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Anliquilss AïTién cames du Musée de Leyde
Coporés mterr.aUcnsi decAmernusiistssLSessw/L daLmcmhcurô
Ardrauites Amçr-i.c aines du. Musée de Levde
Oonôrés mtematwnsl des Americamstss Session de Luxerahuri^
Anticjuites Amène air. e-s dij Musée de Lsy
CnnSres mteniaUonîT des Amériainistes -Session de Lvxcmbimrô
Amiquites ArrLéRcaine.s du Musée de Leydft
Conpres mternational des Amenamisles Session deLuxembour^^
Antiquités Améncames du Musée de Leyde
Conôrés mtematonal desAméncamstes -Session de.Lvicemhourp
Âm.quiL'-s Americairies du Masse de ] .syie-
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Aîitiquiies Americaine.s du Musée de Lsyde
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Anliquitp^s Américaines du Musée de Leyde
Cor.pres mtemaUcna] des Americamstes. Session deLuxemho.
M. Lucien Adam résume un mémoire de M. C ScU«ebel intitulé : Un chapitre d Archéologie américaine.
Séjournant, en 1876, dans la capitale du Guatemala, le célèbre voyageur Bastian entendit souvent parler de ruines situées près de Santa-Lucia. C'est une petite ville de création récente, qu'on ne trouve encore mentionnée dans aucun ouvrage géographique. Cependant, comme elle date déjà de 25 ans au moins, on s'attendrait à la trouver indiquée sur la carte détaillée qu'a dressée du Guatemala, en 1860, l'ingénieur du gouvernement de ce pays, van Degehucte, et que j'ai sous les yeux. Eh bien, elle n'y est pas, et on la cherche en vain aussi dans la cinquième et dernière édition du Dictionnaire géographique de Cari Ritter^ de 1865.
Santa-Lucia est située au sud-ouest de la ville de Guatemala, dans le département d'Escuintla, sur le versant sud et en haut de la Cordilhère qui couronne le volcan del Fuego, au milieu d'un bois qui ne permet de la voir qu'au moment oii on y entre. Les ruines dont il s'agit sont tout près de là, et une commission du gouvernement les avait déjà quelque peu explorées en 1866. Mais quelque désir que les autorités de la capitale eussent d'être agréables à M. Bastian, on ne put mettre la main sur les documents que ladite commission avait déposés aux archives du gouvernement. L'ordre, on le sait, n'est pas précisément la vertu cardinale des petites républiques de l'Amérique centrale.
Le savant ethnologue berlinois arriva donc à Santa Lucia, vierge de tout renseignement positif, et les ruines se découvrirent tout d'abord à ses regards sous la forme d'une vingtaine de blocs de pierre, longs de douze pieds et plus, avec une largeur de un à deux pieds et une épaisseur de trois à quatre pieds. Tous étaient, sur l'un de leurs côtés, couverts de haut-reliefs représentant des scènes mythologiques d'un caractère spécial, sans rapport appréciable avec celles qu'on voit figurées sur les monuments mexicains et mayas. L'exé-
304 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES.
cution technique de ces sculptures parut à M. Bastianpour lei moins égale sinon supérieure à toutes celles déjà connues de l'Amérique ancienne. Elles présentent encore ceci de particulier que chacune d'elles constitue un sujet complet pour chaque bloc et n'enjambe jamais sur celle du bloc voisin, bien que toutes ces pierres évidemment aient servi de revê-j tement aux parois de quelque temple.
Continuant ses explorations, le voyageur vit un autre groupe d'antiquités, non loin delà, dans la plantation de sucre de don Manuel Herrera. C'étaient, en grande partie, des têtes de pierre de proportions colossales et d'un type aussi expressif qu'inconnu. Il y avait aussi des figures d'animaux, paraissant représenter des caïmans et des tapirs. Toutes ces têtes gi saient trois par trois, d'égale distance d'un groupe à l'autre et se faisant vis-à-vis comme pour indiquer des rangées de* colonnes.
La troisième localité que visita M. Bastian, à une heure environ de Santa Lucia, près de l'hacienda de los Tarros, lui réserva la surprise de trois bustes en pierre de dimension?
gigantesques, gisant en demi-cercle au milieu d'une forêt. L'archéologie américaine ne connaît assurément pas d'effigie qui soit plus intéressante sous tous les rapports, et néanmoins, quoiqu'on connût l'endroit qui recelait ces produits d'un art antique et cela depuis que M. Grosby, fit, en i861, un rapport sur les ruines de Santa-Lucia à V American Ethnologie Society, à New-York (1), aucun voyageur européen n'eut l'idée d'y aller voir, alors même que, comme Brasseur, Bernouilli et Berendt, ils n'avaient, pour ainsi dire, qu'un pas à faire, penqu'ils parcouraient le Guatemala. Bancroft, en conséquence, ne mentionne pas même ces antiquités dans son grand ouvrage.
En vérité, les ruines ont leur destinée comme les livres, et il fallait, pour nous révéler celles-ci, qu'un jour, à deux mille 'lieues de là, un savant berlinois en entendît parler dans une conversation de deux minutes, et sans y attacher sur le moment aucune importance.
