février 1832. (Non traduite
même pour se décourager d'un pareil échec. « L'affaire est manquée, et tu ne saurais croire quel bien-être j'en éprouve, écrivait-il à son ami Bauer (mars 1833). Il me semble que je relève de maladie, et c'en était une en effet, et de la pire espèce, que ces six mois de lutte et d'incertitude. » En attendant l'occasion d'un nouvel établissement, il continuait à travailler sans relâche. 11 faisait g^raver son concerto en sol à Munich, on il ne voulait pas se laisser oublier. A Berlin, parurent sa première symphonie et son ouverture de Mélusine dont nous reparlerons. 11 publia aussi quelques morceaux de piano à Londres, et sa correspondance prouve que, dès cette époque, il s'occupait du grand oratorio de Paiilus.
Allemand jusqu'au fond de l'àme, Mendelssohn fut heureux de trouver dans une ville allemande la position qu'il cherchait. Pendant son voyage en Italie, il avait vécu dans l'intimité de plusieurs jeunes artistes appartenant à l'école de peinture de Diisseldorf, et dont plusieurs, comme Bendemann, Hubner, Hildebrand, ont eu de grands succès. Ils n'avaient pas oublié le jeune musicien, compagnon de leur pèlerinage, et firent si bien que Mendelssohn fut choisi pour diriger le grand festival qui devait avoir lieu à Diisseldorf, dans l'automne de 1833. Malgré les progrès réels de nos sociétés chorales depuis quelques années, nous n'avons
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qu'une idée bien imparfaite de ces immenses fêtes musicales des bords du Rliin, qui, suivant l'expression de Mendelssohn, absorbent « tous ceux qui sont en état déjouer d'un instrument quelconque, de chanter ou du moins de payer ». Au rebours de ces musiciens qui s'appliquent à ne faire entendre que de leurs compositions (et quelles compositions, souvent !), Félix eut la discrétion de ne faire jouer, pendant les trois journées du festival, qu'un seul morceau de lui ; il dirigea cette masse énorme d'exécutants avec une telle habileté que les habitants, enthousiasmés, lui offrirent la position de directeur de musique de la ville, qu'on créa exprès pour lui, et qu'il accepta pour trois ans ^ Mais il ne passa à Diisseldorf que deux années pleines, pendant lesquelles il eut tour à tour de vives satisfactions d'amourpropre et des contrariétés non moins vives, dont quelques-unes, il faut bien le dire, lui advinrent un peu par sa faute. Il avait précédemment contracté une liaison intime avec le poète dramatique Charles Immermann, s'imaginant trouver en lui un Scribe, et même mieux que cela, pour ses futurs opéras. On voit par sa correspondance qu'il avait déjà cette idée avant son voyage de Paris, et que son père s'efforçait vainement de la
1. Cette même position a été occupée ensuite par Hiller, puis par Schumanu.
combattre. A Diisseldorf, pour préluder à cette association dramatique, il s'avisa, toujours malgré son père, de prendre avec Immermann la direction du théâtre. Bientôt, ce furent des querelles sans fin pour les détails d'administration, auxquels ni l'un ni l'autre n'entendaient rien. De plus, Félix ne tarda pas à reconnaître que son père avait trop bien jugé Immermann, qui n'avait aucune des qualités d'un bon librettiste. Il aurait voulu réduire la musique au rôle subalterne qu'elle joue dans nos mélodrames, à quelques intermèdes ou levers de rideau, au grondement des timbales à l'entrée du traître, etc. On pense bien qu'un pareil système était peu du goût de Félix; aussi sa collaboration avec Immermann se borna à un Andréas Hofer, dans lequel le poète ne laissa passer qu'un seul morceau de musique complet. Tout à la fois codirecteur et chef d'orchestre, Mendelssohn avait encore bien d'autres ennuis. Il lui fallait passer des contrats avec des chanteurs, des instrumentistes, puis essuyer des reproches à propos de ses choix ou de ses refus. « Ce matin, écrivait-il à Fanny, je refuse un pauvre diable de second violon comme décidément par trop mauvais, et voilà une femme et trois enfants qui viennent pleurer chez moi, en disant que je leur ôte leur gagne-pain î » Cette position de chef d'orchestre lui imposait aussi
parfois d'étranges pénitences. Il fallait bien, pour complaire aux actionnaires, faire de temps en temps quelques concessions au goût du public, donner des ouvrages de Rossini et d'Auber. C'est ainsi que, tandis qu'il travaillait à son Paulus, il dut monter ce profane jPra Diavolo, qui avait si fortement offusqué sa pruderie sur la scène parisienne. A ces soucis du deborsvint s'ajouter, pendant plusieurs mois, une petite torture intime et quotidienne, qu'il raconte assez gaiment à sa sœur Fanny. « J'ai dans mon mur le piano d'une voisine qui s'exerce dessus régulièrement deux heures par jour. Son répertoire se compose exclusivement d'ariettes de Rossini qu'elle exécute adagio, en écorchant invariablement les mêmes passages. Au premier accord, je sais maintenant d'avance le morceau que je vais avoir à avaler, et il y en a de dure digestion, surtout quand quelqu'un (professeur ou maman?) intervientpour répéter vingt fois de suite quelque note que l'écolière ne peut attraper. J'ai failli plus d'une fois faire esclandre, mais une pensée me calme un peu; c'est qu'avec mon piano je rends avec usure l'ennui qu'on me cause. » Hàtons-nous d'ajouter qu'à ces coups d'épingles il y eut aussi bien des compensations ; pendant l'hiver , longues et joyeuses veillées avec ses fidèles amis les peintres ; au printemps, grandes promenades à cheval; au-
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ditions, sous la voùtcdes bois, de rossignols faisant assaut de leurs cadences les plus vives, les plus perlées, pour saluer un confrère ; ou bien encore de joyeuses parties de natation, exercice dans lequel Mendelssohn était passé maître. 11 eut ainsi le plaisir d'assister, entre deux eaux, au débarquement et à la réception, en grande cérémonie, de la reine de Bavière sur la berge du Rbin. Ainsi, le grand fleuve berçait mollement le cbantre (VUne Nuit cVeté, ses vagues lui murmuraient aux oreilles de suaves mélodies, à la même place où, vingt ans plus tard, son successeur, Schumann, pris d'un accès de démence incurable, tenta de mettre fin à ses jours. Etrange rapprocbement, où se révèle d'une façon vraiment saisissante le contraste de ces deux destinées !
Mais, pour Mendelssohn, aucune fête n'était complète sans musique ; l'art était une jouissance que cette imagination riante et toujours en éveil n'aurait su longtemps déserter. Ainsi, ses parties à cheval, dans les gais environs de Diisseldorf, avaient généralement pour but quelque maison de campagne de ses élèves, où sa présence, attendue ou non, était toujours une bonne fortune. Quelquefois il s'amusait à aller essayer des orgues de village. L'une de ses plus jolies lettres à Fanny Hensel contient le récit 'une de ces excursions. « Ce nouvel orgue de Saarn est assez gentil, et je
m'en suis donnélàà cœur joie du Sébastien Bach. Par exemple, l'accès en est abominable; une vraie échelle de poulailler sans aucune espèce de jour, avec une corde en manière de rampe. Je faillis dix-sept fois m'y rompre le cou, et le ministre répondit gravement à mes doléances qu'on l'avait fait exprès, pour ôter l'envie à tous les badauds de grimper à l'orgue. » Dans cette même lettre ( 4 août 1834j, il raconte à sa sœur les détails dune soirée qui comptera, dit-il, parmi les plus belles de sa vie ; celle où eut lieu le premier essai à grand orchestre de sa belle ouverture de ]\félusine.
