‹ Compte-rendu de la seconde session, Luxembourg-1877 (volume 2)Chapitre 26 sur 117 · Ab. — washnanta, de la maison · texte numérisé non relu

Ab. — washnanta, de la maison

, Toutes ces postpositions, suivant M. Lopez, se retrouveraient en aryaque. Examinons.

1) Le nominatif n'a pas de suffixe ; il eji avait un en aryaque, différence déjà signalée. . ■ .

2) Le suffixe k du génitif {ka après une consonne) se prononçait sans doute très-faiblement, suivant M. Lopez, qui en conclut que cette gutturale est identique à la sifflante formalive du génitif aryaque. C'est aller un peu vite à la conclusion : la phonétique ne nous a nullement démontré l'identité des gutturales et des sifflantes quichuas, encore bien moins celle des gutturales quichuas et des sifflantes aryaques : de l'une ni de l'autre il n'a jamais été question. Que ce suflixe

07 LE UUICHUA. 141

k, lonnatif du g-énitil', ait la morne origine que le suflixe k qui forme le participe présent des verbes et, par suite, les noms d'agent et les adjectifs, c'est ce que je ne voudrais pas contester ; M. Lopez fait remarquer avec beaucoup de raison que le génitif est un véritable adjectif dérivé du nom. Mais cela est vrai de nombre de langues de toutes classes, isolantes comme flexives, du chinois comme du sanskrit (1), et no saurait permettre d'assimiler le k quichua au thème démonstratif qui forme le génitif aryaque. Au reste, le génitif en k est dialectal, et le véritable paraît être le génitif en p.

Ce p (pa après une consonne), prononcé faiblement, équivaudrait à un T', lequel correspond à la terminaison du génitif grec en ov =or,- car cette terminaison est manifestement dérivée du possessif a(foç sien, le cp étant identique au v. Gomment un linguiste a-t-il pu écrire ces lignes, oi^i deux énormes erreurs se greffent l'une sur l'autre? M. Lopez ignorerait-il que le y grec provient du hh aryaque et n'a rien de commun, ni avec Vu, ni avec le v de cette langue, que peut seulement remplacer le digamma? ignorerait-il que le génitif grec loyov est le même que lèyoio par disparition de i et contraction de oo en ou? qu'enfin ce dernier seul est primitif? J'aime mieux croire à une regrettable défaillance; quoi qu'il en soit, ni l'une ni l'autre des formes du quichua ne s'explique par l'aryaque.

3) Le datif se forme du génitif en p par l'adjonction de la particule ak, correspondant à la racine aryaque acf de agere, conduire. A ce compte, wasi-p-ak signifie maison -|- sien -f-

(1) L'aryaque sja étant thème démonstratif, il est clair que, quand l'aryaque dit dama -s, le peuple, dûma-sja. du peuple (ârifxoio), ddma-sja-s, populaire (^vj/xôcrtos!, il obéit au même instinct linguistique que le chinois qui dit thidn, ciel, thiân tchi (en kouwen), thiân tî (en kouan-hoa) (ciel lui), céleste, et thiân tchi niù ou thiân tî î^ùj (ciel lui fille), la fille du ciel, l'hirondelle (plus élégamment thiân niù).

142 CONGRÈS DES américanistes. 68

conduire. J'avoue ne pas comprendre comment cette agglutination étrange peut donner le sens du datif. Si du moins c'était l'illatif, on pourrait discuter l'étymologie proposée.

