SEPTIÈME SÉANCE
JEUDI 13 SEPTEMBRE 1877, A 2 H. DE l'aPRÈS-MIDI.
Archéologie.
M. iVurtii-Paquct invite M. Valdemâr Schmit, professeur à l'Université royale de Copenhague, à présider la séance. .
M. Valdemâr ^cltiiilt accepte en ces termes:
Mesdames, Messieurs, ". ,;.^,i£, ,,»
Avant de prendre possession du fauteuil de la présidence auquel l'honorable M. Wurth-Paquet vient de m'appeler, je veux exprimer à l'assemblée ma vive reconnaissance de l'honneur qui m'est fait. Seulement, je regrette que les quah^e peuples Scandinaves : les Islandais, les Suédois, les Norvégiens et les Danois^ ne soient pas représentés par une personne plus compétente.
Permettez-moi d'offrir au Congrès les premiers numéros du journal mensuel publié par la nouvelle Société Danoise de Géographie^ sous le titre de Det danske geograûske selskahs, Tidskrift. Kjobenhavn, 1877. En
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déposant ces cahiers sur le bureau, au nom du Secrétaire de cette Société, M. E. Erslev, membre du Congrès, que ses occupations ont retenu à Copenhague malgré le vif désir qu'il avait de prendre part à vos travaux, je suis heureux de pouvoir annoncer que la Société Danoise de Géographie a l'intention de s'occuper d'une manière toute spéciale de l'exploration du Grœnland et que sous ce rapport ses travaux présenteront un grand intérêt pour les Américanistes. La Société compte envoyer prochainement dans ce pays une expédition scientifique dont la mission consistera principalement à rectifier la carte et à déterminer topographiquement la situation de toutes les ruines des anciennes colonies Scandinaves encore visibles sur les côtes. Il est probable que l'expédition partira dès les premiers jours du printemps prochain.
Les premiers numéros du journal mensuel de la Société contiennent déjà plusieurs mémoires relatifs au Grœn-
M. Gainiet donne lecture d'une note sur L'cige de pierre h l'Exposition de Philadelphie, — Juin 1876. '"^'^^
La science des études préhistoriques a fait en peu de temps de très-rapides progrès. En France, elle a été l'objet d'un véritable engouement qui tenait à deux causes faciles à saisir.
La première est que cette science ne nécessite pour ainsi dire aucun travail préalable; elle est indépendante des études littéraires classiques et des études scientifiques naturelles. A part un peu de géologie et une teinture d'anthropologie dont on peut même à la rigueur se passer en se renseignant auprès des spécialistes, un savoir médiocre est à peine nécessaire
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pour devenir très-fort dans la connaissance des silex taillés et des pierres polies.
Beaucoup de jeunes savants en matière préhistorique n'ont pas eu d'autre initiation que le hasard qui les a fait tomber dans un trou de rocher au fond duquel il y avait des os et des pierres taillées.
Une autre cause de la faveur accordée à ces travaux a été l'intérêt chronologique qu'ils présentent.
Quand on a su que'dans les terrains quaternaires on trouvait des restes de l'industrie humaine en contact avec le Mammouth et le Renne de l'époque glaciaire, on s'est ému, on s'est passionné.
Les uns se sont lancés sur la voie des déductions et ont exagéré de beaucoup l'antiquité de l'homme, renversant avec désinvolture les théories admises jusque-là et dépassant même les résultats fournis par la science nouvelle.
D'autres, effrayés par les conséquences que pourraient avoir pour les traditions religieuses des découvertes aussi curieuses et des conclusions aussi hardies, aimèrent mieux nier les faits acquis, accuser d'erreur et de mauvaise foi, confondre les terrains, embrouiller les époques et faire table rase de toutes les études consciencieusement faites.
Maintenant ces élans en sens inverses sont un peu calmés, les esprits éclairés des deux partis sont tombés d'accord sur certains points, et l'on ne se passionne plus en présence de résultats incontestables et incontestés.
Mais néanmoins cette agitation des esprits et cette facilité qu'avaient les champions de prendre part à la lutte sans y être préparés, ont eu pour conséquence de répandre rapidement les connaissances de l'âge paléolithique et de faire entreprendre simultanément sur des points nombreux des fouilles intelUgentes et bien conduites qui ont presque subitement créé de toute pièce la science préhistorique française.
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Cet enthousiasme a manqué à l'Amérique dont le sol serait pourtant si curieux à interroger. Malgré les efforts de quelques savantS; la science précolombienne est encore à faire.
Plusieurs travaux importants, notamment le grand ouvrage de M. Charles Rau, sont en préparation. Mais en attendant que l'on puisse en prendre connaissance, l'Exposition universelle de Philadelphie fournit des documents fort intéressants à étudier.
Le gouvernement des Etats-Unis a réuni dans un bâtiment spécial toutes les productions du sol américain. L'ethnographie locale y occupe un large espace, les collections particulières se sont ajoutées aux collections officielles et l'on peut admirer, entre autres, une vaste série d'objets anciens en os, en bois et en pierre taillée ou polie.
