Lib. Steinheil
PROPniÉTÉS, STAllILITÉ 43
dépasse 35oo“ : la silice, la chaux et la magnésie y fondent et bouillent, sans qu’on observe la production de métal ou d’oxydes nouveaux; cependant, rien ne nous autorise à nier que la volatisation ne soit accompagnée d’une dissociation en métal et oxygène qui se recombineraient lors de la condensation ou dans des parties moins froides. Dans ce même four, M. Moissan a réussi à décomposer les combinaisons les plus stables, telles que pyrophosphate et le silicate de magnésie. Bref, il est un ensemble de corps : silice, chaux, magnésie, etc., dont nous ne savons pas jusqu’ici manifester la décomposition même aux températures extraordinairement élevées de l’arc électrique.
Nous voyons donc l’action bien différente que la chaleur exerce sur les composés exothermiques ; les uns se décomposent totalement en leurs éléments sans recombinaison inverse : AzlP, BIP, Ag^O, AzO^, etc. ; d’autres se décomposent partiellement, sans recombinaison par le refroidissement, tel que IPS, ou avec recombinaison si le refroidissement à cjuelque durée, tels que IPO, IlCl, CO% etc; enfin les derniers résistent à toute tentative de décomposition : CaO, SiO®, MgO, etc.
En outre, si le corps est composé d’un grand nombre d’atomes, il peut subir ou des décompositions proprement dites, progressives, endothermiques, qui simplifient la molécule primitive (Az-Offlg) ou bien des décompositions exothermiques c{ui simplifient aussi la molécule, mais les produits exigent ensuite pour leur destruction une plus grande énergie que celle c[ui s’était dépensée dans la formation du corps (CIP AzO^).
Action du choc ou ébranlement mécanique. — Nous ne connaissons pas d’exemple où cette forme de l’énergie produise la décomposition d’un composé exothermique en ses éléments, mais le choc, par le dégagement subit de chaleur qu’il produit en un point ou même par les déformations qu’il imprime aux positions des atomes dans une molécule, est essentiellement apte à provoquer des décompositions du genre de celle du nitrate de méthyle, lesquelles dégagent de la chaleur par suite de nouveaux arrangements que prennent les divers atomes.
Action de la lumière. — La lumière décompose, comme on le sait, les sels haloïdes d’argent. Ces sels sont formés avec
COMPOSÉS EXOTHERMIQUES
dégagement de chaleur ; leur décomposition exige donc une certaine consommation d’énergie; mais la quantité de travail fournie par la lumière dans cette circonstance n’est pas bien connue. En effet, on discute encore la question do savoir si l’élément électro-négatif mis en liberté résulte d’une séparation pure et simple du composé binaire en ses éléments, c’està-dire avec production d’argent métallique, cc qui absorberait a9^"',4 avec AgCl, 2a^'‘‘,7 avec le bromure et i3“,8 avec l’iodure; ou bien s’il se forme un composé moins saturé, tel qu’un sous-chlorure Ag^Cl ou Ag”Cl, un sous-bromure ou un sous-iodure ; ce qui est certain, c’est que la formation de ces composés répondrait aussi à une absorption de chaleur et qu’elle a lieu avec mise en liberté de l’élément haloïde. On connaît les applications que cette action de la lumière a reçue dans l’art photographique.
L’anhydride azotique et l’acide azotique monohydraté sont aussi décomposés par la lumière, non pas en leurs éléments, mais suivant les équations :
Az^O* sol = ïAzO® gaz + O gaz •lAzO’II liq. — aAzO^ gaz -p O gaz + H^O liq.
Ces composés sont exothermiques (i i‘^“',9et 4o‘^"',6) et leur décomposition absorbe respectivement 3“,7 et 29*^“',8. En réalité, le peroxyde d’azote dégagé dans la seconde équation produit avec l’eau et l’acide azotique des réactions ultérieures, mais, même en en tenant compte, la réaction est encore endothermique. Dans ces cas, il n’est donc pas douteux que la lumière n’accomplisse un travail spécial inverse de celui de l’affinité.
Ce même travail est susceptible de s’aecomplir dans certains dérivés nitrés et d’en produire l’explosion en vertu de réactions ultérieures que l’oxygène et le peroxyde d’azote formés peuvent provoquer (explosion spontanée des poudres).
