XIII. — Du Verbe attributif
Quand j'ai spécifié, en traitant des pronoms personnels affixes, les cas dans lesquels ces pronoms sont afflxés dans une relation coordonnée ou prédicative et ceux dans lesquels
194 CONGRÈS DES américanistes. 34
ils sont affîxés clans une relation subordonnée ou dépendante, je me suis placé au point de vue de la pensée aryenne qui distingue d'une façon absolue la catégorie du Verbe de la catégorie du Nom. Mais il s'en faut de beaucoup que cette distinction fondamentale soit rigoureusement applicable à nos seize langues. En effet, dans la plupart d'entre elles bien des verbes ne sont pas autre chose que des noms ; et, là seulement où les deux catégories sont distinctes l'une de l'autre, le verbe est constitué :
1' Par l'affixation de pronoms exclusivement prédicatifs — Nahuatl, Dakota, Hidatsa, Guarani.
2" Par la préfixation aux pronoms affîxés d'une particule de conjugaison — Montagnais.
3° Par la suflixation au thème de particules caractéristiques — Crî, Chippeway, Algonquin, Ghacta.
4° Par l'affixation au thème d'un indice temporal — Kechua, Iroquois, Ghibcha, Garaïbe.
5° Par l'affixation de pronoms exclusivement prédicatifs, ou par la composition du pronom personnel avec un indice temporal — Quiche, Maya.
Enfin, dans le Kiriri, le verbe se confond avec le nom,
1" Nahuatl. Le verbe peut se définir : un thème auquel se trouve préfixé immédiatement ou médiateinent, un pronom de la première série : ni-tetl je suis pierre, ni-qualli je suis bon, ni-nenii ie vis, m-pia-lo je suis gardé, iii-mo-piltzin je suis ton fils, ni-mo-cuzqui ÏQ suis ton bijou, ni-no-tlaçotla ]& m'aime, ni-mitz-tlaçotla je L'aime, ni-tc-tlaçolla j'aime quelqu'un, 72i-//a-//flpo^/a j'aime quelque chose, ni-te-tla-llaçotla j'aime, ni-xocln-lccm ^e coupe des fieurs, ni-no-ma-popohua je me lave les mains, ni-k-Lhv'otla Pedro j'aime Pierre.
Parmi ces verbes, les six premiers formés par la préfixation d'un pronom exclusivement prédicatif aux thèmes tetl, qualli, nemi, pia-lo et aux noma piUz in et cuzqui affectés d'un pronom subordonné, sont des verbes intransitifs. Tous les autres' sont transitifs et incorporants, en ce sens que l'objet sur lequel
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l'action s'exerce est infixé entre le pronom prédicatif et le thème : no moi, mitz toi, te quelqu'un'u, tla quelque chose, te-tla quelqu'un quelque chose, Aoc/ii-^i fleur, no-nm-itl moxw de moi, k lui.
Dakota. 11 y a, dans cette langue^ à côté de verbes formés, comme en nahuatl, par l'affîxation à un thème de pronoms exclusivement prédicatifs (ceux de la troisième série), des pseiido- verbes qui ne se distinguent point morphologiquement des noms conjugués, c'est-à-dire des noms affectés de pronoms subordonnés.
Verbes proprement dits : kaska lier, wa-kaskajelie; manop dérober, nia-wa-noi), ma-ya-noij, etc.
Pseudo-verbes : ma-ta je meurs, a-ma-sni je suis bien portant, ecai?-iiii je pense, m-ui) je me sers de, m-nar)ka je tisse. Ici les pronoms affixés sont identiquement ceux de la conjugaison nominale : ma-pa la tête de moi, mi-tezi le ventre de moi. Gomme rien n'indique extérieurement que la relation coordonnée se substitue à la relation subordonnée lorsque l'on passe de ma-pa à ma-ta, on voit que le Dakota s'est arrêté à moitié chemin dans la voie qui l'avait conduit à distinguer du nom la majeure partie des verbes transitifs.
La classe des pseudo-verbes comprend la majorité des verbes intransitifs et un petit nombre de verbes transitifs.
