DE LA DISPERSION DES OISEAUX SUR LA SURFACE DU GLOBE
Chaque pays produit des animaux qui lui sont propres, et celle loi générale, d’abord posée par Buffon , ne souffre point d’exception , bien que son auteur, trempé par de fausses analogies, l'ait abandonnée dans les derniers temps de sa carrière. Cette persistance de l’espèceindividuelle dans de certaines limites est en effet une des circonstances les plus frappantes du pouvoir créateur de la nature. Un animal quelconque ne transgresse jamais cette fixité de démarcation imposée à son organisation. Il n’en est pas de même des genres : résultats de combinaisons tout artilicielles mises en jeu par l'esprit humain, on conçoit que les caractères qu’on leur assigne varient suivant les circonstances ou les manières d’être, prises pour principale nuance d’analogie ou de dissemblance entre un certain nombre d'animaux.
Par suite, il en résulte que des genres peuvent se composer d'espèces propres aux paysles plusdivers, si toutes ces espèces se ressemblent par une réunion d’analogie dont le point de départ est la comparaison et le jugement d’un auteur systématique ou même méthodique. Le genre, en histoire naturelle, est donc en entier un résultat de l’art, ou, en d’autres termes , l'expression d’une analyse; tandis que l'espèce, conservant perpétuellement ses caractères, existe comme type d'organisation, et a été le produit de la création. Mais la grande difficulté de circonscrire les foyers propres à chaque série d'êtres, et notre connoissance encore imparfaite de toutes les espèces propres à telle ou telle contrée rendent extrêmement diflicilesces tentatives de démarcation. Ensuite, tous les animaux ne sont point influencés de la même manière par les bassins où ils vivent. I1 est de toute nécessité de se rendre compte souvent des influences diamétralement opposées qui arrêtent dans son essor tel animal terrestre, ou bien de celles qui préparent et qui donnent une vaste arène à un animal aquatique. Mais ce sont ces appréciations que personne n’a encore essayé de faire ; car bien que
HISTOIRE NATURELLE
des auteurs aient rejeté les causes finales, ou plu tôt aient blâmé l'abus que certains philosophes en ont fait dans leurs écrits, toujours est-il qu’un animal muni d’ailes est destiné à voler, ou que celui dont les doigts sont garnis de palmures est principalement accommodé à la natation ; et ce fait devient trivial, tant il est vulgairement vrai dans son principe. Or, encirconserivant un certain nombre d’êtres dans les bassins formés par les reliefs de l'écorce du globe, doit-on tenir compte et des parallèles et des méridiens , de l'influence des agents physiques extérieurs , et surtout de la nature de l’animal ? Que de nuances, en effet, à établir entre les mammifères terrestres et les aquatiques , les oiseaux sans ailes, les mauvais voiliers, ceux à vol rapide, les riverains, les gallinacées, les palmipèdes! Dans les autres classes, ces dissemblances sont bien autrement variables et diversifiées, et pour en citer un exemple pris dans un ordre étranger à notre sujet, les poissons, d’abord isolés dans certaines mers, confinés entre des degrés de latitude accommodés à leur existence, resserrés dans certains bassins peu considérables. comptent encore des espèces toujours errantes dans la haute mer, tandis que certaines n’abandonnent point le sable des grèves, les limons de quelques rivages et les rochers à fleur d’eau des archipels. Enfin, les eaux douces de chaque contrée peuvent renfermer des genres identiques; mais, certes , leurs espèces sont toujours distinctes et différentes dans leur essence.
L'influence la plus signalée que possèdent les agents extérieurs est de faire naître ce qu’on doit appeler la variété de localité, bien distincte de la variété accidentelle, qui n’est que le résultat d’une circonstance fortuite, qui peut occasionnellement se reproduire de la même manière et sous l'influence de la même cause, mais qui, cependant, est plutôt une sorte de monstruosité qui s'éteint sans se renouveler par elle-même. Il n’en est pas ainsi, disonsnous, de la variété de localité : l’être qui y est soumis, influencé à la longue dans son organisme, se reproduit avec les nouveaux attributs que sa localité lui à imposés comme une loi d'existence; et cependant les dissemblances par lesquelles il s'éloigne du type de son espèce ne sont pas assez tranchées, assez nettes pour en permettre la distinction. La taille et les couleurs sont ordinairement les deux manières d’être que la localité modifie le plus chez tous les animaux. Ainsi Péron a dit : « Prenons pour exemple l’oreille-de-mer, connue sous le nom d’haliotis gigantea : c’est à l'extrémité du globe, c’est sous le choc des flots polaires qu’elle se complaît ; c’est là qu’elle parvient à la longueur de quinze ou vingt centimètres ; c’est là qu’elle forme ces bancs précieux sur lesquels les habitants de la terre de Diémen viennent chercher une nourriture abondante et salubre...
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A peine nous sommes à l’île Maria, nous n'avons fait pour ainsi dire que traverser le canal d’'Entrecasteaux , et déjà ce grand coquillage a perdu de ses dimensions. A l’île King, il est plus petit encore et plus rare ; sa dégradation devient’de plus en plus sensible à mesure qu’on remonte davantage vers l'ile Decrèset vers les îles Joséphine. Dans les misérables avortons de cette espèce qui végètent sur les rochers de la terre de Nuytz, on a peine à reconnoitre le plus grand coquillage de la terre de Diémen, et audelà du port du Roi-Georges on en chercheroïit en vain la trace. Il en est de même pour ces phasianelles, naguère si rares et si précieuses, et que nous avons apportées en si grand nombre. L'ile Maria est leur véritable patrie, c’est là qu'il seroit possible d'en charger des navires. Comme l’haliotis gigantea du cap Sud , elles expirent au port du Roi-Georges, après avoir éprouvé comme elle une suite de dégradations presque insensible, il est vrai, mais qui finissent pourtant par anéantir l’espèce. » Or, à ces deux faits observés par un naturaliste justement célèbre, on pourroiten adjoindre dans toutes les classes des centaines d’autres tout aussi positifs, tout aussi distincts. L'influence de la climature sur les êtres est donc démontrée par des exemples irrécusables dont rien ne peut affoiblir le témoignage.
Nous reportant par la pensée sur l’ensemble de la création, ne pourroit-on pas, avant de chercler à grouper les détails qui nous débordent et nous échappent, tenter d’assurer notre point de départ? Car, sans base, tout édifice ne doit qu’au hasard du sol sa solidité : nous émettons à ce sujet quelques idées généralisées ainsi :
La terre, qui dépend du système solaire, est soumise dans ses mouvements annuels à l’influence plus ou moins directe de la lumière et de la chaleur émise par le soleil. Il en résulte pour tous les êtres créés qui la recouvrent, une série d’actions dont les règles altèrent profondément les animaux des classes inférieures, tout entiers soumis aux lois de la distribution géographique. Les animaux supérieurs, au contraire, modifiés dans certains cas par l’homme, peuvent changer de manière d’être par une série de phénomènes dont le résultat est nommé naturalisation. Chaque être à donc été façonné pour vivre primitivement sous telles ou telles influences, et par conséquent dans un cercle dont les degrés de latitude et de longitude ne précisent pas uniformément les limites. Il est résulté de cette création que chaque système de terre, chaque île, soumis à des influences atmosphériques identiques, a produit à peu près les mêmes animaux, à moins que, depuis le morcellement de ces terres ou de ces îles, quelques espèces mal protégées par leur organisation se soient éteintes sous l’influence de causes accidentelles ou imprévues. Bien qu’on doive admettre comme grande
coupe l'existence de cinq zones, chacune ayant sa création à part, et nettement distincte, toujours est-il que ces zones sont elles-mêmes passibles de divisions secondaires. Ainsi ces cinq zones générales sont la torridienne, les deux tempérées, au sud et au nord de l'équateur, et les deux polaires, la bo: réale et l’australe, aux extrémités du sphéroïde terrestre; mais, à prendre chacune de ces zones en particulier, que d’influences locales viennent établir des barrières à la progression de certains êtres ou tracer des limites que la plupart ne peuvent franchir! Les hautes chaines montagneuses, par l’abaissement de température de leur sommet, conviennent à des animaux qui sont organisés pour vivre au milieu des glaces du pôle; tandis que dans les vallées inférieures, ou dans les savanes qui occupent la déclivité des bassins, règne une chaleur des plus vives, et par suite une création qui y est appropriée. Ainsi, en prenant pour exemple la zone torride, et bien que dans l’ensemble des êtres qu’elle nourrit il y ait une analogie générale, que de nuances viendront s'offrir suivant qu’on examinera ses limites dans les Nouveau Monde et dans l'Ancien, sur les rivages des grandes mers ou au miliet de vastes forêts, de déserts sablonneux, de savanes noyées, ou sur les cimes des montagnes ! Que de bassins l’Amérique seule renferme entre les deux tropiques ! Et certes la création terrestre éprouvera des variations bien plus grandes si on la suit entre ces deux lignes, au milieu de la mer du Sud, dans les iles de la Malaisie, au nord de la Nouvelle-Hollande, sur le continent de l’Inde ou en Afrique. Les zones tempérées liées entre elles par une continuité de terres, et celles de l’Ancien Monde, coupées en bassins plus nombreux, où affluent des fleuves qu’encadrent des chaînes serpentant dans tous les sens, impriment aux êtres qui y vivent un cachet spécial, bien que moins imposant et moins fécond que celui de l’équateur. Il seroit inutile pour le moment de suivre plus loin ces distinctions climatériques. Résumons ce qu’on peut admettre sans trop d’invraisemblance des influences de la création sur tous les êtres.