Assimilation chlorophyllienne. Accumulation du carbone et de l’hydrogène dans les végétaux. — Parmi les actions que la lumière exerce sur les composés exothermiques, il est absolument nécessaire de citer le phénomène de l’assimilation chlorophyllienne. On sait que les végétaux à chlorophylle décom-
PROPRIÉTÉS, STAHILITÉ 45
posent l’acide carbonique et l’eau sous l’influence de la lumière solaire pour former des hydrates de carbone :
C02 + IPO = CH20 + 02.
L’équation ci-dessus exprime une interprétation pressentie par M. Berthelot ‘ et donnée plus catégoriquement par Wurtz 2 : à savoir que le premier terme de l’assimilation chlorophyllienne serait l’aldéhyde formique lequel par des condensations ou polymérisations consécutives se transformerait en hydrates de carbone. L’auteur, en déterminant la chaleur de formation de l’aldéhyde l’ormique, a trouvé que la réaction
C02 diss + H20 liq = CH20 diss + 02gaz.
absorbe la quantité de chaleur énorme de 128^^“', 7 L On voit ainsi quelle accumulation d’énergie considérable produit la lumière solaire en transformant les produits inertes et brûlés CO2 et H *0 en aldéhyde formique. Si l’on admet que ee soit un hydrate de carbone comme le sucre ou l’amidon qui prenne naissance, la quantité de chaleur absorbée descend à 118'^”' environ par atome de earbone assimilé.
Les formules CH^O, de l’aldéhyde for¬
mique, du glucose ou de l’amidon peuvent aussi s’éerire C H" 0 , -f- GH^O, /îL° -|- 5 /iH^O ; de là encore le nom d’assi¬
milation du carbone donné au phénomène chlorophyllien. Mais ces formules n’expriment pas la vérité; en effet la formation des corps ci-dessus à partir du carbone et de l’eau est endothermique, de sorte que ces composés renferment un excès d’énergie par rapport au carbone et à l’eau : non seulement leur combustion donnera la chaleur de combustion du carbone, mais encore et en plus, l’excès d’énergie emmagasinée lors de leur formation.
Là ne se borne pas le phénomène chlorophyllien ; la plante accumule toujours quelque dose d’hydrogène en excès par rapport à la formule d’un hydrate de carbone ; l’auteur a montré que ce phénomène pouvait résulter de dédoublements
(1) Leçons sur les méthodes de Synthèse, p. 181, 186'i.
(2) C. R. Ae. Se, t. 74 , p. 136fi, 1872.
(3) .4»». de chimie et de phys., 7« sér., t. 15 , p. 557.
4G COMPOSÉS EXOTHEnMIQDES
ultérieurs de l’aldéhyde formique faits avec dégagement de chaleur, grâce à la faible chaleur de formation de ce corps. Exemple :
3CIPO diss + IPO liq = C02 gaz + 2CH*0 diss = CQS + 2 [C + IPO + 112] + 3 X I
L’énergie lumineuse du soleil accomplit donc chez les végétaux un travail endothermique considérable ; on sait que c’est cette accumulation d’énergie par les végétaux qui rend possible la vie animale à la surface du globe en fournissant, d’une part, les aliments combustibles ou plastiques aux animaux pendant que l’oxygène comburant est lui-même, d’autre part, régénéré sans cesse par les végétaux.
Action de Vélectricité. Étincelle. — Sous forme d’étincelle l’électricité est singulièrement efficace pour décomposer les corps gazeux; tous ceux que nous avons cités jusqu’ici, l’ammoniaque, l’hydrogène phosphoré, l’hydrogène silicié, l’acide sulfhydrique, l’acide bromhydrique, l’acide chlorhydrique et une multitude d’autres sont décomposés, soit totalement, soit partiellement. La décomposition est souvent totale, si l’un des constituants est solide, comme le phosphore, le silicium, le soufre, parce qu’il sc dépose sur les parois de l’éprouvette où jaillit l’étincelle et échappe à toute action ultérieure de recombinaison. S’il s’agit de constituants gazeux comme dans le cas de l’anhydride carbonique (CO -f- O), de l’acide chlorhydrique, de la vapeur d’eau, la décomposition a lieu jusqu’à une certaine limite qui n’est pas fixe et oscille avec la durée des expériences. 11 se produit des décompositions dont la grandeur est variable et inconstante, ainsi que l’a montré M. Berthelot [Méc. chim., t. II, p. 339-347).
