XXIII. — Des Postpositions et des Prépositions
Dix de nos langues sont postposantes, trois sont préposantes, trois sont mixtes.
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1° Langues postposantes.
MoNTAGNAis. — Lgs postpositions se préfixent au verbe, lequel se place toujours après le nom régi. Ex.: 7e otR-niya. maison dans-il-entre, il entre dans la maison ; thé kké-sheta il est assis sur la pierre.
Dakota. — Les postpositions se suffixent au nom ou se préfixent au verbe qui suit le nom.
HiDATSA. — M. Matthews s'exprime en ces termes : « Los prépositions, soit séparées, soit incorporées, et tous les adverbes employés en qualité de prépositions, se placent après les noms régis. Lorsqu'il y a incorporation, les prépositions peuvent se suffixer aux noms ou se préfixer aux verbes, mais dans les deux cas "elles viennent également après les noms. » , •. ..'iif,*,- .»:- •■■■^ d.ynr. 0./. ■-
Nahuatl. — Les postpositions peuvent être préposées, à la condition qu'on leur préfixe un pronom de la troisième personne. Ex.: y-ca tetl avec la pierre, y-pampa tilhmatli avec \Q\QiQmen\;, y-cuitlapan tepefl derricve la montagne, y-tçonco quauitl sur l'arbre.
Caraïbe. — En ce qui concerne les pronoms personnels, cette langue est invariablement postposante. Elle l'est également, en principe, au regard des noms, car une postposition ne peut être préposée qu'à la condition d'être affectée, comme en Nahuatl, d'un pronom de la troisième personne. Ex.: t {ï)-rocou maina dans le jardin.
Ghibcha. — Ex.: a-la fihista-n champ de lui sur, sur le champ de lui ; quye chichy le bois dans, dans le bois ; gûe uhute-na la maison auprès &e, auprès de la maison.
Kechua. — Ex.: buasi-cama la maison jusqu'à, riti-raycu a neige à cause de, ehacra-hahuapi le domaine sur.
Guarani — Ex.: o-atii coçe ses propres épaules sur, iba coti le ciel vers, ibi-pe le sol dans.
Ghacta. — Le nom régi se place avant le verbe, auquel on préfixe ou l'on prépose un certain nombre de particules. *' '
Iroquois. — Gette langue paraît ne posséder que des postpositions.
t° Langues préposantes. .,
QuiCHÉ. — Ex.: chi igih de jour, xol ha entre les maisons, chuvach {= chi dans + u de lui -|- vnch visage) w-ahaual devant mon père, r-uq {v de lui -{- iiq compagnon) nu-galffab avec mon bracelet; etc. ■''''^''
Maya. — Ex.: tiliium sur terre, ti lob du mal, t-u-cal à cause de, t-u-pach derrière, etc.
Kiriri. — Ex.; so tupaij à Dieu, bo d-erà hors de sa propre maison, pa-cri no du-iïiara il a été tué par son ennemi, mo huera à travers champs.
Remarque. — Plusieurs prépositions sont affectées d'un pronom de la troisième personne. Ex.: i-deho di-padzu pour son propre père, s-emboho di- rende avec son camarade, i-peneho waré en présence du prêtre.
3° Langues mixtes.
Grî. — Prépositions. Ex.: atam-ik maskimut-ik dans le fond dans le sac, au fond du sac ; atam-kona-k sous la neige ; siba mitjisuwinatt-ik sous la table ; tchik-iskute-k près du feu.
Postpositions. Ex.: kiya otcbi toi pour; Monia-k itekke Montréal vers ; sak-ak iji la forêt vers ; mokkuman otchi un couteau avec ; pastahiiwin kiki-nittawikiw le péché avec il naît.
Ghippeway. — Prépositions. Ex.: anamaii nibagan-ip sous
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le liL ; pindj-anHuiiewigam-ig dans l'ét^lise ; ogitch-adopowin sur la table.
Postposilions. Ex.: kin nni-hi-omiji-jja orna toi pour je viens ici ; kegi-olchit-ag l'âme avec.
Algonquin. — Prépositions : teik près de, pinlo dans, megwe parmi.
Postpositions : ondji\)0\xv, inakakvers.
