‹ Composition musicale et composition littéraire a propos du chant grégorienChapitre 9 sur 67 · AT · texte numérisé non relu

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Trois phrases, dont la ire et la 3e renferment chacune deux distinctions. Le sens est, en effet, suffisamment complet à la fin de chaque distinction, et la voix fait une pose plus marquée après la 2e distinction, qui est en même temps fin de phrase.

Mais dans ces deux phrases, les distinctions ont une composition différente : la ire est formée de deux neumes, la 2e n'en renferme qu'une seule. H y a toutefois ressemblance et symétrie entre ces deux phrases qui se répondent l'une à l'autre, avec une mélodie presque semblable.

Quant à la deuxième phrase, elle produit l'effet d'une interjection entre les deux autres, elle les sépare en les unissant, ayant son existence propre et un sens particulier. Aussi, doitelle être bien distinguée et pour ainsi dire chantée à part, avec une pause marquée à la fin, comme on le fait dans le discours après hélas ! ou voici, ou encore ô mon Dieu ! — La phrase est courte, d'ailleurs, n'ayant qu'une seule distinction et deux neumes seulement.

Mais ainsi composée, cette petite mélodie ne pouvait mieux exprimer le texte. En disposant celui-ci de la manière suivante:

Domine, quinque talenta tradidisti mihi ; Ecce !

Alia quinque superlucratus sum.

on voit bien la concordance des deux phrases extrêmes et le rôle de la phrase intermédiaire. Or, la mélodie reproduit exactement cette disposition symétrique des paroles et en fait mieux ressortir la signification.

Sous le rapport de leur structure élémentaire, les chants mélismatiques sont composés de la même manière que les chants syllabiques. Pour en bien comprendre la mélcdie, il faut nécessairement distinguer les diverses parties constitutives: sons, syllabes, neumes, distinctions et phrases. Sinon, ce serait merveille qu'ils fussent bien exécutés, et qu'en chantant on ne divisât pas ce qui doit être uni et qu'on n'unît pas ce qui doit être divisé. Ici encore, l'exemple expliquera mieux le précepte.

Prenons Y Alléluia de la messe In virtute tua, du Commun d'un Martyr non Pontife. Le voici, tel que nous le trouvons noté dans les manuscrits de St. Gall, un peu différent de la version donnée par le Graduale Vaticanum.

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Trois phrases musicales, de deux membres ou distinctions chacune. Les deux premières distinctions renferment, la ire deux

neumes, la 2me une seule. Par contre et pour raison de symétrie, dans la phrase suivante, le Ier membre ne contient qu'une seule neume et le second en a deux ; une phrase est ainsi . le pendant de l'autre. La troisième phrase renferme également deux distinctions, mais toutes les deux formées de deux neumes. Par où l'on voit avec quel ordre, quelle régularité ces chants sont composés.

Parmi les R. Graduels, je choisis l'un des plus connus et aussi des plus beaux, le Grad. Christus factus est, du Jeudi Saint.

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