' Tout d'abord il faut se méfier de l'arrangement qui a présidé au classement de ces objets car on n'a tenu compte ni de la simultanéité des découvertes, ni de la communauté d'origine, et l'on a simplement rassemblé les objets de même aspect, mettant d'un côté le silex éclaté, d'un autre les pierres polies, ici les objets grossiers, là les spécimens bien travaillés, séparant les poteries des outils ou des armes qui les accompagnaient. . ~ :m j
Néanmoins en tenant compte des provenances qui sont généralement bien indiquées et nous aidant surtout des complaisantes explications de M. Charles Rau, nous avons pu voir un peu clair dans ce chaos trop méthodique.
Un point important, c'est qu'il est assez facile de distinguer un objet de pierre ancien d'un objet de pierre moderne. Les indiens actuels qui ont conservé l'usage de la pierre pour leurs casse-têtes et leurs pointes de llèches, ont perfectionné leur fabrication, au contact des Européens, ou plutôt ils n'ont persisté dans l'emploi des outils de pierre que dans les, cas où le choix de la matière employée réuni au soin donné
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à sa préparation leur permettait de lutter sans désavantage avec les produits d'une civilisation plus avancée.
D'autre part, on n'a aucun exemple d'objets en pierre trouvés à de grandes profondeurs ; tous sont ramassés presque à tleur de terre ou recueillis dans des nionnds funéraires (tumuli). Aussi il serait dangereux, pour le moment, de séparer en âge de la pierre taillée et en âge de la pierre polie des spécimens trouvés dans des conditions identiques et plus souvent réunis ensemble.
On n'a donc à examiner très-probablement qu'un âge néolithique renfermant de grandes variétés, et jusqu'à présent il faut renoncer à signaler une époque paléolithique contemi)0raine des grands fossiles américains.
Les savants de ce pays ne font pas remonter les débuts de leur âge préhistorique fort au-delà de notre ère, et ils supposent que le Nouveau Monde fut peuplé par des hommes qui avaient déjà fort dépassé la barbarie paléolilhi({ue.
11 y aurait peut-être quelques réserves à faire à ce sujoL, particulièrement en ce qui concerne le Mexique et le Pérou dont la civilisation déjà fort développée à l'arrivée de Christophe Colomb avait nécessité pour se perfectionner un temps forcément plus long que celui que proposent les archéologues de l'Amérique.
Quoiqu'il en soit, si les collections que nous visitons no peuvent jusqu'à présent, nous donner aucun renseignement chronologique, il n'en est pas de même pour la lumière qu'elles jettent sur la géographie des peuples antiques du Nouveau Monde.
Soit qu'il s'agisse de haches, de couteaux, de llèches, de lances, les formes sont variées à l'infini, et chaque contrée se spécialise par la matière employée, ou par un art sui generis.
C'est ici le côté attrayant de l'âge de pierre américain. Il sera facile de faire l'histoire des migrations en suivant les traces d'un art connu, et c'est, en attendant mieux, une tâche
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tout indiquée pour les adeptes de la science qui nous occupe. . ;,, ,,
La variété des types est si grande que non-seulement on retrouve toutes les formes connues des stations françaises : Saint- Acheul, leMoustier, Solutré, la Magdeleine, etc., mais aussi les galbes plus compliqués et plus hardis, plus élégants et mieux travaillés de l'âge de pierre Scandinave. Et, en dehors de ces tailles et de ces contours qui nous sont familiers, nous voyons apparaître une infinité de formes bizarres, étranges, qui nous déroutent mais qui ont l'avantage de caractériser presque toujours une peuplade ou un pays.
Si l'on voulait décrire les richesses des vitrines de l'Exposition, il faudrait entreprendre la publication d'un volume et, comme je l'ai dit, cet ouvrage est sous presse : c'est donc à lui que je renvoie les personnes désireuses de se rendre compte des nombreux et intéressants détails de l'archéologie américaine. ■ .
Je dois pourtant signaler les poteries des niound-builders comme rappelant d'une manière frappante la contexture, le travail et le goût des vases trouvés dans la station de Chassey prèsGhagny (Saône-et-Loire). Certaines poteries danoises s'en rapprochent de moins près.
L'étude de ces objets précolombiens est grandement facilitée par l'examen qu'on peut faire, à l'Exposition, de l'ethnographie des indiens actuels. On a sous les yeux les outils qui servent encore maintenant à travailler la pierre, et l'on est vraiment surpris de voir un des employés préposés aux vitrines, tailler, avec un outil de bois de cerf, des flèches en jaspe, en obsidienne et même comme le font les Indiens modernes, en verre de bouteille. Les résultats sont parfaits et bien supérieurs aux spécimens antiques.
On remarque aussi, non sans étonncmont, que lous les objets venant du détroit de Behring portent des hiéroglyphes analogues à ceux de l'écriture antique^