BACTÉRIOLOGIE
La plupart des auteurs qui se sont occupés de la question bactériologique des phlébites otogènes, Signalent, avant tout, la présence du streptocoque, tant au niveau de la lésion sinusienne que dans le torrent circulatoire.
On peut admettre en gros que le microbe en jeu sera, le plus souvent, de même nature que celui de la lésion initiale, celle qui a conditionné l'opération. Mais l'étude bactériologique des oto-mastoïdites est encore bien imprécise. Devant l'extrême discordance des statistiques publiées, on ne peut retenir les germes généralement rencontrés sans essayer d'établir entre eux un pourcentage par trop arbitraire.
Ainsi que le cas se présente dans une de nos observations, on s'accorde pour placer en tête le strepto- COCCUS pyogenes.
Mais il faut tenir compte de la durée extrême de certains agents microbiens primitifs fragiles, laissant derrière eux le champ libre aux microbes d’une infection secondaire toujours à redouter.
On a cité le staphylocoque, le bacterium coli, le pneumocoque, le pneumo-bacille de Friedlander, le tétragène, le pyocyanique. Tout récemment, un travail italien incriminait un diplocoque lancéolé encapsulé. Les différentes associations ont également été rencontrées. |
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Dans cet ordre d’idées, Briger, Kobrack, puis Sébileau ont attiré l'attention sur l’association possible de germes anaérobies donnant à l’infection le type gangréneux, association déjà grave avec le staphylocoque, plus grave encore avec le streptocoque.
Car, si l’on veut toutefois établir une échelle de base, on peut poser, avec Descomps et Gibert, que le staphylocoque, germe habituel des otites chroniques, répond aux formes bénignes thrombosantes, tandis que le streptocoque répond aux cas aigus et aux formes graves suppurées septicémiques. En plus cependant de ces considérations de nature, entrent en jeu les facteurs virulence et résistance à l’infection, qui permettent d'expliquer des formes très différentes causées par un même microbe,
Pathogénie des accidents septiques
Suivant la conception de Sébileau, exposée par Descomps et Gibert, le sinus latéral peut être considéré, en faisant toutefois quelques réserves sur ses particularités anatomiques et physiologiques, comme une veine ordinaire.
Le sinus latéral possède, en effet, les mêmes propriétés que le système veineux général. Mais nous avons vu dans un chapitre précédent, les quelques particularités anatomiques intéressantes à retenir. Le trajet du S. L. est, en effet, bien loin de présenter une régularité absolue. Par sa disposition anatomi-
qué, flexueuse, aux coudes brusques, il implique une circulation considérablement ralentie, brisée dans son élan. Cet état de ralentissement circulatoire se trouve poussé à l’extrême dans le cas de sinus pro-. cident où nous sommes en présence d’un coude « en épingle à cheveux », amenant même une certaine stagnation toute favorable à l'infection et à Ia coagulation...
Nous pouvons donc diviser pathogéniquement, avec ces auteurs, les phlébites sinusiennes, en :
‘ Mécaniques, Toxiques, Infectieuses.
La seule action mécanique nous intéresse ici. La blessure par exemple, est donc capable de réaliser la condition nécessaire édictée par Cruveilhier « une cause d’irritation qui agisse sur la paroi veineuse.
Elle peut entraîner, faite aseptiquement, la formation d’un thrombus. C’est à cette propriété que s’adressait au début le procédé d’oblitération hémostatique dans les blessures de guerre de la région cervicale de Lannois et Patel. La ponction légère était l'adjuvant thrombosant de la compression par tamponnement.
Pour la plupart des auteurs, ouvrir le sinus est une aventure sans conséquence sérieuse; en dehors de toute infection, la blessure et la thrombose consécutive ne constituent évidemment pas un danger. Elle mérite cependant quelque attention.
Car ne serait-ce qu’au point de vue opératoire, une hémorragie de cette importance est une gêne très sé-
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rieuse. Nous n’en voulons pour preuve que l’indication que posent dès lors tous les traités : arrêter l'opération pour ne s'occuper que du sinus.
Même en milieu aseptique, comme le dit Ferrabouc, l'ouverture du sinus n’est pas sans faire courir de sérieux risques d'infection.
En présence de l’inondation sanguine de toute la plaie opératoire, il faut à tout prix assurer l’hémostase, le plus souvent à l’aveuglette, d’un gros vaisseau qui saigne, difficile à atteindre au fond d’un puits osseux. Force est à l’opérateur d'adopter rapidement la seule voie logique, celle qui s’ouvre devant lui, la voie mastoïdienne et de procéder d’urgence à un tamponnement intracavitaire du vaisseau lésé.
Il semble dès lors bien difficile, quelles que soient les précautions prises, d’éviter, en passant par une brêche osseuse dont l’accident a interrompu le curettage à fond, de porter l'infection en même temps que la mèche au sein même du sinus. Et ceci, d’autant plus que la lésion mastoïdienne sera accompagnée d'infection présinusienne, qui a appelé la curette par trop près du vaisseau.
Ainsi sera réalisé au mieux le processus d’infection sanguine par continuité : le germe pathogène est au cœur du système vasculaire.
A côté de la blessure du sinus proprement dite, de même qu'au cours des otites, a été signalée la propagation directe par voie sanguine par le moyen des veinules mastoïdiennes, bien étudiée et vérifiée aux Rayons X par Chatellier, dans sa thèse, idée émise déjà par Korner et Hessler.