LE CHIONIS BLANC
Chionis alba. Forsr. (?).
MM. Quoy et Gaimard ont décrit le chionis dans leur Zoologie en ces termes : « Tout son plumage pen éclatant ; les plumes du cou sont un peu soyeuses ; le bec est fort gros, légèrement arrondi, d’un blanc
(*)Enchiridion historiænaturalis, Halæ, 1788, p. 37, genre 26.
() Vaginalis alba, Gmel.:white-sheath-bill, Latham, Syn. 3, p. 268. pl 89; Shaw, Misc., t. XII, pl. 481 : coleoramphus nivalis, Dum., Dict. Sc. nat., t. X, p. 36, 1818 : chionis Novæ-Hollandiæ, Temm., Syst. orn. : chionis necrophagus, Vieillot, Gal., pl. 258 ; chionis alba, Quoy et Gaim., Zoo!. de l'Uranie, pl. 30, p. 131; Fleurien, Voy. de Marchand, t. IV, p. 290.
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DES OISEAUX
sale, noirâtre à la pointe ; sa longueur est quinze lignes, sa circonférence de vingt-cinq à la base. La mandibule supérieure , un peu arquée, convexe, ne dépasse que de très peu l'inférieure; les plaques cornées qui entourent la base du bec sont immobiles, à l'exception peut-être de celle dont la mandibule supérieure est recouverte, qui paroit susceptible de mouvement; les narines sont latérales et irrégulières ; les joues nues, jaunâtres, avec des caroncules de la même couleur.
Les pieds, d’un noir rougeûtre, sont largement écailleux et charnus sur les bords comme ceux des huîtriers. Des trois doigts de devant, celui du milieu
a vingt lignes de longueur; la membrane qui unit
les deux extérieurs est courte; les tarses ont dixneuf lignes de hauteur ; les ongles sont noirs.
» L’aile dans le repos a neuf pouces et demi de longueur ; son pli est muni d’un tubercule jaunâtre ; la queue est rectuiligne. La longueur totale de l'oiseau est de quinze pouces. »
A ces détails nous ajouterons des observations qui nous sont propres, et qui sont insérées dans la partie zoologique du Voyage de la Coquille, tom. T, p. 211. Forster découvrit le chionis sur la Terre des Etats, et voici comment on le trouve décrit par ce naturaliste dans le second Voyage de Cook(t. IV, p.39) : » Ce genre que nous rencontrâmes dans notre excursion sur la Terre des Etats étoit de la grosseur d’un pigeon et parfaitement blanc; il appartient à la classe des oiseaux aquatiques qui marchent à gué. Il avoit les pieds à demi palmés, et ses yeux , ainsi que la base du bec, entourés de petites glandes ou verrues blanches. 11 exhaloit une odeur si insupportable que nous ne pûmes en manger la chair, quoique alors les plus mauvais aliments ne nous causassent pas aisément du dégoût. » Ce chionis avoit sans doute mangé quelques charognes ; car nous goûtimes la chair de deux de ces oiseaux tués par nous, l’un en mer et l’autre aux îles Malouines, et nous la trouvàmes fort bonne. MM. Quoy et Gaimard disent la même chose, et déjà Anderson , médecin , dans le troisième Voyage de Cook (p.215), a dit en parlant du chionis : « On le trouva aussi bon que du canard. » Lenomde necrophagus de M. Vieillot est donc très mal choisi, etne repose que sur une circonstance exceptionnelle et nullement sur une man tre d’être coustante.
