CHAPITRE IV
Etude expérimentale
Nous ne saurions établir ici le tableau complet des travaux expérimentaux effectués sur les phlébites en général. Nous nous contenterons de marquer les diverses étapes en insistant plus longuement sur les expériences de ces dernières années, plus spécialement consacrées à l'étude des phlébites sinusiennes.
Les expériences d’ordre général sur les veines résument toute l’histoire de nos connaïssances sur la formation des caïillots et nous trouvons liés à cette question les noms de Virchow, Hunter, Cruveilher, Talke, et enfin ceux de Vaquez et Widal. Nous n’y insisterons pas, ces données étant actuellement dans le domaine du classique. | : Rappelons que Luc, dans ses lecons sur les suppurations de l’oreille moyenne, se basant sur les expériences d'Eberth et de Shimmelbush, émet l’avis que la thrombo-phlébite suppurée est difficile à reproduire artificiellement. |
Des travaux de Freytag, dont parle Cornet, il semble résulter que la dénudation pourrait provoquer la thrombose en passant par un stade de périphlébite, alors que Stenger invoque la nécessité de lésions de grattage au cours de la dénudation.
Enfin, depuis quelques années, la question de la dénudation mise en avant, a plus spécialement attiré l’attention. Nous relaterons deux importants travaux, tous les deux étrangers, la recherche expérimentale de l’action du traumatisme sur la paroi d’un sinus ne semblait pas avoir tenté en France, à notre connaïissance, ni le physiologiste, ni le clinicien.
Un auteur allemand, L. Haymann, présenta, en 1911, une très intéressante série d'expériences sur l'animal, intitulée : « Recherches expérimentales sur la thrombose du Sinus et la pyohémie otique ». Il utilisa 22 chiens et 6 singes. A notre grand regret, nous n’avons pu trouver aucune trace de la technique employée et aussi ne pouvons-nous consigner ici que les grandes lignes des conclusions qu’il tira de ses observations.
1° Pour Haymann, le simple badigeonnage de la paroi d’un sinus dénudé, avec une culture microbienne, ne donne rien; une compression ou une incision ne sont suffisantes qu’en présence de cultures bactériennes.
2° La thrombose n’est ni constante ni nécessaire, le passage direct des microbes étant possible à travers la paroi du vaisseau. Elle est favorisée par l’altération du sang, le ralentissement de la circulation,
les modifications de la paroi, qui jouent un grand rôle.
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3° La thrombose est un processus de défense de l'organisme à pronostic bénin. Elle tend à se propager en direction centrale. Pariétale, elle s'organise sans favoriser la pyohémie.
4° Haymann a constaté maintes guérisons spontanées, le caillot s’organisant de la périphérie vers le centre. |
5° Il croit à la nécessité de respecter le caillot.
C'est encore à l’étranger, en Russie, cette fois, qu’il nous faut aller chercher d’autres données expérimentales.
Malgré plusieurs tentatives, restées en partie infructueuses, nous n’avons pu puiser à la source méme les renseignements détaillés que nous aurions aimé apporter ici sur ce récent travail.
Aussi avons-nous dû nous contenter de la relation de l’étude de Oundritz sur l’ « Influence de la ligature de la veine jugulaire sur la thrombose expérimentale des Sinus », publié en 1926 par le Docteur Koupagneetz, dans la presse française.
Le point particulier étudié ici, vise principalement le traitement des thrombo-pyohémies. Nous trouvons cependant dans les déductions tirées, d’intéressantes considérations étiologiques.
Oundritz dénude le sinus transverse du chien et applique sur sa paroi un tampon imbibé de cultures virulentes de staphylocoque, âgées de 24 heures. Il lie alors les principaux vaisseaux dérivants, pour contrôler l'influence de cette pratique sur le cours ultérieur de l’infection générale, Il conclut que :
1° La thrombo-phlébite du sinus est facile à pro-
voquer, sans qu’une lésion de la paroi soit nécessaire. |
2° La ligature des vaisseaux dérivants n’a aucune influence.
3° La phlébite expérimentale est parfois très bénigne.
Le thrombus peut-être blanc et solide, ou rouge et poreux, finissant pas se désagréger.
D'autres fois, les bactéries et leurs toxines causent une dissolution de la paroi du sinus sans formation de thrombus.
4° La thrombose est fonction de la défense de l’organisme.
Après ce trop bref rappel de travaux de grande envergure, On nous excusera de rapporter ici, avec quelques détails, de bien modestes expériences personnelles.
Expériences personnelles
Il nous a paru intéressant d'envisager, au point de vue étiologique, le cas du traumatisme le plus discuté, la simple dénudation.
Nous n'avons pas la prétention d'apporter une contribution irréfutable; notre inexpérience et la difficulté d'aborder un tel sujet avec toute l’ampleur désirable, donnent à notre expérimentation beaucoup plus une valeur d'illustration et d’édification personnelle que de preuve formelle. Nous nous permettrons cependant de rapporter ici les directives