CHAPITRE V
Quatrième élément: les distinctions.
Les mots du discours ont tous une signification qui leur est i propre, ils expriment une idée ou simple ou complexe. Dieu, Créateur , ciel, terre, temps, éternité, par exemple, sont des mots qui éveillent aussitôt dans notre esprit l'idée d'un être, de quelque chose qui nous est connu ; il y a autant d'idées différentes que de mots.
Mais la parole humaine n'est pas faite pour évoquer seulement des idées distinctes les unes des autres, elle doit plus encore exprimer les relations que les idées, c'est-à-dire les êtres qu'elles représentent dans notre esprit, ont entre elles. C'est le rôle des propositions dans le discours : elles expriment toutes le ou les rapports qui existent entre deux ou plusieurs êtres. Ainsi: Dieu est grand, Vhommê est mortel, le temps passe, ï éternité demeure, etc. ce sont autant de propositions simples qui, rapprochant deu idées, deux êtres, en affirment la convenance réciproque.
Une seule proposition, simple ou complexe, peut suffire à une phrase du discours ; plus souvent celle-ci en renferme plusieurs, dont chacune est un membre de phrase. La phrase es alors un tout complexe, où le rapprochement, la comparaison et l'affirmation portent, non plus sur des idées ou des êtres distincts, mais sur les relations qui existent entre tous ces êtres. Dans certaines langues, cette complexité des phrases est parfois très grande; en d'autres, au contraire, dans la langue française, par exemple, on l'évite le plus possible, on veut être simple, pour être toujours clair, facilement intelligible.
De même en musique. Les n eu mes qui sont les mots musicaux, doivent toutes avoir un sens, exprimer une idée, être au moins un fragment mélodique. Mais cela ne suffit pas à consti-
—-Situer une mélodie ; il faut encore rapprocher deux ou plusieurs neumes, les unir, faire sentir leur convenance ou leur disconvenance par la manière dont elles s'enchaînent, forment un seul tout musical et dans leur ensemble expriment une même idée plus ou moins complète.
Les neumes ainsi associées dans l'expression d'une même pensée musicale se nomment distinctions, parce qu'elles doivent être soigneusement distinguées dans les mélodies, comme les propositions dans le discours. Une seule distinction peut suffire à une phrase musicale; plus ordinairement celle-ci en renferme davantage. Chaque distinction est alors un membre de phrase, qui concourt avec les autres membres au sens général de la phrase; une légère pose de la voix sépare les unes des autres les diverses distinctions d'une même phrase. Quelques exemples feront mieux comprendre la nature et le rôle des distinctions dans la mélodie.
Soit, par exemple, la 5e Antienne des Vêpres de la Nativité.
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Il n'y a ici qu'une seule phrase musicale composée de deux distinctions (1 et 2). Chaque distinction renferme trois neumes (a, b, c), trois fragments mélodiques qui ont besoin de s'unir pour faire un sens plus complet et permettre une pause de la voix. Les deux distinctions se répondent l'une à l'autre, la ire est l'antécédent mélodique, la 2e le conséquent.
L'antienne ad Magn. de la fête de St. Etienne, Ier martyr, offre à peu près la même disposition, sauf qu'on pourrait y voitdeux phrases véritables où la précédente n'a que deux distinctions, et chaque phrase renferme deux distinctions (1 et 2), deux membres de phrase distincts par le sens et séparés par une pause légère :
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a et b sont les neumes qui composent les distinctions ; on en compte deux en chacune, sauf dans la dernière qui n'en a qu'une. Ce défaut d'équilibre apparent dans le rythme est compensé dans l'exécution par un rallent. du mouvement qui s'impose et est indiqué par les valeurs plus grandes des notes.
L'antienne de pace est composée un peu différemment, elle renferme trois phrases à deux distinctions chacune. La ire phrase et la 3e se répondent, comme l'antécédent et le conséquent ; entre deux se place la 2e phrase, de même que chez les Grecs Yépode séparait parfois la strophe et X antistrophe :
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Plus intéressante encore, quoique composée de façon analogue, est l'antienne des Vêpres d'un Conf. non Pont., Domine, quinque :
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