La terre, en sortant du chaos, dut naître de la combinaison chimique des éléments atmosphériques, qui se condensèrent en un noyau primitif, dont les parties intégrantes se réunirent sous l'influence de l’attraction moléculaire. Cette planète dut rester long-temps embrasée. Petit à petit, les matières en fusion qui la composoient se refroidirent à sa surface, et la croûte se consolida successivement et avec lenteur. La masse prodigieuse des fluides vaporisés dans l'atmosphère par la chaleur tendit à se précipiter sur cette surface extérieure refroidie, et la croûte desséchée et crevassée du globe ne tarda pas à être recouverte d'eaux douces et d'eaux marines dont la surface s’accrut progressivement. Une énorme cou-
che d'acide carbonique devoit alors former les fluides atmosphériques , et l’on doit supposer que la première trace de vie qui parut sur la terre fut une végétation composée de cryptogames, de lichens, de lèpres et de petites fougères. Les eaux, mal circonscrites dans leurs bassins, purent faire irruption sur ces premières ébauches d'organisation et les détruire. La permanence des eaux permit toutefois à certains germes d’éclore, et c'est ainsi que les fucacées et les ulves, sorte de nœud vital intermédiaire aux plantes et aux animaux, se développèrent sur les rivages, tandis qu’une végétation un peu plus compliquée s’établissoit sur les rochers et qu’une décomposition successive faisoit naître l’humus. Bientôt durent apparoître au sein des mers les alcyons, les éponges, les polypiers, êtres ambigus qui furent la première trame où la vie s'établit par irrilabilité animale.
3 Cependant l'écorce du globe, ou du moins l’épaisseur que nous en connoissons, se trouva composée de corps formés de molécules semblables, réunies par une force à laquelle on donna le nom d’attraction moléculaire, agissant dans un sens inverse de l'attraction planétaire, et ces corps, nommés minéraux, se classèrent dans de certains rapports assez exacts pour que, par eux, on püt établir les âges de la terre et tracer l’histoire des révolutions qu’elle a éprouvées ; mais ces minéraux furent primitivement combinés et agrégés à l’aide du feu, d’autres furent le résultat lent et successif d’une cristallisation par évaporation et par la précipitation, et de ces deux combinaisons naquirent des roches composées, dont l’arrangement constitue ce qu’on entend par terrains.
La surface épidermoïque du globe a dû être d’abord unie ; la végétation qui la revêtoit se composoit principalement de plantes moins complètes dans leur organisation, et les animaux eux-mêmes, par les débris qui nous sont parvenus, appartenoient tous aux classes inférieures. Des chocs, nommés par quelques géologues des cataclysmes, ou des ruptures, dont résultèrent des retraits et des ressauts, vinrent, par leurs perturbations puissantes, détruire ces ébauches de la vie et bouleverser la surface de la terre. Les eaux firent irruption et couvrirent des endroits d’où elies ne se retirèrent que des siècles plus tard en laissant des traces irrécusables de leur passage. C’est ainsi que les os fossiles d'animaux éteints depuis ces périodes, nommées antédiluviennes, sont venus par leurs débris témoigner matériellement de leur existence et de leur extinction. Purs de ces restes organisés, les granits, les gneiss, conslituèrent des couches primitives qui se formèrent avant les animaux, ou qui, solidiliées par l’action du feu, anéantirent les fragiles tests qui auroient pu témoigner de la création primitive. Ce n’est que dans les terrains dits éntermédiaires, et surtout dans les
secondaires, puis enfin dans les tertiaires, que ces dépouilles apparoissent en plus grand nombre. Toutefois, l’ordre et l’arrangement de ces vestiges de l’organisation gisent sur l’écorce du globe dans des rapports tels qu’on reconnoit aisément qu'après avoir appartenu à des animaux moins élevés dans l'échelle animale, ils se sont trouvés par suite être le résultat d’un plus haut degré d'organisation. Il en est de même des végétaux fossiles : les plus profonds, comme les plus nombreux, appartiennent d’abord à la série des genres vaseulaires, et ce n’est que plus tard qu’'apparoissent les dicotylédones, résultats d’une combinaison vitale supérieure. Enfin les oiseaux, les mammifères et l’homme surtout n’existoient point à ces époques, et les premières traces d’ossements fossiles des mammifères éteints ne se manifestent que dans les couches meubles des terrains de transport. Quant à l’homme, ses ossements ne s'offrent nulle part à l’état véritablement fossile, et les brèches qui en enveloppent les os sont des calcaires madréporiques agglutinés qui saisirent sa charpente osseuse dans leurs interstices, par suite d'accidents purement fortuits et qui datent au plus de quelques siècles.
Les minéraux ne sont donc pas soumis aux lois de la climature ; ils sont par conséquent répartis indifféremment dans la masse du globe, et ils affectent seulement quelques particularités de positions, connues sous le nom de gisements, dépendantes de formations. Il n’en est pas de même des végétaux : leur existence est subordonnée au sol sur lequel ils sont fixés, et de là les divisions en régions hyperboréenne, européenne, sibérienne, méditerranéenne, etc., établies par les botanistes pour servir de cadre à l'explication des lois qui régissent leur dispersion. Il est done à peu près démontré que la zone équatoriale est la plus féconde en plantes douées de formes imposantes et largement développées ; que les zones tempérées affectent dans le type de la vé-
. gétation un aspect robuste, sec et ligneux ; qu’enfin
les régions polaires se ressemblent en ce sens, que le nombre des espèces est très restreint, et que cellesci ne sont plus que des herbes rabougries par l’âäpreté des froids continus. Dans ces grandes zones, mille oppositions naissent dans la répartition des masses secondaires, soit par l'influence des bassins , des localités, des milieux; toutefois, plus on s'élève sur les montagnes, plus la végétation se rapproche de celle des zones polaires, et sur le Chimborazo, par exemple, on finit par trouver à la limite des glaciers qui en couronnent les pics, une flore analogue à celle de Pile Melville; on sait encore que près des pôles les plantes phanérogames ou cryptogames diminuent ou disparoissent pour faire place aux agames. Ce n’est guère que sous l'équateur que les monocotylédones deviennent de puissants végétaux, et
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que les gramens prennent le port et la solidité des arbres des zones tempérées.