On trouve, en outre, dans le Dakota, un assez grand nombre de verbes formés à l'aide des préfixes m, d, ce qui accuse, ainsi qu'on va le voir, un état antérieur à fétat actuel.
Hidatsa. Dans ce dialecte moins développé que le précédent, la plupart des verbes transitifs et le petit nombre des verbes intransitifs sont formés par l'affîxation des pronoms ma, da, dont le second est exclusivement prédicatif, tandis que le premier est mixte. D'un autre côté, la majeure partie des verbes intransitifs est formée par l'affîxation des pronoms ma, mi, di correspondant à ma, mi, ni, du Dakota. Cette concordance, à peu près parfaite, montre que ma, da ainsi que m, d constituent un acheminement de ma, mi, ni à wa, ya.
196 CONGRÈS DES américanistes. 36
Guarani. Il y a dans cette langue, comme en Dakota, des verbes formés à l'aide de pronoms exclusivement prédicatifs et des pseudo-verbes ne se distinguant point morphologiquement des noms conjugués. Les premiers sont en majorité transitifs : a-yuca je tue, n-mboé y enseigne; les seconds en majorité intransitifs :'che-nbn ^e suis homme, che-catiiie suis bon, che-yapu ]e ments, che-abii je respire, che-acfuindog je ghsse, etc.
IL MoNTAGNAis. Cette langue possède des pseudo-verbes formés par la préfixation à un thème quelconque des pronoms mixtes de la première série, et des vefbes proprement dits formés par la prélixation des pronoms de la deuxième série composés avec les particules de conjugaison é, a, u, o.
Tandis que sé-uijli « je nais » ne diffère point morphologiquement de se- fin « la tète de moi », le verbe é-s-tsap pour é-sé-lsap « je pleure » se différencie de sé-tsap « pleurs de moi » par la présence de la particule é. Or celle-ci n'est pas un indice temporal, car si e-s-tsnp fait au passé I shi-tsap^ au passé II pi-lsap et au futur prochain was-lsap^ on voit les particules parallèles a, o, u se maintenir à tous les temps dans les autres conjugaisons : a-s-tté ]e fais, a-ï~tté, a-j^-i-lté a-wa-s-tlé; u-s-t'on ^e tiens, u-ï-t'on, u-p-i-l'o]}, u-wa-s-t'on; o-s-tlj je hante, o-ï-tti, o-p-l-lli, -wa-s-tti. D'un autre côté, s'il est vrai que le mémo thème peut former des verbes de signiiîcations différentes suivant qu'il passe d'une conjugaison dans les autres {e-s-lli je tire à moi, o-s-tli je fréquente un lieu, u-s-ltije reconnais) il reste toujours que le thème tsap conjugué par se demeure nominal et qu'il devient verbal par la seule adjonction de la particule é. Il faut donc reconnaître ([ue celle-ci a pour fonction de substituer morphologiquement la relation prédicative à la relation subordonnée.
III. Grî. — De ce que les langues algiques ne possèdent (pi' une série mixte, on a conclu que l'expression de la relation prédicative leur est en réalité étrangère, partant qu'elles sont incapables de former autre chose que des pseudo-verbes >
37 SEIZE LANGUES A.MÉUICAIiVES. 197
morphologiquement identiques aux noms conjuguée. C'est une erreur; en elTet, au nombre singulier tout au moins, la conjugaison verbale diiïère morphologiquement de la conjugaison nominale par des particules suffîxées au thème. Exemples :
ni-pijiskhv l'animal de moi, ni-pijiskhv-i-n je suis animal. ki-pijiskiw l'animal de toi, ki-pijiskiw-i-n o-pjjiskhv-a l'animal de lui, pijiskhv-i-\v
Les verbes intransitifs et les verbes transitifs inanimés sont formés: 1° aux deux premières personnes du singulier, parla préfixation de ni,ki, et par la suffixation de -n lequel est précédé de l'une des voyelles a, e, «, o, i ou de ini. Exemples : ni-pindpatt-R-n ']& cours, in-pinmtt-n-n je marche, ni-kaskej77/-t'-« je m'ennuie, nit-aîoh-ii-n j'étouffe, ni-pnsik-o-n ]e me lève, ni-papp-i-n je ris, ni-takus-ini-n j'arrive; 2° à la troisième personne du singulier, par la suffixation de a-w, e-w, a-iu, u-w, o-w, i-iv, i-n. Exemples : pimipatt-a-w, pimulte-w, kaskevilt-a-]}}, ntoh-u-\v, pasik-o-^-, pipp-i-w, takus-i-n; 3" aux deux premières personnes du pluriel par l'infixation du
thème dans les pronoms ni nan, ki iiow, ki waw.
