XV. — Du verbe pronominal
Le verbe transitif à régime pronominal se conjugue : 1° analytiquement; 2° synthétiquement à l'aide d'un seul pronom et d'une particule ; 3" synthétiquement à l'aide de deux pronoms et d'une particule.
i° Langues dans lesquelles la formation est analytique :
Ghibcha. — Les pronoms personnels isolés se préposent au verbe. Ex.: mue z-guity-suca toi je frappe, hycha m-guitysiica moi tu frappes.
QuicHÉ. — Les pronoms de la seconde série, composés avec l'indice temporal, se préposent au thème verbal conjugué à l'aide des pronoms de la première série. Ex.: c-at nu-logoh je t'aime.
Maya. — Les pronoms de la seconde série, composés avec la préposition /i, se postposent au thème verbal conjugué à l'aide des pronoms de la première série. Ex.: hin a-cainhcz t-en tu m'enseigneras.
KiRiRi. — On postpose au verbe les pronoms-affixes unis à une postposition. Ex.: a-iica hidioho tu aimes moi, do todi hi-hahu attends moi.
2° Langues dans lesquelles le verbe pronominal se forme synthétiquement à l'aide d'un seul pronom et d'une particule : j . .
Grî. — Le pronom personnel se préfixe au thème verbal dérivé par l'une ou l'autre des particules iti-n, i-n, ik, a-w. Exemples : ki-miweyim-iti-n je t'estime, ki-miweyim-iti-nan nous t'estimons; ki-miweyim-i-u lu m'estimes, ki-mhveyhn-i-
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mnt Lu nous estimes ; ni-inhvoyhn-ik il m'estime, ui-niiwoyimik-o-nnn il nous estime ; ki-nuM'eyini-ik\\Ve?,[\n\e, ki-mhveyimjk-o-waw il vous estime; ni-miweyini-a-w je l'estime, ki-miweyhn-a-w tu l'estimes.
M. F. Millier, qui n'admet point en Grî l'existence d'une relation coordonnée entre le pronom-affîxe et le thème verbal, attribue aux désinences iti-n, i-n etc., les valeurs de « par moi », « à moi »^ « par lui ». Dans cette hypothèse, ki-miwcyim-iti-n équivaudrait à « de toi - l'estime - par moi », ki-miweyim-i-n à « de toi - l'estime - à moi », iii-miweyini-ik à « de moi - l'estime - par lui », niniiwcyim-a-w à « de moi — l'estime — à lui ».
Remarque. — Il importe de constater avec M. Howse : 1° que le pronom de la seconde personne précède la particule représentant la première personne aussi bien dans ki-mi- Meyim-iti-n « je t'estime » que dans ki-niiweyim-i-n tu m'estimes ; 2° que les pronoms des deux premières personnes précèdent toujours la particule représentant la troisième : ni-iniweyhn-a-w je l'estime, ni-miwyeiin-ik il m'estime.
Algoxquin. — Les verbes pronominaux de l'Algonquin et du Ghippevvay sont construits sur le même plan que ceux du Grî.
Exemples : ki-sahih tu m'aimes, ki-sakih-i-n je t'aime, ni-sakih-a je l'aime, ni-sakih-ik il m'aime, ki-sakih-ik il t'aime, ki-sakih-a tu l'aimes, ni-sakih-ig-o-n il m'aime.
Ghippeway. — Exemples : ki-waham tu me vois, ki-wahanii-n je te vois, nin-wabam-ig\\ me voit, ki-wabam-ig'û te voit, ki-wabam-a tu le vois.
Kechua. — La conjugaison pronominale est caractérisée : 1" par l'emploi des particules su, hua ; 2" par la présence d'un seul pronom dans les formes 1-2, 3-2, 2-1 ; 3° par l'absence de tout ]jronom dans la forme 3-1. Exemples :
P'onne 1-2 — Rpa-yki (pour hoca npa-yki) je te porte.
Forme 3-2 — npa-sti-n-ki (pour pay apa-su-n-ki) il te porte.
Forme 2-1 — apa-hun-n-ki (pour hoca-cta apa-hua-n-ki) tu me portes.