Les zoophytes, qui habitent les mers, sont d’autant plus nombreux qu’on se rapproche de l’équateur; ils vivent, sans aucune distinction, tous autour du globe, en lui formant une ceinture végéto-animale. Il en est de même d’un grand nombre de mollusques marins; cependant, à mesure qu’on s’élève en latitude, leurs espèces changent et font place à d’autres, façonnées sur de nouveaux types. Les poissons de mer sont aussi subordonnés à cette loi : ceux du Nord ne sont point ceux du Sud, et les espèces australes se rencontrent aussi bien sur les attérages du cap Horn qu’au sud de la terre de Diémen ou proche du cap de Bonne-Espérance. Les poissons équatoriaux sont ou pélagiens, comme les exocets, les scombres, les coryphènes ; ou saxatiles, comme les lâbres, les aleutères, les balistes; et alors ils éprouvent le besoin d’être abrités par les côtes et d’être protégés par les rescifs crevassés sur des plages échauffées. Ils varient par conséquent d'espèces suivant la conformation des systèmes de terre, bien que la plupart des poissons du grand océan Pacifique vivent aussi bien sur les côtes d’O-Taïti, des Carolines, des Moluques, que sur les rivages de Maurice ou des Seychelles de l'océan Indien. Les insectes et les reptiles, extraordinairement communs sous l’équateur, diminuent graduellement en nombre à mesure qu’on avance vers les pôles; mais leur multiplication demandant impérieusement l’union de la chaleur et de l'humidité, il en résulte qu’ils sont moins abondants dans les climats où ces deux circonstances ne se trouvent pas réunies. Les mammifères sont assez bien répartis quant au nombre sur tous les points de la terre, mais il n’en est plus de même sous le rapport de la taille ; les plus puissants vivent dans les vastes forêts vierges de f’équateur, ou dans l’espace des mers, ou enfin sur les confins du monde. De mille mammifères connus, l’Europe n’en a guère que deux cent quatre espèces, tandis que l'Amérique en renferme trois cents, l’Asie deux cent quatre-vingts, et l'Afrique deux cent seize. Des quadrupèdes enlevés aux lieux qui les virent naître, soumis à la domesticité, se sont habitués à des climats peu adaptés à leur organisation ; d’autres, au contraire, compagnons de l’homme, ne paroissent plus exister à l’état sauvage, et ne sont plus que des êtres altérés par une longue servitude.
Nous venons de soulever un très petit coin du voile qui enveloppe les tables des lois de la nature; nous nous sommes resserré autant que possible; et, bien qu’un tel sujet demandât des développements nombreux, nous n’avons pas dû oublier que ce travail ne seroit pas ici à sa place, et qu’il devenoit indispensable de nous borner à de simples prolégo-
mènes pour arriver au but de cet article, aux géné= ralités relatives à la distribution des oiseaux. ; Munis de rames préparées pour la natation, les poissons et les mammifères pisciformes ont recu pour arène le sein des mers, les fleuves et les lacs ; partout où l’eau séjourne , il peuvent se transporter à l’aide de leurs appareils locomoteurs destinés à agir sur un fluide dense. Eh bien! malgré cela, tant de nuances se manifestent dans leur organisation générale, qu’ils ne doivent jouir de cette prérogative qu’autant que la masse d’eau qu’ils habitent est appropriée à cette même organisation. fl en est ainsi des oiseaux. Quoique l’atmosphère ait été accordée à la presque totalité des espèces comme un domaine naturel , que tout soit accommodé dans leur constitution pour agir au milieu d’un fluide vaporisé, mille particularités retiennent les espèces individuelles dans de certaines circonstances qu’il ne leur est pas permis d'éviter. Bien plus, la création des espèces n’a pu même être que successive et non simultanée ; car, si l’on admet que la surface de la terre a été couverte d’eau, il faut admettre aussi que lesoiseaux palmipèdes ont été les premiers créés pour vivre sur un fluide qui seul renfermoit alors leur pâture; que par suiteles rapaces, fixés sur Les sommets sourcilleux des hautes montagnes, nourris de proie ou de charognes rejetées par les flots, apparurent lorsque les terres se dégagèrent du sein des mers; qu’enfin les échassiers se disséminèrent sur les grèves, au niveau de la ligne des eaux, et que c’est ainsi qu'on peut se rendre compte de l'identité de quelques espèces sur presque tous les rivages du globe. Enfin , lorsque la végétation se fut établie, apparurent les oiseaux omnivores, etc. ; les granivores ne purent naître que lorsque les plantes herbacées qui donnent les graines dont ils s’alimentent, ou les végétaux qui portent des fruits se furent développés. Les restes d’oiseaux ou leurs débris fossiles, peu nombreux au demeurant, et contemporains de certains grands mammifères , appartiennent principalement à des buzards, des gallinacées et des échassiers , et n’ont pu être détruits que par des perturbations locales. Il est de fait que les pingoins, les manchots, êtres incomplets, presque toujours nageant au sein des eaux, incapables de voler, et marchant avec difficulté, établissent un lien de transition avec les poissons, dont ils sont un type voisin, et ont dû précéder toutes les autres créations volatiles, comme l’autruche a dû en être le dernier terme. Celle-ci, en effet, adaptée à des déserts, sortes de terrains modernes desséchés , sans ailes pour voler, à demi quadrupède par les organes, est évidemment le lien de transition qui unit les oiseaux aux mammifères : mais de plus amples détails sur une opinion que toutes les probabilités possibles ne peuvent dégager d’une obscurité encore hypothéti-
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que seraient superflus, et nous devons les négliger.
Des genres d'oiseaux très naturels sont exclusivement propres à telle ou telle contrée ; certains ont des espèces répandues indifféremment sur toute la surface de la terre, et ces espèces, bien que diffé rentes spécifiquement, ont souvent la plus complète analogie dans l’ensemble de leurs caractères, et paroissent se remplacer mutuellement dans des localités données. Deux grandes divisions semblent dominer la répartition des oiseaux, l’une de l’Ancien Monde, et l’autre du Nouveau. Il est de fait qu’une analogie fort remarquable existe entre les espèces et même les genres de l’Europe , de l’Afrique, de l'Asie, et encore de l'Océanie etde l’Australie, tandis que l'Amérique à une création toute spéciale, même de genres, bien qu'elle partage avec l'Ancien Monde certaines formes plus distinctement spéciliques, et encore ces formes sont-elles propres à la portion boréale de ce continent, portion qui dépend, par ses connexions , du système de terre de l’Europe et de l'Asie. L’hémisphère nord a cela de particulier, en effet , de former un tout continu, uni à l'Amérique sous le pôle, et séparé vers sa plus grande étendue par d’étroits canaux. El n’en est pas de même de l'hémisphère méridional, terminé en étroites langues de terre qui n’ont pour limites que les flots de l'océan Antarctique. Ainsi ces trois portions de terre avancées dans le Sud ont-elles chacune une création toute spéciale, toute différente, dont les analogies ne se présentent que chez les espèces aquatiques.
On doit donc admettre dans la géographie des oiseaux les distinctions de genres de l’Ancien et du Nouveau Monde, puis des zones générales spéciliées ainsi : la zone équatoriale, où l'influence d’une chaleurconstante donne aux oiseaux les parures les plus somptueuses, les vestitures métallisées ; zone qui peut être sous-divisée en trois : l'équateur proprement dit, celle du tropique du cancer et celle du tropique du capricorne, chacune large d'environ trois cents lieues ; puis les zones tempérées du Sud et du Nord, où l’inconstance des saisons prête aux oiseaux des livrées plus modestes , ou porte certaines espèces à émigrer. Ces deux zones sous-divisées ellesmêmes en trois : une portion centrale, une portion boréale etune partieméridionale, possédant chacune ou une création à part, ou une création intermédiaire avec celle de la zone qui avoisine le Nord ou le Sud des régions tempérées ; enfin, deux régions polaires: l’une arctique, l’autre antarctique, affectant chacune des types tout-àait spéciaux. Là, les oiseaux soumis à une rude climature ont des livrées ternes, variables, un épais duvet, et le plus souvent Je corps enduit de fluides sécrétés qui protègent la peau et lui servent d’enveloppe non conductrice de Ja chaleur. Enfin , reprenant la zone équatoriale, il
seroit naturel de la sous-diviser en bassins qui seroient dans l’Ancien Monde : 4° Ja région africaine centrale, à partir du revers de l’Atlas au nord jusqu’à la chaîne du Monomotapa au sud, du cap Vert à l’ouest, jusqu’au golfe Persique à l’est, et dont dépendroit la création assez spéciale de Madagascar ; 2° la région malaisienne qui, de Sumatra et de la presqu'ile de Malacca, joindroit toute la partie intertropicale de la Nouvelle-Hollande, les îles Philippines, la Nouvelle-Guinée et la plupart desîles océaniennes, bien que leur ornithologie s’appauvrisse à mesure qu’on dépasse le méridien des îles Salomon, dans le Nouveau Monde; 5° la région colombienne, renfermant le Pérou, le Brésil, la Guyane, les Antilles et le nord du Paraguay.