Exemples : ni-pimipatt-a-nan, ki-piniipatl-a-now, etc.; 4° à la troisième personne du pluriel par la sufiixation de -ok à la troisième personne du singulier : pimipatt-a-w-ok, pimult-cw-ok, etc. - .^ •.....■,
Les verbes transitifs animés sont formés : 1" aux deux preluières personnes du singulier par la prélixatiou de ni, ki, et par la suffixation de -a-ir. Exemples : ni-nmveyini-a-w je l'estime, ni-pakamali\v-a-^v \g le frappe, ni-ueffin-a-w je le descends, iii~sakiJi~a-w je l'aime, ni-pakwat-a-w je le hais, ■ ni-nandonan'-a-w je le cherche, ni-nianisw-a-w je le coupe, \nit-ajiway-a-w je le mets dedans; S** à la troisième personne du singulier, par la suffixation de e-iv. Exemples : niiweyim-ew, pakamahw-e-w, neltin-e-w, etc. ; 3° aux deux premières personnes du pluriel par l'infixation comme plus haut : ni-miweyim-a-nan, ki-niiweyirn-a-now, etc. ; 4° à la » 13 — II.
198 CONGRÈS DES amékicanistes. 38
troisième personne du pluriel, par la suftixalion de -ok : miweyim-e-w-ok, pakaiïiRhw-e-w-ok, etc.
Selon M. Howse, le suffixe s- ir serait un pronom de la troisième personne, et le suffixe c-w se décomposerait en e pronom prédicatif -\- w pronom subordonné, de telle sorte que ni-nipah-a-w « je le tue » équivaudrait à « de moi-tué-lui » et sakih-e-w « il l'aime » à « aimé-il-lui ». En opposition à cette analyse, je me bornerai à faire remarquer cjue le verbe neutre ni-pinmt-a-n « je marclie » fait à la troisième personne du singulier joyy22u/-e-ir et que les verbes indéfinis ou absolus forment cette même personne en -c-^v. Exemples : sakihiwe-w, sakitchik-e-w « il aime »; or, la présence, dans ces formes intransitives, du double pronom « il- lui », est évidemment inadmissible. Quant au suffixe a-w, j'estime jusqu'à preuve du contraire qu'il remplit au regard des thèmes transitifs animés une l'onction analogue à celle que les désinences a-n, e-n etc. remplissent au regard des thèmes intransitifs. Au surplus, alors même que dans ni-fiakih-a-w «je l'fiime », la finale a-w serait réellement un pronom de la troisième personne, la suffixation de ce pronom n'indiquerait-t-elle pas qu'il existe entre le pronom préfixé et le thème Sc^A-; dérivé par -h, une relation prédicative ?
Chippeway. Los verbes correspondant aux verbes cris dont la troisième personne est on -ani ou en -in prennent ces désinences aux trois personnes du singulier et forment les trois personnes du pluriel en substituant ~m-In, -m, à -nan, -iiow, -waw.
Grî. — Singulier ni-kaskeyitt-e-n, ki-kaskeyitt-e-n, kaskeyitl-a-m. Pluriel : ni-kaskeyitt-e-nan, ki-kaskeyitl-e-iiow, ki-kaskeyitt-e-n-n- waw, ou ki-kaskeyiit-e- waw, kaskeyitla-m-ok; Singulier : ni-takus-ini-n, ki-takus-ini-n, Lakus-i-n; Pluriel: ni-takus-hii-iian, etc. :
Chippeway. — Singulier: nin-kashkend-a-ni,ki-kashkcnd'*\
39 SEIZfe', LANGUES AMERICAINES. 199
a-m, kashkend-a-m, Pluriel : nin-kashkend-a-m-in, ki-kashkend-a-m-in, ki-kashkend-a-ni, knshkcnd-a-m-og ; Singulier : nin-dagwish-i-n, ki-dagwish-i-n, dagwish-i-n, Pluriel : wndagyvisb-in-i-ni-in.