Quant au mécanisme même de l’action de l’étincelle, nous savons qu’il faut l’attribuer à la température extrêmement élevée qu’elle développe sur son passage; cette action calorifique n’influence qu’une faible partie du composé, mais sa répétition par une série d’étincelles peut en accumuler les eflets. S’il est vrai qu’une étincelle enflamme une masse quelconque de mélange tonnant (H* -j- O) parce qu’il existe sur le trajet de cette étincelle une température très élevée, nous ne pouvons
PnOPniÉTÉS, STABILITÉ 47
pas affirmer que sur le trajet même et pendant le trajet de cette étincelle la combinaison a réellement Heu; ce n’est sans doute qu’à une petite distance où la température est compatible avec l’existence de l’eau que se développe en réalité la température utilisable pour la combinaison des éléments. Ne voyons-nous pas, en effet, cette même étincelle décomposer le gaz aqueux ? Cette action décomposante a lieu sans doute de préférence dans les parties les plus chaudes, et c’est la très courte durée de l’élévation de température qui permet au milieu ambiant de refroidir et de diffuser les produits formés assez vite pour les amener soit au-dessous de la température de combinaison, soit en deçà de la limite d’inflammation (i).La décomposition ne saurait d’ailleurs se propager, puisqu’elle absorbe de la chaleur; elle s’arrêtera lorsque la chaleur de l’étincelle aura été utilisée pour le travail de décomposition. Cependant s’il arrive un moment où les éléments diffusés dans la masse totale ont pu s’y accumuler jusqu’à la limite d’inflammation, une seule étincelle de plus suffira pour en provoquer la combinaison dans toute l’étendue du mélange, de sorte qu’on reviendra au point de départ. Ainsi s’expliquent les oscillations observées par M. Berthelot dans l’action de l’étincelle sur un gaz donnant naissance à des composés susceptibles de s’unir sous l’influence d’une étincelle. La eomposition varie par sauts brusques; dans une première phase, l’étincelle accumule lentement les produits de décomposition, pour les recombiner dans une seconde phase qui peut se réduire à la durée d’une étincelle, et ainsi de suite; on conçoit qu’il faudrait un grand hasard pour retrouver le gaz initial.
Effluve. — L’effluve produit des efl'ets moins nets ; nous avons signalé son action comme prédisposant surtout aux com-
(1) On appelle limite d’inflammation la concentration en deç.à de laquelle un mélange combustible et de gaz inerte (ou d’un excès de l’un des deux gaz) n’est plus apte à développer assez de chaleur pour assurer la propagation de la combustion. Rappelons que l'élévation de température théorique 0 trouve réduite à 6' si l’on ajoute une masse p' ne pouvant entrer en
combinaison. Si 0' est inférieur à la température de réaction, celle-ci ne sc propagera pas. Lu combinaison pourra cependant être totale, si l’on élève la température nu point de réaction, ou si l’on emploie un grand nombre d'étin-
48 COMPOSÉS EXOTHERMIQUES
binaisons. Dans son action décomposante sur un composé exothermicpie, elle produit le plus souvent Tunion d’une partie des éléments séparés, avec une partie du composé initial encore existante ou bien elle provoque de nouvelles combinaisons résultant de l’élimination partielle de l’un des éléments.
C’est ainsi cpi’elle réalise les réactions suivantes :
81PS gaz = 7H* gaz -|- IPS-' sol + (8 — a:)S sol «IPSe gaz = mll2 gaz + Se” sol + [n — x) So sol
2PI13 gaz = 511 gaz -f P^H sol
5S02 = S2 -f S^O’ -f- S03 ou S20’ -I- 03 -f S»
SCO =; C02 + C*03 (sous-oxyde de carbone)
et une multitude de transformations des carbures d’hydrogène sur lesquelles M. Berthelot a appelé l’attention
Action électrolytique. — C’est, par ses résultats, l’action la plus intéressante de l’électricité sur les composés exothermiques. Où la chaleur ne saurait être employée ni efficacement, ni eo.mmodément, l’électricité exerce presque toujours une action utilisable, que les corps soient solides, fondus, ou dissous. Enfin, la mise en liberté des éléments peut être suivie de phénomènes secondaires d’une haute importance pour la science pure ou appliquée.