J'avais convoqué ad hoc, en amateurs, tous les musiciens de mon orchestre. Comme je ne pouvais pas les payer pour cela, car ils auraient mal pris la chose, je leur donnai un fort souper, avec veau rôti, tartines beurrées, et vin à indiscrétion. Dans ces premières répétitions, je devine aux premières mesures si mon morceau est réussi ou non ; ici, dès l'entrée des clarinettes, j'étais sûr de mon affaire. Pourtant l'ouverture marcha médiocrement ; nous nous y reprîmes à trois fois, et, à la dernière, les trompettes partirent hors de mesure, ce (jui produisit un couac par trop romantique. Aussi, en nous mettant à table, je fis à mes convives un speech en .lèiile, style Robert Peel, avec exorde, citations classi- «jues, etc. Je leur recommandai chaudement la charité chrétienne, l'union et la mesure, et je finis par un toast aux progrès de la musique de Dùsseldorf, lequel fut accueilli avec enthousiasme. Le banquet dura jusqu'à
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minuit, et nous revînmes aux lanternes, eux enchantés démon vin, et moi plus encore de ma Mélusine.
Cette satisfaction était bien légitime, car Mélusine tient un rang distingué parmi les productions les mieux réussies de Mendelssohn. On y remarque surtout un chant d'une suavité exquise, qui exprime d'abord merveilleusement le bonheur amoureux de la pauvre fée, et qui, revenant ensuite dans le ton relatif mineur, évoque avec larmes le souvenir de cette félicité évanouie si vite et pour toujours ! Cette nuance de mélancolie dans le fantastique est bien appropriée au sujet, et rendue avec beaucoup d'habileté. Mélusine devint l'occasion d'élucubrations ultrà-fantaisistes de la partdes journalistes allemands, qui voulaient absolument y trouver des complications féeriques auxquelles Mendelssohn n'avait aucunement songé. « Je ris de bon cœur, écrivait-il à son père, des dragons à écailles changeantes et à queues interminables, des gnomes, des géants, des sirènes, des vieux châteaux avec spectres à l'affût, des grottes d'azur, etc., que l'on découvre dans ma musique. » Il manifestait en même temps l'intention de se consacrer tout entier à des œuvres plus sérieuses, intention tout à fait conforme aux idées d'Abraham Mendelssohn, qui trouvait que son fils avait largement payé sa dette
au genre fantastique. Il suivait avec intérêt les progrès du Paulus , et fut ravi d'apprendre que son (ils avait rompu définitivement avec Immermann. et résigné ses fonctions administratives au théâtre. Cependant, il ne renonçait pas à voir Félix réussir aussi à la scène, et lui donnait les plus sag-es conseils sur les qualités pratiques qui doivent guider le compositeur dans le choix d'un bon libretlo d'opéra. 11 rengageait surtout à s'aventurer hardiment et sans retard dans ce genre, où l'on ne peut acquérir quepar des épreuves réitérées la science des effets, l'art d'émouvoir le public en exprimant des passions purement humaines. «Il ne faut pas, lui disait-il avec raison, qu'un compositeur d'opéras se laisse arrêter par la crainte d'un premier échec. Je ne connais pas de maître en ce genre qui ne compte bon nombre d'ouvrages tombés ou oubliés. »
L'année 1835 allait amener bien des changements <lans la position de Félix. Il lui vint, dès le mois de janvier, de brillantes propositions de la ville de Leipzig, qui, grâce aune propagande énergi(jue dont nous avons es(juissé l'histoire ailleurs, semblait appelée à devenir la métropole musicale (h' l'Allemagne. On offrait à Mendelssohnla direction de la célèbre entreprise des concerts, dont la fondation remonte à 1779, plus une chaire de musique créée exprès pour lui à l'Université. Men-
delssolin n'accepta ces ofTies si avantageuses qu'après s'être enquis soigneusement si sa promotion ne froissait pas les intérêts et les droits légitimes de quehjue musicien résidant à Leipzig. « Je considérerais comme injuste, écrivait-il, de venir prendre ainsi la place sur laquelle un autre aurait dû compter, et les intérêts de l'art ont toujours à souffrir de pareils conflits. » Des explications satisfaisantes levèrent ces honorables scrupules, et Mendelssohn vint prendre à Leipzig l'importante position qu'il devait remplir presque sans interruption et avec tant d'éclat jusqu'à sa mort. Le 4 octobre, il dirigea l'orchestre pour la première fois, et fut accueilli avec enthousiasriie par les exécutants et par le public. Deux jours après, il racontait cette soirée triomphale à sa famille, dans une lettre importante à plus d'un titre et dont nous allons citer quelques passages, qui témoignent avec une véritable éloquence du désintéressement artistique de Mendelssohn et de son dévouement à ses amis. A la suite d'une pareille ovation, on s'attend à le trouver encore plein de lui-même et peu disposé à parler d'autre chose. Eh bien! il emploie les deux tiers de sa lettre à morigéner sa sœur Fanny au sujet de Chopin, qu'elle n'admirait pas assez à son gré. « Il était probablement souffrant, mal en train (juand tu l'as entendu, mais il sort de chez moi, et j'ai bien
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regretté que tu ne fusses pas là. Il est des premiers parmi les tout premiers. {Ein der alleersten.) J'étais heureux jusqu'au fond du cœur de me trouver avec un véritable maître, et non avec quelqu'un de ces demi-virtuoses, de ces demiclassiques, qui veulent cumuler dans leur musique les honneurs de la vertu et les ^jlaishs du vice. » (Ces mots sont en français dans l'original.) Ce n'est qu'après avoir fait longuement ressortir le mérite et le charme du jeune virtuose polonais, que Félix se ressouvient un peu de lui-même, et raconte en quelques lignes, empreintes encore d'une gaieté juvénile, tous ses sujets de bonheur; l'intelligence et la docilité de son orchestre, qui l'écoute comme un prophète, son apparition au pupitre, accueillie par les bravos, le silence religieux avec lequel on a écouté la Mer cahne, et les applaudissements frénétiques qui ont suivi; puis, après le concert, les félicitations de tous les artistes et amateurs, ayant à leur tète Moscheles, ce maître, cet ami précieux et fidèle, qui a généreusement adopté plusieurs des compositions de son élève, et les interprète mieux que lui-même; enfin, pour comble de boniieur, l'arrivée du splendide cadeau de la société de Cologne, dont Mendelssohn avait dirigé cette année-là le Festival; les œuvres complètes de Hàndel, trente-deux superbes in-folio reliés en maroquin, dorés sur
tranche I « Je suis dans une série de jours fortunés, s'écrie-t-il. Il y a des moments où je me sens comme ivre, tant la joie me monte à la tête. » Il aurait dû se méfier de cet excès de bonheur! Peu de jours après, il apprit la mort subite de son père, enlevé en quelques heures, dans un âge peu avancé, par un mal inconnu.