Le chionis est mentionné par presque tous les anciens navigateurs sous le nom de pigeon blancintarctique. Dès 1759, ilavoitété indiqué par Lozier-Bouvet Anderson (troisième Voyage de Cook) dit qu’il s’offrit par volées dans la baie de Noël de la Terre de Ktrgue- Jen ou de la Désolation.Depuison l’a rencontré au sud de la Terre de Diémen, de la Nouvelle-Zélande et de la Nouvelle-Hollande : et on doit le regarder comme
un habitant naturel des hautes latitudes australes, et même des terres frappées de stérilité placées sur les limites du pôle sud. Sans doute qu’il faut reconnoître le chionis dans un oiseau décrit par M. Lesquin de Roscoff, qui séjourna long-temps sur les îles Crozet, après un naufrage désastreux sur ces terres placées par 46 à 47 degrés de latitude sud. Nous citons celte description textuellement à cause de Ja particularité fort remarquable qu’en vieillissant le chionis auroit une calotte noire. Nous soupçonnons cependant que M. Lesquin aura confondu dans son souvenir Ja huppe d’un cormoran, et qu’il l'aura donnée au chionis. Il s’exprime ainsi, p. 36 du 55° n° du Lycée armoricain, publié en juillet 4827 : « Il est un oiseau, seul oiseau terrestre de ces îles, dont l'instinct se fait particulièrement remarquer. Il a le corps d’un beau blanc, la tête ornée d’une crête noire, qui s’accroit à mesure qu’il avance en âge; le bec d’un pigeon, mais les pattes d’une poule; il se nourrit de chair, de coquillages , en un mot de tout ce qu’il rencontre. »
Le chionis blanc n’est pas très commun sur les iles Malouines. Pendant notre séjour dans ces iles, nous le rencontrâmes presque toujours par individus solitaires sur les rochers qui hérissent les plages de la baie Francoise. Ses mœurs sont farouches, et, bien que nous en vissions de petites troupes, nous ne pûmes en tuer que deux; leur vol est lourd et peu analogue à celui des oiseaux dehaute mer. Nous ajouterons quelques rectifications à la figure publiée par MM. Quoy et Gaimard. La blancheur neigeuse des plumes est relevée par l'iris gris bleu qu’entoure un cercle rouge brun près de la pupille; l’extrémité du bee est d’un noir plus foncé sur la mandibule supérieure ; la partie moyenne des deux mandibules est occupée par deux taches de rouge brun, d’autant plus saillantes que le reste du bec est d’une couleur verteuniforme. Le corps glanduleux qui occupe les joues et la base du fourreau corné, et qu’on ne peutmieux comparer qu’au tissu de la glande lacrymale, est couleur de chair. Nous trouvâmes dans le gésier d’un chionis un caillou et une petite coquille, Deux cœcums longs de trois pouces venoient s’insérer très près de la terminaison de l’intestin.
Les dimensions d’un individu que nous avons mesuré étoient de quatorze pouces de longueur totale ; la tête avoit neuf pouces deux lignes ; le bee un pouce quatre lignes ; sa circonférence étoit de douze pouces six lignes, et l’envergure offroit vingt-huit pouces.
LES ‘ATTAGIS ©).
Ont pour caractères zoologiques un bec court, robuste, comprimé sur le côté, voûté et convexe en dessus, légèrement recourbé à la pointe, qui est arrondie. Mandibule inférieure convexe en dessous, droite, relevée sur ses bords , et comme canalicu ée, et à pointe arrondie et mousse. Bords du bec lisses, légèrement recourbés. Fosses nasales amples, demicirculaires, en partie recouvertes par une lame membraneuse, arrondie et convexe à son bord, eten partie couverte elle-même par les plumes du front. Narines percées de part en part en fente large sous le rebord antérieur et inférieur de la lame membraneuse. Tête et joues enfoncées. Ailes courtes, pointues, à rémiges primaires étroites, à rémiges secondaires larges, molles, à moignon épais , aigu à dix-huit lignes environ du coude de l'épaule : les première et deuxième rémiges à peu près égales les plus longues ; la troisième plus notabiement courte, et les suivantes graduées. Queue courte, large, arrondie, composée de quatorze rectrices, roides, cachées par les tectrices supérieures et inférieures, qui sont aussi longues qu’elles. Jambes emplumées jusqu’au talon, tarses courts, moins longs que le doigt du milieu, forts, réticulés et granuleux, à plante de pieds très rugueuse, débordant les doigts; ceux-ci. les antérieurs, inégaux ; le moyen le plus long, l’interneet Pexterne presque égaux, scutellés en dessus, réunis à leur base par un repli membraneux. Pouce très court, surmonté. Ongles allongés, recourbés, assez forts, aplatis en dessous, comprimés sur les côtés, celui du milieu le plus grand et dilaté au côté interne.
