IMPRIMERIE ATTINGER FRÈRES, NEUCHATEL ( SUISSE
Que faut-il entendre par rythme grégorien ? Le rythme, sans oute, qui convient aux mélodies dites grégoriennes. A toutes îlles qui composent le recueil des chants liturgiques ? Non, cerlinement ; car sous un même terme on réunit des mélodies de *nre différent, et il importe de ne pas les confondre.
Dans ce qui précède, nous avons parlé déjà de deux sortes de îants liturgiques, des hymnes dites Ambrosiennes et des méloies récitatives. On a vu comment les hymnes métriques et toniues, ont été composées sur les formules de la poésie métrique, .ndis que les récits l'ont été sur celles de la prose rythmée. Mais
part et d'autre, c'est le rythme gréco-latin qui a servi à com- Dser ces mélodies. Quand donc nous parlons de rythme grégoen, en tant que distinct du rythme grec et exclusivement pro- ;e des mélodies liturgiques, il ne peut être question de ces deux >rtes de mélodies, puisque leur rythme est grec.
Mais en dehors de cette catégorie de chants liturgiques, il en dste une autre, dont la composition n'est pas du même genre, e sont les Antiennes, simples et ornées, les Graduels, les Répons, s Alléluia, les Traits et les Offertoires, six espèces de chants qui ît ce caractère commun d'être composés sur des textes prosaïîes et d'après un système, à la fois mélodique et rythmique, fférent du système musical des Grecs.
La composition mélodique de ces chants a été expliquée déjà ins la ire partie de cet ouvrage ; il reste à montrer quelle en t la composition rythmique. Question capitale, on le conçoit,
puisqu'une mélodie, sans son rythme, n'est qu'un corps san âme; mais question fort embrouillée par la multiplicité des sys tèmes qu'on a imaginés en ces derniers temps, pour donner m rythme à la musique grégorienne.
Un seul rythme cependant peut être le vrai : celui qui est coih temporain des mélodies elles-mêmes; celui qui a été pratiqua durant de longs siècles; celui que les Maîtres ont enseigné dan: les écoles et consigné dans leurs écrits ; celui dont les manus crits les meilleurs, les plus authentiques ont gardé la tradition
A ces marques seulement, on peut reconnaître le rythme véri-J table du chant grégorien. Tout système qui ne les porte pa? ostensiblement, doit être écarté de prime abord, quelque ingénieux qu'il paraisse. Car, encore une fois, le rythme grégorien n'est pas à inventer, il a vécu près de douze siècles et il n'a pas péri tout entier; il ne s'agit que de le retrouver dans ce qui reste de lui.
Or, pour restaurer le rythme des mélodies grégoriennes, en même temps que leur substance matérielle, le mélos, il n'y a guère que deux systèmes qui se soient placés dès la première heure sur le terrain historique, en se réclamant de la tradition des siècles antérieurs : l'école oratoriste d'une part, l'école mensuraliste de l'autre.
La première a pris son point de départ dans les siècles immédiatement antérieurs au nôtre; elle accepte leur tradition comme vraie, et c'est d'après elle qu'elle interprète toute doctrine et toute tradition des siècles précédents. La seconde, au contraire, estime qu'il faut chercher la vraie tradition du chant grégorien,' mélodie et rythme, non pas dans des siècles de décadence et de ruine, mais aux époques les plus florissantes, alors que vécurent et enseignèrent les Maîtres les plus justement célèbres, alors que le recueil des chants liturgiques s'enrichit de ses compositions les plus belles et les plus variées. Toute tradition contraire à celle-là, pensent-ils, ne peut être que corruption et décadence, elle n'est pas à suivre, mais à rejeter.
Or, la décadence du chant grégorien est aujourd'hui un fait :onnu, incontesté. Elle a commencé au XIe siècle et elle n'a ait que s'accentuer depuis lors jusqu'à une ruine totale vers le £VIe siècle. Il n'y a donc de tradition vraie que la tradition grégorienne antérieure au XIIe siècle. C'est celle-là qu'il faut hercher et retrouver tout d'abord ; on jugera ensuite d'après lie toute autre tradition, même séculaire.
On voit quelle est la situation des deux Ecoles et la difféence de leur procédé dans la recherche du véritable rythme ;régorien : l'école du rythme musical trouve son critérium dans antiquité et elle juge tout selon les doctrines des Maîtres nciens ; l'école du rythme oratoire trouve le sien dans les emps modernes, et elle juge tout, même les Maîtres, d'après bs doctrines qui avaient cours, lorsqu'elle est née ; sa tradition st récente, l'autre est primitive.
C'en est assez déjà pour apprécier la valeur de l'un et l'autre Irocédés, puisqu'il s'agit de mélodies anciennes et non pas jécentes. Nous verrons ce double procédé en action, formant l'une part le système du rythme oratoire, tel qu'il est enseigné J»ar l'Ecole bénédictine ; et d'autre part, le système du rythme nusical, qui est celui de l'Ecole appelée mensuraliste. Mais suivons l'ordre que nous avons établi déjà : demandons aux \nciens quels rapports ils voyaient au point de vue du rythme régorien, entre la composition littéraire et la composition musicale. Nous dirons ensuite en quoi la nouvelle théorie du 'ythme oratoire diffère essentiellement de la nôtre, et le lecteur pra en mesure alors de comparer et d'apprécier justement chaun des deux systèmes.