tarses sont jaunes et les ongles brunäâtres. Les rémiges primaires sont étroites ; les quatre premières sont plus longues et presque égales entre elles.
() C. imperialis, King, Proc., I, 30.
(2) C. sarmientenus, ibid.
@) C. erythrops, ibid.
(4) C. Bougainvillii, Less., Zool. de la Thétis, D. 991:
DES OISEAUX
Le nom de cet oiseau rappelle deux marins justement célèbres dans les annales de la marine francoise,