SYMPTOMES DE L'INTOXICATION
Les symptômes de l'intoxication oxycarbonée sont différents, suivant que l’intoxication est lente ou rapide.
Chez les personnes exposées par leurs occupations dans une atmosphère susceptible de contenir des traces de gaz toxique (blanchisseuses, cuisiniers, mineurs), on a noté de l’anémie, de la céphalée, des troubles nerveux, des troubles de la nutrition; il est souvent difficile de discerner les méfaits imputables à l’oxyde de carbone de ceux qu’on peut attribuer à d'autres causes : la recherche de l’oxyde de carbone dans l'air incriminé donnera d’utiles indications.
Dans les intoxications aiguës on observe, d’après Tourdes, deux périodes dont la première peut passer inaperçue : il y a tout d’abord une accélération du pouls et de la respiration, puis bientôt survient une période de dépression avec ralentissement de la circulation et perte de la sensibilité. Si la cause de l’intoxication ne cesse pas, le patient ne tarde pas à périr. Dans les empoisonnements lents on observe de la pesanteur de tête, des vertiges, des tremblements, des syncopes; dans les intoxications aiguës, quelques-uns de ces sympltômes peuvent passer Inaperçus.
Dans certains cas on a observé des convulsions, mais ces phénomènes sont plus marqués chez les animaux.
Dans le cas où le malade a pu être rappelé à la vie, on remarque toute une série d'accidents consécutifs : troubles de la vue, faiblesse générale, état d’hébétude, d’accablement simulant l'ivresse; on a observé également des pneumonies consécutives, des paralysies, de l’amnésie, etc.
Élimination. — Si le malade a été rappelé à la vie ou si la proportion d'oxyde de carbone a été insuffisante pour amener la mort, que devient l’oxyde de carbone absorbé et sous quelle forme est-il éliminé. C'est là une question très discutée et les avis les plus différents ont été émis. Claude Bernard admettait que les globules sanguins soumis à l'influence de l’oxyde de carbone étaient tués pour ainsi dire et que ces globules devaient être éliminés de l'organisme. D'après Gréhant, l'oxyde de carbone serait peu à peu éliminé de l'organisme en nature, c'est-à-dire que le gaz toxique serait déplacé lentement sous l’influence de l'acte respiratoire : de fait et en s’en-
tourant de toutes les précautions nécessaires, Gréhant a pu constater que l'air expiré par des animaux intoxiqués, traité d'abord par une lessive de potasse, donnait des traces de gaz carbonique après contact avec une colonne d’oxyde de cuivre chauffée au rouge. On à objecté que l’air expiré pouvait contenir des traces de substances carbonées en dehors du gaz carbonique, ce qui expliquerait la formation de CO?; Gréhant a réfuté cette objection en prouvant que l'air expiré par des animaux non intoxiqués et débarrassé de gaz carbonique ne donnait pas la plus petite quantité de ce gaz après oxydation effectuée comme dans les expériences citées ci-dessus (Voir Gréhant, Les poisons de l'air).
D’après de Saint-Martin, si on maintient quelque temps à l'étuve à 38° un mélange de sang oxycarboné et de sang oxygéné, on observe un faible dégagement de CO? avec disparition progressive de l’oxyde de carbone : il est possible que des phénomènes analogues se passent dans l'organisme.
La durée de l'élimination a donné lieu également aux avis les plus différents. Certains auteurs admettent qu’elle ne dépasse pas deux heures, Haldane admet six heures, Koch dix heures. Pouchet a pu caractériser le gaz toxique 60 heures après intoxication, Ogier 70 heures après. Ce dernier auteur fait remarquer avec raison que ces observations reposent sur des examens spectroscopiques dépendant essentiellement de l'instrument et de l’œil de l'observateur (Voir Ogier, Traité de chimie toxicologique, p. 67).