‹ Compte-rendu de la seconde session, Luxembourg-1877 (volume 2)Chapitre 75 sur 117 · LA. BIBLIOTHÈQUE UE HIO-DE-JANEIRO · texte numérisé non relu

LA. BIBLIOTHÈQUE UE HIO-DE-JANEIRO

Le Survey of the Terrilories sous l'habile direction de M. J. V. Hayden a exposé des fac similc en relief de constructions indiennes, bâties dans des grottes et récemment découvertes dans le Colorado. Les objets de pierre, les poteries blanches, ornementées dans le goût des vases de Rhodes, donnent à ces découvertes un intérêt particulier.

Il faut pourtant dire un mot de l'âge de bronze qui a précédé l'arrivée des Européens en Amérique. Mais le mot sera bientôt dit, car les objets de bronze sont très-rares. On peut néanmoins remarquer qu'ils affectent très-servilement la forme des objets de pierre qu'ils cherchaient à remplacer.

En résumé, la science précolombienne est en bonne voie. Elle a, à son service, des savants dévoués, et il ne lui manque que des pionniers soigneux qui sachent faire le procès-verbal de la moindre découverte, et donnent par là, une grande importance au plus petit renseignement.

On peut même prédire que l'Amérique sera, pour ces éludes, un sol plus fécond qu'aucun autre, car l'ethnographie contemporaine du Nouveau Monde éclairera à chaque pas les savants archéologues qui s'occupent de ces questions.

M. Lucien Adam présente au Congrès une notice de M. Ferdinanil Denis sur La Bibliothèque Nationale de Rio de Janeiro.

Personne n'ignore aujourd'hui avec quelle intelligente rapidité se sont formées les grandes Bibliothèques de l'Amérique du Nord. Tout le monde connaît les dons généreux des Astor et des Lenox qui ont contribué à les former, et leur développement spontané n'est un mystère pour personne.

Il n'en est pas de même de l'Amérique du Sud. En dépit des excellents travaux de Léon Pinelo, qui datent du XVIL" siècle, on ne connaît que fort imparfaitement les grandes collections de livres répandues dans cette vaste région, et, au dire de la

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plupart des voyageurs, les Bibliothèques publiques^ enrichies fréquemment aux dépens des anciens couvents sont dans l'état le plus déplorable.

Le Brésil, le Chili et les états confédérés du Rio delaPlata forment une heureuse exception à cet état de choses si fâcheux pour le développement des hautes études. Nous ajouterons que de toutes les régions que nous venons de citer, c'est encore le Brésil qui est le plus favorisé. La Bibliothèque nationale de Rio de Janeiro est incontestablement le plus bel établissement de ce genre que l'on puisse citer dans l'Amérique du Sud, et l'on peut dire qu'il a de précieuses annexes dans la bibliothèque de l'Institut historique et géographique du Brésil et dans celle de S. M. D. Pedro d'Alcantara, qui doublent en quelque sorte sa valeur.

La Bibliothèque nationale do Rio de Janeiro n'est pas cependant d'une fondation bien reculée ; elle date tout au plus de l'année 1807, époque à laquelle D. Joaô VI, qui n'avait alors que le litre de Régent, l'apporta toute formée, pour ainsi dire, du palais d'Ajuda qu'il venait de (j[uitLer avec sa mère Dona Maria pour se réfugier au Brésil.

Un grand Bibliographe Portugais, celui que, d'un commun accord, les savants de ce pays mettent à la tète de la Science, BarbosaMachado, abbé de Sover, l'avait formée avec une sagacité rare des restes, fumants encore, de la terrible catastrophe de 1755 dont le souvenir est encore présent à ceux qui se pré- ^ occupent des grandes révolutions de la Nature, et qui porta, ij comme on sait la désolation dans Lisbonne.