Parmi les verbes correspondant aux verbes cris dont la troisième personne se termine en a-w, e-w^ u-m', o-ir, les uns ont conservé la voyelle ultième aux trois personnes du singulier, les autres à la troisième personne seulement. Tous forment leur pluriel comme les précédents. Exemples : im/madja jc pars, ki-madja, niadja etc. ; nïnd-ikit je dis, kid-ikit, ikil-o etc.
Les verbes transitifs inanimés prennent, aux trois personnes du singulier, l'une des désinences an, en, in, on. Exemples : nin-waband-nn ]e vois cela, ki-waband-an, o-waband-an. Ces verbes se conjuguent en Crî, sur le modèle des intransitits qui forment leur troisième personne en -a-w ou en -a-m sans prendre le pronom prélixe o.
Les verbes transitifs animés ont conservé la voyelle a aux deux premières personnes du singulier, et à la troisième personne du môme nombre ils ont substitué -awk -ew. Ils forment leur pluriel en -iiflw, -iva. Exemples: Crî. S.: ni-sakih-a-w, ki-sakib-a-w, sakib-e-w, P. : ni-sakib-a-nan, ki-sakih-a-now, ki-sakili-a-waw, sakili-e-w-ok ; Ghippeway : S. : nin-sagi-a, ki-sngi-a, o-sagi-an, P. : nw-sagi-a-nan, ki-sagi-a-nan, kisagi-a-wa, o-sagi-a wa-n.
L'identité de la désimmce des trois personnes du singulier dans la plupart des verbes chippeways vient à l'appui de ce que j'ai dit au sujet du verbe crî.
Algonquin. — Le verbe algonquin est à peu près identique au verbe chippeway.
1' S. ni-pimos-e je marche, ki-pùnos-e, pimos-e, P. niphnos-e-m-in, ki-pimos-e-m-in, ki-pinios-e-ni, pimos-
^00 CONGRÈS DES AMÊHICANISTES. ' 40
2" S. ni-sakil-o-n j'ainie cela, ki-sakit-o-n, o-sakit-o-n, P. ni-sakit-o-n-a-nan, etc.
3" S. ni-sakih-a je l'aime, ki-sakih-a, o-sakih-a-n. P, nisakih-a-i]an, etc. •:
Chacta. Parmi les articles-pronoms du Rév. G. Byington figure au premier rang <i la particule affirmative ou prédicative h o, laquelle transforme en de véritables verbes les jironoms, les thèmes verbaux, les adjectifs, les adverbes, les préjjositions, les conjonctions, les noms isolés et les noms affectés de pronoms possessifs. Exemples : vno, moi, vno-h c'est moi, je suis ; tnkchi lier, takcbi-h il lie ; kvUo fort, kvUo-h il est fort; fehna vraiment, fvhna-h c'est vraiment ; nnuijkaka dedans, amujkakn-h c'est dedans; niiltma et, niihnia-h et c'est ; vlla enfant, vUa-b il est enfant, c'est un enfant ; vak-a la vache, vak-a-h c'est la vache ; vak-o une vache, vnk-o-h c'est une vache ; sa-vUa l'enfant de moi, sa-vUa-h il est mon enfant ; apelk-hi-li le royaume de moi, apelichi-li-h je règne, etc.
On voit par ce dernier exemple que la conjugaison verbale diffère morphologiquement de la conjugaison nominale ou possessive, par la suffixation delà particule prédicative -h.
IV Kechua. 11 n'y a dans cette langue qu'une seule série do pronoms-aflixes pour conjuguer les noms et les verbes, mais la conjugaison verbale s'y différencie morphologi(iuement de la conjugaison verbale par la suffixation au thème de l'indice temporal n.
Conjugaison nominale — iiekc-y les pleurs de moi, uicsa^ yki le ventre de toi.