Une lettre écrite par Mendelssohn, quelques semaines après cette catastrophe, à l'un de ses meilleurs amis, Schubring, ministre protestant à Dessau, témoigne éloquemment de sa douleur filiale.
Tu sais le coup terrible qui vient de briser mon heureuse vie et celle de tous les miens. C'est le plus grand malheur qui pouvait m'arriver... Il me faut recommencer une nouvelle vie, car c'en est fait de l'ancienne...
J'ai passé dix jours à Berlin auprès de ma mère ; ce qu'ont été pour nous ces sombres journées, je n'ai pas besoin de te le dire... Dieu a exaucé son souhait favori : une mort douce et prompte. Le mercredi, 18 novembre, il alla se coucher de bonne heure ; ^e lendemain matin. il se plaignit d'un peu de malaise; à onze heures et demie, tout était fini. Mon aïeul Moïse est mort juste au
même âge (cinquante-sept ans)et de la même manière; les médecins ne savent quel nom donner à sa maladie. Depuis quelques années surtout, il était devenu mon seul ami complet, mon meilleur guide dans l'art et dans la vie; mon àme tenait pour ainsi dire à la sienne. Pendant nos longues séparations, je n'étais pas une heure sans pensera lui ; mais, toi-même, tu l'as vu au milieu de nous tous, et tu dois comprendre ce que je ressens. Je n'ai plus qu'une consolation, faire mon devoir ; c'est là ce qu'il voudrait de moi s'il vivait encore, et je veux travailler à le contenter tout comme s'il était présent pour jouir de son ouvrage... Je veux redoubler d'ardeur pour terminer mon Paulus ; dans sa dernière lettre, il m'en parlait encore ; il était impatient de voir la fin de ce travail. Aussi vais-je faire de mon mieux, me figurant qu'à présent encore il prend intérêt à mon œuvre. Aujourd'hui, pour la première fois, j'ai pu m'y remettre, et maintenant je vais travailler tous les jours (6 décembre 183S).
Nous trouvons encore une lettre touchante, écrite vers la nîèrne époque à un autre de ses intimes, Bauer, pasteur à Belzig-, qui, ignorant le malheur qui venait de frapper Félix, l'invitait pour le baptême d'un premier-né. « J'ai ouvert la lettre, appris ton bonheur à mon retour de Berlin, en rentrant dans cette chambre où je me retrouvais seul avec ma douleur Merci pourtant d'avoir songé à moi Si plus tard tu parles
à ton fils de ceux que tu avais conviés à cette fête de famille, parle-lui aussi de moi : dis-lui qu'à
l'heure où il entrait dans la vie, l'un de tes meilleurs amis commençait aussi une vie nouvelle, mais d'une tout autre manière, hélas! » Cette mort avait fait sur lui une impression dont on suit pendant plusieurs années la trace dans sa correspondance. On n'y voit plus reparaître qu'à de bien rares intervalles queltjues heures de gaieté juvénile. Ainsi, pendant le séjour qu'il fit à Francfort, après l'éclatant succès du Faulus (183G), il ne put prendre sur lui de répondre aux invitations pressantes d'une famille peu habituée à de pareils refus ! « Ce n'est pas assurément que les Rothschild me déplaisent, écrivait-il à sa mère. Leur éclat, leur bien-être, le respect superstitieux qu'ils inspirent aux « Philistins » qui seraient fiers de recevoir d'eux n'importe quoi, fût-ce la bastonnade, tout cela me fait, au contraire, un vrai plaisir, parce que cette haute fortune est le fruit d'un labeur intelligent et opiniâtre. Mais tous ces bals, ces soirées d'apparat
m'inspirent aujourd'hui une véritable aversion »
(Juillet 1836.) Il avait encore, pour fuir ces brillantes réunions, une autre raison qu'il dissimulait à sa mère. Sa santé avait été profondément ébranlée par cette perte, par le travail forcé qu'il s'était imposé pendant tout l'hiver pour finir son oratorio, par la fatigue des répétitions, et l'on aurait pu déjà prévoir que cette organisation émi-
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iiemment nerveuse ne résisterait pas à une nouvelle complication de crises semblables.
Le 22 mai 1836 est une date mémorable dans la vie de Mendelssolin : il ne manqua ce jour-là à son bonheur que la présence de son père. Le Paulus, exécuté sous la direction de l'auteur, dans un grand festival, à Diisseldorf, produisit un effet immense, et, à partir de ce jour, le nom de Mendelssohn devint tout à fait populaire en Allemagne. On a calculé que, dans l'espace de dixhuit mois, cet ouvrage fut représenté cinquante fois dans quarante et une villes d'Allemagne, de Suisse, de Hollande, de Russie, de Pologne, d'Angleterre, d'Amérique; nous voudrions pouvoir ajouter et de France. C'est là un succès vraiment prodigieux, car une seule audition de ces grandes œuvres, qui réclament le concours de plusieurs centaines d'instruments et de voix, est plus difficile à organiser qu'une longue série de représentations du plus long opéra. On a reproché, non sans fondement, au Paulus une sorte d'interversion de sujet qui tient à la mauvaise disposition du texte. Le martyre de saint Etienne, qui aurait dû être l'objet immédiat de l'introduction, se trouve placé trop avant dans la première partie, et semble devenir ainsi le motif principal de l'ouvrage, où la conversion de saint Paul ne joue plus qu'un rôle accessoire. On voudrait aussi plus
de couleur locale dans les scènes de vie réelle, et parfois une réminiscence moins vive des procédés des grands maîtres du passé. Malgré ces défauts, le Paulus est une œuvre correcte, puissante, la plus complète qui eût paru en ce genre depuis les Saisons d'Haydn. Cet ouvrage est approprié à sa destination avec une habileté extraordinaire de la part d'un maître si jeune. L'instrumentation en est vigoureuse, brillante sans trop de complications; les chœurs sont écrits largement, dans les notes les plus favorables pour chaque registre de voix. Cette savante et habile simplicité allège les difficultés dans l'étude d'une œuvre qui réclame le concours d'un nombreux personnel de chant et d'orchestre, et permet d'arriver promptement à une exécution satisfaisante. Parmi les plus belles pages du Paulus, il faut citer l'admirable prophétie contre Jérusalem (n^ 7), empreinte d'un bout à l'autre d'un caractère de suave mélancolie, particulier à Mendelssohn; le chœur des lapidateurs d'Etienne, dont l'énergie sauvage fait penser aux Scythes (ïlphigéjiie en Tauride ; l'air de Saul persécuteur (n° 12), l'un des plus vigoureux morceaux de la partition. Mendelssohn , sans doute à force de vouloir trop bien faire, a moins bien réussi dans la grande scène de la conversion, qui vient immédiatement après cette explosion de fanatisme anti-chrétien
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du futur apôtre. Il y avait là un beau sujet d'introduction pour l'orchestre qu'il a laissé échapper; la transition est trop brusque pour produire l'effet convenable. Nous ne saurions approuver non plus l'idée de transformer en un choral à quatre voix l'interpellation du Christ au persécuteur foudroyé. En revanche, le crescendo d'orchestre qui précède le commandement à Saul de se relever est très habilement amené, et ce passajje est un de ceux dont l'effet est le plus grand et le mieux assuré. Il y a aussi beaucoup de sentiment et de couleur dans l'air que chante Saul repentant (n** 18). Les deux chœurs fugues (n°' 22 et 23), qui célèbrent la conversion de Paul et les futurs travaux de son apostolat sont d'un style sévère, mais qui n'exclut ni la verve ni l'éclat. Fidèle aux sages avis de son père, Mendelssohn a usé avec une sobriété extrême des ressources de l'instrumentation moderne, et mis presque constamment en premier plan les masses vocales, (j'estle moyen le plus sûr d'obtenir de grands effets dans ce genre de composition. Le chœur n° 26, en sol, l'un des plus jolis morceaux de la partition, célèbre l'heureuse influence de l'avènement du christianisme sur les destinées de l'humanité; il pourrait èti*e admiré sans restriction, comme un chef-d'œuvre d'élégance, s'il ne ressemblait pas un peu trop à la célèbre scène des Champs-Elysées, dans Or/J^ee.