4) L'accusatif se formerait du génitif en k par l'adjonction de ta : wnsik, ^vnsikla. Ceci n'est pas bien sûr : lesmots qui se terminent par une consonne prennent ka au génitif et simplement tn à l'accusatif : ainsi wanian, épervier, qui fait au génitif wanianka et devrait par conséquemt faire à l'accusatif wamaùkala , fait simplement wamanla (1). Admettons toutefois cette formation de l'accusatif par le génitif, et voyons comment on nous l'explique de manière à faire concorder le quichua avec l'aryaque. Le suffixe ia, en aryaque, a une valeur passive : il donne donc le sens passif aux thèmes auxquels il s'agglutine ; or l'accusatif est bien en effet le cas du patient^ comme le nominatif est celui de l'agent. Je crains bien qu'au fond de cette argumentalion il n'y ait qu'un jeu de ' mots : l'aryaque dit dha, placer, dha-fa, placé ^éxoç, c'est-àdire que le thème démonstratif ta, suffixe à un thème verbal, ; lui donne le sens de participe passif; mais il y a loin de là à | la transformation d'un thème nominal de sujet en nom d'objet. L'assimilation est tellement cherchée que je suis obligé, pour la détruire, d'employer des alliances de mots inusitées i dans la grammaire, en faisant observer que l'accusatif n'est | pas le passif du nominatif, mais du verbe qui le régit : en d'autres termes dans cette phrase, pater amat ïîlium, filium i n'est pas le passif de ûlius, mais du verbe amave. En tour- > nant la phrase d'autre façon, on dira correctement, quoique inélégamment, filiiis est^amatus a pâtre, c'est-à-dire que le suffixe ta s'agglutinera au thème ama pour le rendre passif;

(1) M. Lopez nous dit bien que wamanta est par euphonie pour wamankta ; mais cette explication ferait supposer que le génitif de ce nom est wamank, tandis qu'il est wamanka, auquel on peut suffixer ta sans blesser l'oreille la plus délicate.

mais on chercherait en vain une combinaison, offrant le même sens, où ce suffixe s'annexerait au thème fdi-.

5) L'affixe locatif pi a été d'abord assimilé par M. Lopez à la préposition iiii, sk. api, sur; mais il s'est corrigé luimême, et, comprenant l'impossibilité d'identifier morphologiquement une préposition et une postposition, il a, dans un erratum final rattaché pi au hhi aryaque sufUxe de l'instrumental. Il n'y aurait pas d^'objection contre cette dérivation si l'identité des deux déclinaisons était d'ailleurs démontrée, car l'affixe grec mj , qui correspond au bhi aryaque, a également un sens locatif. Mais une semi-analogie aussi isolée est évidemment fortuite.

6) Le suffixe de l'instrumental wan serait le même que la préposition sanskrite sam, avec. Phonétiquement, cette assimilation, que rend spécieuse la fausse orthographe huan, ne se laisse pas soutenir. Au point de vue de la morphologie elle constitue une erreur linguistique ; en effet, le préfixe sanskrit sani n'est point primitif ; il n'existait pas comme tel dans l'aryaque flexif, langue sans doute dépourvue de préfixations, à plus forte raison dans le préaryaque agglutinant. La grammaire d'une langue agglutinante n'étant au fond qu'une syntaxe, comme celle d'une langue isolante, c'est méconnaître toutes les données syntactiques du langage que d'admettre que l'aryaque agglutinant ait pu posséder des mots vides indifféremment préposés ou postposés, ou que ce qui était postposition chez lui ait pu devenir préposition dans les idiomes analytiques qui en sont dérivés.

7) La particule nian de l'iUatif est évidemment significative de tendance, et il n'y a aucun inconvénient à l'assimiler à l'affixe nmn qui forme le mode optatif des verbes : apani, je porte, apaynmn, je voudrais porter. Mais, quant à y voir la racine aryaque ma, mesurer, nian, penser, c'est tout autre chose. L'agglutination « maison -j- penser » ne donne que très-imparfaitement le sens de « vers la maison », et rappelle un peu la plaisante dérivation du Digeste, testamentum ex eo

14i CONGRÈS DES améhicanistes. 70

dictiun est quia festnfio mentis est, sur quoi un giossateur de bon sens fait observer qu'à ce compte il faudi'ait traduire excrementum par excretio mentis. Mais l'ôtymologie n'y regarde pas de si près.

8) La Ibrme de l'ablatif yjia^i/rt serait celle de l'illatif élevée au passif par l'adjonction du suifixe ta. L'élévation d'une forme au passif par ce procédé est une singularité linguistique déjà jug'ée. Mais, même en l'admettant ici, on ne voit point comment le sens de « vers la maison », élevé au passif, peut devenir « loin de la maison ». ' - • . . ;^. , , ^

Telle est la prétendue concordance des deux déclinaisons quichiia et aryaque ; telles sont les preuves que l'auteur nous donne de l'aiTinité des deux langues. Qu'il nous permette de lui poser une question : si la comparaison de quekjues mots quichuas avec quelques mots sanskrits ne lui avait révélé entre eux quelques analog-ies fortuites qu'il a jugées organiques, eùt-il jaiuais songé, sur la seule inspection de la morphologie de sa langue, à la rapprocher de l'aryaque?