Il suffira de rappeler la découverte des métaux alcalins et alcalino-terreux faite par Davy en électrolysant la potasse, la soude, la lithine, la chaux, la baryte et la strontianc pour faire comprendre l’importance de cette action sur les progrès de la Chimie. Non seulement elle nous dotait d’éléments nouveaux, mais encore elle mettait entre nos mains de puissants agents de décomposition qui ont permis ensuite de préparer le magnésium, le silicium, le bore, l’aluminium. On n’avait jusqu’alors préparé aucune de ces substances, en raison de la grande chaleur de formation de leurs composés.
C’est grâce à la propriété de l’électricité d’être une force que l’on peut ajouter à elle-même sans limite, que ces merveilleux résultats ont pu être obtenus; à une sorte d’équivalence immédiate qui existe presque toujours entre le travail
(1) Mécanique chimique, t. II, p. 37’’.
PnOPniÉTÉS, STABILITÉ 49
électrique et le travail chimique, le propre de l’électricité étant de ne jamais nécessiter l’intervention de travaux préliminaires. Une quantité donnée d’électricité, moyennant certaines conditions que nous allons indiquer, peut se changer en la forme d’énergie spéciale qui détruit le travail d’alFinité que nous avons mesuré sous forme de chaleur. Il suffira donc de chercher à quelle quantité d’électricité correspond cette quantité de chaleur pour résoudre le problème.
L’électricité n’agit que sur la classe de corps composés dits électrolytes, mais ses effets secondaires s’appliquent à toutes les classes de corps composés.
Voici très résumés les points théoriques qui président aux lois de l’électrolyse :
L’expérience a montré qu’un coulomb décompose —-
d’équivalent d’un électrolyte, le coulomb étant défini d’après les conventions relatives aux unités pratiques d’électricité. D’autre part, un coulomb passant dans un conducteur métallique ayant la résistance d’un ohm y développe une quantité de chaleur équivalant au travail d’un joule, soit o'',a 4 . Si E (en volts) est la force électromotrice nécessaire pour produire l’électrolyse d’un composé, on voit que le travail électrique nécessaire pour mettre en liberté un équivalent des éléments constituants sera égal à 96600XE joules, soit, en l’évaluant en calories, à 96600 X E X 0,24°"'.
Si nous admettons que tout le travail électrique soit destiné à vaincre les forces de l’affinité, susceptibles, elles aussi, d’équivalence calorifique, nous voyons que la force électromotricc minima nécessaire pour décomposer un corps sera régie par l’équation
96600 X 0,24 X L =r (jf,
(f"' étant la chaleur dégagée dans la réaction inverse de celle que produit l’électrolyse. On en tire E = ^ X o,oooo 43 i, E étant exprimé en volts, c’est-à-dire que pour électrolyser un composé donné il faut employer une force électromotrice déterminée, laquelle est proportionnelle à la chaleur consommée par la formation inverse du composé.
On peut ainsi calculer la force électromotrice nécessaire
00 COMPOSÉS lîXOTHEnMIQUES
pour effectuer une clécompositon donnée : ainsi l’ean acidulée, entre deux électrodes de platine, ne saurait être décomposée par une pile Daniell, attendu que la chaleur de formation de l’eau liquide soit 34“,5 pour une valence [Il ou O'/aJi exige une force électromotrice de i''“'',487 et que la pile de Daniell ne fournit que i^'^oô environ; mais si l’on ajoute deux éléments en tension, la force électromotrice sera double, soit 2''°'“, 12 et l’électrolyse se fera. Mais elle sera encore impuissante à décomposer le sulfate de soude dissous SO^Na^ suivant la réaction :
SO'tNa''* + 3U20 — S0‘ + Na^ + 3H'0 = SO*H2 + O + aNaOII + Iis, + — + -
laquelle exige 2™'“, 18 pour i II mis en liberté; l’association de 3 piles, i pile Daniell, i pile zinc-cadmium, i pile zincplatine, dont la valeur totale est de 2''“'‘,249, permettra au contraire cette électrolyse. C’est, nous le répétons, dans cette additivité des forces électromotrices que réside tout l’intérêt et la supériorité de l’emploi de l’électricité; additivité que nous ne concevons pas pour certaines autres énergies, telles que la chaleur : deux masses égales chauffées à 1000" ne sauraient être transformées en une seule à 2000'’ et l’adjonction en quantité quelconque de masses portées à 1000“ à un système ne sauraient nous fournir l’effet d’une température de 2000"; au contraire, il suffit, comme on l’apprend en Physique, d’accoupler dans un sens déterminé une série d’éléments pour obtenir en quelque sorte une source d’électricité dont la force électromotrice est multipliée par le nombre d’éléments ainsi accouplés. Comme d’autre part, l’électricité décompose les combinaisons lorsque la force électromotrice est sudisante, nous possédons en principe le moyen de décomposer les corps sur lesquels elle peut agir.
