B) ŒDÈME SUBAIGU DU POUMON
L’'œdème aigu du poumon s’observe surtout dans la grande insuffisance ventriculaire gauche.
L’'œdème subaigu est, par contre, l’apanage des cardiorénaux et résulte souvent plus d’un facteur rénal que de la défaillance cardiaque. Cet œdème revêt des formes cliniques variées.
Dans certains cas le malade ne se plaint d’aucun symptome fonctionnel, et c’est à l’occasion d’un examen complet que l’on découvre chez le brightique, l’existence de quelques râles sous-crépitants fins aux deux bases pulmonaires.
D'autres fois, le malade est dyspnéique «il est assis sur son lit, anhélant, secoué d’une toux incessante, quinteuse, pénible, ramenant une expectoration spumeuse. Cette expectoration ne contient pas ou peu d’albumine, mais souvent une quantité élevée de chlorures (Bezançon et de Jonc).
On ausculte et l’on constate que le murmure vésiculaire est diminué dans les deux poumons. Il existe aux deux bases des râles ronflants et sibilants disséminés, avec des sous-crépitants.
Parfois même, les râles encombrent les deux tiers, ou la totalité des champs pulmonaires.
Ces signes sont dus à l’œdème provoqué par la rétention chlorurée dans le parenchyme pulmonaire. Au début, ces «bronchites albuminuriques» de Lasègue n’ont aucune origine infectieuse. Contrairement à l’œdème aigu du poumon dont l'infection secondaire est rare l’œdème subaigu s'infecte fréquemment.
Dans certaines formes torpides, ne s’extériorisant par aucun symptome fonctionnel, la légère élévation thermique à 389, 3805 constitue le seul signe révélateur d’un œdème subaigu latent infecté.
Mais la fièvre n’est pas seulement intéressante par ce qu’elle attire l'attention. Elle oblige en effet à modifier la
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thérapeutique et à adjoindre au régime hypoazoté, déchloruré, au traitement diurétique et tonicardiaque une médication antiinfectieuse par l’argent colloïdal.
Concuremment au traitement cité plus haut, nous avons toujours mis en œuvre une thérapeutique pulmonaire (injections d'huile goménolée, eucalyptolée) et provoqué un afflux leucocytaire par plusieurs injections répétées d’argent colloïdal.
Lorsque l’état du rein n’était pas trop touché, nous n'avons obtenu que de bons résultats.
OBSERVATION VI. — M. F..., 52 ans.
Entre dans le service pour signes d'insuffisance cardiaque et rénale.
Insuffisance cardiaque : palpitation; dyspnée au moindre effort; légère cyanose de la face, des membres. T. A. : 12/9.
Insuffisance rénale : œdèmes généralisés, prédominants aux membres inférieurs, avec bouffissure de la face; troubles de la vue : amaurose passagère.
Histoire de la maladie :
Ancien spécifique, traité assez irrégulièrement, le malade a commencé, il y a dix ans environ, à présenter des palpitations, puis une dyspnée de plus en plus marquée à l'effort.
Grâce au traitement spécifique, malheureusement trop irrégulièrement suivi, le malade s’est ainsi maintenu près d’une dizaine d'années. Depuis deux mois cependant, tandis que la dyspnée d'effort s’accentuait apparaissant au moindre effort, le malade fut pris d’une dyspnée permanente, plus marquée le matin au réveil.
Antécédents : rien de particulier à retenir, n’était la spécificité contractée à 24 ou 25 ans, et comme nous l’avons déjà dit : mal traitée au début, irrégulièrement traitée par la suite.
L'examen de ce malade nous montre que nous avons affaire à un cardiorénal qui présente un œdème subaigu des poumons secondairement infecté.
En effet, la température est à 38° le matin, 3895 le soir.
L'examen des poumons montre : une submatité des deux champs pulmonaires, avec vibrations conservées. A l’auscultation pluie de râles sous-crépitants, disséminés dans les deux champs pulmonaires.
Toux pénible quinteuse, avec expectoration blanchâtre, mousseuse.
Au point de vue cardiaque : élargissement très net de la matité cardiaque.
A l’auscultation : double souffle de la base.
T. A. : 9-6 1/2 Maxima décapitée, différentielle écrasée.
Quelques arythmies extrasystoliques, que révèle la courbe électrique, montrant également une prédominance gauche en dérivation III.
Au point de vue rénal : traces d’albumine dans les urines.
Urée sanguine : 0 gr. 73 par litre de sérum.
Les réflexes tendineux sont normaux; les pupilles régulières dans leur forme, réagissent à la lumière.
. Nous pratiquons une saignée de 200 grs suivie de trois injections intraveineuses d’ouabaïne; on donne en outre trois cachets de Théosalvose à 0 gr. 50 par jour.
Sous l'influence de ce traitement on constate une amélioration de la dyspnée et des signes cardiaques.
Après une nouvelle cure tonicardiaque, nous reprenons le traitement étiologique : cyanure d’hydrargyre à doses progressives : 1/4 ctgr, 1/2 ctgr, 1 ctgr.
Les œdèmes avaient à peu près entièrement disparu, après dix injections de cyanure de mercure. Cependant il demeurait un œdème infecté pulmonaire, comme l’indiquait la persistance de petits clochers fébriles et la présence de râles sous-crépitants au niveau des poumons.
C’est alors qu'après un nouveau traitement tonicardiaque, nous avons pratiqué six injections intraveineuses d’Electrargol qui ont suffi à faire disparaître et la température et les manifestations pulmonaires.