La zone tempérée boréale comprend la région européenne, la région altaïque, la région indienne (Indostan, Pégu, Siam) ct la région chinoise (Chine, Japon et Kamtschatka ). La région polaire boréale seroit unie et embrasseroit l'Islande, la Nouvelle-Zemble, le nord de la Norwége, le Groënland, Terre-Neuve, le Spitzherg, la Sibérie boréale et tout le nord de l'Amérique.
La zone tempérée australe se diviseroit, 4° en région capensienne ; 2° région australienne ( Austra lie, Tasmanie et Nouvelle-Zélande ) ; 5° région mexicaine (Mexique, Floride, Californie); et 4° en région plata-patagonienne. Enfin la région polaire antarctique commenceroit par quelques ilots au sud des trois grands caps, embrasseroit une création peu étendue, peu nombreuse, en grande partie maritime et répandue sur la terre de Feu, et sur les îles Malouines, Shetland, Kerguelin, Tristan, d’Acunha, etc., etc.
Or, chacune de ces petites régions particulières, ayant des genres et des espèces bien distincts , faciles à caractériser dans leur ensemble, n’éprouve que des modifications de détails apportées par la configuration des chaînes montagneuses et des bassins, et par suite les oiseaux qui y vivent sont naturellement circonscrits, bien que leurs points d'union avec les espèces de certaines zones offrent le mélange des unes et des autres sur leurs limites respectives,
Il nous reste à fournir une preuve convaincante des idées que nous venons d'émettre et que nous ne pouvons suivre sans produire des éléments positifs de calcul, Ces éléments, nous allons les puiser dans l'indication de chaque genre, tels que nous les concevons à l’époque actuelle ; et bien que des découvertes nouvelles doivent venir un jour, sans aucun doute, apporter des modifications à nos idées, nous ne croyons pas toutefois qu’elles puissent en changer les bases ni même l’ensemble.
Les oiseaux que nous avons nommés anomaux, parce que leur organisation tient de celles des mam-
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mifères, sont répartis en quatre genres, n'ayant chacun qu'une espèce. Or, l’autruche vit dans les déserts de l’Afrique, le nandu dans les pampas de l'Amérique, le casoar dans les forêts de la Malaisie, et l’émeu dans les taillis d’eucalyptus de l'Australie ; maisici ces espèces ont éprouvé des modifications géographiques. Deux d’entreelles habitent la zone équatoriale, et deux les limites les plus méridionales de la zone tempérée australe. Une cinquième espèce, type du genre dronte, existoit autrefois sur l'ile Maurice; elle s’est éteinte. Comment pouvoit vivre cet oiseau sans moyens de protection sur une île volcanique, d’une création récente par conséquent ? c’est ce dont il est diflicile de se rendre compte. L’aptérix enfin, autre oiseau sans ailes, est confiné dans le sud de la Nouvelle-Zélande; mais on ne le connoît pas assez pour savoir si c’est près des casoars qu’il doit être classé ou près des manchots qu’il doit demeurer. Cependant on ne peut douter qw’il ne se tienne dans les bois , et tout porte à croire qu’il est intermédiaire, comme chaînon , aux casoars d’une part, et aux manchots de l’autre.
Des cinq ordres généraux où viennent se grouper tous les oiseaux normaux, le premier, celui des accipitres, renferme deux espèces , types de deux genres ambigus : ce sont le messager du Cap, mangeur de reptiles, et le sariama huppé de l'Amérique chaude, où il vit dans les plaines de lézards, de serpents et d'insectes mous. Ces deux oiseaux, très voisins l’un de l’autre, sont calqués pour l'Ancien et le Nouveau Monde sur un moule identique, et possèdent les mêmes mœurs et les mêmes habitudes. Des sept ou huit vautours vrais, bien connus, cinq sont propres à l’Europe et à l’Afrique, et deux aux continents et îles de l’Inde ; mais les sarcoramphes sont exclusifs à l'Amérique, ainsi que les cathartes. Le coudor est des Andes; le roi des vautours des plaines de la Guyane, des Florides et du Brésil , et les cathartes à mœurs infectes vivent dans presque toute l'Amérique, sans tenir compte des influences de la chaleur. Les deux percnoptères sont à la fois d'Europe, d'Asie et d’Afrique ; et le lemmer geyer, type du genre griffon , se rencontre volontiers sur les glaciers de toutes les hautes chaînes qui sillonnent l’Ancien Monde.
Dans la grande famille des faucons , on ne peut s'empêcher d'admettre des groupes, des sortes de tribus naturelles dont les individus sont épars dans tous les pays , ou restreints à certains endroits. Ainsi les iribins et les rancancas sont de l'Amérique chaude, et les caracaras de la Patagonie et de la Plata. Les aigles n’habitent que l’Ancien Monde, et une espèce s’est avancée jusque dans l'Australie. Les pigargues , qui fréquentent les criques, les baies, sont répandus en Europe , au Groënland, aux États- Unis, en Afrique, au Bengale, aux Moluques, dans
V'Australie, à la Nouvelle-Zélande, au Sénégal - Cap et au Paraguay. Peut-être devra-t-on distinguer dans cette tribu le chimachima et le chimango de la Plata, deux espèces anomales par quelques uns de leurs caractères et surtout par leurs habitudes. Les balbuzards , autres rapaces qui vivent de pêche, se sont propagés le long de toutes les côtes, et i paroït assez évident que c'est la même espèce qu’on retrouve en Europe, jusqu’en Amérique et aux terres australes, Le bateleur écourté vit au Sénégal , au Cap, et se distingue des circaëtes ; ceux-ci sont rés paodus indifféremment en Europe, en Afrique, en Amérique et dans l'Australie, s’il est vrai du moins que le caracara funèbre des auteurs soit un vrai circaëte. Les harpies sont de l'Amérique chaude, et les spizaïtes sont propres aux deux continents. Jusqu’à présent les cymindis n’ont point été observés ailleurs qu’au Brésil et à la Guyane. Quant aux autours ( épervierset vrais autours), ils sont de tous les pays. Les macagouas , toutefois, ne se rencontrent que dans le sud de l'Amérique, et les vrais milans sont d'Europe , d'Asie, d'Afrique et d’Australie ; mais les elanus et les nauclerus sont à la fois d'Afrique et d'Amérique, tandis que les ictinies sont de cette dernière contrée. Les bondrées sont de l’ancien continent , les buses de lancien et du nouveau, ainsi que les buzards, bien que ce petit groupe n’envoie encore qu’une espèce aux iles Malouines. Plus communs en Europe, en Afrique et en Asie, les faucons et leurs races se sont propagés en Amérique; mais c’est principalement dans la Malaisie que leurs espèces sont très variées ; les individus européens se retrouvent dans l’Inde continentale sans avoir éprouvé de changements.