Ce genre, ainsi constitué, renferme deux espèces qui vivent au Chili. Leur plumage est doux, mollet, coloré en :oux, cerclé de brun et de fauve, et soyeux comme celui de certaines gélinottes.
Nous ne possédons aucuns détails sur les mœurs et sur les habitudes de ces singuliers oiseaux, qui
représentent fidèlement dans l'Amérique du Sud et -
sur la côte occidentale les gangas de l’ancien continent. L’attagis est un oisea:: qu’Aristote mentionne dans son Histoire des animaux, sans le décrire. Quelques auteurs ont pensé que c’étoit peut-être quelque espèce de ganga. Dans tous les cas, nous l’appliquerons à notre genre nouveau sans serupule, car il indiquera les nombreux rapports de l'espèce qui le compose avec les gangas, nommés pterocles par les naturalistes modernes.
(1) Attayis, Less. et Jsid.-Geoff, St.-Hil., Cent Zool.,
HISTOIRE NATURELLE
40 L’ATTAGIS DE Gay (1), est de la taille et de la forme d’une perdrix grise. Cet oiseau a de longueur totale onze pouces et sept à huit lignes. Son bec est noir, et ses tarses sont plombés. Le plumage est très épais et très fourni. Un épais duvet brun sert d’enveloppe à la peau, et les plumes sont de leur nature excessivement molleites et soyeuses. Un gris fauve linéolé de roux et de noir teint toutes les parties supérieures du corps, la tête, le cou, le dos, les ailes et le croupion, La coloration de chaque plume est difficile à décrire, parce que, d’abord grises à leur base, leur sommet est brun, avec des cercles étroits d’un gris fanve clair, et de stries d’un roux assez vif. Ces stries terminales , plus foncées sur les couvertures des ailes , sont plus nuancées de gris sur les couvertures supérieures de la queue, et prenneut par l’hzrmonie de leurs nuances un ensemble agréable. Les rémiges sont brunâtres , et terminées à leur extrémité d’une légère bordure blanche; leurs tiges
ont blanchâtres et roides. Les rectricesentièrement
cachées par les couvertures, en dessus et en dessous sont d’un roux carné assez clair, mais striées en travers de brun. La gorge, le haut du cou, sont d’un blond roux, foiblement moucheté de brun. Tout le devant du cou et le thorax sont roux, mais chaque plume se trouve cerclée de noir. Le ventre, les flancs, le bas-ventreet les couvertures inférieures sont d’un blond fauve, doux et agréable, sur lequel tranchent sur les flancs des ondes blanchâtres, et sur les cuisses des cercles brunâtres. Les ailes sont en dedans d’un blond carné marqué de brunâtre aux épaules. Les couvertures alaires sont molles, allongées et étagées.
Tel est le mâle adulte, figuré et décrit sur deux individus parfaitement conse: vés.
La femelle ne diffère point du mâle autrement que par une taille plus petite : elle n’a guère en effet que dix pouces de longueur totale; cependant, les rémiges sont d’un brun plus f ane, le dessous du corps est un peu plus blond doré, avec des ondes blanches plus marquées; mais d'ailleurs la plus complète ressemblance existe entre les deux sexes ; aussi avons-nous cru inutile de figurer cette dernière, que nous avons pu étudier sur deux individus complétement adultes.
Les qu'tre individus de l’attagis de Gay, que possède le Muséum, ont été envoyés en juillet 1856 de Sant-Yago, capitale du Chili, par M. Gay, voyageur plein de zèle. Malheureusement nous ne possédons aucuns détails sur les habitudes ni sur les mœurs de ce genre intéressant.
Les attagis se distinguent donc des perdrix, des
(1) Attagis Gayi, Less, et Isid.-Geoff., Cent. Zool. pl. 47.
DES OISEAUX
francolins, des ganges, par leur pouce plus court, !
leurs ailes pointues et coudées près de l'épaule, un bec et des ongles d’une autre forme, mais surtout par leurs narines à opercu e. D'un autre côté, ilsen ont la conformation générale, le port et la disposition des couleurs, et la nature du plumage. His conduisent aux thinocores sans saccade.