Inversement, une réaction chimique développe une force électromotrice en rapport avec la chaleur qu’elle dégage et pour ainsi dire calcuiable à l’avance.
On voit ici apparaître cette réciprocité immédiate de l’action électrique et de l’action chimique à laquelle nous avons déjà fait allusion, llàtons-nous de dire que ce sont là des condi-
PIlOPIUliTÉS, STABILITÉ 51
tions théoriques; pratiquement, si l’on veut continuer l’électrolyse que commence une force électroniotrice déterminée, il faut employer une force électromotrice différente, en raison de phénomènes accessoires dus à la polarisation des électrodes ou aux phénomènes dits de Peltier, lesquels créent le plus souvent des forces électromotrices de sens inverse à celle que l’on veut utiliser.
Enfin c’est seulement quand il s’agit de composés binaires que la destruction en éléments a lieu ; si l’on s’adresse à des corps plus complexes, la réaction est en général telle que le métal est séparé au pôle négatif, pendant que le reste de la molécule se rend au pôle opposé. Là, ce reste peut subir des réactions secondaires des plus variées. Il suffira de citer un exemple un peu compliqué, l’électrolyse d’un sel organique, pour montrer comment se font ces réactions. Soit l’acétate de potasse dissous; il donne
CIPCO^ et K.
D’une part, K décompose l’eau IPO en IvOII 11 . D’autre part, CIPCO* se dédouble en CIP -j- CO* et comme CIP ne saurait exister libre, sa molécule se double et donne CH’CIP. Le résultat final est donc la formation de potasse, d’hydrogène, d’anhydride carbonique et d’éthane.
Quand aux réactions simples sur des corps binaires, on les a appliquées avec succès aux chlorures, fluorures, oxydes et sulfures de quelques métaux. On prépare aujourd’hui le magnésium avec le chlorure fondu qui se scinde en Mg et CP; l’aluminium avec du fluorure et de l’oxyde fondus ; les réactions sont alors
APFl» = A12 -t- Fl»
AliO»-|-Fl»=:A12FI»-|-0»..., Ole.
Quand on opère sur des acides ou des sels dissous, on met le plus souvent en liberté au pôle positif des radicaux tels que OH, AzO», SO\ CO», Cl, Br, I, et au pôle positif de l’hydrogène provenant de l’électrolyse directe de l’acide ou de la décomposition de l’eau par un métal alcalin mis en liberté.
52 COMPOSÉS EXOTHERMIQUES
Les premiers peuvent produire des effets d’oxydation ou de substitution, tandis que les seconds peuvent produire des effets de réduction; on a déjà utilisé ces résultats aussi bien pour créer des produits organiques que des produits minéraux et les succès obtenus permettent l’espoir d’une ample moisson.
Nous n’entrerons pas dans plus de détail. Il suffira d’avoir fait remarquer le rôle précieux de l’électricité dans la décomposition des corps et montré que les éléments ainsi mis en liberté peuvent produire diverses réactions utilisables secondairement.
Action calorifique de l'électricité. — Nous avons indiqué les effets de l’arc électrique en tant qu’agcnt calorifique et montré que certaines substances étaient réfractaires à toute décomposition. Dans ces cas, le courant électrique n’agit pas autrement que comme source de températures très élevées.
