ACTION PHYSIOLOGIQUE
L'acide carbonique est il un poison, ou n’agit-il qu'à la façon d'un gaz inerte (azote, hydrogène, par exemple). Cette question, qui à donné lieu à plusieurs recherches, parail actuellement résolue et généralement on admet que CO? jouit d’une action toxique, très faible il est vrai. Regnault et Reiset ont pu faire vivre pendant plusieurs heures des chiens placés dans une almosphère suroxygénée et contenant 23 pour 100 de CO*; ils conclurent de cetle expérience que le gaz carbonique était inerte.
Il est cependant incontestable que l'acide carbonique possède une action physiologique marquée : il produit chez l'homme la rougeur et l’anesthésie de la peau, avec sensation de picotements et de brûlure. Il agit d’abord comme excitant du système nerveux; à dose élevée c’est un paralysant et un anesthésique. On a quelquefois observé des phénomènes simulant l'ivresse chez certaines personnes, à la suite d'usage de boissons gazeuses.
On a, du reste, pu provoquer de véritables intoxications en plaçant des animaux dans des conditions où la respiration se faisait normalement, en les introduisant, par exemple, dans des appareils clos remplis de gaz carbonique, la tête seule dépassant : des oiseaux meurent rapidement dans ces conditions; le gaz carbonique, pour les grenouilles, est plus toxique que l’oxyde de carbone.
Le gaz carbonique ne forme pas de combinaison avec l’hémoglobine : le sang reste rouge, du moins quand les victimes sont mortes en présence d'une quantité suffisante d'oxygène; si l’oxygène|manque, le sang prend une teinte noirâtre.
Le gaz carbonique diffère donc essentiellement à ce point de vue de l'oxyde de carbone : c’est plutôt un gaz asphyxiant qu'un composé toxique.
SYMPTÔMES Le gaz carbonique, quand il agit à doses considérables, peut pro-
voquer des asphyxies extrêmement rapides, dues au manque d’oxygène : des accidents mortels de cette nature ont été observés chez
des mineurs |Fredet (!) |, près de cuves en fermentation, dans des usines de produits chimiques, etc.
À la suite d’inhalations prolongées on observe de la céphalée, des vertiges, de l'oppression, des bourdonnements d'oreilles, des pertes de connaissance précédées de paralysie. Si la cause de l'intoxication ne cesse pas, la respiration devient impossible, il y a quelquefois du délire et le patient meurt dans l’asphyxie, avec cyanose.
L'autopsie des victimes ne montre rien de caractéristique; on observe de la congestion pulmonaire; le cœur est gorgé de sang; il n'y a pas de taches rouges sur le corps. L'examen spectroscopique ne donne aucun renseignement utile.
Dose toxique. — La dose toxique est difficile à déterminer; elle dépend essentiellement de la durée de l’inhalation du mélange gazeux. Chez l’homme le malaise est réel à la dose de à pour 1000, et si le séjour est prolongé ; avec une teneur de 1 pour 100 les symptômes sont beaucoup plus marqués ; à 10 pour 100 le mélange est asphyxiant.
On doit à Emmerich et Lehmann (?) des observations intéressantes à ce sujet. Dix personnes furent placées dans une pièce dont l’atmosphère avait une teneur de 8,5 pour 100 en CO?. Après quelques minutes on observa de la rougeur de la face et les inspirations augmentèrent en intensité et en fréquence; une seule personne put résister 15 minutes. Au grand air les symptômes disparurent.
ANTIDOTEe —- TRAITEMENT
En cas d'empoisonnement par le gaz carbonique, le {raitement à instituer est celui des asphyxies : soustraire la victime à l'influence du toxique, pratiquer la respiration arlificielle, faire des inhalations d'oxygène. En général, les malades se rétablissent assez vile et les suites sont peu graves.
Un grand nombre d’accidents pourraient être évilés moyennant quelques précautions très simples. Pour reconnaître, par exemple, si l'atmosphère d’une cave, d’un souterrain, n’est pas susceplble de provoquer des accidents, on descendra une bougie allumée; la
) Ann. d’hyg. publ. et de méd. lég., 1880, 250. ) Arch. f, Hygiene, 34, 335.
IIU H. COUSIN.
bougie s'éleindra même si la proportion de gaz carbonique est insuffisante pour être dangereuse. On peut également introduire une cage contenant un oiseau ou un petit mammifère : si l'animal résiste une heure, on pourra pénétrer sans crainte dans l’endroit suspect (Gréhant) ('). Si l'animal succombe, il est indispensable de procéder à une ventilation énergique, ou encore d'absorber le gaz carbonique avec de la chaux ou de l’ammoniaque.
Dans certains cas où il est nécessaire de maintenir des hommes pendant un certain temps dans une atmosphère limitée (sous-marins en plongée), on utilise avec le plus grand avantage la propriété que possède le bioxyde de sodium Na?0* de fournir de l'oxygène quand on le traite par l’eau: il y a en même temps formation de soude hydratée qui absorbe le gaz carbonique. Desgrez et Balthazard (?) ont proposé un appareil fondé sur cette réaction.