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(1) D. Mocquereau, il est vrai, recommande quelque part de donner bien à chaque temps simple du rythme, binaire ou ternaire, la même valeur de durée et de ne pas faire de triolets à la place des rythmes ternaires Mais qu'en est-il dans la pratique, si l'on bat la mesure, et combien y a-t-il de chanteurs à se faire violence, pour changer de pas rythmique à chaque ternaire qu'ils rencontrent ? Avec des triolets, cela va tout seul.
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L'Ant. Asperges me est un exemple entre une multitude d'autres semblables. On pourrait prendre au hasard dans le Graduel et l'Antiphonaire et partout constater le même fait : le rythme prosaïque, le rythme des mots y est impossible. Il faut revenir au rythme musical et, plus on s'en rapproche, plus les mélodies prennent un caractère véritablement rythmique. La perfection, on finira bien par le reconnaître, est dans le rythme musical luimême, tel que les anciens l'ont compris et pratiqué.
VI. — Autre antinomie encore, et non la moins curieuse. La Préface du Manuel (p. XVI) dit : « l'accent du mot latin est toujours compris dans la partie allante ou arsique du mouvement. C'est précisément l'accent qui donne à cette partie l'élan qui la caractérise, car lui-même est le point culminant de l'élan ; mais sa place dans l'arsis varie selon la place même qu'il occupe dans le mot. »
Accent et thésis sont donc deux choses qui s'excluent, qui se contredisent, tout comme élan et repos. L'accent est élan, arsis; le repos, la thésis ne peut venir qu'après lui, sur la syllabe finale des mots. Et cela, évidemment, doit être d'autant plus vrai, que le repos est plus complet, qu'il est repos final de la mélodie. Très bien, c'est la théorie ; voyons la pratique.
Comment donc se fait-il que, dans les mélodies grégoriennes, lorsque le compositeur veut accentuer en quelque sorte le repos à la fin des phrases et des membres de phrase, il l'amène, non pas sur la dernière syllabe du mot final, mais sur l'avant-dernière dans les mots paroxytons, sur l'antépénultième dans les mots proparoxytons ; c'est-à-dire précisément sur la syllabe accentuée ?
Ainsi, dans l'Ant. Asperges me ci-dessus, sur les mots mundacr et dealbabor ; sur aquam et alléluia de l'Ant. Vidi aquarn ; et dans une foule d'autres exemples pareils. Le cas est même si ordinaire dans l'Antiphonaire et dans le Graduel, qu'on peut le considérer comme la règle générale des cadences paroxytones et proparoxytones.
Et il n'y a pas à dire, dans tous ces cas c'est bien la thésis finale qui coïncide avec l'accent des mots -.thésis prolongée, comme l'appelle D. Mocquereau, ou, avec les rythmiciens modernes, rythme féminin, la dernière syllabe faible étant à l'unisson avec la syllabe forte. D'où vient que, dans les livres de Solesmes, l'allongement thétique final {mora ultimœ vocis) a lieu, non sur la dernière note, mais sur l'avant-dernière.
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La fréquence de cas semblables suffirait à elle seule pour infirmer toute la théorie oratoriste sur le rôle et la place de l'accent dans le rythme grégorien. Elle ne permet certainement pas d'affirmer: que la place naturelle de l'accent est à l'arsis du mot et du rythme, non à la thésis, et que son caractère distinctif est légèreté, brièveté, élan. Pour un petit nombre de cas, où l'accent joue en effet ce rôle et offre ce caractère, on en trouve une infinité
d'autres d'un caractère tout opposé, la syllabe accentuée y étant indubitablement force, longueur et repos. Mais on ne cite que les premiers, parce qu'ils sont en faveur de la théorie nouvelle, et l'on tait prudemment les autres qui lui sont contraires.
Impossible cependant de nier trois choses, qui sont avec ce que je viens de dire, en corrélation directe et nécessaire:
i° La poésie tonique qui a, dans le rythme des vers, remplacé la quantité des syllabes par leur accentuation, place généralement la syllabe accentuée des mots à la thésis des pieds métriques, au temps fort et long :
Trochée - Spondée - Tribraque - Dactyle • - Crétique.
Pc, - ter do - 11a Do - 11/1 -nus Spi - ri - tus So - ci - cuit
Molosse - Bacchius - Ionique.
III NI! [s h !
in - fun-de ho - no-res Sa -pi - en - ter
i II y a exception seulement pour Yiambe, aucun mot latin n'ayant l'accent sur la dernière syllabe ; et de même pour Y anapeste f qui reporte l'accent sur la dernière syllabe des mots et en fait des oxytons:
ïambe
Anapeste
De - us nia -ça us
Do -mi -
ni sanc- ti -
tas
Or, D. Mocquereau, dans sa théorie, ne tenant compte que de ces deux dernières formes rythmiques, il en conclut d'une manière générale que l'accent se place à l'arsis et qu'il est bref de sa nature, élan et non repos. Nous lui opposons toutes les autres formes rythmiques beaucoup plus nombreuses, où l'accent tonique a pris la place de la thésis et de la syllabe à la fois longue et forte. Et alors, que vaut sa théorie ?
2° Nous avons vu déjà que, par rapport à la langue française, D. Mocquereau admet que le repos se fait sur la syllabe accentuée, la dernière syllabe non muette. On lit, en effet, dans le Manuel (XV) : « Le repos suspendant heureusement par intervalles le cours de la parole ou de la mélodie, les fractionne en incises, en rythmes de diverse importance et les rend accessibles à notre sentiment. Constatons ces faits sur un exemple français :