CONGRÈS DES AMÉRICANISTES
tant (?) (1), imkka, tuer, aux racines aryaques nmn, penser, riik, briller, «fl/i, périr, avant d'avoir pu établir d'une manière irrécusable, par la constatation de lois phonétiques certaines et la confrontation avec les autres idiomes andins, la forme primitive de ces trois mots quichuas ? Car ces mots tout formés peuvent se rapporter à des racines qui ne leur ressemblent g-uère, comme le grec moderne nmli, dont la racine est op et primitivement nk, ou, sans aller aussi loin, comme le français évv<jue, dont la racine est spak, et qui ne fait qu'un avec l'allemand hischof et l'espagnol ohispo. Or '" ■ choisi dans le vocabulaire aryo-quichua trois mots dont l'analogie semble très-marquéo. Que dire de rapprochements plus que hasardés, qui sont en trop grand nombre, tels que : qch. churi, fils = sk. yû, joindre -f- suif, ri ; qch. Immpalu, crapaud =sk. gnm, s\\ev -\-s>k.pnt, tomber; ([ch.piipu, nombril = sk. hlni « être » redoublé !
Mais peut-être M. Lopez répondrait-il qu'il n'a pas donné son vocabulaire pour une preuve de la parenté du quichua et de rarya({ue ; peut-être, tenant cette parenté pour linguistiquement démontrée dans le corps de sou ouvrage, a-t-il considéré connue légitime rapi)licution qu'il en faisait à la recherche des afiiuités étymologi(iues ? Rien de plus juste, à la condition ([ue la partie linguistiqu(^ soit absolument exempte do semblables rapprochements, ([uo les racines du quichua y soient mises à nu et comparées en cet état aux racines aryaques, également réduites à leur plus simple expression. Or, dans l'emploi de cette méthode, connue de l'auteur, on relève de bien regrettables (h'-faillanees. Pour démontrer, par exemple, que le tj aryaque permute parfois en h quichua, voici la comparaison du qch. hnmu, venir, avec le sk. gnm (2), got.
(1) Le dictionnaire de M. Tschudi ne donne pas ce mot.
(2) Dans toutes les transcriptions de mots arvaqucs ou sanskrits, j'ai suivi l'orthographe de Schleichor : Compendium dcr verglei' chenden Grammatik der indogermanischen Sprachen . Weimar,
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kvam. Mais le mot gam se rattache à une forme élémentaire (/a, la seule peut-être que possédât le préaryaque agi^'lutinant, et c'est à cette langue primitive, non au sanskrit et au g-otique, qu'il s'agit de rattacher le quichua. D'autre part, le mot ([m est en quichua pur hainii est en chinchaysuyu (1) samii, et il importerait de savoir laquelle des deux consonnes est primitive. Enlîn, si d'aventure le quichua hamn se trouvait avoir même origine que l'aymara hid (2), ce qui n'a rien d'impossible, on se verrait entraîné bien loin de tout rapprochement avec la racine (/a.
Ailleurs, pour prouver que l'aspirée quichua peut remp" '^ cer la sifflante sanskrite, M. Lopez donne un seul exemple, que je transcris littéralement: (nqch. hiiahua, fils, génération ; sk. su, engendrer, sûniis, fils; irl. hiiay>. Voilà encore de l'étymologie. Le hu quichua n'est pas ordinairement le signe d'une aspiration, mais la transcription espagnole d'une articulation analogue au vav arabe ou au w anglais (8); souvent même ce son semi-vocalique ijernmte en v (i). Or, sous cette nouvelle forme u'^uv? ou vHva, le mot quichua n'a plus aucune analogie, même apparente, avec sûmis, et devient une simple onomatopée caressante qui s'explique aisément quand on admet avec M. Tschudi que wawa signifie, non point « fils » en général, mais « enfant)^ dans la bouche de la mère, restriction de sens dont la dérivation de M. Lopez ne rend aucun compte. Et, si l'on voulait creuser plus avant l'origine de ce mot, peut-être trouverait-on une explication plausible dans le redoublement
(1) Dialecte <lu Plateau central péruvien. — Tsohudi, op. cit., I, p. 258.
(2) TschucU, 02J. cit., I, p. 19,
(3) Quand il y a une aspiration devant l'u, les Espagnols transcrivent ordinairement par gu : huanit, - guano.
(4'i M. Lopez lui-mome écrit indifFéremment Hitimcorha ou Yiracocha (nom d'une divinil'^ péruvienne).
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de la racine wa, interjection admirative et de tendresse? Cette ctymologie est légitimée par l'existence du verbe wawacha, caresser, et par plusieurs formations dont le thème primaire semble être une interjection : ya, cri de l'homme qui appelle un homme; yaya, père ; iutiiy, cri de la femme qui appelle un homme , tura, frère (par rapport à la sœur) ; papaii, cri de l'homme qui appelle une femme, pana, sœur (par rapport au frère) ; Tm, cri de la femme qui appelle une femme, Tiana, sœur (par rapport à la sœur). Je donne ces rapprochements pour ce qu'ils valent ; mais je les crois du moins susceptibles d'infirmer l'assimilation de wawa et de sùniis (1).
