II. — RECHERCHE DANS LES GAZ DU SANG
L'extraction des gaz du sang peut être faite très facilement au moyen de la pompe à mercure ou mieux de la trompe à mercure. Le sang est introduit dans un matras à long col dans lequel le vide a été fait préalablement; le col du ballon est muni d'un réfrigérant dans lequel on fait passer un courant d’eau, ce qui a pour but de refroidir et de condenser complètement la vapeur d’eau qui serait dégagée en même temps que les gaz sous l’action du vide et d'éviter
1) Bull. Soc. Chim., (3), 6, 663.
le passage de cette vapeur dans les appareils à vide. Le sang (50 à 1005) est introduit dans le ballon au moyen d’un entonnoir spécial placé sur le ballon; celui-ci doit être maintenu, au moyen d’un bain d'eau chaude, à la température de 50° à 60° pour assurer le départ complet du gaz; on procède alors à l'extraction des gaz par les procédés habituels. La trompe à mercure est d’un maniement plus commode que la pompe à mercure, surtout si la trompe est munie d’une disposition spéciale permettant de faire remonter le mercure automatiquement.
D’après Gréhant le vide seul même à 40° est impuissant à dégager la totalité de l’oxyde de carbone : il serait nécessaire, pour obtenir tout le gaz d’ajouter au sang une solution de chlorure de sodium dans l'acide acétique qui transforme l’hémoglobine en hématine qui est incapable de fixer CO : avec celte addition, et en chauffant vers 90°, l'extraction est totale. Ogier recommande d’ajouter au sang une solution saturée d’acide tartrique, qui n'offre pas les inconvénients dus à la volatilité de l'acide acétique.
L’extraction des gaz étant terminée, on procède à l'analyse. Dans le cas le plus général la composition du mélange est assez complexe : on peut y trouver, en effet, de l'oxygène, de l'azote, de l’oxyde de car bone, du gaz carbonique, de l'hydrogène sulfuré. L'analyse quan ti lative d’un tel mélange est délicate et nous ne pouvons entrer icidans les détails des manipulations et des méthodes de mesure employées dans ce but.
Un certain volume du gaz est mesuré au moyen d'appareils spéciaux (cuve de Doyère, pipettes de Salet) : on opérera sur 20, par exemple. Au moyen d’un cristal de sulfate de cuivre humecté d’eau, on absorbe l'hydrogène sulfuré et la diminution de volume est déterminée; par addition de lessive de potasse dans le résidu on absorbe le gaz carbonique : une deuxième lecture donne le volume de CO?. Au moyen d’une pastille ou d'un comprimé d'acide pyrogallique, on absorbe l'oxygène qui oxyde le pyrogallol en présence de la potasse; pour éviter le dégagement d'oxyde de carbone qui a été signalé dans cette réaction, il est nécessaire d'employer un grand excès d'acide pyrogallique et de potasse.
Il reste donc maintenant un mélange d’azote et d'oxyde de carbone : au gaz transvasé dans une petite éprouvette on ajoute une solution chlorhydrique de chiorure cuivreux qui absorbe CO. Le réactif transvasé dans une petite éprouvette est traité par un excès
de potasse : la combinaison de chlorure cuivreux est détruite et CO se dégage. Après avoir mesuré le volume, on caractérise l’oxyde de carbone : on constatera, par exemple, que le gaz brûle avec une flamme bleue en donnant du gaz carbonique; on peut encore le faire absorber par un peu de sang et procéder à l'examen spectroscopique; on pourra encore utiliser une méthode eudiométrique, ou le grisoumètre de Gréhant (voir p. 99). Quand l'oxyde de carbone a élé isolé méthodiquement et caractérisé d’une façon certaine, aucun doute ne peut subsister et la présence dans le sang examiné est mise hors de doute.
Recherche directe de l'oxyde de carbone dans le sang.
On propose un grand nombre de réactions qui, d’après leurs auteurs, permettraient de distinguer le sang normal du sang oxycarboné.
Quelques-unes de ces réactions sont assez nettes, mais aucune ne permet d'entraîner une conviction absolue. Nous nous contenterons d'en mentionner quelques-unes.
D’après Hoppe Seyler, Salkowski () et Wahl(?), le sang oxycarboné additionné de lessive de soude, ou de lessive de soude et de chlorure de calcium, ou de tanin ou d'acide ferrocyanhydrique conserverait une coloration rouge, Landis que le sang normal prend une couleur brun verdâtre. Il en serait de même, d’après Salkowski (?), en présence de l'hydrogène sulfuré qui n'altère pas la couleur du sang oxycarboné.
Un grand nombre de sels donnent avec le sang normal des colorations rouge brun, tandis que le sang oxycarboné donne des teintes plus rouges : les réactions se font dans le sang additionné de lessive de soude. Rübner(t) a proposé l'emploi de l’acétate basique de plomb, d'autres auteurs ont préconisé le sulfate de cuivre, le chlorhydrate d’ammoniaque, le protochlorure d’étain, le bichlorure de mercure ete:
Le sang normal dilué puis alcalinisé par la potasse et additionné
(1) Zischr. f. Physiol. Chem., 42, 997.
(?) Pflugers Arch., 1900, 78, 269,
(®) Zstchr. f. physiol. Chem., T, 114; 27, 319. (*) Archiv. f. Hygiene, 1890, 40, 395.
d'acide pyrogallique se décolore si on abandonne le mélange dans un flacon fermé; le sang oxycarboné reste rouge.
Weyl et Anrep (!) ont observé que dans le sang oxycarboné, traité par les oxydants, chlorate de potassium, permanganate de potassium, la transformation de l’hémoglobine en méthémoglobine était beaucoup plus lente que celle de l'oxyhémoglobine : l'examen spectroscopique permel de juger la différence car la méthémoglobine est caractérisée par une bande spéciale dans le rouge, en solution acide.
QUESTIONS CHIMICO-LÉGALES RELATIVES À LA RECHERCHE TOXICOLOGIQUE DE L’OXYDE DE CARBONE
La recherche toxicologique de l’oxyde de carbone soulève dans beaucoup de cas un certain nombre de problèmes qui peuvent être posés aux experts : parmi ces questions les unes sont d'ordre médical et nous pouvons ici les passer sous silence, d’autres sont de la compétence des experts chimistes et ont trait surtout aux conditions dans lesquelles a pu se produire l’intoxication. Parmi celles-ci l’une des plus importantes est la recherche ou le dosage de l’oxyde de carbone dans l'atmosphère d’une pièce soupconnée d'avoir causé une intoxication. Cette question très importante mérite de nous arrêter quelques instants.