Nous signalerons encore un heureux effet de contraste entre le chœur religieux n° 36, où Ton retrouve la douce gravité du style des anciens maîtres italiens, et les imprécations véhémentes des juifs poursuivant saint Paul (n** 37). Mais le morceau capital de l'oratorio nous paraît être le n° 40, mélodie vraiment angélique, qui promet au nouvel apôtre la couronne, juste récompense de ses travaux. Ce chant est empreint d'une sorte de sérénité enthousiaste, tout à fait appropriée au sens des paroles. Le chant intermédiaire sur les paroles : «. Furchte dich nicJit! ich hin bei dir! Ne crains rien, je suis près de toi! », qui précède et annonce le retour du motif principal, est peut-être ce que l'auteur a produit de plus pur et de plus achevé, et semble écrit sous la dictée de Mozart.
Quelques jours après cette première exécution (hi Paidus , Mendelssohn écrivait à l'un de ses bons amis qui n'avait pu y assister : « Certes, Paidus a été mieux accueilli que je ne pensais et qu'il ne mérite, et pourtant ces bravos, ces frémissements sympathiques ne me causèrent que des mouvements passagers de satisfaction. Tantôt je pensais à mon pauvre père, tantôt je m'isolais autant que possible de mon œuvre, m'efforçant de l'entendre, de l'apprécier comme si elle était d'un autre. J'ai été fort content de certaines
choses, mécontent de plusieurs autres. En somme, je pense avoir acquis par ce travail beaucoup d'expérience, et j'espère faire mieux à mon deuxième oratorio. » De pareils sentiments sont bien rares et vraiment exemplaires chez un maître encore si jeune , et au lendemain d'une pareille ovation 1
En quittant Dûsseldorf, Mendelssohn, quoique épuisé de fatigue, se rendit en toute hâte à Francfort-sur-le-Mein, pour y prendre la direction d'un grand concert, à la place d'un ami malade. Cette bonne action lui porta bonheur, car ce fut pendant son séjour à Francfort qu'il vit pour la première fois la belle et gracieuse jeune fille qui, l'année suivante, devint sa femme. Elle s'appelait Cécile, nom prédestiné pour la future compagne d'un grand musicien. C'était la fille d'un ministre évangélique, nommé Jeanrenaud, descendant d'une des trop nombreuses familles françaises qui émigrorent lors de la révocation de l'édit de Nantes, a Que ce Mendelssohn est heureux! » écrivait, en décembre 1836, le pauvre Schumann, qui désespérait encore alors d'obtenir jamais le môme bonheur. « Il a une fiancée toute aimable, digne de lui; son talent semble grandir encore depuis que l'amour est de la partie ; ses chants inspirés mériteraient d'être enchâssés dans l'or! » Cette union s'accomplit au printemps de 1837, Mendels-
sohn, dans ses lettres, y fait rarement allusion, mais assez cependant pour qu'on devine un bonheur intime et profond. Dans une lettre adressée à Schuhring, on juillet 1837, nous trouvons ces mots significatifs : « Depuis que nous ne nous sommes vus, il s'est opéré dans ma situation un changement plus profond, plus splendide iherrlich) que je ne puis te l'exprimer ! » Heureux les ménages qui n'ont point d'autre histoire I
Depuis cette époque jusqu'à l'événement douloureux qui abrégea ses jours, la vie de Mendelssohn est tout entière dans ses œuvres. Dans la nomenclature imposante de toutes les fêtes musicales qu'il lut appelé à diriger pendant neuf ans, à Berlin, à Francfort, à Leipzig, sur les bords du Rhin, àLondres, à Birmingham, on n'en trouverait pas une qui n'ait été, pour cet homme si fortuné et digne de son bonheur, l'occasion d'un nouveau triomphe.
Pendant ces années radieuses (1837-1846), Leipzig fut toujours son véritable centre d'opérations. Ce qui donne à ses travaux un caractère à
part et tout à fait digne d'intérêt, c'est que leur but principal n'était pas tant la propagation de ses propres ouvrages, que les intérêts généraux de l'art, la glorification des vieux maîtres, la production des talents nouveaux. On le vit, dès 1838, reprendre une idée ingénieuse dont l'initiative appartient à Fétis, mais qui n'avait pas obtenu à Paris tout le succès qu'elle méritait : celle des concerts historiques. Dans la composition de ces programmes spéciaux, il fit preuve d'un éclectisme large et intelligent. On y vit figurer, à côté de ses dieux allemands, ceux qu'il nommait plaisamment dii minorum geniium, des compositeurs français et italiens qu'il n'aimait pas, mais auxquels il reconnaissait loyalement du talent. C'est ainsi qu'on trouve dans ces programmes les noms de Méhul, de Cimarosa, celui même de Rossini. Cette tolérance n'affectait en rien ses convictions musicales; il se montrait principalement sévère pour les transfuges allemands qui, jaloux de plaire à tout prix, faisaient de larges concessions aux mièvreries italiennes. Il s'affligeait surtout quand il retrouvait de ces défections dans les œuvres de ses amis. Ainsi il disait à propos de l'un des plus intimes : « X... veut concilier trop de choses. Il est enthousiaste de Bach, de Beethoven, et en môme temps de Rossini. Bellini, Auber, etc., lui plaisent aussi. Quand on est impressionnable par tant de côtés à la fois
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(vieiseitig). il y a grand risque que la vigueur productive s'émousse, et qu'on n'aille jamais bien loin. » Ses préventions contre Rossini furent un peu alïaiblies par suite d'une entrevue (ju'il eut chez Hiller avec cette « idole des Philistins », entrevue dont le récit est une des pages les plus amusantes de sa correspondance. « C'est, à tout prendre, dit-il franchement, un homme d'un vraie génie ; il faut l'entendre parler des compositeurs qui réussissent à Paris, et de ses propres œuvres ! Il en fait les contes les plus désopilants, et se dit admirateur forcené des grands musiciens de l'Allemagne, et aussi de ses vins. Je n'étais pas tout à fait sa dupe; j'avais des yeux pour voir sa mine hypocrite ! C'est égal, il serait beau de forcer Rossini à admirer notre Sébastien (Bach) t » Mendelssolm avait trop de valeur personnelle, et surtout le cœur trop haut placé, pour être accessible à de mesquines jalousies contre les compositeurs nouveaux qui grandissaient dans son ombre. Il a vécu assez longtemps pour assister aux premiers essais de Wagner ; nous doutons que cette musique lui plût beaucoup, mais il nen eut que plus de mérite à la faire jouer. Il montra la même obligeance généreuse à l'égard de Schumann, alors que celui-ci, dont il n'avait pas deviné d'abord tout l'avenir, commençait à lui faire, sur son propre terrain, une concurrence sérieuse.