90 L’ATTAGIS DE LATREILLE (1). Cetteespèce, bien distincte de l’attagis de Gay, figuré pl. 47 de notre Centurie zoologique, a tous les caractères que nous attribuons au genre.
L’attagis de Latreille, ainsi nommé en l’honneur du célèbre entomologiste de ce nom, est long de dix à douze pouces et demi. Son hec à huit lignes; ilest fort, convexe, brun noirâtre. Les ailes sont amples, pointues, etatteignent la moitié dela queue: celle ciest presque courte, élargie, arrondie à l’extrémité. Les tarses sont médiocres, assez gros, emplumés jusqu’à l'articulation, de même longueur que le doigt du milieu, l’ongle compris (treize lignes), revêtus de petites écailles hexagonales. Les doigts sont couverts en dessus de petites squamelles, et sont terminés par des ongles assez robustes. Un petit repli membraneux unit les doigts à leur base, surtout l’externe et le médius.
Le plumage de cette espèce est, comme celui de l’attagis de Gay, doux, mollet, et agréablement nuancé de teintes qui se font valoir par leur bariolage. Les plumes sont à leur base très duveteuses, et ce duvet est noirâtre.
Les rémiges pr maires ont leurs tiges blanches, et les barbes brunâtres uniformes. Les secondaires sont brunâtres, mais frangées de petits lisérés roux blond sur leurs bords. Le dessus de la tête, du cou, du dos des ailes, du croupion est noir profond, vermiculé de demi-cercles fauves et jaune blond. Chaque plume noire, à son extrémité, est cerclée par des lignes assez larges, mais irrégulières, de fauve vif, et est frangée sur le pourtour de fauve blanchâtre. Les rectrices en dessus sont brunâtres, mais avec des chevronsirréguliers ou des points fauve rougeàtre très rapprochés. Les joues, la gorge et le cou sont fauve varié de points noirâtres. Le bas du cou en devant et tout le thorax sont fauve rougeâtre, couverts de cercles noir profond. Le haut du ventre, jusqu’à la région anale, est d’un fauve rougeâtre, ferrugineux, intense, et des cercles noirs apparoissent sur les flancs, de mème que sur les couvertures inférieures de la queue, qui sont linéolées de noir, et cerclées de jaune blanchâtre à leur extrémité.
() Attagis Latreillii, Lesson , Ilust. de Zool., pl. 41.
A. capite , collo, pectoreque badiis, nigro cinetis aul maeulatis, alis brunneo-rufis, albo marginalis, dorso et uropygio cereulis brunneis etrufis variegatis, abdomine rufo, rostro plumbeo, pedibus carneis. Hab, Chili, Less., Bull. des Sc, nat., t. XXV, p. 243.
Le bec est brunätre et les tarses sont rougeûtres. Cette belle espèce, conservée dans la collection de M. Pesquet, et que M. Canivet nous a communiquée, provenoit d'une collection faite au Chili.
LES THINOCHORES (1).
Premièrement découverts par Eschschol{z, n’ont bien été étudiés que par nous. Avant de définir rigoureusement ce nouveau geure , nous croyons devoir fournir à son sujet quelques détails historiques.
En 1829 parut la première livraison, petit in-folio, de Zo logischer «tlas, etc., du docteur F. Eschscholtz, où étoit représenté dans la planche n° 2 un oiseau nommé {lino: horus rumicivorus, accompagné d’une indication très courte des caractères, du genre et d’une description assez complète de l’espêce type. La figure étoit dessinée de manière à ce qu'on ne pût s’en servir pour assigner à l’espèce, et même au genre, ses vrais rapports de famille. Sur ces entrefaites, M. d’Orbigny fit parvenir au Muséum de Paris un individu très bien conservé du thino horus rumicivorus de M. Eschscholtz; et d'un autre côté M. Gay expédioit de Sant-Yago, la capitale du Chili, les deux sexes d’une espèce encore inédite de ce genre singulier , ce qui nous a mis à même d’asseoir une opinion définitive sur les thinochores.
