ES CURE
Observations
Nous avons cru bon avant d’aborder l'étude des accidents merveux du paludisme, de grouper les observations qui ont été le prétexte de cette Revues Générale.
Deux de ces observations ont été communiquées par Monsieur le Docteur BERNARD à la Société Anatomo-Clinique de Lalle, en 1929 ; elles concernent des soldats récemment rapatriés du Maroc et ayant présenté les premières manifestations de leur paludisme en France. Les deux autres sont personnelles
et ont été recueillies par nous pendant notre séjour
à l’hôpital d’Oudjda (Maroc).
Dans l’observation I, il s’agit d’une encéphalite consécutive à un accès de paludisme primaire. Le malade présentait de l’aphasie, un strabisme divergent de l'œil droit, du nystagmus. Il existart une légère raideur de la nuque avec un signe de Kernig peu accusé. La ponction lombaire indiquait une réaction méningée légère, l’ensemble des phénomè-
nes disparut en une dizaine de jours. Plasmodium précox ‘en abondance dans le sang (schizontes et gamètes).
Dans l'observation II, un militaire de 22 ans, récemment revenu du Maroc, présente les signes d’une infection générale considérée pendant trois semaines comme une typhoïde. Brusquement survient un coma profond avec pâleur cadavérique, abolition des réflexes tendineux, disparition des réflexes pupillaires, hypothermie.
Comme dans le cas précédent, l’examen de sang
montra de mombreux hématozoares. L'état coma -
teux disparut en 24 heures, mais les réflexes ne réapparurent qu'après ISIx Jours.
Dans l’observation LIL, il s’agit d’un soldat sans antécédents spéciaux, sans crises épileptiques anté-
rieures, qui, au cours d’un paludisme non reconnu,
présenta des accès épileptiformes qui disparurent par de traitement quininique.
Dans ce cas, la crise épileptique constituait la seule manifestation du paludisme. L'examen de sang, en montrant de nombreux schizontes de plasmodium vivax permit de rapporter l’épilepsie à sa véritable cause et d’instituer une thérapeutique spécifique.
L'observation IV est un bel exemple d’hémiplé-
gie organique, précoce et transitoire au cours d’un paludisme de première invasion.
OBSERVATION [. — BERNARD et DE T'AYRAC
(Jourhal des Sciences Médicales de Lille, n° 14, 1929, p. 234).
Gustave Og.., 21 ans, est rentré le 11 août 1928 du Maroc où il a accompli son service militaire. Pendant son séjour au Maroc, il a eu de la dysenterie pendant 7 ere pas de fièvre typhoide ni de paludisme.
Le 19 août, soit une semaine après son retour, G.. tombe malade brusquement sans douleurs ni frissons : le soir il a 40°5. Le lendemain, sans médicaments, tout Es rentré dans l’ordre.
Malgré cela le malade a une convalescence longue : manque d'énergie, inaptitude au travail ; cependant, l’appétit est bon et le sommeil normal.
Cet état dure 3 semaines ; le 12 septembre 1928, lag thénie augmente ; tout effort devient pénible ; il n’y a pas de fièvre. L
Le 13 septembre, le malade est agité, se plaint de céphalées et vomit fréquemment.
Le 14, l’un de nous voit le malade. Ce dernier est eouché, étranger à tout ce qui l’entoure, Pressé de questions, il sort lentement de son rêve, de sa somnolence, tourne mollement la tête, essaie de répondre, donnant ainsi l’illusion d’avoir compris, mais arrive avec peine à artieuler quelques mots incohérents : il est aphasique. Il comprend certaines questions, car si on lui demande de répondre
par signes, il fait de la tête un geste négatif ou affir-
matif.
L'examen de la face montre une diminution nette de la mimique.
Lés pupilles sont inégales, réagissent bien à la lumière. On note un strabisme divergent aux dépens du globe
LP ANERE
oculaire droit. Le nystagmus est net, mais plus DARREE dans les mouvements extrêmes des yeux.
Les réflexes tendineux des quatre membres sont, normaux, pas de signe de Babinski. /
Légère raideur de la nuque ; signe de Kernig peu accusé. ‘Far
Tous les viscères sont normaux sauf la rate qui est pereutable et palpable par son pôle inférieur.
Tension artérielle 12/8 au Vaquez ; il existe de la constipation, mais pas de fièvre. Ù
Pour l’instant, le malade est agité, veut se lever, puis vomit.
Devant ces signes d irritation méningée et considérant le retour du Maroc du malade, nous pratiquons une P. L, et faisons un prélèvement de sang.
Ces différents examens ont montré dans le sang, des schizontes et des gamètes de plasmodium précoce. Le L.C.R. indique une réaction méningée : 4,6 lympho... par m/m cube, 0 gr. 37 d’albumine par litre, 0,80 de glucose. Le B.W. est très faiblement positif. (Une dose de complément fixée). Réaction de Meinicke négative.
L'urine renferme 0 gr. 45 d’albumine ; pas de sucre.
Le traitément consista en 2 injections de 0 gr. 50 de quinine par jour.
Pendant 3 jours, l’état ne s'améliore guère.
Le 18, les symptômes psychiques s’atténuent, le malade parle un peu mieux, s'intéresse et essaie de questionner. Les vomissements ont cessé,
Le 20 septembre, l’amélioration a continué : plus de raideur de la nuque ,jni de Kernig. Le malade cause bien, n’est plus agité, n’a plus de céphalée. |
Pendant 8 jours encore, il prend 1 gr. de quinine. Au moment de la convalescence il est soumis à un traitement reconstituant arsenical sous forme d’acétylarsan.
Depuis 3 mois, la guérison sans séquelles se maintient.