‹ Compte-rendu de la seconde session, Luxembourg-1877 (volume 2)Chapitre 27 sur 117 · apa-n-kièik, vous portez. hhar-a-ta-sa · texte numérisé non relu

apa-n-kièik, vous portez. hhar-a-ta-sa

3. apa-n-ku, ils portent, hhar-a-an-ta (1). La différence des deux conjugaisons est trop manifeste

pour qu'on la fasse ressortir; on doit seulement faire remarquer deux erreurs capitales de M. Lopcz, (jui tendraient à rapprocher la première personne du quichua de celle de l'aryaque. 11 donne pour celle-ci le suflixemi, la forme hharami, laquelle est aryaque sans doute, mais n'appartient pas telle quelle au préaryaque agglutinant, puisque le suffixe de conjugaison mi est dérivé par flexion du primitif iiia, cette modification vocalique ayant pour objet de préciser le sens de relation active qui doit dans l'espèce affecter le thème. D'autre i)art, si la première personne du quichua est à volonté apjani ou apanimi, ou peut-être (ce que j'ignore, la gram- |, maire de M. Tschudi no mentionnant pas cette forme) apanmi, | ce dernier mi n'est point suffixe personnel, assimilable à ce ' titre à son homophone aryaque, mais suffixe du mode indicatif ordinairement sous-entendu. Cette particule se soude aussi bien à toute autre personne qu'à la première du singulier, et l'on dit correctement apankimi, tu portes, apankikicmi^ vous portez, etc., comme le prouve la conjugaison périphrastique par le participe et l'auxiliaire ka, être, oîi la

(1) On a déjà fait observer que le préaryaque avait un duel et que le quichua n'en a pas.

77 LE QUIGHUA. 151

particule mi s'afïîxe indifféremment à toutes les personnes du singulier et du pluriel : npankayi kannii, npankayki kaiimi (1), je porterai, tu porteras, etc. Quant à l'assimilation de ki à tva et à l'explication de Vn de la troisième personne par une forme galloise et une forme égyptienne, je ne puis qu'y renvoyer le lecteur compétent, qui les jugera sans doute peu dignes de figurer dans un ouvrage sérieux.

Le futur quichua est trùs-irrégulier dans sa forme et les suffixes personnels eux-mêmes y sont à peine reconnaissables. Néanmoins M. Lopez n'hésite pas à proclamer d'origine aryaque la première personne du singulier parce qu'elle contient une sifflante, apasak. C'est se montrer accommodant. Ainsi l'afflxe aryaque sja est ici devenu sak ; mais d'où provient la gutturalisation finale ? et où retrouver le suffixe personnel? Mystères de l'étymologie.

Le parfait apavkani, je portai, est périphrastique et formé par agglutination de l'auxiliaire ka, mot dans lequel il serait malaisé de reconnaître la racine as, pourtant très-primitive. M. Lopez ne l'a pas essayé. Maintenant pourquoi le quichua forme-t-il son parfait analytiquement, tandis que son ancêtre le préaryaque possédait à cet effet le procédé, également primitif, de la réduplication de la racine (;2) ?

(1) Analyse: apa, thèmo, nkay, suffixe du participe futur, ki, toi; ka, être ; n, suff. du présent, aii, sutf. de l'indicatif: porter dans l'avenir moi — être présentement effectivement.

(2) On pourrait m'objecter, il est vrai, que dans les langues indo-européennes modernes, l'antique redoublement n'est pas non plus visible. Je répondrais qu'en effet il n'est pas perceptible à l'œil nu, mais qu'il ne saurait néanmoins échapper aux l'echcrches de l'analyse. Ainsi l'espagnol hicc, le français je fis, l'italien feci, viennent du latin feci, vieux latin feici, forme ancestrale fefici. D'autre part les langues européennes sont éminemment analytiques et tendent à le devenir de plus eii plus, tandis que le quichua est resté synthétique. Je n'en voudrais pour preuve que les conjugaisons objectives, dont il va être question.

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Voilà pour le modo indicatif. Quant aux autres modes, M. Lopez renonce lui-même à y chercher des analogies quelconques, ou du moins il se borne à signaler rapidement quelques rapprochements invraisemblables. Le moins forcé est celui de man, suffixe de l'optatif, avec la racine nmn, penser. La caractéristique du conditionnel estnmnnii, formé par agglutination des aflîxes de l'optatif et de l'indicatif. Celle du subjonctif est pli, rattachée au grec titosm. N'insistons pas. Le causal, l'impératif, les participes et les gérondifs offrent tout aussi peu de ressemblances.

Il reste à faire voir que l'ordre grammatical des aflixes de. conjugaison diffère d'une langue à l'autre. On sait qu'en arya([ue le suffixe temporel s'agglutine toujours à la racine ou au thème verbal ; puis vient le suffixe modal, quand il est exprimé ; le suffixe personnel termine le mot : autrement dit, en désignant par la majuscule la racine ou le thème, et chacun des aflixes par la minuscule initiale, le verbe complet se ; construit sur la formule R (ou T) -[- t + "^ + P- ^"^^^ ^'^P" tatif grec ©sûotfjLt dérive de l'indo-européen hharajami en préaryaque bhar-a-ja-ma , composé de hhar , racine , a, signe du présent, ja, signe de l'optatif, ma, moi. Prenons maintenant en ({uichua une forme verbale oi!i les aflixes de conjugaison ;!})})araisseiit au grand complet, la première })ersonno du pluriel inclusif du présent do l'optatif, apa-n-cikman, nous désirons porter (littéralement : porter -|- présentement -|- nous -j- tendance). On voit à première inspection que la forme du mot est T -|- t -|- p -f- m. Cette radicale différence de syntaxe complète le tableau des oppositions heurtées du ({uichua et de l'aryaquc.

