‹ Composition musicale et composition littéraire a propos du chant grégorienChapitre 3 sur 67 · CHAPITRE IL Premier élément: lettres et sons · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL Premier élément: lettres et sons

Le premier et le plus simple élément du discours est donc, en prose les lettres, en musique les sons. On peut assez justement les comparer à la cellule, premier élément organique dans les corps vivants. De même qu'en se multipliant et en s'organisant, la cellule forme le corps tout entier, ainsi toutes les autres parties du discours, soit littéraire, soit musical, se forment des lettres et des sons, unis et combinés de diverses manières.

L'analogie cependant n'est que partielle entre les uns et les autres. Il y a dans le discours parlé deux sortes de lettres, les voyelles et les consonnes, [appelées aussi muettes. Le discours chanté ne renferme qu'une seule espèce de sons, les sons musicaux, c.-à-d. ceux qui sont produits par les vibrations de l'air en nombre déterminé et selon certaines proportions mathématiques,

que la science fait connaître.

De fait, les consonnes du discours n'ont par elles-mêmes aucun son, elles ne se prononcent pas, et c'est pourquoi on les appelle muettes ; leur son est celui de la voyelle qu'elles accompagnent et dont elles modifient de diverses manières l'émission, pour en faire autant de syllabes distinctes, comme nous le verrons tout à l'heure. Ce sont donc de simples accidents des voyelles qui sont, elles, comme la substance de la parole. On ne laisse pas néanmoins de les représenter par des lettres, aussi bien que les voyelles, pour signifier tout ensemble la voix et ses modifications accidentelles.

Mais en musique, il ne peut y avoir de sons muets, tous doivent être émis distinctement, séparément, à la manière des voyelles et sans consonnes; d'où vient qu'on appelle vocalise le chant sans paroles. Cette différence entre les lettres et les sons est à noter, car elle en entraîne d'autres qui ont aussi leur importance, dans la constitution des syllabes littéraires et des syllabes musicales.

L'analogie vraie, exacte, est donc, non pas entre les sons et les lettres, mais plutôt entre les sons et les voyelles, avec certaines différences cependant dans leur manière de former des syllabes; nous allons le voir.

Les anciens disent fort peu de chose de l'analogie entre les sons de la musique et les voyelles de la parole; ils se contentent de marquer qu'ils sont les uns et les autres le premier et le plus simple élément soit du discours parlé, soit du discours chanté. Pourtant, l'analogie va plus loin, car la science moderne nous a révélé que les voyel'es aussi bien que les sons possèdent trois qualités: la hauteur, le timbre et la durée; et ces trois qualités servent à distinguer une voyelle de toute autre voyelle et un son de tout autre son.

Ainsi, il y a des voyelles différentes par le timbre: a, e, i, o, u, par exemple, qui ont chacune leur timbre particulier, c'est-àdire, comme on le démontre en acoustique, qui sont diverse-

ment composées en résonnances harmoniques.

Il y a aussi djs voyelles qui sont naturellement aiguës et d'autres qui sont mturellement graves, suivant que leur timbre est formé d'harmoniques graves ou aiguës. A, e, i, sont des voyelles aiguës, tous les chanteurs le savent assez; o, u, ou, sont au contraire des voyelles graves, qu'il est difficile de chanter sur des notes élevées.

Il y a enfin des voyelles brèves par nature, qui ne demandent pour être prononcées distinctement qu'un minimum de temps; il y en a d'autres qui sont longues, dont la prononciation exige plus de temps, soit pour elles-mêmes, soit à cause des consonnes qui prolongent en quelque sorte leur émission et obligent de s'y arrêter davantage.

En musique, les sons se distinguent de la même manière par leur qualité de hauteur, de timbre et de durée. La hauteur dépend du nombre des vibrations produites dans l'air en un temps donné par l'émission vocale; plus ce nombre augmente, plus les sons deviennent aigus et, au contraire, plus il diminue, plus les sons deviennent graves.

Théoriquement, il n'y a pas de limites à cette acuité et à cette gravité des sons, considérés en eux-mêmes; mais pratiquement, c'est notre oreille qui impose ses limites, au delà desquelles , soit au gavre soit à l'aigu , elle ne perçoit plus qu'un bruit confus. Ces limites, naturellement, sont plus étendues dans les instruments de musique que dans la voix humaine.

Le timbre dans les sons, comme dans les voyelles, est la résultante des harmoniques qui se font entendre avec le son principal. De même qu'il distingue les diverses voyelles, a, e, i,ofu, etc., il distingue aussi les voix, celles des divers instruments aussi bien que les voix humaines. Il y a ainsi des voix claires, aux harmoniques moyennes ou aiguës , et des voix sourdes, aux harmoniques graves. Le timbre et la hauteur s'unissent pour diviser les voix en basses, ténors, altos et sopranos.

Enfin, la durée fait les sons brefs et les sons longs. Sans doute,

les sons n'ont en musique aucune durée fixe et propre à chacun; c'est au compositeur de leur donner la valeur qui lui plaît dans ses mélodies, et cette valeur est très variable. Néanmoins, on peut dire qu'aux sois graves les durées longues conviennent mieux que les brèves ; d'où vient que, dans la polyphonie, les parties basses ont généralement une marche plus lente que les parties hautes.

A tous ces points de vue, il y a donc réellement analogie entre les voyelles, premier élément du discours parlé, et les sons, premier élément du discours chanté. Mais de combien de voyelles on fait usage dans le discours et de quelle manière elles doivent être prononcées, c'est à la science grammaticale de l'enseigner aux enfants. De même, la science harmonique, première partie de la science musicale, fixe le nombre des sons qui servent aux musiciens pour composer leurs mélodies, quel ordre ils observent entre eux et comment ils s'unissent pour former des consonances régulières et parfaites.

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