Forme 3-1 — apa-hiia-n-mi'\\ me porte = apa thème verbal -f- hua particule représentant la jjremière personne -f- n indice temi)oral -j- wi indice du mode indicatif.
3" Langues dans lesquelles le verbe pronominal se forme synthétiquement à l'aide de deux pronoms.
MoNTAGNAis. — Les pronoms de la première série se préfixent aux pronoms de la seconde série qui, eux-mêmes, se préfixent au thème verbal transitif. Exemples : sè-nc-I-hi inoi-tu-imites, s-e-l-hi moi-il-imite, n-c-s-Jii toi-je-imite, /?-e-s-//yiui-je-imite, etc.
HiDATSA. — Le pronom subordonné se prétixe au pronom coordonné. Exemples : di-ma-kideèi toi-je-aime, mi-da- A'/c/e^'ï moi-tu-aimes, /jj/-/iic/6'.s'y moi-(il)-ainie, etc. •
Dakota. — La formation est la même qu'en Hidatsa. Ex.: ma-ya-kaska moi-lu-lies, wJca-ya-kaska eux-tu-lies. -
Remarques. — 1° Le pronom coordonné occupe la pre mière place dans uD-nicaskà-pi nous te lions; 2" les deux pronoms ;2i toi -|- wa je, se contractent en ci. Ex.: èi-èaêka au lieu de iii-wa-kaska toi-je-lio.
Nahuatl. — Le pronom coordonné se prétixe au pronom subordonné. Exemples : ni-mitz-tlaçotla je-toi-aime, tinech-tlaçotla tu-moi-aimes, ni-k-tlapoUa je-lui-aime.
Ghacta. — Même formation, sauf que le pronom de la première personne se suffixe au thème quand il est coordonné. Exemples: chi-pesa-li-h toi-vois-je, je te vois; e-chi-pesa-h
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nous te voyons; is-sa-pesR-h tu-me-vois, ish-pi-pesa-h tu nous voiS; sa-pesa-h moi-(il)-voit.
Remarque. — On peut substituer les pronoms de la troisième série à ceux de la seconde. Exemples : chii)-pesa-li-h pour toi-vois-je, je vois pour toi.
Guarani. — Les pronoms coordonnés se préfixent aux pronoms subordonnés, sauf toutefois e/je « tu » et epoyepé <.< vous » qui invariablement se suffixent au tbème verbal. Exemples : ,7-jwH/)oe je-Ie-enseigne, a-y-açoi]e le couvre, che-oro-mhoé je-toi-enseigne, cbe-opo-mhoé je-vous-enseigne ; che-mbocepé moi-enseignes-tU; che-mhoé-epeyepé moi-enseignez-vous, vous m'enseignez.
Iroquois. — L'analyse de quelques verbes conjugués pronominalement permet de constater, au moins dans un certain nombre de cas, la présence de deux pronoms personnels. Exemples ke-ni-nonwes je-vous-dcux-aime, k-wa-i]onwes je-vous-aime, ta-ke-nonwes tu-moi-aimeS; rn-ke-nonwes ilmoi-aime. Ke-ni = ke je -f- (se)-iii vous deux; k-wa = ko je -|- {se)-wa vous ; la-ke est pour sa-kc = sa tu -\- ke moi ; ra-ke = ra il -\- ke moi.
Les autres préfixes sont indécomposables. Kx.:kon-iwnwe!^ je t'aime, het9,p-noinves lu l'aimes, hin-nonwep^ il t'aime, etc.
4° Caraïbe. — Le verbe pronominal se décompose en quatre éléments : 1" le thème verbal dérivé par coua ; 2° le verbe auxiliaire i-eni auquel se trouve préfixé le pronom coordonné ; 3° la particule affirmative //; 4" le pronom subordonné. Ex.: arameta-coua-n-i-em-li-hou je te cache, aramelarcoua-b-i-enli-na tu me caches, avameta-coua-1-i-en-ti-na il me cache.
La particule ^i s'éhdeà la troisième personne. Ex.: aramelacoua-n-i-eii'li je le cache.