Tout le monde se rappelle les brèves paroles du Marquis de Pombal parlant au Roi, 'en présence de ces ruines : Sire, il n'y a qu'une chose à faire, enterrer les morts et sauver les vivants. L'abbé Barbosa Machado prit intérieurement une résolution, conforme à ces paroles énergiques, et qui, sans être d'une difficulté aussi haute, n'était certainement pas alors d'une exécution facile, il prétendit sauver les richesses intellectuelles qu'illustraient déjà les grands noms de Gamoens etdeBarros,

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et il se mit résolument à l'œuvre au milieu dos livres amoncelés que l'incendie avait laissé échapper aux intempéries des éléments. La Bibliothèque royale de Lisbonne, en effet, périt le l*^'" novembre 1755. - . '

Un seul fait bibliographique donnera une idée de cette ruine complète. Joâo IV, souverain qu'a fait connaître parmi nous Vertot, n'était pas seulement en dépit de ses irrésolutions, un politique habile, c'étaitaussi un bibliophile passionné, en même temps que c'était un savant musicien. Il avait fait dresser de la magnifique bibliothèque musicale un catalogue attestant ses vastes recherches sur cette partie de l'art. C'est un livre d'au moins 500 pages. Lorsqu'il s'agît il y a deux ou trois ans, de rééditer ce livre précieux, le jeune savant qui voulait rendre cet ouvrage à son pays, M. Joaquim de Vasconcellos, ne put en découvrir un seul exemplaire^ non-seulement à Lisbonne, mais dans tout le Portugal, et ce fut l'exemplaire unique que possède la Bibliothèque de la rue Richelieu qui put être reproduit.

Elle était splendide, cependant, cette Bibliothèque, consumée en si peu d'heures, elle possédait les riches exemplaires des meilleurs ouvrages pubhés en Europe, et que Joâo V, qui imitait en tout Louis XIV avait fait relier par les plus habiles artistes.

Ce n'était pas, néanmoins, disons-le bien vite, pour le capitale d'une ville coloniale que Barbosa Machado avait réuni, avec le tact exquis dont il avait le secret, la magnifique bibliothèque réunie au Palais d'Ajuda pour les besoins de la Cour, c'était pour le monde lettré qui affluait alors à Lisbonne, et dans lequel figurait ce noble Francisco de Nascimento , dont Lamartine a célébré les malheurs. Lors de l'apparition de l'armée française devant Lisbonne, on empaqueta en hâte toutes ces richesses littéraires , sans se donner toujours le temps de désigner les divisions auxquelles elles appartenaient; elles partagèrent la fortune de la maison de Bragance, ellesparvinrcnl saines et sauves dans la belle cité qui devait être,

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au bout de quelques années, la capitale d'un immense empire. L'œuvre de Barbosa Machado, l'auteur renommé de la Bibliotheca hisitana n'avait point péri; loin de là, il allait porter des lumières nouvelles à une région admirable que Gamoens luimême a célébré.

Ce fut en l'année 1811 que la Bibliothèque de Rio de Janeiro lut ouverte au public brésilien. Deux conservateurs avaientété chargés d'abord de prendre les premières dispositions: Fr. (Jregorio Jozé Viegas et Joaquim Damaso avaient présidé à son installation et à ses divers arrangements. LeFr. G. Jozé Viegas ayant été élu évoque de Pernambuco le 4 avril 1820, mais n'ayant pas reçu ses bulles de consécration, se retira en 1821 avec la famille royale et retourna dans son pays. Le P. Joaquim Damaso qui appartenait à la congrégation de l'Oratoire de Lisbonne, conserva ses fonctions jusqu'en l'année 1822. N'ayant pas voulu souscrire à l'acte d'indépendance qui séparait à tout jamais le Brésil de la Métropole, il suivit la famille royale en Europe, et ne pouvant point emporter la riche bibliothèque qu'il avait en partie fondée, il dut se contenter de réintégrer en Portugal d'où ils étaient sortis, divers manuscrits. Ce départ précipité ne permit pas sans doute de faire un choix bien rigoureux, et il resta encore un grand nombre de ces ouvrages inédits, que peut consulter le public érudit de Rio de Janeiro. ,

Nous ne saurions suivre ici dans tous leurs développements les heureux progrès de cette bibliothèque, nous nous contenterons de rappeler que vers 1874 elle offrait déjà un total de 120,000 volumes. Depuis le nombre s'en est singulièrement accru ; une direction méthodique et intelligente a su faire en vue des besoins du pays des choix sagement médités.

