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Sébastien laissa cinq lils, tousiiiusiciens distiiigiios

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tout dans la neuvième symplionie (avec cliœurs). Bach y revit tout entier, plus le prestige de l'instrumentation moderne et des développements qu'elle comporte.

Tel était aussi l'idéal de Robert Sclmmann. Dans ses articles, dans ses lettres intimes, aussi bien que dans ses compositions, on retrouve à chaque page l'expression de son culte pour l'immortel auteur de la Passion. Lors d'un voyage qu'il fit à Berlin en 1839, il sortait d'un concert, profondément contristé des témoignages d'enthousiasme que venaient de prodiguer devant lui les Philistins à d'assez pauvre musique. « Heureusement, disait-il, je me suis réfugié dans Bach, et j'en suis sorti retrempé et tout prêt à la lutte.» Et ailleurs : « Chaque jour, je me prosterne devant ce grand saint do la musique; je me confesse à ce génie incommensurable, incomparable, dont le commerce m'épure et me fortifie. » Son dernier ouvrage a été la confection d'une basse chiffrée pour les sonates de violon de Bach.

Toutes les opinions soutenues par Schumann dans des articles critiques ne sont pas aussi irréprochables que celle-là. Il s'est abusé souvent sur la valeur de ceux qui partageaient ses doctrines. Une autre de ses erreurs, honorable après tout, et bien peu commune, était d'attribuer aux autres plus de talent qu'à lui même. Jamais artiste ne

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se montra plus empressé de rendre justice à ses émules. Parmi ceux dont il se plaisait à faire ressortir le mérite, on peut citer Moscheles, qu'il honora toujours comme son vrai parrain musical; Mendelssohn, dont il dit quelque part que ses o.^uvres devraient être reliées en or; Wagner, dont il devina un des premiers la vocation dramatique; Henselt, Hiller, Liszt, Taubert, Thalberg et bien d'autres. Chopin était l'un de ses artistes de prédilection. Il existait entre ces deux talents si divers, l'un austère et fortement trempé, l'autre si fin, si vaporeux, une de ces affmités singulières qui se développent par le contraste.

Si les sympathies de Schumann étaient vives, ses antipathies ne l'étaient pas moins, et parfois aussi elles l'ont entraîné à de fâcheux excès. Dans l'ardeur de la polémique, il lui arriva plus d'une fois de contester des talents, dont il eût fallu seulement blâmer le mauvais usage. Ces emportements, dont les meilleurs esprits ne savent pas se défendre, sont l'effet ordinaire des réactions i. Schumann avait pour excuse ses convictions ardentes, sa bonne foi, surtout un désintéressement bien rare en pareille matière. Tant qu'il dirigea

1. Schumann avait été surtout injuste pour Meyeiboor, dont l'implacable rancune l'a poursuivi pur delà le tombeau. L'article acrimonieux consacré à Schumann dans la Biographie générale des musiciens par Fétis, ami dévoué de Meyerboer, faisait expier au compositeur les imprudences du critique.

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sa Gazette, jamais il n'y laissa insérer une ligne sur ses propres compositions. « Elle est pour les autres, » disait-il. Ce n'était qu'indirectement que le travail du journaliste profitait au musicien, encore incompris des éditeurs, a Sans mon journal, écrivait-il à Dorn, pas un de ces messieurs n'aurait voulu de mes griffonnages. Le monde musical ne saurait rien de moi, et n'en irait peut-être pas plus mal, au contraire.); On ne peut pas dire non plus que les témoignages d'admiration qu'il prodiguait aux grands pianistes, ses contemporains, eussent pour but de les engager à faire connaître ses ouvrages. Le pauvre Schumann ne fut jamais gâté sous ce rapport, même par ses meilleurs amis. Les virtuoses sont presque toujours de timides et égoïstes réformateurs. Ils se soucient peu d'initier le public, à leurs risques et périls. aux mérites d'une œuvre originale, et composent surtout leurs programmes d'après l'évaluation de la moyenne probable de bravos plus ou moins intelligents. Le plus grand pianiste de notre époque, Franz Listz lui-même, n'a pas été à l'abri de cette faiblesse. Il essaya bien deux ou trois fois, vers 1840, de jouer « du Schumann » dans ses concerts; mais, déconcerté par le froid accueil de l'auditoire, il s'abstint de recommencer cette épreuve. Lui-même s'est loyalement accusé plus tard de cette « pusillanimité artistique » . « J'ai

donné là, dit-il, un mauvais exemple... Pour l'artiste vraiment digne de ce nom, le plus grand danger n'est pas de déplaire à ses auditeurs, mais de demeurer, en dépit de sa conscience, l'esclave de leurs préjugés. Il faut qu'il ait le courage de demeurer, envers et contre tous, fidèle à ses appréciations; de préférer, d'imposer les œuvres qu'il juge bonnes, sans craindre de froisser momentanément les préventions de la multitude. » Il est juste d'ajouter que Listz, dès 1837, avait proclamé dans la Gazette musicale de Paris que « de toutes les compositions récentes, celles de Chopin exceptées, les œuvres de Schumann étaient celles dans lesquelles il avait remarqué le plus d'individualité, de nouveauté et de savoir ». « Vous pensez si j'ai été content d'un pareil article, écrivait à un ami le bon Schumann. Jean Paul a bien raison de dire qu'il n'y a que deux choses que l'homme puisse avaler indéfiniment: l'oxygène et la louange. »

Malgré son ardeur comme critique musical et sa modestie comme auteur, Schumann sentit enfin qu'il était bien difficile de mener les deux choses de front, et que la tâche la plus ingrate était précisément la plus absorbante. Comme il le disait lui-même, « le compositeur n'avait de bon que les loisirs du journaliste. « Heureux encore, s'il n'avait eu à s'occuper que de théories et d'appré-