L'importance spéciale des ruines de Santa-Lucia est dans le buste de l'hacienda de los Tarros. Il présente un type américain qu'on ne connaissait pas encore, et dont nous donnons le dessin à la page suivante.
L'aspect de ce buste donne lieu à quelques réflexions que je me permets de présenter ainsi qu'il suit.
J'ai vu beaucoup de monuments américains et je doute que les types en diffèrent- essentiellement^ comme le dit M. Jomard à la page 181 du 7* volume de la Revue orientale et américaine. Il serait plus vrai de dire, avec M. Viollet-le-Duc, que l'analogie de style entre tous les monuments anciens
(1) On y lit : The government received advices a few days ago
"(en Nov. IR^r of the ruins of an immense city, which hadjust
been discovered. It is buried in a dense forest in the province of
Esquimitha (about 56 miles from Guatemala city) and is said to
contain a very large number of fine spécimens of sculpture.
GONGUES DES AMEIUGAMSTES.
Buste de. rhiiclenda de los Tarros.
5 ARCHEOLOGIE AMERICAINE. 'i8|l|l|f7
américains est un fait qui saute aux yeux. Gela est exact surtout quant aux œuvres de la sculpture. Les sculpteurs américains se sont complu avec une verve digne des Euménides d'Eschyle, à produire des masques humains où le bizarre le dispute au terrible, et le grotesque au terrifiant. Il y a longtemps déjà que ce fait m'avait suggéré la remarque, que la statuaire américaine était parvenue à réaliser l'idéal de la laideur, et bien qu'on ait trouvé mon jugement trop sévère, de nouvelles études ne me permettent pas de le retirer ni même de le modifier. -j
Rien ne s'oppose à voir dans les anciens Américains un peuple admirablement doué sous le rapport artistique. Euxmêmes en étaient si convaincus qu'une de leurs grandes races s'honora du nom d'artistes, s'il est vrai que le nom de Toltèque veuille dire artiste (1). En tout cas, il est certain que ces peuples montraient un beau talent dans l'architecture, dans la céramique, dans la ciselure, dans le tissage, dans la broderie, et en général, dans n'importe quel art technique ou industriel. Ils y ont créé des œuvres qui feront l'admiration de tous les temps, et M. Viollet-le-Duc a raison de dire que les monuments de la Grèce et ceux de Rome de la meilleure époque égalent seuls la beauté de Fappareil de l'édifice de Mitla, dit la « Maison du Curé » (2). Quant à la pureté et à l'élévation de l'art, c'est différent. Quelque riches et grandioses que soient, par exemple, l'architecture du Palais des Nonnes à Uxmal et celle du Palais du Gouverneur au même endroit (3), — et M. Gharnay y voit la dernière expression de la civilisation américaine (4) — elles ne peuvent certainement pas disputer le
(1) V. Sahagun, Hist, gen. de las cosas de Nueva-Espana, 1. X, c. 29, S 1.
(2) VioUet-le-Duc, Cités et ruines américaines, in-8°, p. 77.
P (3) V. Album de M. Désiré Charnay, planches 30, 39, 44 et 47, (4) Cités et Ruines américaines, p. 374, 437. , .ij.-,- ■ •/ ■ -. r-
308 CONGRÈS DES américanistes. 6 II
rang aux œuvres de la grande architecture classique qui s'appellent le Parthénon et le Panthéon, tous les deux dignes d'être la demeure de la Minerve de Phidias. Et c'est encore vrai quant aux détails, ainsi qu'il devient évident lorsqu'on compare les frises du palais d'Uxmal, où l'art américain a épuisé toutes ses ressources décoratives, avec les frises du Parthénon.
N'importe cependant. Convenons que les anciens Américains étaient des maîtres architectes et qu'ils excellaient dans l'ornementation à l'égal, peut-être, des Arabes. Rien n'est plus richement ouvré et fouillé que ce qui nous reste des nmrs du palais de Milla, et les photographies de M. Gharnay en rendent un fidèle témoignage.
Après cela on s'étonne que la peinture américaine ne sorte pas de l'état barbare (1) et que même leur statuaire, si habile en sa technique, reste, en ses conceptions, de niveau avec celles des esprits sauvages. La critique du goût, ou ce qu'on appelle l'esthétique, n'y trouve aucune espèce de satisfaction. On peut dire qu'il n'y a pas de litige entre l'art américain et l'art classique. Etre supérieur dans les arts plastiques est, à vrai dire, le point d'honneur de la civilisation humaine, en effet la perfection de ces arts suppose celle de l'art littéraire. Le chef-d'œuvre de la statuaire grecque, l'Apollon de Belvédère serait impossible sans la préexistence du chefd'œuvre de la poésie grecque, l'Iliade. On est d'accord, je crois, sur ce point, que l'artiste a puisé sa conception dans le chant 15^' de l'Illiado. Qu'on le relise depuis le vers 307 :
TT/sosôîv Si XI auTOW <I>oiêoî ATtiA/wv, etc.