M. Eschscholtz a forgé le nom de thinochorus, du grec wros, côte, rivage , et xopvs, alouette, ce qui veut dire alouette de rivage. nom qu’on ne pourroit traduire ainsi dans notre langage, car nous avons déjà une alouette de mer, petit échassier , nommé pélidne par M. Cuvier. Quoi qu’il en soit, voici les caractères assignés par le naturaliste au genre dont i est le créateur : « Rostrum capile brevius, conicum , aculum; maxi la superiori fornicata, grypanea; tomiis integerrimis; nares superæ, basales, lamina inflata fornicatæ ; pedes vadantes, breves, fissi, hallux phalangem digiti antici æquans, apice insistens.
Les caractères que nous croyons devoir proposer pou: le genre thinochorus sont les suivants :
Bec court, conique, élargi à ia ba e, aminci à la pointe, convexe en dessus, à crête arrondie, voû ée, légèrement recourbée , et se te:minant en pointe, à côtés dilatés à la base, comprimés vers la pointe, à bords lisses; mandibule inférieure droite, convexe en dessous, terminée en pointe arrondie, mousse. Fosses n‘sales amples, occupant le rebord du front et la base du bec, recouvertes par une lame cornée,
( Thinochorus, Eschsch., Less. et Isid.-Geoff,, Cent. Zool.
voûtée, convolutée en dedans; narines percées sous cette lame , en fente ovalaire, basale et latérale , ouvertes de part en part. Les plumes du front s’avançcant jusqu’à la base de la lamelle nasale. Tête et joues emplumées. Ailes allongées , pointues, à premières rémiges étroites, à rémiges secondaires étagées, pointues; la première penne primaire la plus longue, et les autres graduellement raccourcies ; la flexion de l'épaule élargie, coudée et renflée sur son bord. Queue courte, pointue, à rectrices légèrement étagées, à douze rectrices, les couvertures supérieures et inférieures aussi longues. Jambes emplumées jusqu’à l'articulation ; tarses un peu plus courts que le doigt du milieu, minces, grêles, réticulés, à acrotarses garnis de scutelles étroites, régulières, recouvrant la surface supérieure des doigts ; ceux-ci inégaux, le moyen le plus long, l’externe un peu plus allongé que l’interne, tous non bordés, mais soudés à leur base par un très léger repli membraneux ; pouce grêle, interne, surmonté; les ongles recourbis, médiocres, concaves en dessous, pointus, Comprimés ; celui du milieu le plus grand, dilaté à son bord interne.
Ce genre se compose, dans l'état actuel de la science, de trois espèces, qui vivent exclusivement, à ce qu’il paroit, dans le sud de l'Amérique, non loin des côtes. Ces trois espèces sont de la taille d’une alouette cochevis et d’une petite bécassine ; elles ont un bec tout-à-fait semblable à celui d’un attagis, et plusieurs des caractères généraux ; mais leur plumage est celui d’une bécassine, et leurs tarses sont scutellés. Ces espèces ont donc le port et les habitudes de certains échassiers; cependant tout rappelle en elles l’attagis, qui simule d’une manière si frap pante un ganga et un colin, et qui conduit par ses tarses et par le bee à lame accessoire aux chionis. Ces trois genres composent donc dans les gallinacés une famille très distincte et très naturelle, confinée jusqu’à présent dans le sud de l'Amérique.
40 Le THINOCHORE D’ESCHSCHOLTZ (1) rappelle par ses formes et son plumage une alouette. C’est la première espèce connue; c’est celle que le naturaliste russe Eschscholtz a rencontrée au Chili lorsqu’il visita cette partie dû monde, dans l'expédition de découvertes commandée par le capitaine de Kotzebue. C’est enfin l'oiseau qu’il nomme rumicivore, parce qu’iltrouva des semences de polygonum et de rumex dans le gésier de l'individu qu’il disséqua. M. Eschscholtz découvrit cette espèce dans la province de la Conception, sur le littoral de l'océan Pacifique. L’individu que possède le Musée de Paris lui a été envoyé de Buénos-Ayres par M. Dessalines d’Orbigny, natu-
(") Thinochorus Eschschotlzii, Isid.-Geoff. et Less.,
Cent, zool., pl. 50. T. rumicivorus , Eschsch., Atlas, pl. 2 (mâle et fem.).