Et ce n'est pas tout encore : un point auijuel il n'a pas songé, la combinaison du suftixe plural et du suftixe casuel, accentue d'un dernier trait ces énormes dissemblances. Soit un cas quelconque de l'aryaque, l'instrumental singulier, par exemple, alivaJjld (gr. tTVTroijJt), qui fait au pluriel alivahhis (lat. eqvohus) ; cette forme appelle dans le préaryaque agglutinant une forme ancestrale aliva-ljln-sn. On voit que le suffixe plural s'agglutinait à la forme casuelle. Abstraction faite de la forme des afflxes primitifs du préaryaque, l'ordre dans lequel ils se suivaient, la syntaxe, qui dans toute langue de postposition constitue l'expression vivante du génie linguistique, a dû se conserver intacte en quichua. Point, c'est l'inverse : en quichua, w/isipi, dans la maison, wasiliunapi, dans les maisons, l'affixe plural précède l'aflixe casuel. Dira-t-on qu'il en était peut-être ainsi en préaryaciue? Mais alors l'aryaque flexif aurait complètement et sur tous les points essentiels dévié de son ancêtre. Oui, il y a plus de raisons lexiolo-

71 i.E QuicnuA. 145

giques d'apparenter le quichua au lurk, au magyar, au basque, au mandchou, qu'à l'indo-européen. Ces raisons, M. Lopez ne les voit pas, et passe outre ; M. Ellis, qui en pourrait triompher, ne les voit pas davantage et se cantonne dans son aride et stérile nomenclature de mots, et nous, qui ne tenons pas pour suflisantes quelques ressemblances lointaines et isolées, nous y voyons un motif de conclure que l'une et l'autre thèse se valent.

§ V. — Pronoms et affixes possessifs.

Les deux pronoms de la première et de la deuxième personne sont respectivement Tioqa^ je, et qam, toi. M. Lopez voit dans le premier le ngô chinois, le nuk égyptien, le anoki hébreu. Libre à lui, et nous n'y contredirons pas; aux sinologues et sémitisants d'aviser. Pour nous, il ne nous déplaît pas de voir l'hypothèse aryo-(iuichua , qui jusqu'ici s'était tenue dans une sage réserve, virer tout-à-coup à la théorie unitaire et dévoiler nettement son caractère antiscientifique. Soit, le pronom quichua est chinois et hébreu, mais à coup sûr il n'est pas aryaque. Le pronom aryaque, en effet, n'est pas ahain, connue le croit M. Lopez, mais agham ou mieux agam pour nmgani. Il ne provient pas d'une racine .7A- ou ik, ni même du radical du numéral sanskrit êka, un (1); il s'est formé très-probablement de la racine ma, qu'on retrouve intacte dans l'afOxe de conjugaison de la première personne, par suffixation de la particule ga, gr. ye^ en sorte que sa forme préaryaque était simplement ma. Après cela, que le pronom noqa signifie étymologiquement « l'homme par excellence », ce qui ferait du quichua une langue peu courtoise et

(1) Prendre dans la forme aika, êka, iiu, ik pour la racine, tandis qu'elle est manifestement composée de / gounifié et ha suffixe, comme le montre le gotique a.i-na, est luie erreur inoonrovable do la part d'un linguiste.

J46 CONGRÈS DES américanistes. 72

Féloignerait beaucoup du chinois, cela n'importe guère au débat; Tioqa n'est point le ma aryaque, voilà pour nous l'essentiel.

