LE TALÉGALLE DE CUVIER
À quinze pouces de longueur totale, et dans ces dimensions la queue entre pour cinq pouces, et le bec pour treize lignes. Les tarses ont, du genou à la première articulation du doigt du milieu; deux pouces cinq lignes , et le doigt médius, qui est le plus long, a moins de deux pouces. Les ailes ; amples et concaves , dépassent à peine le croupion. Leurs rémiges, de même que les rectrices , sont larges, assez résistantes, à tiges minces , mais fermes et fuisantes.
Le bec robuste et dur de cet oiseau , les joues dénudées, l'ouverture du conduit auditif non recouvert de plumes denses, le cou revêtu de petites plumes décomposées et comme poilues, prêtent au talégalle une physionomie particulière qui, sous ce rapport, lui donne la plus grande analogie avec les mégapodes. On sait d’ailleurs que les ster-
() Talegallus Cuvieri, Less., Zool. Coq., p. 745, pl. 38. Rostro incarnato, pedibus subflavis, corpore toto nigro. Le Sternum, Astrol., pl: 25, fig. 4, F. Cuv., Suppl. à Buffon, t. I, p. 400.
HISTOIRE NATURELLE
nums chez ces deux genres ont la plus grande similitude. Les tarses sont forts, 'rès réticulés, et terminés par des ongles robustes bien que médiocres. Ils sont colorés en jaune assez intense, et semblent indiquer que la vie de cet oiseau se passe aussi bien sur ie sol et dans les broussailies, à la manière de nos gallinacés domestiques, qu’à voler d'arbre en arbre lorsque sa sécurité est compromise.
Le talégalle a le bec jaune rosé assez vif, la peau nue des joues jaunâtre; les petites plumes, courtes et rares, de la tête et du cou, plus épaisses sur l’occiput , où elles affectent une teinte brune, sont partout ailleurs d’un gris brunâtre. Elles sont à barbes munies elles-mêmes de barbules d’une extrême finesse. Toutes les plumes sur le corps, aussi bien qu’en dessous, les rémiges et les rectrices, sont d’un
noir brun assez uniforme.
Cet oiseau à été tué par un des officiers de l'expédition de {a Coquille (M. Bérard), dans les forêts de la Nouvelle-Guinée , sur le pourtour du havre de Doréry. Les Papous le nomment mangoipe.
LES MÉGAPODES OÙ TAVONS.
Megapodius. Quox et Gatmanp.
Il y a à peine quelques années que ce genre est établi, et déjà il se trouve enrichi de plusieurs espèces naguère inconnués , et qui toutes proviennent des iles Mariannes et de la Malaisie. Ce sont des oiseaux dont le port et les formes sont ceux des gallinacés, mais que M. Cuvier place parmi les échassiers , à cause de la nudité de la jambe au-dessus du genou. M. Wagler y réunit le ménure de la Nouvelle-Hollande. MM. Quoy et Gaimard ont caractérisé ce genre dans la Zoologie de l’expédition Freycinet (p. 124) en ces termes : Bec grêle, foible, droit, aussi large que haut, et aplati en dessus à sa base; mandibule supérieure plus longue que linférieure , légèrement courbée à son extrémité; mandibule inférieure droite, point cachée par les bords de la supérieure; narines ovalaires, ouvertes, placées plus près de la pointe du bec que de sa base ; fosses nasales longues, couvertes d’une membrane garnie de petites plumes ; tour de l’œil nu; pieds grands et forts, placés à l'arrière du corps, tarse gros et long , couvert de grandes écailles ; comprimé surtout en arrière; quatre doigts très allongés ; trois en devant presque égaux, réunis à leur base par une petite membrane plus apparente entre le doigt interne et celui du milieu qu’entre ce dernier et l’externe ; le postérieur horizontal, posant à terre dans toute sa longueur ; ongles très longs, très forts, plats
DES OISEAUX
en dessous, très peu recourbés, triangulaires, à pointe obtuse, presque comme ceux des ménures ; ailes médiocres, concaves, arrondies ; les troisième et quatrième rémiges les plus longues de toutes ; queue petite, cunéiforme, dépassant à peine les ailes, et formée de douze pennes.
L'espèce la plus anciennement connue du genre mégapode est le {aron des Philippines, mentionné (1) par Gemelli Carreri (2) en 4719, et récemment déposé dans les galeries du Muséum de Paris par M. Dussumier. Cette espèce de gallinacé paroitroit avoir quelques traits des mœurs de lautruche , en abandonnant ses œufs dans le sable (d’où vient son nom detavon, qui, en langue t{agale,signifieenfouir), et laissant à la chaleur solaire le soin de les faire éclore ; mais les habitudes des mégapodes de la Nouvelle-Guinée et des îies environnantes nous sont entièrement inconnues, et tout porte à croire que, vivant dans des forêts profondes et humides, ils n’abandonnent point au hasard leurs œufs et leurs petits. À l’espèce de {avon, jusqu'à ces derniers temps mal caractérisée, MM. Quoy et Gaimard ajoutèrent le mégapode Freycinet (fig. pl. 52), que nous trouvâmes très communément à l'ile de Waigiou, et ie mégapode La Peyrouse (fig. pl. 55), qui provient des îles Mariannes, et qu’on indique également aux îles Philippines . où il porte le nom de tavon. M. Temminck , dans ces derniers temps, a fait connoître une espèce d’Amboine qu’il a nommée mégapode à pieds rouges, en établissant les analogies qui existent entre ce genre qu’il regarde comme le véritable représentant dans les iles de la Polynésie, et les tinamus des régions chaudes du nouveau continent. Nous ajoutons encore à cette tribu, composée jusqu’à présent d'espèces essentiellement polynésiennes et asiatiques, le mégapode
{ Dés 1521 par Pigafetta, qui dit en parlant desîles Philippines : «On y trouve aussi des oiseaux noirs et gros comme une poule, qui font deux œufs aussi gros que * ceux du canard, etqui sont fort bons à manger; on nous dit que la femelle pond ses œufs dans le sable »etque la chaleur du soleil suffil-pour les faire éclore. » (P. 88, traduction françoise.)
(2) Gemelli Carreri, dans son Giro del Hondo, décrit le tuvon de la manière qu'il suit, et consacre sans doute bien des erreurs, mais aussi probablement quelques faits exacts : « C'est un oiseau de mer, noir et plus petit qu'une poule, mais qui a le pied etle cou assez longs: il dépose ses œufsidans les terres sablonneuses où il a fait un trou, et se contente de les recouvrir de sable : ces œufs sont de la grosseur de ceux de l’oie. Les tavons pondent en mars, avril et mai, époque où la mer est plus tranquille, et où les vagues ne s’ayancent point autant sur le rivage et puissent les noyer. Les matelots cherchent avidement ces nids le long des bords de la mer : lorsqu'ils trouvent la terre remuée, ils l'ouvrent avec un bâton , et prennent les œufs et les petits qui
sont également estimés. »{ Hist. gén. des Voy., 1. A p. 411.)
Duperrey et le nouveau genre alecthelia, qui a les plus grands rapports avec les mégapodes, et qui ne renferme qu’une seule espèce de l'ile de Guébé, une des Moluques orientales.
Les mégapodes sont des gallinacés des régions chaudes, qui vivent dans les forêts des Moluques orientales et des îles Papoues , et qui pondent des œufs excessivement gros pour leur taille, On en connoît aujourd’hui quatre espèces.
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