Les rapaces nocturnes ou les strix ne sont guère soumis à des démarcations régulières; leurs races sont éparpillées sur le globe sans trop admettre de particularités distinctives, seulement on ne peut passer sous silence les mœurs de certaines chouettes américaines qui les portent à se creuser sous terre de véritables clapiers pour abris. Cependant la hulotte d'Europe ne paroît pas être représentée ailleurs ; il en est de même du ketupa de Java et des deux espèces remarquables de ducs : l’une est de l’Europe centrale, l’autre est de l'Amérique tempérée méridionale.
Les passereaux, soit grimpeurs, soit marcheurs , embrassent la majeure partie des oiseaux , mais l’arbitraire, le vague, qui existent dans la détermina tion des genres et dans la description des espèces s’opposeront pendant long-temps encore à ce qu’il soit possible de baser d’une manière un peu solide la règle de leur distribution géographique. Dans l’état actuel des choses, nous essayerons toutefois d'en tracer une esquisse, en commençant par les grimpeurs.
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Les couroucous, qui viennent naturellement après les chouettes , sont des oiseaux à plumes métallisées, d’abord découverts dans les régions chaudes de l'Amérique, et qu’on a retrouvés depuis{à l’extrémité australe du Cap et dans les îles de la Sonde. Or, ce genre est un des plus distincts, et il semble entièrement accommodé aux régions brûlantes de la zone équatoriale. Les musophages et les touracos qui les suivent sont exclusivement africains, et tous du cap de Bonne-Espérance ou de la Sénégambie, et le sasa semble être leur représentant dans les savanes noyées de la Guyane. La grande famille des coucous, nombreuse en espèces et tout aussi nombreuse en genres et en sous-genres, a toutefois des différences notables dans chacune des zones que nous avons spécifiées. Ainsi le scytrops est australien , les anis sont américains, les malcohas indiens et malaisiens ; les courols sont de Madagascar , les coucals de la Malaisie et de l'Afrique, les couas de Madagascar et du Brésil, les pyaes de la Guyane, du Brésil, des Antilles, des Etats-Unis et de Java, les coucouas d'Amérique , les boubous de Sumatra, les taccoïdes de la presqu'île de l'Inde , les taccos de la Guyane et de la Californie. Les coucous proprement dits sontreprésentés en Europe par une #spèce voyageuse et célèbre par son habitude de pondre dans des nids étrangers, et de laisser à d’autres le soin d’élever sa progéniture. Les espèces sont de l’ancien continent, de même que les edolios, les eudynamis, les surnicous, les chalcites et les indicateurs ; ces derniers sont exclusivement du Cap, de même qu'on ne trouve au Brésil que les guiras. Les barbacous sont de l'Amérique chaude, les barbicans de l’Afrique centrale, les barbus de la zone équatoriale de l'Ancien et du Nouveau Monde ; mais les tamatias ne franchissent point les tropiques dans l'Amérique. Un autre type singulier d'organisation, essentiellement propre aux forêts américaines, et qui estreprésenté en Afrique et en Asie par lescalaos, est celui des toucans et des aracaris. La Guyane, le Brésil, le Paraguay, le Mexique et le Pérou sont les seules contrées où les trente espèces connues de ce genre à bec monstrueux aient été rencontrées. Une des familles les plus nettement tranchées de toute l'ornithologie, que caractérisent le mieux des formes spéciales et des attributs propres, est celle des perroquets, très riche en genres et en sous-genres, plus riche encore en espèces variées de toute taille et de toutes couleurs. Cette famille, dont les espèces se comptent par centaines, a long-temps été regardée comme destinée à animer et à peupler les zones équatoriales. Des découvertes récentes ont prouvé que certaines espèces s'avancoient dans l'hémisphère nord jusqu’au trentième degré de latitude, tandisque dans l'hémisphère sud on en rencontroit des individus jusque par les cinquante-deuxième degrés. Or,
des espèces sont donc accommodées pour vivre dans les contrées les plus chaudes du globe, tandis que d’autres sont organisées pour les régions froides et tempêtueuses des hautes latitudes australes ; maisles sous-genres que nousavons établis dans cette famille, et aux dépens du grand genre psittacus des auteurs, non seulement s'accordent par les caractères tirés des organes Jlocomoteurs et digestifs, mais encore par les couleurs, par les habitudes et par les contrées où ces espèces vivent. Ces coupes artificielles deviennent ainsi des tribus distinctes les unes des autres. Les détails dans lesquels nous allons entrer prouveront cette assertion. Les banksiens ou les calyptorhynques des Anglois sont des perroquets de l’Australie très circonserits : ils ont pour représentants dans le Nouveau Monde les aras et les araras. Les cacatoës sont propres aux terres qui occupent tout l’espace entre les Moluques et la Nouvelle-Hollande, et même toutes les zones tempérées de cette dernière partie du globe. Les microglosses ne paroissent pas avoir franchi les forêts des terres des Papous, tandis que les mascarins se trouvent aux Moluques, dans la Papuasie et à Madagascar. Les amazones sont tous du Brésil et de la Guyane, et c’est assurément à tort qu'on en indique une espèce comme du Cap. Les nestors vivent à la Nouvelle-Zélande ; les loris au plumage de feu dans la Malaisie, les phygis sont des îles Océaniennes, et les perruches-loris de la Nouvelle-Guinée. Quelques petites races se manifestent parmi les vrais perroquets, et leur patrie répond aux nuances qui les caractérisent. Ainsi les tavouas ou criks sont de l'Amérique chaude, les jacos de la Sénégambie et du Congo, les vazas de Madagascar, les papegais et les caïcas de la Guyane et du Brésil. Quant aux geoffroys, ils sont australiens et américains ; les maximiliens, brésiliens, les palettes, malaisiens , et les psittacules , de l'Ancien et du Nouveau Monde : toutefois, le genre micropsitte est une des singularités ornithologiques de la Nouvelle-Guinée. Les lathams et les pezopores forment une petite race bien distincte qui se complaît dans l'hémisphère austral par des latitudes assez élevées , et les platycerques remplacent dans l’Australie les perruches à longue queue de l’Inde et de l'Afrique. Des perruches à courte queue, telles que les guaroubas et les vrais conurus vivent spécialement en Amérique. Les dernières familles des oiseaux grimpeurs sont celles des pics et des galbulées. Les nombreuses races de picus sont partout en nombre à peu près égal, entre l’équateur comme au nord et au sud. Les espèces ne sont susceptibles d'aucune distinction dans cette famille; toutefois, on peut isoler les barbions qui sont africains, et les Picumnes quisontjavanois. Le genre torcol est composé d’une espèce d'Europe et de deux de la Guyane, du Brésil et du Paraguay. Les jacamars, jacamérops
DES OISEAUX
et jacamaralcyons à plumage émeraude métallisé sont exclusivement de la zone intertropicale de l'Amérique.
La deuxième grande section de passeraux est celle des marcheurs : la première division comprend les syndactyles ou ceux dont les doigts médius etexterne sont soudés en grande partie. Les guêpiers sont exclusivement de l’ancien continent, surtout d’Afrique et d’Asie. Les alcyons ou martins-pêcheurs, qui constituent une famille naturelle composée de groupes distincts, ont envoyé des colonies sur les bords de toutes les eaux douces du monde , dansles zones chaudes et tempérées. Cependant il est à remarquer que les ceyx sont malaisiens, les vrais martins-pêcheurs, du Nouveau Monde et de l’Ancien, tandis qu’on ne trouve que dans ce dernier les martins-chasseurs. Enfin une tribu naturelle, celle des choucaleyons, est propre à la Nouvelle-Galles du Sud et à la terre des Papous. Les Moluques ont une espèce de cette famille à forme particulière, c’est le tanisyptère, et lesiles Océaniennes de la mer du Sud sont habitées par des espèces qui vivent d'insectes , et dont le bec est aplati : ce sont les todiramphes, qui représentent dans la cinquième partie du monde les todiers des Antilles. Les motmots sont américains ; mais les calaos sont exclusivement d'Afrique et d'Asie, et leurs espèces sont surtout multipliées dans les îles Malaisiennes.