Ainsi, on le vit, en 1845, recevoir une symphonie de ce nouveau rival, et en surveiller l'interprétation avec autant et plus de soin que s'il se fût agi d'une de ses propres œuvres. Il fit, avec le même empressement, acte de courtoisie hospitalière envers Niels Gade, compositeur danois d'un vrai mérite, et envers Berlioz, qu'il engagea à venir diriger en personne l'exécution de ses ouvrages.
Mendelssohn a laissé à sa ville bien-aimée de Leipzig deux souvenirs durables de son zèle désintéressé pour le progrès et la dignité de l'art, zèle qui suffirait à immortaliser son nom. Le premier est l'institution du Conservatoire de cette ville, établissement auquel le roi de Saxe, l'un des plus fervents admirateurs de Mendelssohn, prêta, sur sa demande, un généreux concours. L'autre souvenir est le groupe monumental, dominé par la figure majestueuse de Sébastien Bach, qui s'élève aujourd'hui sur la promenade de Leipzig, en face de la maison où ce grand homme a longtemps vécu. Mendelssohn s'était juré de venger d'un long et injuste oubli le plus grand des musiciens, celui qu'admiraient tant, et son père toujours si regretté, et Fanny, sa sœur chérie : l'homme de génie auquel il devait tant lui-même, et dont il a dit ce mot si vrai, si profond : « Bach tait un temple de tout lieu où l'on
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exécute sa musique! » Mendelssohn consacra à l'érection de ce monument le produit de plusieurs concerts spéciaux, dans lesquels il s'attacha principalement à faire entendre des compositions de Bach tout à fait inconnues à la génération nouvelle. Le plus mémorable de ces concerts fut consacré à l'interprétation de l'œuvre capitale du maître, la Passion. Ce chef-d'œuvre fut exécuté le i avril 1841, dans l'église Saint-Thomas, le jour où la statue terminée était enfin débarrassée de ses échafaudages. Félix écrivit à sa mère une lettre où il s'étend longuement sur l'heureux effet du monument, sur la prochaine installation des derniers accessoires, bancs, plantation de cèdres, etc. ; c'est seulement à la fin de la lettre qu'il se souvient d'une importante et heureuse nouvelle qui le concerne lui-même. « Une autre chose, dit-il, qui me fait également grand plaisir, c'est la nomination de directeur général de musique que vient de m'envoyer le roi de Prusse. » (11 décembre 1842.) Cotte nomination était la juste récompense d'importants travaux entrepris par l'ordre de ce monarque artiste. Passionné pour le théâtre grec, Frédéric Guillaume IV voulut en évoquer les splendeurs en plein xix® siècle, et donner à ses sujets une idée aussi exacte que possible de ce que pouvaient être à Athènes les représentations d'Eschyle ou de Sophocle. Nous n'avons pas àjuger
ici cette teiitntive, trop ambitieuse peut-être, mais qui, à coup sur, n'était pas d'un esprit vulgaire. Le monarque prussien avait compris que la musique était un complément indispensable de cet essai de renaissance grecque. Il lui fallait le concours d'un compositeur unissant la science à l'inspiration, assez versé dans les origines de la musique pour se rapprocher des formes de la mélopée grecque, et épargner aux oreilles des érudits ces anachronismes que se permettent sans scrupule la plupart des compositeurs dramatiques. Ce choix qu'il fit de l'auteur de Paulus honore le discernement de ce prince, et fut pleinement justifii' par Mendelssohn, cpii mit en nmsi(jue les intermèdes et chœurs à' Antigone {i^^i), et, quelques années après, Q^axxs. A' Œdipe à Colonne. 'Slçnà.el'&^ohn était d'autant plus propre à cette tâche, que, d'après les avis de Gcethe, il avait fait dans son adolescence un étude approfondie de la langue grecque. 11 y a des beautés réelles dans ces deux œuvres, principalement dans la première. Toutefois, il est visible que les exigences archaïques d'un pareil travail ont gêné l'individualité du compositeur. Dans l'intérêt de sa gloire, on ne peut regretter que le troisième essai de ce genre, l'Œdipe Roi, soit resté inachevé, et que Mendelssohn ail respectueusement, mais formellement refusé d'accomplir un semblable travail sur VOrest^'^ d'Ucchyle. On
voit par sa correspondance qu'il lui répugnait surtout d'aborder le terrible sujet des Euménides, peu conforme en effet à la nature d'un talent plus gracieux qu'énergique. Il craignait sans doute qu'un pareil essai ne donnât lieu à de fâcheuses comparaisons avec les scènes infernales de V Orphée et de Y Iphigénie du vieux Gluck. Nous doutons qu'il eût aussi bien traité ce sujet que l'a fait depuis notre compatriote Massenet (les Erynnies).
Le roi de Prusse fut mieux inspiré quand il demanda à Mendelssohn de mettre en musique les chœurs d'Athalie, et surtout le Songe d'une Nuit d'été (1843). Mendelssohn s'était en vain juré de renoncer au fantastique : il revint avec bonheur à ses premières amours, et cette transcription détaillée du caprice éthéré de Shakespeare fait dignement suite à la célèbre ouverture. Les deux pages les plus remarquables de cette œuvre sont le Nocturne, l'une de ses inspirations les plus poétiques, et la Marche , d'une A-erve étourdissante sans vulgarité.