Qam est manifestement l'aryaque luani, par une permutation hardie qui, chose curieuse, affecte la racine du mot (lu) et respecte le suffixe. Pour justifier cette permutation, à laquelle sa phonétique ne nous avait pas initiés (1), l'auteur invoque le patois beauceron que Molière met dans la bouche de ses paysans, et la tranformation qu'a subie l'anglais steel, acier, en passant dans le hawaïen, où il est devenu kila (2). M. Lopez a tout simplement donné à un remarquable passage de M. Max MûUer (3) une extension que cet auteur ne manquerait pas de désavouer; que la permutation de dentale en gutturale soit possible, qu'elle soit familière à plusieurs langues, c'est ce que personne ne contestera; s'en suit-il qu'elle soit une des lois de la phonétique quichua? En aucune façon. Et ici nous n'avons pas affaire à une simple dentale, mais à une racine composée de dentale et labiale, /», que toutes les langues indo-européennes ont conservée absolument intacte.

Le pronom Tioqa a deux pluriels, l'un inclusif, l'autre exclusif, employés suivant que la personne qui parle embrasse dans sa pensée la totalité ou seulement une partie de ses intcrlucuteurs. Ainsi, dans une assemblée composée d'hom- . mes et de femmes, un homme dira, nous tous tant que nous sonmies, hommes et femmes, noqancik ; voudra-t-il au con-

(1) Pour appliquer ainsi dans sa morphologie de prétendues lois phonétiques dont il n'a pas été question dans sa phonétique, il faut vraiment que M. Lopez se fasse une idée bien inexacte de la', rigueur de la méthode linguistique. *■

(2) Le hawaïen, n'ayant pas de t, change le t anglais en h. Mais peut-on arguer par analogie d'une langue qui n'a pas de dentales à une autre (le quichua) qui eu possède jusqu'à trois? j

(3j Max Mliiler. Nouvelles leçons. Paris, 1867 (Durand;, trad. . Hairis et Perrot, t. I, leçon IV, p. 211.

traire dire, nous autres hommes, à l'exclusion des femmes, il se servira du pluriel noqayku. Cette existence d'un double pluriel, limité au pronom de la première personne, sépare radicalement le quichua de l'aryaque, qui ne porte pas trace d'une pareille distinction , et l'apparente étroitement aux autres langues américaines, qui pour la plupart usent de ce procédé. Quant à qam, il peut former le pluriel par la suffixation ordinaire kuna, ou revêtir la forme qamèik, ou eniin renforcer cette dernière elle-même par l'adjonction de kuna; mais ces trois pluriels n'en font qu'un au point de vue du sens.

Essayons de nous rendre compte de cette singularité du double pluriel ; nous y découvrirons peut-être un exemple de la profonde logique que déploie le génie de la langue même la plus rudimentaire. Tout d'abord serait-il téméraire d'assimiler le suffixe cik à l'adverbe cika, qui lui est phoniquement identique et signifie « autant, aussi grand, aussi nombreux » ? Je ne le crois pas, et pense pouvoir admettre que qaniàik signifie toi -|- autant (qu'il y en a), vous tous tant quevous êtes. D'ailleurs, comme l'esprit humain conçoit très-bien et cherche à exprimer l'idée de l'existence d'une pluralité d'êtres en dehors du moi, on pourra également dire qain-kuna, la plurahté de toi, qamcikkuna, la pluralité de toi autant il y en a, c'est-à-dire vous tous.

Mais tout au contraire le moi se sent un, affirme son unité, et l'homme répugne à conserver une pluralité de moi : noqakuna ne saurait donc avoir aucun sens. La forme qui, dans la kngue perfectionnée, devenue capable d'exprimer les idées abstraites, engendre le pronom nous, est à l'origine moi et toi, moi et lui, aryaque ma-sa, suffixe de conjugaison. Dans noqancik il est permis de reconnaître : soit noqa-qam-cik, moi -j- toi -{- autant, agglutination avec abréviation trèsadmissible, beaucoup moins forte à coup sûr que celle de l'espagnol usted pour vuestra merced; soit noqa-n-cik, moi + lui -|- autant, n étant caractéristique de la troisième

llB CONGRÈS DES AMÉRIGANISTES. 1-4

personne du singulier du verbe (V. infra). Ainsi ce pronom signifierait « moi et vous tous » ou « moi et eux tous ». D'autre part, dans noqayku, on retrouve, après le y d'origine obscure, peut-être simplement euphonique, la terminaison lai de la troisième personne du pluriel du verbe : il signifierait donc « moi -f" plusieurs, moi et eux à l'exclusion de vous » (1).