La deuxième division, ou celle des passereaux hétérodactyles est assez nettement distincte par la démareation des genres qu’elle renferme. Ainsi tous les pipras sont de l'Amérique chaude ; mais les rupicoles , que l’on croyoit exclusivement du Pérou et de la Guyane, se sont trouvé avoir un représentant dans les îles de la Sonde, et le rupicole vert, bien qu’on en ait fait le type des calyptomènes, est une des espèces qui viennent entraver les données positives que pourroient fournir les démarcations géographiques des genres. Quant aux eurylaimes, singuliers oiseaux placés sur les confins des gobemouches et des podarges, ils n’ont encore été rencontrés qu’à Sumatra et à la Nouvelle-Guinée.
La tribu des latirostres se compose des genres podarges des îles asiatiques et de l'Australie : engoulevent, propre à toutes les contrées, martinet, exclusivement confiné dans l'Ancien Monde, et birondelle qui se rencontre partout. Les espèces de ces derniers genres affectionnent les pays chauds, et sont de passage dans les régions tempérées, qu’elles abandonnent pendant l'hiver.
La grande tribu des conirostres se subdivise en une longue suite de familles naturelles qu’il nous suffira de nommer pour faire apprécier l'examen que nous avons entrepris. Les colibris et les oiseaux mouches qui marchent à la tête des passereaux à bec allongé et grêle, sont tous de l'Amérique, et s’a-
vancent assez au nord comme au sud des tropiques. Les sonïi-mangas les représentent en Afrique et en Asie, les phylidonyres en Australie et aux Moluques, et les héorotaires dans les îles Océaniennes.Les phylédons sont australiens, etles sucriers américains et de l’île Bourbon : cet habitat est douteux et interromproit la série naturelle des genres. Les guitsguits sont du golfe du Mexique et de la Guyane, les fourniers du Paraguay et des terres placées plus au sud , les échelets de la Nouvelle-Galles du Sud, et les pomatorhins de la Malaisie; les édêles et les picchions sont des Moluques et de la Nouvelle- Hollande , et les tichodromes du midi de l'Europe.
La famille des certhiadées, encore mal circonserite dans ses divisions, est cependant susceptible de quelques démarcations précises : ainsi les vraisgrimpereaux sont de France et de l’Europe tempérée ; les nasicans, les picucules, les falcirostres, les grimpics, les sylviettes, du Brésil etdela Guyane. L’unguiculé est des alentours du port Jackson ; les sitelles de tous les pays chauds et tempérés, et les sittines d'Amérique exclusivement, ainsi que les synallaxes vrais. Quant aux dasyornis, il sont d'Afrique.
La riche famille desupupées se compose d'oiseaux somptueux pour la plupart, et qui appartiennent principalement au genre épimaque et falcinelle. Toutes les espèces de ces deux genres sont de la terre des Papous et de la partie boréale de la Nouvelle- Hollande , qui n’est séparée de la Nouvelle-Guinée que par le détroit de Torrès. Les promérops sont du Cap, les huppes d'Europe, d'Afrique et d’Asie ; les craves , les cravehuppes et les corbicraves, de l’ancien continent, y compris l’Australie.
Les corbeaux sont répandus à peu près partout ; cependant les tijucas sont brésiliens, les choquards des montagnes d'Europe, les corbivaux africains et les gymnocorves asiatiques. Les pies et les geais à riche plumage se partagent assez bien les régions chaudes , tempérées et même froides des deux systèmes de terre ; toutefois, les casse-noix sont de nos contrées et les timalies de Java.
Les paradisiersne souffrent point d'exception dans la démarcation de leur patrie ; ils sont tous des terres placées sous l'équateur, entre l’Inde et la Nouvelle-Hollande; ils sont exclusivement des archipels Papous, où ils émigrent suivant les saisons de pluies et de chaleur. Une seule espèce de cette admirable famille, siremarquable par le luxe de son plumage, est de la Nouvelle-Galles du Sud: c’est le séricule prince-régent, que quelques auteurs ont classé à tort parmi les loriots.
Les glaucopées sont d'Asie ou confinés sur le sysième de terre qui en est le prolongement : ainsi les glaucopes vivent à la Nouvelle-Zélande, les temnures aux îles de Java et de Bornéo età la Cochinchine,
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etles témiasdansles Moluques et lesiles de la Sonde. Les bétiles rappellent les formes de ces derniers dans les forêts du Brésil et de la Guyane.
Les cassicans sont de gros oiseaux destructeurs et bruyants qui affectent dans la démarcation de leurs espèces des limites très précises : ainsi les phonygames sont de la Nouvelle-Guinée, les cassicains de la Malaisie et de l'Australie, les vangas d'Afrique, les bataras d'Amérique , les myophones et les garrulaxes, des iles de la Sonde et du Pégou.
Les choucaris sont indiens et australiens, les kittes de la Nouvelle-Hollande, les sphécothères de Timor, et les manorhines de la Nouvelle-Zélande,
La famille des rolliers, composée des genres pirolle, rollier et rolle, et celle des mainates, ayant les genres mainate, miao et créadion , sont un type caractéristique de l’ancien continent et de son prolongement austral ; tandis que les coracines, divisés en gymnocéphale , attila, ctphaloptè e, coracine et gymnodère, les remplacent en Amérique. Celte dernière partie du monde a encore en propre les piauhaus, lescotingas, les averanos, les arapungas, les phibalures et les procnés ; mais des représentants de cette famille, les jaseurs, existent dans la zone boréale tempérée et froide des deux continents, et les échenilleurs sont confinés en Afrique et aux Indes.
Les ocyptères, sortes de pies-grièches qui rappellent la forme des hirondelles et qui vivent d'insectes sur les côtes boisées des terres situées sous l’équateur, n’ont encore été rencontrées qu'à Timor, Manille, Sumatra et à la Nouvelle-Galles du Sud.
Les laniadées ou les pies-grièches à mœurs carnassières , à espèces variées ou mal classées pour la plupart, composent une famille naturelle qui semble répandue jusqu'aux bornes du monde : ce sont les faucons des insectes et des vers, et partout où peuvent vivre ces petits animaux, partout elles se sont propagées. Cependant, dans ce genre, on remarque des tribus naturelles qui aflectent de ne point se disperser au hasard , mais qui restent fidèles au sol qui les à vues naître, Ainsi les corvinelles sont de la Sénégambie, les falconelles de la Nouvelle- Hollande , les vrais pies-griéches et les tchagras de PAncien Monde, les schetbés de la Malaisie, et les tarabas de l'Amérique. Quelques autres petits groupes sont moins bien déterminés. Les deux ramphocènes connus sont du Brésil, le manikup de la Guyane, et le bagadais et les erinons de la eôte occidentale d'Afrique : quant aux bécardes, on ne les a trouvées qu’au Brésil et à la Guyane.
Les drongos, qui ne sont pas autre chose que des grands gobe-mouches, ne quittent point le littoral des contrées équatoriales de l'Ancien Monde, et les genres irène et énicure sont des îles de Sumatra et de Java.
Les muscicapidées habitent tous les climats; on
observe cependant que les tyrans sont confinés au Brésil et à la Guyane, les platyrhynques et les todirostres en Amérique, les tchitrec dans l’Inde, le yelapa et les gallites au Brésil et au Paraguay, les miros à la Nouvelle-Zélande, les rhipidures dans l'Australie, les conopophages au Brésil et à la Guyane ; mais cette famille a jusqu’à ce jour été si mal étudiée, qu’on ne peut presque rien préciser à son égard : il est de fait qu’elle se trouve seulement répandue par tout le globe.
Les brèves et les fourmiliers, oiseaux voisins des merles, et qui vivent d'insectes, ne sortent point de la zone équatoriale. Ainsi les grallaries sont du Brésil et de la Guyane, les brèves de la Malaisie, les fourmiliers des régions chaudes de l'Amérique; tandis qu’ils sont représentés à Java par les brachyptères et au Mexique par les mérulaxes, sorte de lien intermédiaire avec les sittines. Les grallines rappellent cette famille sur le sol de la Nouvelle- Hollande, les cincles en Europe, et les vrais troglodytes dans les zones tempérées des deux continents ; quant aux thriothores, ce sont des troglodytes attachés aux terres du golfe des Antilles.