Conjugaison verbale — ueke-n-y je pleure, punu-n-y je dors ; S. apa-n-y je porte^ apa-n-ki (apa-n-yki), apa-u, P. apa-nchjk, apa-ycu, apa-n-kichik, apa-n-cu.
luoQuois. Outre qu'un cerhiin nombre de proiiums-affixes
subissent des modifications en passant de la conjugaison nominale à la conjugaison verbale, cette dernière se distingue morphologiquement par la suffixation au thème de l'indice temporal s.
Conjugaison nominale : ka-sita-ktn aux pieds de moi, kenontsi-ne à la tête de moi, ke-ri-asnko au cœur de moi, kilinonk-ne à la peau de moi. ' ' '
Conjugaison verbale : ka-tkahto-s je vois ke-nomve-s j'aime, ke-hiara-s je me souviens, ki-tenre-s y^i pitié de.
Chibcha. Dans son état actuel, la conjugaison verbale se distingue de la conjugaison nominale par la suffixation des indices temporaux suça, scua, suca-nuca, scua-nuca, ne.
Conjugaison nominale : ze-hoi ou z~hoi le manteau de moi. ' •
Conjugaison verbale : z-guily-suca je frappe, frappais ; z-hquy-scua je iais, faisais ; z-guity-saca-nuca je frappe actuellement: z-gue-ne ]Q suis, i-zo-ne ]e subsiste, etc.
Caraïbe. Les verbes attributifs sont formés à l'aide de deux verbes auxiliaires dont la conjugaison se différencie de la conjugaison nominale par la présence d'indices temporaux.
Le premier auxiliaire n-i-em je fais, n-i-a j'ai fait, n-ou-ba je ferai, se compose de trois éléments ; 1*^ n pronom-affixe, 2° le thème i qui flécliit en ou au futur, 3° les indices temporaux em, a, ba.
Le second auxiliaire en-ti-na je suis, a-ti-na j'ai été, bati-na je serai, se compose lui aussi de trois éléments, 1° les indices temporaux en {eni), a, ba; 2" ti, particule dont la valeur positive se manifeste quand on rapproche des formes précédentes les formes interrogatives e/2-/'a-?jasuis-je? a-ra-na aije-été? ba-ra-na serai-je ?; 3° na pronom-affixe de la 2" série.
Soit maintenant le thème verbal attributif arameta ou ava-
202 CÛNGItÈS DES AMÉWGANISTES. 42
nieto « cacher», on peut d'abord le conjuguer en lui suffixant le premier auxiliaire : arnmetn-n-i-em je fais cache, je cache. Mais d'ordinaire, le thème attributif s'incorpore dans l'auxiliaire : n-avameto-i-em ]e GSichQ, n-aramet-ou-Jm je cacherai. Quand il s'agit du temps passé, au lieu de sufflxer n-i-a, ou d'y incorporer le thème, on suffixe le passé du second auxiliaire: arameta-a-ti-na, ou arameta-ha-ti-na, ou par contraction arameta-li-na.
V. QuiCHÉ. Les pronoms de la seconde série, qui d'ailleurs s'emploient comme pronoms isolés, sont par eux-mêmes essentiellement prédicatifs. En effet, dans c-at im-logoh «je t'aime », oii at paraît être subordonné, il faut reconnaître que nu-logoh est un pseudo-verbe, ou plutôt un nom conjugué, de telle sorte qu'en réalité v-at équivaut à « maintenant toi » et nu-logoh à « de moi-amour ».
Mais si l'on compose le pronom subordonné nu avec l'indice temporal ca et que l'on prépose ce composé à ce même thème logoh, on aura cette fois un véritable verbe.
Il y a en Quiche trois conjugaisons.
1" Les deux verbes qoh'c et uxic « être » ainsi que les noms se conjuguent au présent, à l'aide des pronoms prédicatifs de la 2" série : in-qolic, in-uxic je suis^ in-ahmao. je suis pêcheur, in-heyom je suis marchand.
2° Les verbes intransitifs (neutres, absolus, passifs) se conjuguent à l'aide de ces mêmes pronoms composés avec l'indice temporal ca : qu-i he je vais, qu-i logon j'aime, qu-i logox ie suis aimé.
3° Les verbes transitifs se conjuguent à l'aide des pronoms de la première série composés avec le même indice : ca-nu logoh j'aime, ca-w ixcowah je hais.