HISTOIRE NATURELLE
raliste, voyageur françois. Mais cependant, comme aucune désignation particulière n’indique la localité précise où cet individu a été trouvé, et qu’il est parvenu en Europe tout préparé, on doit croire que M. d'Orbigny se l’est procuré dans quelque collection particulière, et qu’il provenoit peut-être du Chili, au-delà des Andes, sur les confins du Tucuman. Quoi qu’il en soit, le mâle du thinochore, que nous dédions à l'auteur de sa découverte, présente les caractères suivants :
Long d’un peu moins de sept pouces, cet oiseau a un bec court, conique, noir en dessus et à la pointe, corné dans le reste de son étendue. Ses ailes sont aussi longues que la queue, et celle-ci est mince, conique et pointue. Les tarses ont au plus sept lignes, et sont minces et grêles. Le doigt du milieu. qui est le plus long, a sept lignes, l’ongle compris; leur coloration est un jaune pâle, tandis que les ongles sont noirs. Le dessus du corps, le dos, les ailes et la queue sont fauves variés de flammettes ou de cercles bruns et roussâtres, de sorte que la tête le cou, la poitrine, sont d’un roux flammeié de brunûâtre; le dos et les aies se trouvent au contraire recouverts de plumes, à duvet épais et noir à leur base, puis brunâtres, avec des cercles bruns etdes cercles fauve vif, à la manière des plumes des bécassines. La gorge est d'un blanc pur, encadré d’un cercle oblong noir profond. Quelques taches noires se mélent au roux de la poitrine. Tout le dessous du corps est d’un blanc assez pur. Les couvertures inférieures de la queue sont légèrement roussâtres, blanches, à flammèches hbrunâtres. Les grandes couvertures alaires sont étagées, pointues, brunes, cerclées de noirâtre et de fauve vif. Les rémiges, obtusément pointues et rigides, sont brunes, excepté la plus externe, qui est blanche à son bord et sur sa ige. Les rectrices , arrondies à leur extrémité et rigides, sont brunes, terminées de blanc : en dessus comme en dessous les couvertures les cachent entièrement.
La femelle ne nous est point connue autrement que par la description qu’en a donnée M. Eschscholtz. Elle se distingue du mâle par sa gorge grise, tachetée de fauve ; sa queue fauve, tachetée de fauve clair.
Ilest d’un intérêt majeurque l'attention des voyageurs futurs dans le sud de Amérique puisse se porter sur les genres chionis, attagis et thinochorus, et que par leurs reclerches nous acquérions une connoissance exacte et précise, des mœurs, des habitu: des, du genre de vie, des espèces qui composent la nouvelle et intéressante famille dont nous venons d'établir les cractères zoologiques.
20 Le THINOCHORE DE SWAINSON (1), espèce nou- (+) Thinochosus Swainsonii, Lesson, Illust. de Zool., pl. 16. ; ad: ;
T. corpore insuper cerculis albidis, brunneïs et badiis
DES OISEAUX
velle d’un genre récemment établi, a quelques rapports avec le thinochorus Orbignyanus de la pl. 48 de la Centurie Zoologique; mais elle s’en distingue par la coloration de son plumage et par sa taille.
Cet oiseau a sept pouces deux lignes de longueur totale ; son bec est court, conique, long à peine de cinq lignes et de couleur bleuâtre. Les bords de ses mandibules sont très rentrés, et leur extrémité est aiguë ; les ailes sont étroites, pointues, à première rémige la plus longue, et atteignent les deux tiers de la queue : celle-ci est médiocre, pointue; les tarses, un peu nus au-Gessus du talon, sont garnis de très légères scutelles en devant, réticulés en arrière. Des trois doigts antérieurs, le médian est ie plus long ( neuf ligaes ), et le pouce est très court; les tarses sont jaunes et les ongles sont noirs.
Le front est gris bleu ; la tête, le cou, le dos, le croupion et les grandes couvertures des ailes, qui sont longues et pointues, sont noirâtres émaillées de fauve vif. C'aque plume de la tête et du man: teau est brune, cerclée de roux blond doré; celles des couvertures sont émaillées de cercles bruns, puis fauve roux entouré de noir, puis de fauve blond. Le croupion est brunâtre, ondé de fauve à peine visible.