Les martins, autres insectivores des régions tropicales, se nuancent en tropidorhynques, espèces à langue en pinceau des terres australes; en gracupies, qui affectionnent le continent indien ; en argyes , de la Nubie et de l’Arabie, et en vrais martins, qu’on ne trouve que dans l’Asie, Les loriots et les buphagées forment deux petites familles assez distinctes par les habitudes et par les mœurs, dont toutes les espèces sont propres à l’Ancien Monde,
La grande et nombreuse famille des sylvies se compose d'espèces si mal déterminées, si mal classées, qu’il seroit très difficile de chercher à préciser l’habitat de chacun des genres qui les renferment, Cette famille est un réservoir où les ornithologistes ont jeté pêle-mêle tous les oiseaux qu'ils ne pouvoient placer ailleurs. Quelques petits groupes cependant apparoissent avec des caractères assez précis pour des circonscriptions régulières. Ainsi les stournes sont de la Malaisie, les spréos du Cap et des Indes, les cinclosomes de la Nouvelle-Hollande, les merlesphilédons d’Asie, les pétrocineles du vieux continent, les vrais merles de toutes les parties du monde, les mégalures de la Malaisie et de l'Australie, les traquets d'Europe, d'Asie, d'Afrique et d'Australie, les mérions de la Nouvelle-Hollande et des Moluques orientales, les queues gazées de la Nouvelle- Galles du Sud; les rubiettes, les fauvettes, les rousseroles , de tous les pays. L'Europe possède en propre les accenteurs, l'Asie les joras. Ce n’est que dans l'Ancien Monde qu’on rencontre les hoche-queues; mais les régulus appartiennent indifféremment aux deux grands systèmes de terre,
La famille des alouettes se divise en vrais farlou-
DES OISEAUX
zes de l'Ancien et du Nouveau Monde, en macronyx ?
du Cap, en mirafres et en alouettes d'Europe et d’Afrique, et en sirlis de l’Afrique méridionale.
Les troupiales sont tous d'Amérique, à l’exception de deux ou trois genres et sous-genres. Il est de fait que les vrais étourneaux sont d'Europe et de l’Inde ; tandis que les ambiyramphes, qui s’en rapprochent beaucoup, sont d'Amérique. Enfin les troupiales à barbillons rappellent les carouges dans la Nouvelle-Zélande, et les alectos de la Sénégambie font le passage des troupiales aux tisserins de l’Ancien Monde. Tous ces oiseaux vivent en troupes dans les prairies fraiches et herbées, soit au milieu des forêts ombreuses et humides, soit dans les savanes noyées.
Les fringilles se lient aux troupiales par les tisserins ; ceux-ci se rencontrent en Afrique et en Asie seulement ; tandis que partout se sont établis les bruans, et que les essaims variés et mobiles des moineaux se sont disputé toutes les régions de la terre, suivant que le sol »roduisoit en plus ou moins grande abondance les graines céréales qui forment la base dé leur nourriture. Bien que ce genre, qui compte des espèces par centaines et des individus par millions, soit encore mal circonscrit, il résulte de nos études des groupes fort naturels et assez caractérisés ; ainsi les veuves et les oryx sont de l’extrémité australe de la côte occidentale d'Afrique; les paroares les remplacent sur le sol des Amériques ; les vrais moineaux sont de l’ancien continent, les chipiüs du nouveau, les oryzivores des Etats-Unis, les tardivoles du Paraguay, les jacarinis des Antilles, les vrais sénégalis d'Afrique et d'Asie, les paddas de la Malaisie et d'Afrique, les pityles d'Amérique : quant aux pinsons, chardonnerets et loxies, ils sont répandus sur tous les continents. Il en est de même des bouvreuils, des becs-croisés et des durbecs; toutefois, on n’a trouvé qu’aux îles Sandwich le genre psitacin, au Cap le genre très caractérisé des colious, que représente, sur la côte occidentale de la Nouvelle Hollande, notre genre amytis.
Les mésanges, soit qu’on place à leur tête les pardalotes, qui rappellent dans l'Ancien Monde les pipras du nouveau, soit qu’on y admette les dacnis d'Amérique, n’offrent aucune particularité dans la répartition de leurs espèces, qui apparoissent partout où les lépidoptères existent et peuvent fournir à Jeur nourriture les chenilles et les larves qu’elles recherchent. Cependant on ne connoît qu’une seule mésange non décrite du Chili, dans toute l'Amérique méridionale. Enfin les tribus diverses des tangaras vivent sous l’équateur comme dans les zones tempérées du Nouveau Monde, et les soixante-dix à quatre-viagts espèces connues se groupent assez natureflement en petites races distinctes que rend remarquables un plumage vivement coloré.
Dans le sous-ordre des passerigalles, les pigeons, celte famille si variée, si intéressante par les brillantes vestitures de la plupart des espèces qui la composent, a propagé ses représentants dans les deux hémisphères, et cependant des tribus assez distinctes viennent encore protester du respect que la nature professe pour ses œuvres en ne les semant pas au hasard. La race des vrais pigeons est du nord de l'Ancien Monde ; mais les muscadivores sont exclusivement des contrées les plus chaudes de l'Asie, les vraies colombes d'Amérique, d'Australie et d’A+ frique, les colomgalles de la Malaisie, les turverts du Vieux Monde, ainsi que les ptinilopes de la Malaisie et de l'Océanie, de même que les colombars d’Asie et d'Afrique. Quant aux tourterelles, aux colombi-gallines, aux colombi-turtures, elles s’offrent partout sans qu’on puisse en tirer quelques caractères géographiques. Enfin, de deux espèces de lophyres, l’une est des Antilles et l’autre de la Nouvelle-Guinée.
Les mégapodes sont de la Malaisie, excepté le superbe oiseau nommé la lyre, qui vit dans les profondes forêts de la Nouvelle-Galles du Sud ; en Amérique, leurs représentants naturels sont la famille des pénélopes, et notre genre mégalonyx.
Les oiseaux de l’ordre des gallinacées n’ont reçu, pour la plupart, que des ailes amples et concaves, impropres à un vol de longue haleine : aussi presque toutes les espèces semblent-elles circonserites sur des surfaces peu étendues, et tous les genres nettement isolés géographiquement; on doit encore remarquer que les gallinacées nées dans les forêts des hautes chaines montagneuses ue sont nulle part en plus grande abondance, nulle part aussi variées en riches et belles espèces, que sur les hauts plateaux de l’Asie, bien que les versants des Cordilières en produisent un certain nombre qui ne le cède en rien à celles du monde seul connu avant les découvertes de Colomb. Ainsi les hoccos, les pauxis, sont de la Guyane, du Brésil et du Pérou; les paons et les éperonniers, de l’Inde et de la Malaisie ; le superbe argus est isolé sur les montagnes du centre de Sumatra ; les lophophores sont du Bengale, les dindons de l’Amérique, les coqs et les faisans de l'Asie, le macartney de Sumatra, les napauls du Thibet, les pintades d'Afrique, et les roulouls de la presqu’ile de Malak. Quelques unes de ces espèces, utiles ou brillantes, ont été naturalisées en Europe dès la plus haute antiquité, ou dans les années qui suivirent la découverte du Nouveau Monde.