Que dire de la comparaison du quichua tayta, père, marna, mère, avec les équivalents sanskrits tata, mâlar? Qui ne voit que ces onomatopées caressantes, tirées des premiers sons que balbutie la langue infantile, pourraient être les mêmes dans toutes les langues du monde? Qui ne reconnaît surtout que la syllabe ma, première articulation que l'enfant pousse instinctivement, en vertu de la loi du moindre effort (2), pour demander sa nourriture, a, pour cette raison, désigné, dans le langage de la nourrice, le sein oi^i il la puise^ et par extension celle qui la lui donne? Dès lors cette onomatopée n'a rien de commun avec la racine formative mû, former, thème primaire du mot mâtav, la formatrice: autrement dit, les deux mots sanskrits mama et mâtav n'ont point même origine. A plus forte raison le quichua mama ne peut-il s'y rattacher.
Je ne voudrais pas multiplier les critiques de détail ; mais il me paraît impossible de ne pas signaler encore un grave oubli des résultats acquis parla linguistique indo-européenne.
(1) Wawa pourrait oncoro être tout slmiilcmeut la réduplicaLioii rarcssanto ilo la première syllabe du mot ■wavnia, enfant (par rapport à la mère). Cpr. français vulgaire fijl.
(2) L'articulation m peut être prononcée la bouche formée et
sans mi)uvej!!eaL 'le la lauiiui! ui des lèvres.
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Je trouve sous les labiales le mol pichca, cinq, rapproché du s'dnskril panMan, et au premier abord l'analog-ie paraît frappante. Analysons pourtant.
Parmi les dix premiers numéraux figurent : -
iscay — chusca (1) — pichca — chunca
Ce que signifie la syllabe ca, je ne le chercherai pas ici, et me bornerai à constater que si le sens de « cinq » est enfermé dans le mot pich-ca, il l'est plutôt dans la syllabe ji;iV7i, jiropre à ce mot, que dans la syllabe ca, commune à quatre numéraux. Admettons donc, jusqu'à plus ample informé, un thème pic h avec le sens de « cinq ».
D'un autre côté, le sanskrit pauKaii n'est point primitif, mais dérivé par dissimilation de l'aryaquc knnknn, numéral formé par une réduplication dont la cause nous échappe, du thème simple kan. Nous voici donc en présence de deux racines, qch. pich, ar. kan, qu'il s'agit de fondre en une. Je ne dis pas que cela soit impossible, mais je ne m'en charge pas et regrette que M. Lopez ait omis le travail d'analyse auquel je viens de me livrer.
Une dernière réflexion : si les recherches purement étymologiques ont pu conduire à de si graves erreurs dans les études relatives aux langues européennes, presque toutes langues écrites, où l'orthographe est une sauvegarde contre les écarts trop grossiers, combien un pareil danger n'est-il pas plus à craindre lorsqu'il s'agit de langues qui ne connurent jamais l'écriture, et dont le système phonétique, représenté par une transcription incorrecte ou défectueuse, nous dérobe toutes SCS délicatesses et ses nuances ! Supposons un instant que les idiomes européens soient parvenus sans le secours d(! l'écriture au développement qu'ils ont atteint, et que des linguistes américains, voyageant parmi nous, recueillant les
(1) Ea chlnchaysuyu. En quichua pur « quatre » se dit tana^
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mots de noire bouche, entreprennent de classer nos langues : que de rapprochements bizarres ils feraient, non pas seulement de l'une à l'autre, mais même entre les mots d'une même langue ! Ils ne manqueraient pas, j'imagine, de se torturer l'esprit pour découvrir comment le sens de nécessité a pu sortir de cécité précédé de la négation, et ils trouveraient une explication ; ils s'extasieraient sur la puissance métaphorique ou sur l'indigence d'un langage oi^i un seul thème primaire, transcrit so, rend à la fois l'idée d'un vase à puiser de l'eau, celle d'un cachet, celle d'un homme sans jugement, ([ue sais-je? et ainsi de tous les homophones. Voici de môme en quichua trois quasi-homophones qu'on peut transcrire pachn, ienii)S, p'ac lia, icvvc, ppnchn, vêtement (1). M. Lopez les rattache ensemble à une même racine aryaque/>flA-, unir. Mais, d'après les autorités citées en note, les trois/? diffèrent notablement l'un de l'autre, et le dernier notamment représente un son absolument étranger à la phonétique aryenne. Dès lors, qui nous répond qu'il n'existe pas pour le quichua une loi semblable à celle de Grimm, en verlii de laquelle cette simple modification de l'explosive initiale constituerait entre les trois mots un caractère séparatif absolu et interdirait de les faire dériver d'une même racine ? Ce n'est encore là qu'une conjecture que j'émets en passant, mais je me crois en mesure de la justilier en tenqis et lieu.