(^ctte explication, qui rend un compte assez satisfaisant de la différence de sens des deux pluriels, a échappé à M. Lopez, qui d'ailleurs ne les a considérés que dans leur rôle d'aflixes de conjugaison, et non comme éléments pronominaux. C'est un tort évidemment, car en toute langue les affixes personnels de conjugaison ne sont au fond que des thèmes pronominaux abrégés et plus ou moins défigurés. Ce faux point de départ l'a conduite une conclusion inadmissible: il cherche en aryacjue la racine du suflixe cik, si apparente en quichua, la trouve dans le sanskrit Rhi, rassembler, et admet que miiiinncik, par exemple, « nous aimons », O'^t pour iiiiinuncici, signifiant « f union do ceux ({ui aiment ». Au contraire, la racine de ykii est la même (jue celle du grec s|, et emporte une idée d'exclusion. Comment noqa- ci-ci, moi -|- unir -|- unir, et surtout nor/a-yku, moi -|- dehors, peuvent-ils bien former le sens de « nous » ?

Les pronoms démonslraLifs du quichua sont pny, il, kay, chny. cakay, désignant diverses nuances d'éloigncment. Les thèmes démonstratifs de l'aryacjue, très-nombreux, n'ont rien

(1) Si, ù pro])Os do cos dôiivatlons, on in'iulros.sG le roproclie (l'avoir à mon tour saei'ilii' an dômon de l'étymologie, jo répondrai simplement : 1" que je no m'en dissimule pas les puints faibles et ne les donne que sous toutes réserves, tout en les tenant pour légitimes; 2» que mon seul but, en les hasardant, a été d'o])poser de.< résultats au moins plausiljles aux invraisemblables déri\alious qu'on va lire. '

75 LE OUÎGHLA. f^

qui rappelle directement ces Ibrines. D'ailleurs sur ce point en particulier l'homophonie môme ne prouverait rien.

Parmi les pronoms interrog-atifs, le seul qui offre une analogie apparente avec un thème aryaque est pi (qui), phoniquement identique à l'osque pis {qiiis ?). Mais celui-ci provient de l'aryaque liis. Quand la permutation de k aryaque en p quichua sera démontrée, comme l'est la loi phonétique de la génération du/? osque, alors seulement on pourra admettre l'identité des deux formes.

Tous les pronoms quichuas se déclinent par l'adjonction des mêmes affixes que ceux de la déclinaison des noms. En aryaque les deux déclinaisons diffèrent sensiblement.

Une dernière remarque. Le quichua n'a ni pronoms ni adjectifs possessifs, et, comme l'ottoman, il rend l'idée de possession en sufiixant au nom de l'objet possédé les affixes de conjugaison. Ce procédé était-il également familier au préaryaque agglutinant ? Il est permis d'en douter, ou du moins il l'a perdu de très-bonne heure, car il n'y en a plus trace dans l'aryaque flexif. En tous cas, si ce n'est pas là une différence, ce n'est pas non plus une analogie : aussi sait-on gré à M. Lopez de n'avoir pas sur ce point tenté un rapprochement.

l VI. — Du Vekbe.

Le verbe quichua paraît avoir, comme le verbe aryaque, des suffixes temporaux, modaux et personnels ; mais ils sont beaucoup plus difficiles à démêler que dans la conjugaison aryaque, bien moins régulièrement employés et disposés dans un ordre tout différent. Qu'on en juge.

Le suffixe du présent est n; comme en ottoman, la troisième personne du singulier est dépourvue de suffixe personnel, et \ les suffixes des autres personnes s'agglutinent à la forme de celle-ci, sauf une exception pour la forme exclusive de la première personne du pluriel, qui autrement prêterait à confusion avec la troisième personne du même nombre. Le suffixe modal de l'indicatif est mi\ mais d'habitude on l'omet au

10 — Il

150 CONÇUES DES AJIÉUICANISTES. 76

présent, et même aux autres temps, et il ne sert qu'à donner plus de précision à la conjugaison périphrastique (V. infra). Voici, d'après ces données, la conjugaison du présent de l'indicatif en quichua, et d'autre part ce même temps tel qu'on peut le restituer en préaryaque agglutinant :

Sing. 1. apa-n-î, je porte. hliar-a-ma.

Page 1