L'auteur a borné là son examen de la morphologie quichua.: loin de moi la pensée de l'en blâmer. 11 s'est abstenu avec raison d'entrer dans le détail des postpositions multiples quii donnent au verbe avec lequel elles se conjuguent un sensj inchoafif, intensif, fré({uentatif, causatif, illatif, adventif, transitif, etc. Rien évidemment n'eût été plus fastidieux et moiiis|

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profitable à la thèse qu'il défendait, que l'énuméralion de ces mille formes, dont l'emploi est si peu conforme au génie sobre et analytique de la langue indo-européenne. Il en est une pourtant (jui eût mérité de fixer son attention et morne eût pu suffire à le mettre en garde contre toute assimilation hâtive : je veux parler des conjugaisons objectives. On sait que ce terme grammatical désigne les conjugaisons oi^i le sujet et l'objet à la fois sont incorporés dans le verbe d'action. L'agglutination objective est de deux sortes : non réfléchie, quand le sujet et l'objet sont deux personnes ou deux êtres différents, comme dans le magyar vnroin, je l'attends, l'hébreu sahaqthani, tu m'as abandonné ; réfléchie, quand ils se confondent en une seule et même personne, comme dans lo sanskrit (for/r, je me donne, le grec ©épof^.at , je me porte. Or, cette dernière conjugaison, l'indo-européen la possédait couramment, et elle y est bien connue, en sanskrit et en grec, sous le nom de voix médiopassive ; la forme qu'elle revêtait en aryaque flexif, hlmrnniai, fait remonter à une forme antérieure bhar-a-ma-mi (porter -\- présentement -{- moi objet-]- moi sujet), et celle-ci, dans le préaryaque agglutinant, qui ne savaitpas encore distinguer par la flexion l'objet du sujet se réduisait à bhnraninma, signifiant « je me porte^ je porte pour moi, je suis porté », hharasasa, bbaralnta, etc. Tout au contraire; il n'existe aucun vestige qui nous fasse supposer l'existence en préaryaque d'une conjugaison objective non réfléchie; disons mieux, il est infiniment probable qu'aucune combinaison de cette nature, même dans la plus haute antiquité, ne fut seulement en germe dans cette langue, où, en l'absence de la ! flexion diflérenciative du pronom objet et du pronom sujet, elle aurait prêté à de graves et inévitables amphibologies. C'est . ainsi que la forme bbnramasa, tu me portes ; (porter -{- préîjsentement -|- moi -\- toi), se serait confondue avec l'homo- Iphone non objective bbaramasa, nous portons. Donc, en aryaque, parfait développement de la conjugaison réfléchie, ignorance absolue de la conjugaison non réfléchie, contraste caractéristique.

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EIi bien, cette forme que l'aryaque ne connaît pas est en quichua plus développée que dans la plupart des idiomes de la famille ouralo-altaïque, où pourtant elle est organique et primitive. Le quichua n'emploie pas moins de quatre conjugaisons objectives : upayki, je te porte ; apasunki, il te porte ; apawankî, tu me portes; apawannii, il me porte (1). A côté de ces formes multiples, possède-t-il du moins une agglutination à sens réfléchi comparable à celle de l'aryaque ? Nullement, car il obtient ce senS;nonpar laréduphcationduthème pronominal, mais par l'intercalation , entre ce thème et le thème verbal, d'un aflixe spécial et invariable, de signification indécise et d'origine obscure, ku : taka, frapper, lakaku, se frapper ; apa, porter ; apakii, porter pour soi, sur soi, etc. ; et le verbe augmenté de cette particule, se comporte exactement comme un verbe simple. Ainsi, tout ce qui manque au quichua, l'aryaque en est pourvu, et réciproquement on cherche les analogies signalées, et l'on ne rencontre partout que discordance et contraste.

g VII. —Résumé.

Résumons-nous.

La connaissance des racines du quichua ne pouvant se déduire que de l'étude comparée de tous les idiomes de même souche, et cette étude n'étant pas encore faite quant à présent, il n'existe aucun moyen de comparer radicalemeut la langue quichua à la langue aryaque.

2*= Il en faut dire autant de la comparaison de la formation thématique des deux langues, qui doit s'appuyer sur la con-, naissance des racines ; mais le peu qu'on aperçoit à l'œil nu

(1) Malgré l'irrégularité apparente de ces formations, il n'est pas trop malaisé de les analyser; mais un pareil travail, esquissé d'ailleurs dans la grammaire de M. Tschudi, ne saurait rentrep dans le plan de ce mémoire, . . ,

dans la morphologie des thèmes quichuas ne correspond à rien de semblable en aryaque.

3" Les affixes quichuas sont tout différents de ce que pouvaient et devaient être ceux de la primitive langue agglutinante d'oii est issu l'indo-européen flexif.

4° Les affixes de déclinaison, notamment, n'offrent avec ceux de l'aryaque qu'un rapprochement isolé et purement phonique, et les affixes de conjugaison n'en offrent point du tout,

5° Enfin, ce qui est plus grave et tout-à-fait décisif, l'ordre syntactique de groupement des afflxes du quichua est absolument différent de celui des affixes indo-européens.

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