De l'époque de sa fondation jnsqn'à l'année 1870, la Bibliothèque de Rio de Janeiro a compté cinq bibliothécaires qui ont exercé leurs fonctions durant l'espace de 48 ans. Ils appartenaient presque tous à des ordres religieux, et il était natiii'cl ifu'ils ;ip}ili([uassenL leurs soin^; à l'accroissement du

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fonds de théologie, et aux recherches sur les auteurs portugais qui ont brillé durant la grande période du XVP siècle. Les sciences naturelles, les vestiges qu'ont laissés sur leur douloureux passage les anciennes nations indiennes, les précieux écrits même qu'avaient légués au pays les anciens missionnaires, l'histoire des arts cultivés avec éclat dans l'Ancien Monde, les ont forcément moins occupés que les écrivains contemporains de Gamoens ou leurs successeurs immédiats.

La Bibliothèque de Rio possède aujourd'hui 99 incunables, ce qu'on ne pourrait constater, nous le supposons, dans aucune des autres bibliothèques de l'Amérique du Sud ; elle se fait gloire d'offrir à l'admiration desBibUophiles les deux éditions de 1572 des Lusiades, qu'on éprouve le regret de ne point voir tîgurer encore sur les riches catalogues de la Bibliothèque nationale de Paris. Avant ces dernières années, on y eût cherché vainement l'ample collection de revues scientiliques publiées à l'Etranger, et de livres consacrés uniquement aux progrès des sciences exactes, qu'elle possède maintenant, et dont elle accroît journellement ses collections devenues pour le pays d'une ressource incontestable.

Ce n'est pas que le jeune et savant directeur de cet établissement, M. Benjamin Franckhn Ramiz Galvào ait le moins du monde abandonné les traces de ses devanciers. Si nous avons bonne mémoire, le premier ouvrage qu'il a publié a pour titre : 0 piilpito no Brasil, étude biographique et critique des orateurs sacrés brésiliens. Mais un voyage exécuté récemment en Europe, et un assez long séjour à Paris l'ont mis à même de comprendre tout ce que l'on pouvait souhaiter d'un vaste établissement scientitique comme celui qu'il est appelé à diriger. Non-seulement il a admirablement compris combien les collections géographiques consacrées à l'Amérique devaient être augmentées, mais ce qui n'était jamais arrivé à aucun de ses prédécesseurs, il a su faire une part considérable à l'étude des Arts. - . ,

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Une magnifique collection d'estampes faisait partie de la riche bibliothèque transportée de Lisbonne à Rio, mais plus occupé, comme nous l'avons déjà dit, des travaux de bibliographie théologique qu'il avait entrepris, que de ceux qui étaient relatifs à la littérature et aux arts, le R. bénédictin français Gléau qui était en dernier lieu chargé de la garde de la Bibliothèque, en avait laissé l'arrangement, (s'il la connaissait^ toutefois !) pour des temps plus reculés. Par une réunion toute providentielle, cette splendide collection a échappé à la voracité des insectes désignés sous le nom de tracas, qui^ au Brésil, font le désespoir des bibliophiles ; elle est admirablement intacte ; et le jeune bibliothécaire dont nous avons signalé plus haut les récentes études s'occupe en ce moment à en faire le Catalogue qui sera imprimé.

M. Ramiz Galvâo écrivait dernièrement à l'un de ses confrères à Paris : « Une quinzaine de jours après mon arrivée, le hasard voulut que je misse la main sur un volume qui se trouvait comme relégué dans un coin, et que je trouvasse là (qui eût pu l'imaginer !) un volume composé d'une suite d'Albert Durer, le fameux maître de Nuremberg, ignoré de moi, comme de tous ceux qui connaissaient un peu la bibliothèque. Ce fut à la fois une surprise et une révélation. L'idée que d'autres trésors du même genre pouvaient être oubliés ici et livrés aux ti-àcas ne me laissa plus de repos. Permettez- j moi la comparaison, mon ami, Cabrai apercevant des Sargacas, ce que vous appelez des varechs et d'autres indices de la terre prochaine, ne fut pas dans une plus grande perplexité que moi. Je me mis avec une véritable fureur à chercher dans tous les coins et recoins de la Bibliothèque. (Quelle admirable richesse ! C'est un merveilleux cabinet d'estampes j que nous possédons. Outre les Durer, je trouvai des Gi-anachp et des gravures de tous ceux qu'on désigne sous la dénomination des petits maîtres allemands ; des Lucas de Leide, i des Goltzius, des Matham, des Saenredam, des Swanewelt, des PP. Pontius, des P. de Jode, des Blocmaert, etc. Je

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