‹ Composition musicale et composition littéraire a propos du chant grégorienChapitre 5 sur 67 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Troisième élément : les mots.

Ce qui est dit ci-dessus des syllabes et de leur composition lait déjà comprendre comment elle s'unissent les unes aux autres et, par leur union, forment les neumes, c'est-à-dire les parties ou mots du discours musical. Mais le rôle des neumes dans la mélodie a une importance particulière, pareille à celle des mots dans la phrase littéraire. Celle-ci n'a de sens intelligible que parles mots dont elle se compose, et la manière de les assembler; de même, ce sont les neumes bien ordonnées qui donnent à la phrase musicale sa véritable signification.

Les syllabes, en effet, prises séparément, n'ont par elles-mêmes aucun sens; il faut qu'elles s'uniessnt et forment un mot

de la langue pour signifier quelque chose. Le mot seul et non les syllabes qui la composent, a donc une signification, exprime

une idée.

Ainsi en est-il également en musique, et c'est ce que remarque St-Oddon dans son traité de musical « De même, dit-il, que parfois une syllabe unique et d'autres fois deux syllabes unies, ou trois, ou un plus grand nombre, constituent un mot ou partie du langage ayant une signification déterminée, par exemple : mors et vita, gloria, benignitas, beatitudo; ainsi, une, deux ou plusieurs syllabes musicales, parcourant les intervalles de ton, de quarte, de quinte, forment ensemble une mélodie dont la mesure régulière nous plait, en sorte que nous pouvons très bien appeler parties ou mots musicaux ce groupe de syllabes, qui réunies ont un sens mélodique et signifient quelque chose en musique. » (ap. gerb. p. 275).

Chaque mot a ainsi dans la phrase musicale un sens qui lui est propre, il exprime une idée particulière, qui n'est pas celle de la phrase entière, évidemment, mais qui en fait partie et concourt à son expression. Il faut cela, on le conçoit; car, si les mots dont on compose une phrase n'avaient par eux-mêmes aucun sens, quel pourait être celui de la phrase qui en est formée?

La constitution et la distinction des mots musicaux ou neu-; mes ont donc une importance majeure pour le sens et l'intelligence des mélodies : chanter une suite de notes qui n'ont entre elles aucun lien logique, ni en elles-mêmes aucune signification mélodique, c'est faire entendre des sons, ce n'est pas exprimer une idée musicale, et un pareil chant ne mérite pas le nom de mélodie.

Ou bien encore changer dans une phrase mélodique la composition de ses mots et les remplacer par d'autres, en distribuant les mêmes sons d'une manière toute différente, c'est également changer le sens de la phrase entière, lui faire dire autre chose qu peut n'avoir aucun rapport avec le sens de la phrase primitive C'est ainsi qu'on défigure souvent les mélodies jusqu'à les rendn

inintelligibles , et que certaines phrases très belles quand elles sont bien divisées et bien chantées, n'ont plus aucune signification, aucune expression, lorsque les mots en sont coupés ou qu'on assemble sans raison des syllabes qui devraient être séparées, comme appartenant à des mots différents. (*) Prenons par exemple Y Alléluia de Noël, 3me messe :

No 8.

i - f—rr

ff^=?

al U.L,

■va/.

jî

■»j /T<aA

s^-p-H-p-rfr i fLifP çj/r^

et changeons quelque peu la composition des syllabes et des mots :

:fc*2*

Ot le k

Sfe^^

Page 1