‹ Composition musicale et composition littéraire a propos du chant grégorienChapitre 62 sur 67 · CL . -J^ux · texte numérisé non relu

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Je n'ai fait, on le voit, que remplacer les points thétiques du Manuel par des demi-barres entre chaque rythme-élément, dont

les uns sont binaires et les autres ternaires. Tout rythme élémentaire étant composé d'une arsis et d'une thésis, égales ou inégales, chaque rythme est en réalité une mesure, qui a son levé et son frappé, comme dans la musique moderne. Qu'on se serve de points ou qu'on emploie des barres pour distinguer les thésis de chaque rythme, de chaque mesure, c'est un procédé en soi très indifférent. Les points ont seulement cet avantage qu'ils dissimulent la réalité, en n'ayant pas l'air de marquer des mesures dans un plain chant qui n'en devrait pas avoir. (1)

Mais à part cela, points ou barres, c'est tout un ; et je demande à tout musicien en quoi ce rythme prétendu prosaïque diffère du rythme musical, si ce n'est qu'on supprime les durées longues et que, par ci par là, la mesure binaire se change en mesure ternaire, au détriment de la régularité rythmique et de l'égalité du mouvement temporaire si recommandée par les Maîtres ? Il suffirait, pour la rétablir, de faire des rythmes ternaires

(1) «On sait que le chant grégorien n'est pas basé sur la mesure, mais sur le rythme pur. Les barres de mesure doivent donc disparaître, pour faire place à des signes purement rythmiques. C'est pour remplir ce but que, dans nos éditions en musique moderne, nous avons choisi les points au-dessus de la portée. » [Manuel. Préface XV.) Il faut compter beaucoup sur la docilité des disciples pour leur jeter ainsi de la poudre aux yeux ! Que la mesure du rythme comprenne un temps rythmique, ou deux, ou trois, ou quatre, c'est toujours une mesure, une arsis et une thésis réunies, et les points qui marquent cette mesure équivalent à des barres, qui ne font pas autre chose. Les Grecs employaient aussi le point ; seulement, ils le plaçaient sur l'arsis, tandis que D. Mocquereau le met sur la thésis.

Au reste, l'illustre auteur finit par le reconnaître. « En chant grégorien, dit-il, la mesure ne dépasse jamais trois temps (premiers); elle n'est en définitive qu'un temps composé, binaire ou ternaire, et nous préférons de beaucoup, pour la désigner, cette dernière expression. Cependant, si l'on conserve le mot mesure, nous n'y voyons pas d'inconvénient. Alors, il faudra la décrire ainsi: « La mesure n'est qu'une partie du rythme ; elle est l'espace compris entre deux appuis ou ictus rythmiques. » {Le nombre mus. grcg., p. 122.)

Nous ne disons pas autrement, ni en rythme grégorien (rythme libre), ni en rythme moderne (rythme isométrique). Si ce n'était le fameux principe des notes toutes égales et toutes brèves dans les temps rythmiques ou mesures, D. Mocquereau serait donc tout aussi meusuraUste que nous. Illusion et puissance des mots !

autant de triolets accidentels, comme dans la musique moderne et certainement aussi dans la musique ancienne, (i)

Quoi qu'il en soit, tel qu'il est noté ci-dessus, le rythme de Y Asperges me ne diffère pas essentiellement de ce qu'il pourrait être dans une notation toute musicale, valeur des notes et mélange des ternaires à part. Peut-être même le rythme complètement musical et mesuré à la moderne ferait-il mieux ressortir le caractère réellement arsique d'un certain nombre de syllabes accentuées, pour ne placer aux thésis que les vraies thésis du rythme. Veut-on en juger?

Voici cette Antienne traduite de deux manières : i° d'après la version Vaticane, en rythme isométrique à 2 temps. 20 Comme traduction des neumes de Saint-Gall, en rythme libre, pieds quaternaires.

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