La gorge est recouverte par un plastron arrondi, blanc de neige, encadré de noir profond; du milieu de cet entourage noir descend une large écharpe noire, qui s'arrête au haut du thorax en se bifurquant, de manière à envoyer une bandelette transversale sur chaque côté. Les côtés du cou sont d’un gris bleu d’ardoise uni. Tout le dessous du corps est d’un blanc pur, lavé de roux sur les côtés seulement.
La queue est brune, terminée de blanc; et ses couvertures , soit en dessus, soit en dessous, sont très longues, les premières grises, variées de roux, les secondes blanc pur.
Cet oiseau est dans la collection de M. Pesquet, à Caen. El nous à été communiqué par M. Canivet, et provenoit d’un envoi de Buénos-Ayres,
5° Le THINOCHORE D'ORBIGNY (1) rappelle à la première vue, par son plumage, la forme de ses ailes et de sa queue, une bécassine. C’est en effet, par la nature des plumes, un véritable échassier de la famille
distincto, fronte collo lateralibus plumbeïs, gula alba,
in nigro‘inclusa, inferius niveo. Hab. America meridiopalis, in republica dicta Buenos-Ayres. Less., Bull. Sc. " näl., L XXV, p. 244.
() Thinochorus Orbignyianus, Isid.-Geoff. et Lesson, Cent, pl. 48 (mäle) et 49 (femelle),
des bécasses, et cependant c’est un bec d’attagis, des tarses emplumés jusqu'aux talons et anomaux.
Cet oiseau a neuf pouces et trois à quatre lignes. Son bec assez fort, long de six à sept lignes, est brun en dessus, rosé sur les côtés. Les tarses sont jaunes, les ongles noirs.
Une sorte de bandeau gris cendré occupe le front; la tête, le dessus du corps, les ailes, les grandes couvertures alaires et caudales, le doset le croupion, sont émaillés de fauve et de noir brun, c’est-à-dire que chaque plume est brune ou fauve doré au centre, et cerclée de roux blond , de blond doré et de blanchâtre, de sorte que l’ensemble du plumage rappelle celui d’une rhynchée, sans être aussi éclatant, ou plutôt celui d’une bécassine, Un duvet épais et brun recouvre la peau. Le devant du menton et du gosier est blanc, encadré de noir. Tout le devant du cou jusqu'au thorax est d’un gris bleu cendré, d’une agréable nuance, bien qu’il s’y mêle du roux vers le milieu et sur les côtés du cou. La poitrine, le ventre et le bas-ventre sont d’un roux blond, que relèvent des ondes brunes sr les flancs, et qui passe au blanchâtre sur la région anale. Les couvertures inférieures sont fauves, flammées de brun. Les ailes en dedans sont brunâtres, avec du blanc : les rémiges, légèrement coudées à leur extrémité, sont brunes, terminées de blanc, à tige blanches, et roides. La plus externe est blanche au bord. Les rectrices sont brunes, échancrées de fauve sur les côtés, et terminées de fauve en dessus; en dessous ces couleurs sont blanches. Les grandes couvertures sont composées de plumes longues, pointues , étagées.
Nous n'avons eu à examiner qu’un seul individu du sexe mâle, envoyé de Sant-Yago, du Chili, par M. Gay. La femelle, découverte par le même naturaliste , a été figurée dans notre Centurie.
La femelle du thinochore de d'Orbigny ne diffère point par la taille du mâle, décrit et figuré dans la pl. 48 Sa longueur totale est de ne f pouces. Son plumage est le même sur le corps, seulement le front n’a point de bandeau cendré ; mais le menton est blanc, encadré de noir, et toute la partie antérieure du cou est fauve, avec flammettes brunes. La poitrine, le ventre et Le bas-ventre sont d’un blanc roussâtre, ondé de roux vif et de brun sur les flancs. La couleur du bec, des tarses, des ailes, des rémiges et de la queue ne diffère point de celle de ces mêmes parties chez le mâle.
Le seul individu que nous connoissions a été envoyé de Sant-Yago par M. Gay.
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