Tiiansformaïions des composés exothermiques chez les ÊTRES VIVANTS. — En dcliors de la réaction endothermique signalée (p. 44) chez les végétaux chlorophyllés, laquelle exige le concours de la lumière solaire qui fournit l’énergie nécessaire h sa réalisation, nous ne connaissons guère chez les végétaux ou les animaux de réaction qui absorbe de la chaleur; chez les végétaux, peut-être pourrait-on ajouter que certaines réactions dues à rintliience de l’électricité atmosphérique puissent être endothermiques, mais on n’a pas encore découvert jus([u’ici de réaction simple attribuable à cette cause et nous sommes dans une ignorance complète sur ce sujet, bien que le rôle possible de cette électricité ait été mis hors de doute par les expériences de M. llerthelot [Mécanique chimique, t. IL, p. 387).
Si, chez les végétaux ou les animaux, certaines autres transformations peuvent se faire qui soient endothermiques, prises isolément, nous sommes autoi is(‘s à les mettre sur le compte de réactions simultanées exothermiques. En effet, celles-ci sont assez intenses quelquefois pour élever la température de beaucoup d’êtres vivants notablement au-dessus du milieu ambiant J en tout cas, la chaleur qui en résulte peut se manilester par l’existence de mouvements propres dont est privée la matière inerte.
PH0PI11ÉTÉS, STAini.ITÉ 53
Celte source de chaleur provient d’une série de transformations de composes pris sous forme d’aliments : transformations qui se traduisent le plus souvent par des simplifications de la molécule initiale : oxydation, hydratation ou dédoublement. Ces simplifications portent presque toujours sur des composés exothermiques et rappellent assez les dégradations de la molécule que nous avons signalées précédemment (p. 36 ) : elles ne constituent pas un retour vers les éléments, mais vers des termes plus stables, résultant de la transformation.
11 est des eas où les eomposés exothermiques subissent des réactions fort simples, du moins, eu égard seulement à la réaction prédominante : telles sont les fermentations produites jDar les microorganismes; comme le phénomène principal l’emporte de beaucoup par sa quotité sur les réactions secondaires, il est facile de voir que la réaction dominante est exothermique. Exemples :
Fermentation alcoolique :
C«Hi20o diss = 2CO2 diss. -f aCnPO diss. + 4/,“,2.
Fermentation lactique :
C»H'20« diss. = diss. + 34^»' (en\
Fermentation ammoniaeale de l’urée :
CO(Azrp)® diss. 2ITO2 liq. =: CO^(Aznq2 diss. -f- 6'-“' (environ).
Fermentation acétique :
cni«0 diss. -1- 02 gaz = diss. + IPO liq. -f i i4C»i,2
Alcool acétUiue.
Fermentations oxydantes :
Toutes très exolliermiques.
Etc.
Cela se conçoit assez facilement, le microorganisme qui provoque la transformation ne pouvant emprunter sa force qu’au milieu ambiant, ici, la solution fermentescible; il ne saurait créer des composés résultant d’une réaction endothermique au total. Ce fait évidemment général s’étend à toutes les fermentations.
64 COMPOSÉS EXOTHERMIQUnS
Nous n’insisterons pas davantage; nous tenions seulement à signaler ces modes de destruction des composés exothermiques propres aux êtres vivants qui en tirent la source de leur énergie, quelle que soit la complexité de leur organisation : ce que nous venons de dire des fermentations microbiennes s’étend aux actions diastasiques pures par lesquelles on admet aujourd’hui que les cellules de l’être vivant s’assimilent les aliments et les transforment en produits utiles ii l’organisme.
Comme chaque jour amène sur ce sujet de nouvelles découvertes qui tendent à attribuer le phénomène chimique simultané à l’action de diastases secrétées par la cellule, il suffira dans cette dernière hypothèse de reporter sur l’action diastasique les transformations exothermiques signalées plus haut. Le sens général n’en reste pas moins le même : un être agissant par ses diastases ne produit que des réactions exothermiques, au même titre qu’un agent de contact; il possède la faculté spéciale de provoquer les travaux préliminaires nécessaires à la réaction, faculté qui ne comprend souvent dans le champ de son action qu’un nombre de corps bien délimités.
Il ne paraît donc y avoir sur notre globe qu’une source d’énergie pour les êtres qui ne possèdent point d’assimilation chlorophyllienne : ce sont les transformations exothermiques qu'ils font subir aux matières que les végétaux élaborent à partir des matériaux inertes CO^, H’O, AzO“II, etc., grâce à l’énergie empruntée directement à la radiation du Soleil. Cet astre apparaît ainsi en dernier lieu, eomme seule cause de la vie sur le globe terrestre.
FORMATION