LES DINDONS
Se sont accrus, dans ces derniers temps, d’une rare et belle espèce ; car pendant long-temps on n’a connu que le DINDON ORDINAIRE (?), ou cog d'Inde, représenté par Buffon, enluminures, n° 97. M. Vieillot en a figuré une race sauvage de la Virginie, planche 291 de sa galerie, sous le nom de mneleagris fera. Le plumage de cette variété est de couleur de cuivre bronzé avec reflets métalliques. Les plumes du ventre sont cerclées de noir, et une bande blanche borde l’extrémité de la queue. Linné a transporté aux dindons le nom que les Grecs donnoient aux pintades, et de tels travestissements sont aussi fàcheux pour la philologie que ridicules par leur maladroite application. L’acquisition nouvelle de ce genre peut être rangée parmi les plus belles espèces. On en doit la connoissance à M. Cuvier, qui acheta l'individu conservé dans la galerie de Paris, à la vente du célèbre cabinet Bullock, à Londres. C’est le DINDON OCELLÉ (3) que M. Cuvier a fait connoître en ces termes : « Ce magnifique oiseau réunit à la forme singulière du dindon un éclat de couleur qui le cède à peine à celle du paon. Les gens d’un vaisseau envoyé à la coupe du bois de Campêche, dans la baie d’Honduras, en virent trois, dont ils réussirent à prendre un vivant, Ils l’envoyèrent à sir Henri Halfort, médecin du roi d'Angleterre ; mais cet individu se noya dans la Tamise en arrivant à Londres, et le chevalier Halfort en fit présent à M. Bullock,
() Gallo-pavo, Briss.; meleagris, L.; Cynchramus, Mœbhring.
(2) Gallo-pavo primus, Temm.; meleagris gailo-pavo, L.
(; Meleagris ocellata, Cuv., Mém. du Mus., t. VI, pl. 1. Temm., pl. color. 112.
propriétaire d’un riche cabinet d'histoire naturelle, dit le Temple égyptien, dans larue de Piccadilly.C’est à la vente de cette collection que le Cabinet du roi en à fait l’acquisition : acquisition précieuse aussi pour la science; car, jusqu’à présent, les naturalistes n’avoient compté qu’une espèce dans le genre. des dindons.
» La taille et le port de ce gallinacé sont les mêmes que dans le dindon commun, mais sa queue est moins large, et l'on ne sait pas s’il fait la roue de la même manière. Le bec est le même qu’au dindon, et sa base est aussi surmontée d’une caroncule, qui sans doute éprouvoit les mêmes dilatations que celles du dindon. La tête et les deux tiers supérieurs du cou sont nus, et paroissent avoir été colorés de bleu et de rouge. Sur chaque sourcil est une rangée de cinq ou six tubercules charnus, et sur le milieu du crâne en est un groupe de cinq autres très rapprochés. De chaque côté du cou on voit six ou sept de ces tubercules rangés très régulièrement au-dessus les uns des autres, à des distances à peu près égales. Il n’y en a point sur le cou ni dessous , et l’on n’aperçoit aucune trace de l’espèce de jabot charnu qui pend au bas du cou du dindon.
» Je n'ai point vu non plus de vestiges de ce pinceau de gros poils qui caractérise si particulièrement le dindon mâle; mais, comme le plumage de la poitrine étoit endommagé, je n’oserois affirmer que cette espèce en soit toujours dépourvue. Toutes les plumes du dessus et du dessous du corps sont coupées carrément, comme au dindon; celles du bas du cou de la partie supérieure du dos, des scapulaires et de tout le dessous du corps sont d’un vert bronzé, et bordées de deux lignes, une noire, et l’autre, qui est plus extérieure, d’un bronzé un peu doré. Les plumes du milieu et du bas du dos ont leurs couleurs distribuées de même, mais plus belles; c’est-à-dire qu’à mesure qu’elles descendent vers le croupion, leur partie vert bronzé passe par degrés à un bleu de saphir, qui, selon less reflets de la lumière, se change en un vert d’émeraude, et la bordure, bronze doré, s’élargit de plus en plus, prend sur le haut du dos l'éclat de l'or; et vers le bas, ainsi que sur le sroupion, cet or, en augmentant toujours d’éclat et de largeur, prend une teinte rouge de cuivre, qui, à certaines expositions, est presque aussi vive que celle de la gorge de l’oiseau-mouche, appelé rubis topaze. L’éclat de cette bordure d’or rouge est d’autant plus frappant, qu’elle est séparée de la partie verte et bleue de la plume par une ligne d’un beau noir de velours. Les plumes du croupion ont leur partie cachée gris cendré, vermiculée de brun noirâtre. Cette partie srise vermiculée prend plus d’étendue, et se montre au dehors sur les dernières d’entre elles, ainsi que sur les couvertures supérieures et sur les pennes de la queue; en sorte que
DES OISEAUX
la partie bleue et verte, entourée de toutes parts par : peintre enthousiaste, qui a séjourné plus de quinze
un cercle noir, et bordée en outre du côté du bout de la plume par une large bande de la plus belle couleur d’or changeant en cuivre, y représente des yeux assez analogues, pour leur disposition, à ceux de la queue de l’éperonnier, mais infiniment plus grands et plus éclatants en couleur. Il paroït qu’en comptant ceux du bout de la queue, il y a quatre rangées transversales de ces yeux ainsi séparés par des espaces gris et vermiculés.
» Les plumes des flancs et celles du dessous de la queue sont semblables à celles du haut du croupion, mais leur vert est plus foncé et leur duré est plus rouge.
» Les petites couvertures de l'aile sont d’un beau vert d’émeraude, avec un bord étroit d’un noir de velours ; les grandes couvertures secondaires d’une belle couleur de cuivre métallique, avec des reflets dorés. Leur partie couverte est vert d’émeraude près de la tige, et vermiculée de gris et de blanc le long du bord couvert. L’aile bâtarde et les couvertures primaires sont d’un brun noirâtre, avec des bandes transversales étroites et obliques blanches : c’est aussi la couleur de toutes les pennes, mais le bord externe des dernières pennes primaires et de presque toutes les secondaires est blanc; et quand l’aile est fermée, ces bords blancs réunis forment sur son milieu une large bande longitudinale blanche. Les pennes secondaires les plus voisines du dos ont dans leur brun des teintes vert doré. Tout le dessous de l'aile est bordé en travers de blanc et de gris brunâtre. Je n’ai compté que quatorze pennes à la queue, arrondie par le bout, de cet individu. Toutes ces pennes en dessous sont noirâtres, légèrement vermiculées de blanchâtre. Les plumes des cuisses sont noirâtres. Les jambes sont un peu plusélevées et plus fortes qu’au dindon commun, et armées d’éperons beaucoup plus forts et plus pointus à proportion. Leur couleur paroît avoir été d’un beau rouge.
» Les plus beaux dindons sauvages ont le fond de leur plumage d’un bronze changeant en cuivre, chaque plume munie d’une large bordure noire et d’un autre petit bord fauve mat. Leur queue, formée de pennes plus longues et plus fortes que dans notre oiseau, n’a, ni sur les plumes ni sur les couvertures , rien qui ressemble à des yeux.
» Il n’est pas douteux que cet oiseau de Honduras ne forme une espèce aussi nouvelle que brillante. »