‹ Composition musicale et composition littéraire a propos du chant grégorienChapitre 7 sur 67 · II. Neumes composées · texte numérisé non relu

II. Neumes composées

Biettrivirga

Virga-chnis

Podatus-

clinis

Clinis- podatus quil.

Climaeuspod. quil.

Clinis-scand quil.

Podatusclimacu*

Clinis-Climacus

Torculusclinis-clim .

Clinis-Clim.

Tore. q.

etc., etc..

Un ou deux exemples aideront à mieux comprendre cette propriété de la notation neumatique de signifier assez clairement les diverses parties élémentaires qui composent les mélodies. Voici d'abord Y Alléluia du Ier dimanche de l'Avent, tel qu'il est noté dans les deux manuscrits n08 359 de St-Gail et 121 d'Einsiedeln:

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Les syllabes musicales sont bien représentées par les signes simples de la notation neumatiques; elles sont indiquées par les liaisons dans la notation moderne. Quant aux neumes, le sens mélodique et rythmique vient ici en side à la notation ancienne pour .déterminer plus exactement la composition de chaque mot.

On voit, en effet, que cette petite mélodie alléluiatique renferme deux phrases qui se répondent et sont composées d'un même nombre de neumes, six, les neumes disposées avec une certaine symétrie forment de part et d'autre trois distinctions ou membres de phrase, qui sont indiquées dinsla notation moderne par les virgules au-dessus de la portée musicale.

Cette notation reproduit bien la mélodie, le chanteur n'a qu'à la suivre pour saisir l'idée musicale et l'exprimer exactement. Chaque neume y est distincte, mais quelques-unes se joignent plus étroitement que d'autres, suivant leur signification propre. Il en est ainsi également dans le discours: certains mots, tout en étant séparés les uns des autres par un petit intervalle dans l'écriture, doivent être unis dans la diction, tandis que d'autres veulent être disjoints, ce que la ponctuation indique par des virgules. Or, le phrasé d'une mélodie ne demande ni moins d'intelligence ni moins de goût que celui d'une composition littéraire, et il est tout aussi nécessaire à la perfection du chant.

Prenons encore l'Introït du ivme dimanche de TAvent, que les manuscrits n0s 339 de St-Gall et 121 d'Einsiedeln notent de la manière suivante:

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Les Introïts sont des Antiennes ornées, c-à-d. dont la mélodie participe tout à la fois du chant syllabique et du chant mélismatique. La distinction des neumes et des syllabes musicales ne peut donc s'y faire par la seule notation, le sens mélodique et la forme rythurquî doivent suppléer au défaut de l'écri-

ture gênée par le texte. Et c'est ainsi que, dans la mélodie du Rorate, paroles et chant ne se divisent pas de la même manière.

Au point de vue musical comme au point de vue littéraire, l'An tienne renferme bien deux parties, deux phrases: i° Rorate, cœli, àesuper, et nubes pîuant justum — 2° Aperiatur terra et germinet Salvatorem ; mais les deux phrases se divisent chacune en deux membres dans le texte, tandis que les phrases mélodiques renferment trois distinctions. Les trois premières distinctions se composent chacune de trois mots ou neumes ; les trois dernières n'en ont que deux. Le rapport des unes aux autres est donc comme 3:2, rapport sesquiterce.

On remarquera également que la mélodie procède assez librement et sans s'astreindre à suivre le texte, ni pour ses distinctions, ni pour ses neumes et ses syllabes: il y a des distinctions qui ne comprennent qu'un seul mot du texte « àesuper et Salvatorem », — d'autres en contiennent deux — « Rorate cœli — aperiatur terra — et germinel » — la troisième distinction en a quatre — « et nubes pluant justum » Les neumes également tantôt se composent comme les mots du texte et tantôt divisent les mots en plusieurs neumes, ou réunissent deux mots pour une seule neume. Bref, le musicien a pris de son texte les grandes divisions de la mélodie, les phrases; mais pour le reste il a suivi plutôt son inspiration personnelle et il a composé son Antienne en donnant à chaque partie, distinctions, neumes et syllabes, les dimensions et les proportions qui lui ont paru convenables.

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