OM.V
^f r fff J..' ^1 f) i gg J^lJ.^rll
Syllabes et neumes sont ici parfaitement distinctes. On y
voit bien aussi comment les syllabes se suivent les unes 1< autres dans un mouvement continu et toujours rythmique, poi former les neumes et les distinctions, quelle que soit, d'ai leurs, leur composition en sons plus ou moins nombreux, 1< uns brefs et les autres longs.
On voit également que syllabes musicales et syllabes littéra res sont bien différentes les unes des autres. La mélodie a ; constitution propre, qui ne se règle pas sur le texte, ni au poil de vue du mélos, ni au point de vue du rythme ; ce qui r veut pas dire que le musicien n'en tienne aucun compte, il respecte, au contraire, dans la mesure nécessaire pour que chai et paroles soient toujours d'accord, sans préjudice de la liberi musicale.
Il arrive ainsi, comme le recommande Gui d'Arezzo : « qu parfois une syllabe (du texte) répond à une ou à plusieurs nei mes ; d'autres fois, une seule neume renferme plusieurs sylta bes. » (i) Le premier cas se trouve dans les neumes de Y AIL luia ci-dessus, dont la séquence se chante tout entière sur ! dernière syllabe du mot Alléluia. On voit la même chose dar l'Introït du premier dim. de l'A vent, au mot neque, qui rer ferme trois neumes. Ailleurs, tantôt les neumes corresponde! au texte, v. g. levavi, animant, deus, meus, etc. ; tantôt une seul syllabe fait une neume, v. g. me, am, non ; tantôt les syllabe^ du mot se divisent entre deux ou plusieurs neumes, v. g. con fido, erubescam, confundentur ; tantôt enfin, une seule neume réun: plusieurs syllabes et plusieurs mots, comme ad te, in te, qui tt\
Le musicien fait donc de son texte ce qu'il veut ; la mélodi est pour lui la chose principale, à laquelle il subordonne le paroles. Sous le rapport rythmique surtout, il n'emprunte rie au texte qui, étant simple prose, ne lui peut rien fournir ; mai tout le mouvement rythmique est réglé par les temps, dont le
(i) « Item aliquando una syllaba unam vel plures habeat neumas, aliquand una neuma plures dividatur in syllabas. » (Microl. XV. Gerb. II. 16.)
diverses figures sont à la disposition du musicien, pour en user comme il lui plaît. Il en use, de fait, pour donner au rythme delà mélodie une variété toujours nouvelle, toujours régulière :ependant, et toujours soumise aux justes proportions musicales.
Il y a encore à considérer dans les neumes autre chose que la jiversité des durées et leur belle ordonnance rythmique ; il y a eur accentuation.
Une mélodie est un discours et ce discours est composé de jnots qui sont les neumes. Or, il est naturel aux mots du langage que toutes les syllabes ne soient pas prononcées avec une force égale, mais qu'il y en ait de fortes, accentuées, et d'autres aibles, atones. Chaque mot a ainsi son accent, qui doit se faire ientir dans le langage ; à moins que, dans la constitution de la !»hrase, il ne s'unisse à un ou plusieurs autres mots, pour ne aire ensemble qu'un seul mot composé, où les mots ne sont .-lus que des syllabes. En ce cas, on le sait, l'accent porte sur un des mots composants, tantôt l'un, tantôt l'autre, suivant le énie de chaque langue ; tous les autres accents verbaux disparaissent.
. La même chose n'a-t-elle pas lieu dans le discours musical, ù les neumes remplacent les mots et doivent, par conséquent, tre accentuées comme eux ? Chaque neume aurait donc son :cent propre, sa note ou sa syllabe émise avec une intensité hâtivement plus grande que les autres notes, sur laquelle en lantant la voix appuie, ou s'élance, ou se pose avec plus de >rce, tandis qu'elle passe avec plus de légèreté sur les autres lûtes.
L'accent, dit-on, est l'âme des mots et du langage, en généil ; il paraît naturel qu'il remplisse les mêmes fonctions dans . discours musical, c'est-à-dire dans les neumes, qui en sont s mots. De quelque nature qu'il soit, accent des neumes ou
accent des rythmes, c'est lui qui donne à la mélodie, à chacun< de ses parties, l'expression et la vie qu'elles doivent avoir.
Cet accent neumatique est-il attaché à quelqu'une des sylla bes qui composent la neume, ou à l'un des sons de la syllabi plutôt qu'à un autre ? Nullement ; car il n'en est pas du mo musical comme du mot littéraire. Celui-ci porte un accent fixe dont la place est déterminée par le génie de chaque langue : ei français, c'est la dernière syllabe non muette ; en latin, c'es l'avant-dernière ou l'antépénultième ; en grec, l'accent peut êtn reculé plus loin encore. Dans les neumes de la musique, riei de semblable : l'accent peut y être placé sur n'importe quelli syllabe de la neume et sur n'importe quel son de la syllabe.
Est-ce à dire que tout y soit ad libitum du compositeur oij du chanteur? Loin de là ; la place de l'accent est, au contraire déterminée dans tous les cas, mais elle ne dépend que de h constitution mélodique et rythmique des neumes et de leui position dans la phrase ou le membre de phrase. Telle neurrn devra ainsi être accentuée sur sa première syllabe, telle autrt sur la dernière et d'autres encore le seront sur l'une des syllabes ou des notes intérieures.