Il suit de là : 1" que dans les deux premières conjugaisons, le verbe est constitué, comme en Nahuatl, par l'emploi des jjronoms exclusivement prédicatifs ; 2" que dans la troisièms,
43 SEIZE LANGUES AMÉRieAINES. 503
la relation prédicative est manifestée par la présence de l'indice temporal.
Il y a en quiche des formes pseudo-verbales, telles que nulogom j'aimai, mi-logoh dans c-at nii-logoh, etc.
Maya. — L'existence de formes comme o-in oabal « je suis placé », c-au oktic « tu pleures » autorise à ranger le Maya à la suite de son congénère, bien que dans l'état actuel la conjugaison des verbes de cet idiome n'exprime pas morphologiquement la relation prédicative. Ainsi, au temps présent, les thèmes verbaux intransitifs sont suivis d'un thème verbal cfl/i, auquel se préfixent les pronoms de la première série. Ex. : nacal in-cah je monte, nacal a-cah tu montes, etc.
Le présent des verbes transitifs se forme ou par la préfixation des pronoms de la première série, ou en préposant les pronoms de la seconde série unis à la préposition ti^ dans une relation subordonnée. Exemples : in-camhezic de moi l'enseignement, j'enseigne; t-en camhezic à moi l'enseigmement, j'enseigne.
6° KmiRi. — Seul, parmi nos seize langues, le Kiriri ne possède que des pseudo-verbes formés par la préfixation du pronom au thème verbal, sans indication de la relation prédicative. Ex. hi-padzu le père de moi, hi-coto je dérobe, hi-pa je suis tué, hi-bîsapi je suis battu.
Remarque. — On peut aussi former le verbe analytiquement en postposant au thème les pronoms isolés des deux premières personnes. Exemples: coto hietzai) je dérobe, coto ewatzap tu dérobes. Le Père Mamiani ajoute sans donner d'explication que les pronoms isolés peuvent être suffixes au thème, après aphérèse. Exemple : tè-tzap « je vais » au lieu de tè hietzap ou de hi-tè.
XIV. — Des Verbes transitifs et des Verbes intransitifs. Dans treize de nos langues, les verbes transitifs se dis-
204 r.OXGRÈS DES AMÉRICANISTES. 44
linguent morphologiquement des verbes intransitils : 1° par la préfixation au thème d'indices transitifs ; 2'' par la variation des désinences ; 3° par l'emploi de pronoms-affixes différents ; A° par ces deux procédés tout ensemble ; 5° par l'incorporation d'un régime.
Dans les trois autres langues, ou bien il n'y a point de verbes transitifs, ou la confusion entre les deux sortes de verbes est soit absolue soit partielle.
1° Langues dans lesquelles le verbe transitif se différencie du verbe intransitif par la prélixation au thème d'un indice spécial.
MoNTAGNAis. — L'indico transitif est -7. Exemples: u-n-Isi tu fabriques, tlsi u-n-1-tsi tu fabriques un canot.
Sauf au temps passé, le verbe transitif ne prend point l'indice -1 à la première personne du singulier.
Chibcha. — Les verbes intransitifs sont ou i)rimitifs ou dérivés soit par -go soit par -n. Exemples : to rompre, o se baigner; xine-go coudre, isca-go guérir, tye-n publier^ cbue-n se réjouir.
Les thèmes de ces verbes deviennent transitifs par la préfixation de h- ou de m-. Exemples: 7j-^o rompre, w2-o baigner, Jj-xin coudre, iii-iscfi guérir, h-tye publier, h-chue réjouir, etc.
2° Grî, Algonquin, GmppEWAv. — Les verbes transitifs et les verbes intransitifs se différencient par leurs désinences. Voir au chapitre XIIL
3° Iroquois, Dakota, IIidatsa, Chacta, Guarani. — La distinc tion se manifeste morphologiquement par l'emploi de pronoms-affixes différents. Voir aux chapitres VII et XII.
4° QuiGWÉ. — Les thèmes monosyllabiques se conjuguent à
i5 SEIZE LANGUES AMERICAINES. 205
l'aide des pronoms de la première série s'ils sont traiisiliCs, et à l'aide de ceux de la seconde s'ils sont intransitils. Exemples: x-a\v il tu as vu, x-at iil tu es arrivé.