La grande famille des tétras, à formes toutes spéciales, est aussi la seule où les groupes qui la composent soient plutôt subordonnés à la nature propre des pays qu’au relief des provinces et à leurs circonscriptions. Les vrais 1étras, les lagopèdes et les gélinottes, sont abondamment répandus dans tout
le cercle de l'hémisphère boréal , qui s'étend du pôle aux limites méridionales des régions tempérées. Les francolins, au contraire, semblent préférer les sables de l'Afrique, les steppes de l’Asie, et les lieux les plus secs de l’Indostan et du midi de l’Europe ; toutefois, on en rencontre quelques uns dans les îles de la Malaisie et au Napaul. Les perdrix sont également de l'Ancien Monde, de même que les cailles, que les tocros et les colins remplacent en Amérique, dans les immenses plaines du Sud ou pampas, et dans les terrains bas et unis de la Californie. Les turnix sont encore un autre type très tranché de gallinacées qui habitent l’Asie et l'Afrique, tandis que les tinanous, à mœurs craintives, ne sortent guère des fourrées épaisses du Brésil, de la Guyane et du Paraguay septentrional. Les nombreuses espèces de gangas se tiennent dans les zones chaudes et tempérées de l’Asie et de l'Afrique ; l’hétéroclite est isolé dans les plaines caucasiennes, les chonis ne quittent point les îles tempêtueuses du pôle austral, et les attagis et les thinochores sont accommodés à l’Amérique méridionale.
De nouvelles formes, de nouvelles attributions se présentent dans l’ordre des échassiers, destinés principalement à vivre, soit sur les bords de la mer, soit sur les rives des fleuves, soit au sein des eaux douces. L'ordre des échassiers seroit en effet très naturel, si les caractères qu’on leur assigne ne se trouvoient pas empreints d’une certaine indécision relativement à plusieurs genres, et notamment aux himantogalles. Il est de fait que tout rappelle les grandes gallinacées dans le kamichi et le chaïa, du Brésil et du Paraguay, les talégalles de la Nouvelle- Guinée, les agamis de Cayenne, les outardes des lieux boisés de l’ancien continent et les coureurs des sables d'Afrique et d'Asie, Les macrodactyles, ou les oiseaux dont les doigts sont excessivement fendus et allongés, ne comprennent qu’une famille, celle des poules d’eau, divisée en plusieurs genres assez voisins les uns des autres, et isolés par des particularités de détails seulement. Ainsi des deux espèces de foulques connues, l’une est propre à la France aussi bien qu’à l’Inde, tandis que la seconde habite les eaux douces de la grande île de Madagascar ; mais les porphyrions et les gallinules sont de l'Ancien et du Nouveau Monde.
Les vrais échassiers, qu’une organisation spéciale et des besoins du premier ordre maintiennent sur les rivages des grandes mers, sur les bords des baies qui morcellent les côtes, soumis ainsi à une habitation moins influencée par les changements de la température, sont plus indifférents par conséquent à des démarcations de territoires ; car, pour leurs espèces diverses, la ligne des eaux est la seule barrière qui leur soit opposée. Ainsi certains échassiers sont vraiment cosmopolites : tel est, entre autres, le plu-
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vier doré, qui vit sur les rivages de l’univers entier ; et, bien que les espèces varient suivant les régions, il est certain que le genre se trouve avoir des représentants dans tous les lieux. On peut citer, comme du Nouveau et de l’Ancien Monde, les vanneaux, les pluviers, les huitriers, les ædicnêmes, les giaroles, les barges, les échasses, les chevaliers, les bécasses, les maubêches, les strepsilas, les tringas, les hémipalmes, les avocettes, les flammans, les lobipèdes, les courlis, les ibis, les hérons, les spatules, les tantales, les grues et les podiceps ; mais quelques genres ne sortent point toutefois de certaines limites. Ainsi les dromes sont propres aux côtes de la mer Rouge, les héliornes aux régions brûlantes d'Afrique et d'Amérique; le courliri, l’hélias, le savacou au bec bizarre, les vrais jabirus, à l’Amérique chaude; l’ombrette à la Sénégambie, et les marabous à l'Afrique et aux Indes.
Les considérations générales relatives aux échassiers sont applicables aux oiseaux nageurs ou palmipèdes , mais sur une échelle plus vaste. Ces oiseaux ne semblent pas faits pour être consignés dans d’étroites limites, car ils se trouvent subordonnés seulement aux grandes zones que dominent les influences terrestres de notre planète. Le vol puissant de la plupart des espèces, leur vue perçante, leur force corporelle, leur vie active, font des oiseaux grands voiliers ou longipennes des êtres chargés d'animer les solitudes immenses des océans. Les pélicans, les phaétons, les anhingas et les frégates sont, au contraire, des oiseaux qui ne franchissent que très accidentellement les tropiques, et bien qu’on ait regardé la frégate comme exclusive aux côtes d'Amérique, il est certain qu’elle s’est propagée jusqu’à la mer du Sud. Les frégates enfin ne s’éloignent jamais audelà de vingt à trente lieues des côtes qu'elles fréquentent, et elles préfèrent pour leur genre de vie les grandes baies poissonneuses dont les eaux sont paisibles. Messagers du soleil, les phaétons au vol calme et mesuré annoncent les approches de la zone torridienne, et lorsqu'ils en franchissent les limites, c'est qu’ils sont emportés par les ouragans qui s’élèvent si brusquement sous l’équateur, et qui amènent à leur suite des perturbations rapides. Les cormorans et les fous vivent indifféremment dans le Nord et dans le Sud, près des pôles comme sous l’équateur ; leurs espèces sont partout distinctes, mais leurs genres se sont emparés de tous les lieux où le poisson peut fournir à leur nourriture. Les rhyncops , les noddis, n’abandonnent point la bande équatoriale; les sternes, les goëlands et les mauves se trouvent partout; les stercoraires ne s'éloignent jamais des limites des pôles, soit au sud, soit au nord. Les pétrels fréquentent toutes les mers, mais les espèces sont d’autant plus grandes et plus communes, suivant qu’elles habitent les hautes latitudes
DES OISEAUX. af
et les mers les plus orageuses, C’est ainsi que les quebranta-huessos et les prions sont des latitudes les plus antarctiques, que les puflins sont des océans équatoriaux, et que le damier est d’autant plus abondant qu’on ne quitte point les trentième à quarantecinquième degrés de latitude sud. Enfin les grands albatros n’apparoissent dans l’océan Atlantique que par la latitude du Cap, et règnent sur les mers libres et isolées de cet hémisphère, jusque près des glaces éternelles ; tandis que dans l’océan Pacifique on les retrouve dans l’hémisphère nord sur les côtes du Japon et de la Chine.
La grande famille des lamellirostres, nombreuse en genres et sous-genres, s’est propagée en Amérique comme dans les autres parties du monde; elle semble affectionner toutefois les pays froids, et être faconnée pour les hivers rigoureux. Les cygnes, les oies, les macreuses, les eiders, les millouins, les tadornes , peuplent les terres les plus boréales des deux hémisphères, ou les climats antarctiques. C’est ainsi que la Nouvelle-Hollande recèle le rare cygne noir de la côte australe, que le céréopsis est indigène à la Nouvelle-Galles du Sud, que la belle sarcelle de la Chine provient des Philippines, que les harles se trouvent aussi bien en Amérique que dans l’Ancien Monde. Il est de fait que les espèces seules sont susceptibles de démarcation , mais que les genres et les sous-genres qu’on a cherché à établir sont rebelles aux limites géographiques, à une ou deux exceptions près.
Enfin, la dernière famille des oiseaux, celle qui se rapproche le plus, sous certain rapport, des poissons, les brachyptères, par l’organisation tronquée ou incomplète des espèces qui la composent, se trouve renfermer quelques genres parfaitement caractérisés. C’est ainsi que les plongeons, les urias, les céphus, les alques et les cérorhynques sont propres au système polaire boréal, tandis que les manchots, les gorfous et les sphénisques sont exclusivement faconnés pour les hautes latitudes australes. De tous les oiseaux, les brachyptères, que des ailes rudimentaires ou annulées rendent impropres au vol, et que des pieds très déjetés empêchent de marcher facilement, sont les plus habiles nageurs ; tout semble dans leur organisation avoir été sacrifié à ce genre de locomotion, et à des habitudes marines auxquelles le temps des amours peut à peine les soustraire.
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mm CHAPITRE III,