‹ Composition musicale et composition littéraire a propos du chant grégorienChapitre 14 sur 67 · CL - \ft, /vnaMi -itaLta.. 0e.. v WlaJCtx^ ûX. . mcu · texte numérisé non relu

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Or, tout cela s'entend, supposé que le musicien veuille donner à sa mélodie un ryihme semblable à celui des vers,, un rythme quasi métrique ; mais évidemment aussi il reste libre de traiter mélodique ment le texte poétique comme si c'était de la prose et, au lieu de mètres, de composer des rythmes. Sous ce rapport, sa liberté est complète; seulement il fera alors œuvre musicale et non p?s œuvre lyrique, la mélodie ne formant pas corps avec la poésie par la communauté d'un même rythme.

Remarque additionnelle. On dit généralement que les syllabes des mots, dars les langues d'accent, n'ont plus aucune quantité prosodique, mais seulement une égale aptitude à prendre toutes les durées qui conviennent au rythme musical ; tout au plus,

les syllabes fortes, accentuées, s'unissent-elles plus volontiers que les syllabes faibles aux temps longs, et l'accent même a-t-il une tendance à allonger plus eu moins les syllabes qui le portent. Tout le ryihme de la poésie tonique, de fait, est fondé sur cette double propriété présumée inhérente aux mots, dans les langues d'accent. Cela pourtant est-:l bien sûr ?

En ces derniers temps, quelques théoriciens ont refusé de ne voir dans la quantité métrique qu'un système de convention, l'œuvre des lettrés de la Grèce et de Rome. Pour eux, au contraire, la quantité, c. à. d. la durée plus ou moins longue, plus ou moins brève des syllabes dans" les mots est chose naturelle, inhérente à toute cpèce ce krgue ; et ilsle démontrent par une analyse, qui paraît juste, de la prononciation des voyelles et des consonnes, dont la réunion fait les syllabes.

Ce qui, dans ks deux largues classiques, était pure convention, et même assez injustifiée, c'était de n'admettre dans les syllabes que deux valeurs de durée : une durée brève et minima, celle du temps premier, et une durée longue, double de la précédente. Déjà, chez les anciens, Denys d Halicarnasse s'inscrivait en faux contre cette opinion tout arbitraire des grammairiens. «La longueur et la brièveté des sy'labes, dit-il, ne sont point chose absolue: il y a des longues plus longues, et des brèves plus brèves que d'autres longues et que d'autres brèves. » J'ai cité déjà les exemples qu'il en donne dans les mots àdosy rhôdos, trôpos, strephos, etc., où la multiplication des consonnes initiales a pour conséquence nécessaire une p;olongation de durée dans la prononciation d'ui e même voyelle o, biève de sa nature. D'où il conclut : «il suffit de dire qu'une syllabe brève diffère d'une autre syllabe brève, et une sylLbe loi gue d'une cutre syllabe longue ; que, ni dans le simple discours, ni dans les poèmes, ni dans les cantiques soumis au rythme ou au mètre, toute syllabe brève et toute syllabe longue n'ont constamment la mê-

me valeur de durée. » (Ap. Vincent. Notices, etc., Note H. p. 162.)

Cette thèse a été reprise de nos jours, et pour la langue française plus spécialement, par P. Pierson, dans son Mémoire sur la Métrique naturelle du langage (Bibl. de l'Ec. des Hautes Etudes, 56e fascic. 1883), 2e partie, chap. II et ch. V. De ses remarques sur la composition et la prononciation des syllabes il tire la conclusion : « que les voyelles ou syllabes se classent d'elles-mêmes en deux grandes catégories bien tranchées: i° les voyelles dont l'émission exige un minimum de durée; — 20 celles qui ne connaissent d'autre minimum que le minimum de durée prosodique possible. »

Les premières peuvent être appelées longues par rapport aux autres qui sont brèves, mais en un sens quelque peu différent des brèves et des longues métriques — Quel est donc ce minimum de durée nécessaire aux voyelles ou syllabes appelées longues?

« Des expériences faites par nous, dit l'auteur, sur un certain nombre de phrases parlées, il semble résulter que ce minimum est la durée de trois atomes. (*) Cette durée, il est vrai, est variable suivant les individus, mais elle est fixe pour chacun. . Toutes les durées inférieures devront être considérées comme brèves. En réalité, il n'y en a que 2 : l'atome et sa duplication. Les durées de 3, 4, 5 atomes et plus seront réputées comme longues. »

Pierson ajoute enfin : « tous les rythmes... sont représentés dans la largue française ; nous allons donner un exemple pour chacun d'eux :

C) Atome métrique, d'après l'auteur, la plus petite durée perceptible, l'unité physiologique de temps, quelque chose de semblable plus ou moins au temps premier de la métrique grecque. (Ibid. ire part., chap. III. 14.)

Rythmes dis

ssyllabiques

Molosse :

Concordance

Pyrrique :

J'allais

Dactyle :

Absolu

Spondée:

Maison

Amphibraque:

Aperçu

Trochée :

Chantait

Anapeste :

Pénitence

Jambe:

Alors

Bacchius:

Assistance

Rythmes tri

syllabiques

Crétique :

— \j — Partenaire

Tribraque:

Attaquait

Palimbachique:

Confondait

Nous sommes loin, on le voit, de l'opinion très nouvelle, d'ail'eurs, et absolument injustifiée, qui prétend que la perte de la quantité métrique a eu pour conséquence, dans les deux langues latine et grecque, l'égalité de toutes les syllabes et laiéduction de toutes leurs durées au temps premier. Sur quoi repose cette assertion, on ne nous l'a jamais dit et, en vérité, il serait bien difficile de lui trouver d'autre raison que le Magister dixit. Mais on en avait besoin comme base et point de départ de toute la théorie du rythme dit oratoire ; toute autre raison était par là même inutile.

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