Parmi les suffixes delà dérivation verbale primaire plusieurs sont exclusivement affectés à la formation des thèmes intransitifs, notamment -e, -v, -h. -t. Exemples : bak-e percer, caka-r être en colère, mir-i-r remuer, oy-o-b espérer, tzac-a-f terminer.
Au contraire le suffixe -b sert de préférence à former des thèmes transitifs. Exemples : zuh-a-h gagner, pal-e-b lever, chab-i-b flécher, log-o-b aimer, val-ii-b éventer.
La distinction entre les thèmes transitifs et les thèmes intransitifs ne se poursuit pas dans le cercle de la dérivation primaire.
Maya. — Les thèmes intransitifs polysyllabiques sont généralement dérivés par -7, tandis que les thèmes transitifs du même ordre le sont par -b. Exemples: cul-a-1 s'asseoir, cul-ta-À asseoir ; el-e-1 brûler, ei-z-a-Zi incendier; buciu-t-a-1 se vêtir, bucin-t-a-b vêtir; cbéen-t-a-1 s'éeorcer, cbéen-t-a-b écorcer.
Sauf au présent de l'indicatif, les verbes des deux sortes se différencient par les pronoms à l'aide desquels ils se conjuguent. Exemples : Verbe transitif — a-cambezab tu enseignas, tecb a-cambez- que tu enseignes,
Verbe intransitif: nac-ecb tu xnontas, tecb nac-ac-ecb que tu montes.
5° Nahuatl. — Les verbes transitifs diffèrent des verbes intransitifs en ce qu'ils s'incorporent nécessairement un régime soit pronominal soit nominal. Voir au chapitre XIIL
Remarque. On trouve des cas d'incorporation en Iroquois et en Guarani. Mais tandis que dans le Nahuatl l'incorporation est constitutionnelle, elle n'est que sporadique dans ces deux idiomes.
206 CONGRÈS DES américanistes. 46
Iroquois. — J'ai relevé dans le dictionnaire t'ranyais-onontagué publié par M. Shea, un certain nombre de cas d'incorporation parmi lesquels je citerai les suivants: ha-kter-odag- M-ach il déracine = ha il -|- ou-kler-a racine -f- odacfwach thème verbal ; k-hven-onniaba je fais un paquet = A' je -|ka-hren-a affaire -\- le thème de g-onniaha je fais ; g-riwaiiomves j'approuve •= g je -j- ga-riwa affaire -j- nomves aime.
Guarani. — On peut incorporer soit un nom régi, soit un pronom tenant la place d'un nom postposé, soit un nom suivi d'une postposition. Exemples : a- ( iipa-piçi je-Bieu reçois, je communie ; a-y-piçA tupa je-le-reçois — Dieu ; a-mhaé-riyeruré je demande des choses = a ]C, -\- mhaé choses -j- ri pour -j- yei'uré demande.
6" Kechua. — La confusion entre les verbes transitifs et les verbes intransitifs est absolue. Exemple : apa-n-y je porte, puhu-n-y je dors.
Caraïbe. — La confusion n'est que partielle. En effet, si des verbes comme aronca « dormir » ekoleouro « avoir la fièvre », ehechoua « devenir » se conjuguent à l'aide du premier auxiliaire niem ; par contre, les verbes dénominatifs, les verbes possessifs et les verbes passifs — tous verbes intransitifs — se conjuguent à l'aide du second auxiliaire entina. Ex.: nitimain-a-ti-na je suis ivre, k-aca-e-ti-iia j'ai un pot, aramctoua-ti-na je suis caché.
7° KmiRi. — Il n'y a point, à proprement parler, de verbes transitifs en kiriri, car c'est dans cette langue une règle absolue que l'action du verbe s'exerce invariablement sur le nom régi, à l'aide d'une préposition. Ainsi, pour rendre cette proposition « tu caches tes péchés », on ne dira pas a-keico e-buangbe-tè, mais bien a-keico do Q-buanglie-tè.
SEIZE LANGUES AAlÉRICAlNES. 207