Toutes ces compositions, commandées par Frédéric-Guillaume, ne sont encore que la moindre partie des œuvres gravées ou inédites, terminées ou ébauchées par l'illustre compositeur, pendant les dix dernières années de sa vie. Il faut y joindre quantité de musique religieuse, de motets, de
psaumes, dont les plus beaux sont le Judica et Vin exitu Israël; six sonates pour l'orgue, plusieurs nouvelles ouvertures à grand orchestre et les trois dernières symphonies, bien supérieures à la première ^; son deuxième concerto en re majeur, que quelques artistes préfèrent à l'autre; ses deux trios pour piano, violon et basse, et ses deux sonates pour piano et violoncelle, œuvres savantes et gracieuses, mises aujourd'hui au rang des classiques ; diverses autres compositions pour piano seul ou avec orchestre, notamment la Sérénade {œuvre 43), composée et instrumentée en deux jours; force lieder à une ou plusieurs voix, dont plusieurs, comme la Ballade, Suleïka et un Soir d'orage, sont comparables aux meilleurs de
1. Comme symphoniste. Mendelssohn ne vient qu'après Haydn, Mozart et Beethoven. Il l'emporte sur Schumaiinpour la facture, mais ne l'égale pas pour la vigueur et l'originalité de la conception. On trouve dans tous ses morceaux des motifs heureux, de charmants détails, mais souvent aussi des longueurs, et un étalage déplacé de science; il en dit trop, par crainte d'oublier quelque chose de bon à dire. Ce défaut, d'ailleurs, se fait sentir dans la plupart de ses grandes compositions en tout genre. Parmi les passages les plus heureux des symphonies, on peut citer le début vraiment splendide de la 2° (symphonie-cantate), compoposée à l'occasion du 400» anniversaire de la découverte de lïmpriraerie ; l'andante et surtout le finale de la 3«, où l'on remarque une transition magistrale à une jolie stretta en majeur; et la 4e, toute entière ! Parmi les ouvertures, il ne faut pas oublier celle de Ruy Blas, d'une couleur sombre, bien appropriée au sujet, et celle d'Athalie, dont le début et la pérororaison, d'une placidité grandiose, contrastent si heureusement avec l'aZ/e^ro a^italo qui peint les fureurs de la reine criminelle.
Schubert; plusieurs cahiers de « Romances sans paroles », depuis longtemps connues et appréciées partout où le piano a pénétré; un très beau concerto de violon; des quatuors et quintettes d'instruments à cordes, des cantates et airs à grand orchestre, notamment la Nuit de Valpurgis, encore peu connue en France, et qui renferme de grandes beautés ^ Il n'avait pas renoncé à tenter un grand essai dramatique ; mais un demi-succès ne pouvait plus lui suffire dans ce genre, après avoir si bien réussi dans les autres. Depuis Paulus, il n'en était plus à courir après les libretti, et n'avait que l'embarras du choix, mais aucun ne parvenait à lui plaire. « J'en ai encore reçu quatre cette semaine, écrivait-il, en 1838. à sa sœur Rebecca, tous plus stupides les uns que les autres! Je m'en tiens donc provisoirement à la musique instrumentale, tout en demeurant à l'alïût de mon poète inconnu, qui est peut-être là, tout près de moi ; peut-être à Tombouctou, que sais-je? » Il avait cependant fini par accepter Loreley, opéra-féerie de Geibel, qu'il n'a pas eu le temps de finir. Enfin, parmi tous ces travaux, une idée fixe
1. Une grande partie de la musique vocale el instrumentale de Mendelsshon, n'ayant été gravée qu'en Allemagne, était encore à peu près inconnue en France. Cette lacune a été comblée par la publication d'une édition des œuvres de Mendelssohn pour tous pays. C'est un nouveau service rendu à l'art musical par la maison Peters, qui a déjà tant fait pour la vulgarisation des œuvres de Bach et d'autres grands maitres.
obsédait l'infatigable compositeur : celle d'un deuxième oratorio, dans lecjuel il entendait donner la pleine mesure de son talent. On voit par sa correspondance que le choix d'un nouveau sujet tiré de l'Écriture le préoccupait dès 1838, et que son ami Schubring^, qui l'avait aidé pour l'arrangement des textes du Paidus, lui proposait déjà Elie. Mendelssohn adopta avec transport ce sujet tout à la fois relig-ieux et dramatique. Il ne put s'en occuper avec suite qu'après la représentation de l'Œdipe, c'est-à-dire vers la fin de 184o: mais il y avait si souvent et si fortement pensé, qu'en moins de six mois l'ouvrage fut achevé. 11 voulut que l'Angleterre, qui l'accueillait depuis seize ans avec une faveur persévérante, eût cette fois les prémices de son ceuvre nouvelle. Elle fut exécutée en elfet sous sa dire3tion, à Birmingham, le 26 août 1846, et excita un enthousiasme dont les dilettanti anglais se souviennent encore.
Supérieur dans son ensemble au Paulus, l'oratorio (V Elias est, sous plus d'un rapport, l'œuvre capitale du maître. La figure du prophète se détache d'un bout à l'autre de cette partition avec une vigueur de ton rare chez Mendelssohn, et qui dénotait un progrès réel. Le sujet, l'un des plus grandioses qu'olfre l'Ancien Testament, a été profondément médité et serré de près ; la science,
sans se laisser oublier, s'y prodigue moins (jue dans la plupart des autres compositions, et se fait mieux accepter et comprendre sous le patronage constant de la mélodie. Pourtant, Elias n'e^t pas une œuvre pleinement originale : on y trouve encore çà et là, non des plagiats, mais d'habiles réminiscences des procédés, de la faclure des anciens maîtres. Le début de l'ouvrage en est la partie la plus faible. L'ouverture a visiblement l'intention d'exprimer la souffrance causée au peuple d'Israël par une sécheresse prolongée. Félicien David, dans le Désert, M.. Gounod, dans Mireille, ont plus heureusement exprimé cette impression d'ardente aridité, en y mêlant un sentiment de grandiose que nous ne trouvons pas dans l'introduction à' Elias. La prière en chœur (n° 2) Herr, hœre unser Gebel, produit un joli effet, dû principalement à la mélopée que toutes les parties se renvoient l'une à l'autre, à la manière d'un refrain de litanies. Le duo d'Élie et de la veuve de Sarepta, dont il ressuscite l'enfant, nous semble manqué; Mozart, Weber, Meyerbeer et même M. Verdi, auraient trouvé des accents autrement énergiques, pourpeindre cette transition si brusque et si éminemment dramatique d'une douleur inconsolable et sans espoir à une joie sans bornes. Le double chœur avec répliques des prêtres rivaux est parfaitement conduit, mais on peut blâmer
l'auteur d'avoir fait chanter les sectateurs de Baal comme ceux de Jeliovali; il a manqué cette belle occasion de faire ressortir le contraste des deux cultes par des invocations alternatives d'un caractère différent. Mais, à partir de ce moment, il s'élève à une grande hauteur. La mélodie chantée par Élie pour implorer le feu du ciel (n» 14) est magnifique d'un bout à l'autre, et pourrait être signée de Hiindel. Le choral n° 15, avec accompagnement de harpe, est d'une couleur gracieusement fantastique; il figurerait mieux dans le Songe d'une Nuit d'été. Le morceau suivant exprime bien l'émotion produite par la chute du feu, se résolvant en un acte d'adoration du vrai Dieu qui vient de se révéler par ce miracle. La grande et terrible figure d'Elie se dessine à merveille dans l'air n° 17, oij il préside au supplice des faux prêtres. Ce morceau est une des plus énergiques inspirations de l'auteur, et l'on ne peut y reprendre qu'une réminiscence trop marquée de l'anathème contre Judas (air de basse-taille en sol majeur) dans la Passion de Bach. Il y a de belles choses dans la prière avec chœurs pour demander la pluie ; mais l'effet en est compromis par la maladresse du librettiste, qui suppose un disciple d'Elie en sentinelle du côté de la mer, et le prophète s'interrompant de temps en temps pour lui demander, comme dans certains contes de Perrault,
« s'il ne voit rien venir? » En revanche, le finale de cette première partie, qni décrit et célèbre tout à la fois l'arrivée de l'orage sauveur, est un mor ceau de premier ordre. Le compositeur a décrit admirablement l'effet de cette étrange tempête, qui, au lieu d'épouvante et de désolation, apporte avec elle l'allég-resse. Cela est beau, et de plus absolument original. On admirera surtout l'élan final d'actions de grâces : Dank sei dir, Gott, accompagné par les arpèges et les gammes rapides de l'orchestre, qui figurent l'arrivée et les joyeux ressauts de cette onde si longtemps désirée.
