APERÇU GÉOGRAPHIQUE SUR LES OISEAUX MARINS
Dans les longues traversées des voyages lointains , Je navigateur n’a pour récréer sa vue du spectacle majestueux, mais toujours monotone , d’une mer et d’un horizon sans bornes, que les êtres peu nombreux créés par la nature pour vivre loin des terres, et conquérir leur subsistance au milieu des vastes solitudes de l'Océan. Les uns ont leur habitation au milieu des ondes, les autres fendent les plaines éthérées avec rapidité, et vivent aux dépens des premiers , qui leur fournissent une proie facile. Les oiseaux seuls nous occuperont dans cette courte notice, en nous bornant à rappeler seulement quelques faits observés dans le cours de notre voyage , car nous ne pouvons oublier que ce sujet a été traité avec autant d'élégance que de savoir par deux collègues auxquels nous unissent et l’estime et l’amitié.
L’obscurité qui enveloppe la connoissance de certains oiseaux pélagiens ne sera point entièrement dissipée de long-temps. La difficulté de se les procurer fait le désespoir du naturaliste captif au milieu de planches flottantes, et le hasard seul peut mettre à même de les atteindre lorsqu'ils volent près des navires, et que, frappés d’un plomb mortel, il viennent tomber sur le vaisseau. Souvent il nous arriva, dans le voyage autour du monde de la corvette la Coquille, de tuer de ces oiseaux, qui tomboient à la mer, et que nous avions le regret d’abandonner à la voracité des poissons. Ce n’est en effet que dans quelques cas rares et par un temps de calme qu’il est possible de les aller recueillir ; et une remarque générale, déjà faite depuis longtemps, c’est que les oiseaux marins sont beaucoup plus rares dans les beaux temps ou plus difficiles à approcher : il semble que l'agitation des vagues soit nécessaire pour leur fournir plus aisément les poissons ou les mollusques qui servent à leur nourriture ; et que, dans les grandes perturbations de l’atmosphère, ils aient un plaisir instinctif particulier à lutter contre les tempêtes, et à se jouer des flots en courroux.
Les oiseaux marins ou pélagiens peuvent être rangés géographiquement en trois groupes principaux , appelés : 4° grands voiliers; 2 nageurs, e 5° maritimes.
(‘ Mémoire lu à la Soc. d'hist. nat. de Paris, le 19 août 1825, et relatif aux oiseaux observés dans le Voyage autour du monde de la corvette la Coquille.
40 Oiseaux marins grands voiliers.