Conclusions. :
I. Grî, Algonquin, Ghippeway. — Les procédés grammaticaux communs à ces trois langues sont les suivants : distinction de l'animé et de l'inanimé dans les noms et dans les verbes ; pluriel inclusif et pluriel exclusif de la première personne; relatif direct et relatif indirect; emploi du mode participe pour suppléer au manque de pronoms relatifs, et formation de ce mode par la flexion de la première voyelle du thème ; constitution du verbe pronominal par des particules tenant la place de l'un des deux pronoms ; l'adjectif-verbe mis au participe lorsqu'il qualifie un nom ; expression de la relation dite du génitif par la postposition au nom possesseur du nom possédé affecté d'un pronom de la troisième personne ; formation d'un locatif général par la suffixation de particules identiques, etc.
La communauté du vocabulaire est un fait depuis longtemps reconnu, et sur lequel il serait oiseux d'insister. Toutefois, il importe de constater l'identité, dans les trois langues, des pronoms personnels, de la plupart des pronoms démonstratifs, de l'un des pronoms interrogatifs, et des noms de nombre.
Il est clair que le Grî, 1' Algonquin et le Ghippeway sont des langues issues d'un même parler primitif.
IL Dakota, Hidatsa. — Les procédés grammaticaux com-
(Si SEIZE LANGUES AMERICAINES. ^il
Hiuns à ces deux langues sont les suivants : possession de trois séries parallèles de pronoms personnels aftixes ; distinction entre la propriété intransférable et la propriété transférable ; emploi des pronoms interrogatifs comme pronoms relatifs ; distinction entre les verbes transitifs et les verbes intransitifs par l'aftixation de pronoms différents; constitution du verbe pronominal par la préflxalion au thème de doux pronoms disposés dans le même ordre ; formation des verbes réfléchis à l'aide de pronoms spéciaux identiques ; formation de verbes instrumentaux par la préfixation de particules caractéristiques à un certain nombre de thèmes verbaux ; emploi exclusif de postpositions qui se suffixent au nom régi ou se préfixent au verbe, etc.
La comparaison des deux vocabulaires ne donne (|ue ^8 thèmes communs sur 123 mots. Mais cet écart s'explique, d'abord par la séparation déjà ancienne de la tribu Hidatsa et des autres tribus Dakotas, et ensuite par l'état de promiscuité dans lequel les Hidatsas ou Gros-Ventres vivent depuis une quarantaine d'années avec les Ricaras, dont l'idiome diffère absolument du leur, ainsi qu'avec les Mandans, autre tribu siouse détachée depuis longtemps du gros de la nation. Quoiqu'il en soit, la communauté de 38 thèmes sur 123, jointe à l'identité de la plupart des pronoms, confirme le résultat de la comparaison grammaticale, à savoir que le Dakota et I'Hidatsa sont des langues apparentées.
m. QuiCHÉ; Maya. — Les procédés grammaticaux communs à ces deux idiomes sont les suivants : formation du pluriel des noms par la suffixation d'une voyelle suivie de la consonne 7j ; possession de deux séries de pronoms absolumentparallèles ; emploi des pronoms démonstratifs comme pronoms relatifs ; préposition au thème verbal d'un indice temporal composé avec un pronom-affixe ; formation du verbe transitif par la suffixation d'une voyelle suivie de h ; constitution analytique du verbe pronominal ; formation du verbe absolu par un double procédé identique ; formation du verbe réfléchi par la
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postposition d'un même thème nominal affecté d'un pronom subordonné; non-confusion du verbe et de l'adjectif; emploi exclusif de prépositions devant les noms ; composition de la préposition clu= ti « dans » avec différents noms affectés d'un pronom subordonné, etc.
La comparaison des deux vocabulaires donne 55 thèmes communs sur 113 mots, écart qui s'explique suffisamment par la séparation fort ancienne des tribus mayas descendues dans la plaine, et des tribus quichées ayant gagné la montagne . Quoiqu'il en soit, la parenté des deux langues attestée par la grammaire est confirmée par le lexique.
J'appelle cette fois encore l'attention des linguistes sur l'identité de la majeure partie des pronoms.
De l'examen des trois groupes qui précèdent, il ressort :
1" Que l'affinité lexiologique concorde avec l'affinité grammaticale ;
2" Que cette double affinité a pour corollaire l'identité de la plupart des pronoms.
IV. Grî, Dakota, Quiché. — La comparaison des trois groupes donne les résultats suivants :
1" Les seuls traits grammaticaux communs sont : la conjugaison nominale et l'absence de la déclmaison ;
2° Sur environ 130 mots, il n'y a certainement pas trois thèmes communs.
3° Les pronoms sont absolument dissemblables.