La seconde partie s'ouvre par un air de soprano en si mineur dans le style de Mozart (n" 21), dont l'andante est un des joyaux de la partition. Le compositeur y obtient un efTet des plus heureux par le rappel des mots : Hœre, Israël, « Écoute, Israël, » sorte de ritournelle vocale qui revient incessamment se reliera la mélodie. Le chœur des courtisans ameutés contre Élie est d'une vigueur d'accent toute profane et parfaitement à sa place. Le choral gracieux des anges veillant sur le prophète endormi a seulement le tort de rappeler un peu trop le beau chœur des femmes de la suite d' At ha lie (Handel), cherchant à rassurer leur reine contre les épouvantements de son rêve. Il faudrait encore citer l'air mélancolique du contralto, «S^z'/^e dem Herrn, et la scène de l'Horeb, commençant
par une tempête et iinissant en prière, comme le finale de la symphonie pastorale. Enfin nous signalerons, comme morceaux du plus grand mérite, Fair du ténor (n" 39), étincelant de verve et d'enthousiasme, et surtout l'adieu d'Elie au désert (n° 37), où l'on retrouve un souffle de passion terrestre et presque moderne, uni à la vigueur de touche, à l'audace harmonique de Sébastien Bach. Ce morceau et celui de la pluie, dans la première partie, sont comparables aux pages les mieux réussies des grands maîtres qui ont frayé la route à Mendelssohn , dans ce genre de composition grandiose et difficile.
Mendelssohn n'avait que trente-sept ans quand il obtint ce nouveau triomphe. Cet homme si aimé du public, si heureux dans son intérieur, si digne, par le talent et par le cœur, de cette double félicité, n'avait plus qu'un an à vivre, et devait mourir de chagrin 1
Depuis longtemps déjà, il se sentait user, consumer à petit feu, par cette vie de travail sans relâche, où la meilleure partie de son temps et
(le sa peine appartenait, non à son œuvre propre, niais aux intérêts généraux de l'art. Peu de temps après son retour d'Angleterre (septembre 1846), il éprouva à Leipzig plusieurs défaillances, de violentes migraines, et les médecins durent lui défendre de jouer en public. Il perdit aussi, vers la même époque, un ancien domestique qui lui était très attaclié. La vivacité singulière avec laquelle il exprime, dans sa correspondance (octobre à décembre 1846), la douleur de cette perte fait honneur à la bonté de son cœur, mais trahit en môme temps une organisation susceptible à l'excès, et dans laquelle un chagrin plus sérieux pouvait apporter une perturbation mortelle. Se rappelant sans doute aussi que Mozart est mort à trente-six ans, Weber à quarante, il résolut de renoncer peu à peu à l'organisation des festivals et des concerts, sauf à redonner à la composition tout le temps qu'il économiserait ainsi; car il ne comptait se permettre quelque relâche qu'à partir de sa quarantième année. N'oublions pas qu'aucune nécessité matérielle ne contraignait Mendelssohn à cette continuité de travail. Il obéissait à ce besoin incessant de s'élever et de produire, à l'irrésistible appel de cet idéal, qui trouve aussi parfois chez les heureux de ce monde ses héros et ses martyrs. Malgré ses velléités de retraite, Mendelssohn reparut plus d'une fois à son pupitre de chef d'or-
cliestre pendant l'hiver de 1847, et, au printemps, il se rendit à Londres, oiî on l'attendait avec impatience pour exécuter de nouveau son oratorio. Trois auditions successives à'Flie, dans Exeter- Hall, suffirent à peine à l'enthousiasme du public anglais. Le 11 mai 1847, il y eut à la cour un grand concert dirigé par Mendelssohn ; il y fit exécuter sa partition du Songe d'une Nuit d'été, et joua lui-même le concerto célèbre en mi bémol de Beethoven (œuvre 73), avec [des points d'orgue improvisés. Dans cette solennité musicale, il reçut les félicitations les plus affectueuses de S. M. la reine Victoria et du prince Albert. Ces deux augustes dilettanti honoraient depuis longtemps le jeune maître allemand d'une bienveillance toute particulière. Ils ne se doutaient guère qu'ils venaient de l'entendre et de le voir pour la dernière fois.
Jamais Mendelssohn ne s'était senti plus heureux et n'avait eu plus sujet de l'être. Sa campagne d'été lui permettait une série d'éclatants triomphes dans sa chère Allemagne. Berlin, Leipzig, Vienne elle-même réclamaient à leur tour son Elie. Il comptait ensuite s'occuper de deux grandes compositions dont il avait déjà ébauché quelques morceaux, l'oratorio du Christ et l'opéra de Loreley. Ce Tut dans ce moment qu'une nouvelle comparable, dit un biographe, à un coup de
foudre dans un ciel serein, vint le surprendre et l'accabler.
On a peine k comprendre, au premier abord, comment Mendelssobn, si lieureux comme époux et comme père, n'a pu survivre à la mort imprévue de sa sœur Fanny. Mais on cesse d'en être surpris quand on parcourt sa correspondance, où le nom de cette sœur revient à chaque page, a A tout moment, dit-il dans une lettre éerito quelques jours après le fatal événement, elle était présente à ma pensée avec toute sa bonté, tout son amour; elle prenait toujours la première, la meilleure part à tout ce qui m'arrivait d'heup€ux ; il me fallait, pour que mes joies fussent complètes, l'idée qu'elle aussi allait se réjouir avec moi. Il y a des moments où je no sais quel instinct se révolte en moi, et repousse avec une telle force l'idée de ce malheur, que je m'attends presque à l'entendre démentir. Et puis je reviens à moi, je reconnais que cela n'est que trop vrai ! Mais jamais, jamais, je ne pourrai m'y habituer ! »
Nous avons déjà parlé des rares facultés musicales de Fanny Heusel. Admiratrice passionnée du génie de son frère, elle savait à l'occasion lui donner de judicieux conseils ; elle avait, comme lui, une vénération enthousiaste pour les anciens maîtres, a tel pomt que tous deux, en souvenir de
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Bach, avaient donné au fils aine de Fanny le nom de Sébastien. La mort de cette femme distinguée fut subite et étrange. Elle avait osé mettre en musique la seconde partie de Faust, et dirigeait un essai de son œuvre en petit comité, quand soudain on la vit s'affaisser, puis tomber de son fauteuil, en proie à une crise nerveuse contre laquelle tous les remèdes furent inutiles. C'était succomber au champ d'honneur, et je ne crois pas qu'il existe un second exemple d'une mort semblable dans l'histoire de la musique.
