CHAPITRE VII La polémique de D. Mocquereau
J'aurais voulu ne rien dire sur ce sujet et m'en tenir à l'exposition critique du système de l'auteur du Nombre musical grégorien. Mais, sans qu'il y paraisse, la polémique contre les adversaires de ce système tient dans le livre une place trop considérable, pour qu'il soit possible de la laisser dans un complet silence: on en conclurait infailliblement que nous n'avons rien à répondre et que les affirmations de D. Mocquereau sont la pure vérité. Or, elles nous semblent tout le contraire ; nous devons le montrer.
Il est à remarquer tout d'abord, que cette polémique porte tout entière sur les manuscrits du chant grégorien et sur la manière de les interpréter, en ce qui concerne le rythme des mélodies. De la doctrine des Maîtres anciens, rien ou presque rien ; de la pratique universelle dans les Églises chrétiennes, moins encore; toute la discussion est concentrée sur les manuscrits, comme s'ils devaient suffire à s'expliquer eux-mêmes. On sent que là est la citadelle, où l'adversaire veut se retirer, se renfermer, parce que, avec les ressources accumulées sur ce point, il compte s'y rendre invincible.
Mais, tout en maintenant nos positions par ailleurs, nous ne I laisserons pas de suivre l'adversaire du mensuralisme sur le terrain même qu'il s'est choisi. Les armes que nous n'avons pas en aussi grande abondance que lui, il nous les fournira lui-même,
et ce ne sera pas le moins curieux ni le moins intéressant de la lutte, toujours courtoise d'ailleurs et absolument objective.
Trois points font surtout l'objet de la polémique dans l'œuvre de D. Mocquereau :.i° la valeur rythmique du point et de la virga dans les manuscrits ; 2° diversité et signification des adjonctions romaniennes; 30 les lettres rythmiques, leur valeur.
Ce ne sont pas, assurément, les seules questions examinées par rapport à la notation des manuscrits ; il y a, en outre, tout un travail fort intéressant sur l'interprétation et la manière d'exécuter un certain nombre de neumes. (1) Mais ce n'est pas là qu'est le champ de la polémique ; on y trouve, au contraire, de très utiles renseignements qui aideront à déchiffrer enfin ces hiéroglyphes neumatiques, dont la clef ne nous est fournie par aucun auteur du temps.
Je me bornerai donc aux trois points énumérés ci-dessus et, aussi brièvement que possible, je montrerai le peu de solidité des arguments qu'on s'efforce d'en tirer contre nous.