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dations musicales! Mais il eut, à diverses reprises, la charge de détails d'administration, de comptabilité, qui lui étaient insupportables. L'idée de cette publication était opportune: la preuve, c'est qu'elle subsiste encore aujourd'hui. Mais elle n'en eut pas moins à subir, dans les premières années, plusieurs crises financières, bien pénibles pour une nature aussi impressionnable que celle de notre héros. « J'ai bien des tribulations, écrivait-il, et comme simple mortel et comme musicien. Le genre de vie auquel je suis condamné m'interdit absolument les grandes compositions. » De 1833 à 1840, en effet, Schumann ne trouva le temps d'écrire qu'un petit nombre d'œuvres importantes pour le piano. Nous recommandons sa Toccata ( op. 7), et la fantaisie dédiée à Listz, en réponse à ses compliments (op. 17), aux artistes et aux amateurs qui s'estiment de première force; ils y trouveront des épreuves dignes d'eux.

L'un des ouvrages les plus curieux de cette période est le Cariiaval (op. 9). Schumann s'est efforcé d'y décrire, aussi clairement qu'on peut le faire avec des sons, les principaux personnages et les épisodes obligés d'un bal masqué. L'oreille y perçoit tour à tour les évolutions de la batte d'Arlequin, de l'éventail de Colombine, puis celles d'un pas de deux oii Ton distingue sans peine, comme à travers un transparent, les voltes et les

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attitudes des deux partenaires. Ou trouve encore dans ce carnaval de ravissantes idylles : Reconnaissance, Promenade, Aveu, puis une reprise de fougueux élans, parmi lesquels intervient tout à coup un nouvel intermède sentimental intitulé Chopin, dans lequel Schumann imite, à s'y méprendre, le style de l'aimable virtuose polonais.

Les Etudes symphoniques (op. 13), composition austère et grandiose, contrastent d'une façon saisissante avec l'œuvre précédente. Ce sont des variations sur un thème original, comme l'impromptu sur la romance de Clara, mais traitées d'iHie façon encore plus large et plus magistrale. On peut hardiment classer parmiles chefs-d'œuvre de la musique de piano les trois premières de ciis variations, et celles en mi majeur, d'un caractère presque riant en comparaison des autres, et dans laciuelle intervient un retour du thème original, en ut majeur, de l'effet le plus original et le plus heureux i.

Les Scènes d'enfants (op. 15), d'une exécution plus abordable, bien qu'encore assez peu enfantine, obtinrent un succès qui engagea Schumann à composer beaucoup de pièces du même genre. Ce succès lui valut des admonestations

1. L'une de ces variations offre une curieuse réminiscence des tours de force du fameux violoniste Paganini, qui venait de donner plusieurs concerts ù Leipzig.

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sévères de la part de quelques critiques influents. L'un deux, oiïusqué de certaines hardiesses harmoniques, prétendait que l'auteur avait voulu imiter des vagissements de nouveaux-nés, ou les premiers tâtonnements d'un enfant (jui attrape sur le clavier plusieurs notes fausses en cherchant la véri tablée

Mais ces aménités, préférables, après tout, au silence, n'étaient pas alors le plus grand cliagrin de Schumann. Les peines d'amour-propre étaient pour lui bien peu de ciiose , auprès des peines de cœur.

Il eut de bonne heure des admiratrices, et même de très passionnées, qui abordaient vaillamment ses œuvres les plus difficiles. « J'ai besoin de telles amazones, « disait-il. L'une d'elles, pour le moins, étendit complaisamnient à l'auteur l'enthousiasme qu'elle ressentait pour ses productions. Il en résulta une de ces « liaisons musicales » qui, en Allemagne, vont parfois très loin. Celle-là faillit aboutir au mariage. Mais cet attachement, oii l'imagination avait la plus grande part, disparut devant le seul amour ardent et véri-

1. Le Carnaval et les Scènes d'enfants sont les seuls morceaux de Schumann qui aient été gravés en Franco de son vivant (chez M. Schlesinger). Ils passèrent à pou près inaperçus. Aujourd'hui, plusieurs de ces Scènes d'enfants (comme la « prière du soir »), transcrites pour instruments à cordes, sont une des œuvres les plus populaires du maître.

tal)le que Scliumann ait éprouvé. Quand la grande artiste pour la(|uelle il avait cru d"al)ord n'éprouver aussi qu'une affection toute fraternelle et musicale eut atteint sa dix-septième année, ce sentiment impérieux devint , pour ainsi dire , l'àme de Schumann. Il s'épanouit à chaque page de sa correspondance; il éclate dans toutes ses œuvres. Plusieurs expriment, avec une énergie singulière, les tourments de cet amour longtemps contrarié. Il écrivait àDorn,en 1839 : «Des souffrances et des luttes que Clara me coûte , une bonne partie a passé dans ce que je compose; vous vous en apercevrez bien ! » Ceci a trait surtout à la grande sonate en fa dièze mineur (op. 11). Le début, grandiose, mais d'une mélancolie navrante, rappelle, sans le copier, celui de la fameuse sonate en lit dièze mineur (œuvre 27), composée par Beethoven dans une disposition d'esprit semblable •. L'rtîif/aw^e, empreint d'un sentiment de vive et ciiaste tendresse, compte parmi les plus suaves inspirations de Schumann. Dans d'autres parties de cette ccuvre 11, on retrouve l'idée fixe de passion anxieuse, en quelque sorte personnifiée par le retour implacable d'une courte I)hrase que toutes les notes du clavier reçoivent tour à tour, poursuivant sa course haletante à

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