Mendelssohn ne survécut que six mois à cette catastrophe, et cette fin de vie ne fut, à proprement parler, qu'une longue agonie. Ses proches, désolés de celte perte, de celle plus cruelle encore qu'ils redoutaient, multiplièrent vainement leurs efforts pour le consoler et le distraire. Il alla avec sa femme et ses beaux-frères passer la saison d'été dans ses chères montagnes de l'Oberland! Mais cette nature splendide, qui avait eu tant d'attraits pour lui dans l'âge heureux « 0X1 la famille est complète », lui apparut cette fois morne, désenchantée. Ce fut en vain que, pour complaire à ceux qui l'entouraient, il essaya de se remettre à dessiner, à « écrire des notes ». Le ressort de sa vie était brisé, une contrainte douloureuse se trahissait jusque dans son sourire. Désormais, écrivait-il à un ami auquel il osait
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montrer franchement l'état de son âme, « tout est en moi désertet solitude, quand je veux m'occuper de musique ! » Nous connaissons peu de lecture plus navrante que celle des dernières lettres adressées àses parents absents. Onysent uneffort continu et impuissant, pour soulever l'inéluctable fardeau de douleur qui pèse sur ce cœur brisé. Ainsi, il écrivait d'Interlaken, le 29 juillet, à son autre sœur Rébecca :
Je me force présentement à m'occuper, dans l'espérance que j'en reviendrai plus tard à travailler sans effort et avec satisfaction. Depuis plusieurs jours il pleut, grêle et toime sans discontinuer, et la température devient si froide que nous sommes obligés de faire du feu. Je suis obligé d'avouer que ces tristes jours, qui retiennent tout le monde à la maison, autour de moi, ne me déplaisent pas absolument. J'ai ainsi l'occasion do garder mes trois aînés. Ils écrivent, comptent et latinisent près de moi, et nous jouons aux dames dans nos heures de récréation... Je reçois quotidiennement des visites, musicales et autres, mais tu ne saurais croire à quel point la présence de tout ce qui n'est pas vous m'est maintenant pénible ; au milieu de ces entretiens, je suis incessamment poursuivi par mon idée iixe, la brièveté de la vie... Quand serons-nous donc réunis, rien qu'entre nous!...
Quand la saison devint tout à fait intolérable en Suisse, il alla effectivement passer huit jours à Berlin, mais sans trouver dans cette réunion de
famille, si vivement désirée, l'apaisement qu'il avait i-êvé. Il éprouva, au contraire, en voyant cette place vide au foyer paternel, une recrudescence de douleur d'autant plus cruelle qu'il dut la cacher avec soin. On aurait dit que ce témoignage des sens lui avait apporté une certitude plus pleine, plus irrévocable de son malheur. Il retourna à Leipzig, emportant le trait mortel, que cette dernière entrevue avait comme retourné dans la blessure. Sa famille rêvait pour lui les consolations de la gloire ; il était question de monter l'oratorio à'Elie à Vienne d'abord, et ensuite à Berlin. Mendelssohn avait promis de s'occuper des répétitions, soit qu'il espérât encore guérir, soit qu'il voulût du moins laisser aux siens jusqu'au dernier moment l'espoir de ce rétablissement. A plusieurs reprises, on prit jour, dans les deux capitales, pour commencer ces répétitions; mais chaque fois Mendelssohn dut envoyer contre-ordre, sentant trop que la force lui manquait pour un pareil travail, et même pour faire le voyage.
Le 7 octobre 1847, il put pour la dernière fois s'occuper décomposition; ce fut pour écrire, sur un lied mélancolique d'Eichendorf. Vergangen istderlichte Tag (c'en est fait des jours radieux!) un chant d'une tristesse lugubre, trop fidèle rellet de l'état de son âme. Deux jours après, il fut
pris d'une défaillance nerveuse plus grave qu'aucune des précédentes. Pourtant, il se releva encore, et eut la force d'écrire à son frère Paul pour le prier d'envoyer à Vienne un nouveau contreordre. Dans cette dernière lettre, où de sinistres pressentiments jaillissent, pour ainsi dire, à chaque mot tracé par sa main défaillante, l'infortuné persistait vaillamment à rassurer sa famille! Il dit et répète que « cette fois il est vraiment mieux, que chaque jour la force lui revient ». Mais il ne peut raisonnablement espérer être en état de se mettre en route pour Vienne sous huit jours. « Il est bien pénible, dit-il, d'être ainsi perpétuellement contraint à manquer de parole, et pourtant il faut absolument tâcher de gagner huit jours de plus, et encore j'ai Tidée qu'il faudra renoncer définitivement à ce projet, et que je resterai ici. Ne pourrais-tu venir toi-même me voir? Ta présence me ferait peut-ètreplus de bien que toute la
médecine » (Dernière lettre, du 25 octobre
1847.) Trois jours après, il eut une nouvelle et plus violente attaque, suivie d'un long évanouissement. Cette fois, quand il revint à lui, il reconnut encore son frère et quelques autres personnes, mais il eut à peine la force d'articuler quelques monosyllabes. Le 3 novembre suivant, une dernière crise lui enleva tout à fait la parole et la connaissance, et le lendemain, vers neuf heures
du soir, les batlements de ce cœur trop sensible s'arrêtèrent pour toujours.
A peine remarquée en France, la mort prématurée de ce grand et aimable artiste fut un deuil national pour l'Allemagne et l'Angleterre. Leipzigfit justement pour lui ce que Paris a fait, dixsept ans plus tard, pour Meyerbeer. Après une imposante cérémonie funèbre, oii les plus beaux chœurs de ses oratorios retentirent autour de son cercueil , ses restes furent transférés à Berlin, oii il repose à côté de sa sœur bienaimée.
La vie et les travaux de Mendelssohn Barlholdy méritent l'intérêt dos personnes les plus étrangères à l'art nmsical. Nous connaissons peu de protestations contemporaines plus éloquentes contre de fâcheuses tendances, trop communes aujourd'hui. Comme Meyerbeer, Mendelssohn a noblement dédaig^né l'oisiveté dans la richesse; mais, tout en ayant, aussi bien que son illustre compatriote, la conscience de sa propre valeur, il eut, de plus que lui, le mérite de ne pas s'absorber en (juelque sorte dans sa personnalité. Parmi les gé nies qui ont illustré les arts, on en trouverait diflicilement un moins égoïste, plus préoccupé de gloi-iherla mémoire des grands maîtres du passé; de contribuer au progrès de l'art, non seulement pai- ses propres travaux, mais en faisant connaître
ceux de sos émules. Ce désiiiléressement est uu des traits dominants du caractère de Mendelssohn; c'est aussi l'un de ceux qui méritent le plus d'assurer à son nom le sympathique souvenir de la postérité.
La réputation d parmi r