L'accent affecte-t-il nécessairement les syllabes et les notes le< plus aiguës ? Pas du tout ; il n'a pas le caractère d'un accem aigu, comme dans les langues classiques, grecque et latine ; i est accent d'intensité, et l'intensité a sa place aussi bien au grave qu'à l'aigu.
Il est vrai que, pour monter et atteindre aux notes aiguës, la voix souvent est obligée à un certain effort, elle doit déploya une force plus grande, donner à ces notes une intensité qm n'ont pas les notes avoisinantes ; mais cette force et cette intensité ne sont pas toujours l'accent neumatique proprement dit. ce peut n'être qu'un accent de position, ce que M. Mathh Lussy appelle si bien un accent esthétique, expressif, qui, sans détruire ni remplacer l'accent neumatique réel, s'y ajoute et le complète au point de vue de l'expression musicale.
La musique profane, moderne surtout, plus et autrement assionnée que la musique religieuse, fait un usage fréquent de is sortes d'accents pathétiques et esthétiques, pour exprimer soit irrégularité, le désordre naturel aux passions humaines, soit xaltation, le transport, l'extase pour ainsi dire de certaines assions, que le musicien cherche à exciter dans l'âme de ses éditeurs. C'est, d'ailleurs, à divers degrés le but de toute musiue qui s'adresse, non uniquement aux sens et aux nerfs de brganisme humain, mais à ce qu'il y a de plus intime en nous, lix pensées et aux sentiments de notre âme.
Aussi, la musique grégorienne n'est-elle pas totalement dé- Durvue d'accents pareils, surtout esthétiques, qui ne convienent pas moins aux sentiments religieux les plus élevés, les us épurés, qu'aux passions naturelles du cœur humain. Mais irrégularité y est beaucoup moins sensible et l'expression de es sentiments, si profonds, si véhéments qu'ils soient, y revêt uijours un caractère de paix surnaturelle, de possession de soilême, que les passions divines ne font jamais perdre à l'égal es passions humaines.
Ici encore quelques exemples aideront à comprendre ce caracre de l'accent neumatique et sa différence d'avec l'accent esthé- :que, ou accent de position. Soient donc les deux mélodies ■-dessus de Y Alléluia et de Y Ad te levavi.
; Dans Y Alléluia, les accents neumatiques de la première disaction sont évidemment sur la ire note bo, sur la 4e, sol, et ir la 8e, mi. Mais l'accent sur do est plus faible que les deux îtres ; la voix se pose doucement sur cette note, y prend son lan et passe légèrement sur les suivantes, pour arriver comme ir degrés à la note la plus fortement accentuée, le sol, puis elle
descend sur l'accent final mi, mais en reprenant une sorte
élan, avec accent esthétique, sur les deux croches, sol-mi, de
dernière neume.
La séquence a, elle aussi, ses accents neumatiques assez bien arqués sur les deux fa, 4e et 7e neumes, sur le 2e sol de la
5e neume, sur le fa de la 6e, le do de la 8e, les fa (blanches de la 9e et de la ioe neumes. Mais tous ces accents sont régu liers et le plus ou moins d'intensité que l'un ou l'autre pos sèdent, leur vient, comme nous dirons plus loin, de ce qur l'accent rythmique se superpose là à l'accent neumatique et lu donne une force spéciale.
Inutile, ce me semble, de noter les accents des neumes dan:: la mélodie de l'Introït ; ils apparaissent assez clairement, bier que placés de façon très diverse, tantôt sur la ire note de k neume, tantôt sur la 2e, la 3e ou la 4e. Mais on trouve encore dans le rythme de cette mélodie plusieurs accents esthétiques;
par exemple :
ex - pec - tant
Il faut en chantant les marquer, sans doute, mais doucemen et sans les accuser trop, pour conserver à la mélodie ses vérita-j blés accents neumatiques et rythmiques.
Voici encore deux autres exemples assez remarquables, dans lesquels le musicien, pour bien rendre sa pensée, fait appel tout à la fois à la facture mélodique et à la constitution rythmiqu des diverses parties. C'est Y Introït et le Graduel du dimanche de la Septuagésime.
Dans l'Introït, le compositeur a voulu surtout exprimer le sentiment de la crainte qui oppresse l'âme, en présence des dangers qu'elle court et qui menacent sa vie, corporelle et spirituelle. Dans le -Graduel, c'est plutôt la confiance et la reconnaissance envers Dieu, qui la soutient et la délivre. On remarquera; aisément, combien les divers accents neumatiques, rythmiques et esthétiques, donnent à ces mélodies un caractère réellement et profondément expressif.
Intr.
g J2 J J J Jj "JJJIJ'J J?lf^P
f KM' r .r cjfr^-e'ffjf r tj
JZZZZI
ITT
vwo\ . ix^ , <i« .vo
Wi -WV
|ftt .'VU
de
jj/pn j j'Jj^j jii j rj q;;j j^
^uvwt 'vue-,
et -Wt
i>w . vm . va . it -
jn^ ^ Jj J j j i j jJ j
Grad. 33
CLcL . Vu, .... &v wv *f> -
v > 'tiBtff ta r^Hg
oei . 'tCv - vw
ft<
&S tf'iùr-tit £3-* t'ltsj*m
vlû-; ^kU.
es p
-) J J J fli
."ni J If.g
vcyUT wv
Ouv VW . V « Xwwt- te- -,
Q,i ^IjV U CI'r Ùr'flU^^
J-uo - tu- - cwu. -rv^ru
.ji/
tj c y ' a t
\4yL . té*
fc<
jttî J- n ' ^ j a j ' r r
tHv