(1) Je puis m'abstenir d'en parler longuement, car tout le monde est convaincu que rien de ce (lui nous reste de la peinture américaine ne soutient un seul instant la comparaison avec les beaux vestiges de la peinture décorative des Anciens qu'on a trouvés au Palatin, et dont on peut voir les copies dans le vestibule de l'Ecole des Beaux-Art^, à Paris. . • ■ .
7 ARCHÉOLOGIE AMÉlilCAlNE. 309
Phébus agite devant lui l'égide éclatante de feux, pour frapper les Grecs d'une terreur profonde, etc. ». Toujours, en effet, la grande littérature ])récède l'époque qu'illustrent les beaux-arts.
Ainsi donc, l'état de la statuaire chez les anciens Américains nous permet d'affirmer qu'ils n'ont pas eu de grande littérature. M. Brasseur nous dit que les poètes jouissaient chez eux d'une grande influence, et qu'ils composaient des ouvrages « du genre le plus élevé », dont « plusieurs sont arrivés jusqu'à nous ». On regrette que le savant voyageur soit resté sur cette affirmation et qu'il n'ait pas pris la peine de la justifier par un exemple. Mais je crains fort que cet exemple eût été à la hauteur de l'échantillon qu'il nous donne « comme l'unique production complète de l'art dramatique des anciens Américains, que l'on ait, en Europe, dans son entière originalité », et dont le nom est Rabinal-Achi. Le procès serait donc suffisamment instruit et nous permettrait de dire que la flûte toltèque et le tambour quiche ne soutiennent pas un seul instant la comparaison avec la flûte d'Apollon et avec la lyre de Polymnie (1).
Mais je laisse ce sujet qui sort du cadre de l'archéologie proprement dite, et je reviens aux arts plastiques, à l'art plastique par excellence, la sculpture, pour soutenir que, loin d'avoir, dans les limites du possible, réalisé l'idéal du beau, les artistes américains n'ont pas même tendu à le connaître. Stephens prétend, il est vrai, qu'on voit à Palenqué « les restes d'une belle tète et de deux corps d'une justesse et d'une beauté de proportions qui se rapprochent des modèles de la Grèce antique : among them were the fragments of a bëautifui hoad and of Iwo bodies, in justness of proportion
(1) Je crois que la seule inspection du type américain préféré quô voici, suffit déjà à nous convaincre de cette vérité. Quand on est
COiXGRES DES AMERICANISTES.
and symmetry appvoaching the Gveek models (i) ». Mais ni l'habile Gatherwood, son compagnon, ni Waldeck, l'élégant dessinateur, ne reproduisent pour notre édification ces beaux morceaux. On sait d'ailleurs que les pays exotiques jouent d'étranges tours aux voyageurs.
Le fait est que les artistes américains n'ont constamment eu en vue que la laideur dans ce qu'elle a de plus repoussant, de plus sinistre et de "plus terrifiant. Quand ce n'est pas la forme aztèque qui les inspire, c'est l'efl'royable beauté du tigre et aussi celle du caïman, dont on vantait la chair à M. Char-
fait sur ce patron-là, le physique est réellement lo miroir de l'àme. C'est l'idéal de l'eunuque.
pi. 22. Alb. de Waldeck.
(1) Stcplicn, Incidents of traicl in Central Avierico, Chiapas and Yiicatan, II, 347; éd. 1843.
iiay comme une nourriture saine et agréable. Voilà la mesure du goût américain. Mais nous n'avons pas besoin du caïman pour l'expliquer.
En effet, la source d'inspiration principale des arts plastiques a toujours été et sera toujours le sentiment religieux et les croyances que ce sentiment fait naître. Or, ces croyances on sait ce qu'elles étaient chez les anciens Américains : rien de plus cruel et de plus sanguinaire. La pratique de dévotion la plus générale et la plus répandue était de se tirer du sang devant les autels des dieux (1), et les boucheries humaines étaient en honneur du Nord au Sud. Le prêtre arrachait le cœur aux victimes vivantes, elle dévorait palpitant, à la face du soleil (2). Peut-être est-il des esprits parmi nous qui trouvent cela beau d'horreur, mais c'est une phrase, et le vrai est que l'art qui vit sur l'horrible ne saurait avoir une idée de la seule beauté vraie qui soit, la beauté morale. C'est la beauté morale, par conséquent, qui est le principe du beau plastique : une nation seulement qui produira un Socrate et un Aristide pourra donner le jour à un Phidias et à un Praxitèle, mais l'artiste nahuatl se verra confiné dans le monstrueux et il produira, habituellement, des formes comme celles ci-contre, qui sont sculptées sur un bas-relief de l'autel du temple de Palenqué.
(1) Brasseur. Monuments anc. du Mexique, p. 36.
(2) Tous les anciens Américains mangeaient la chair humaine avec un extrême plaisir : Omnes cum magna voluptate vescuntur, dit Osorio des indigènes du Brésil. Voyez pour les détails son ouvrage de Rébus Emmanuelis régis Lusitaniœ, fol. 56 ; éd. Colonise Agripp., 1574 8°. — Il est vrai que le fait de l'anthropophagie est observé même dans l'Islamisme. Les nègres Vouambembé sont mahométans et cannibales à la fois. (Speke. Voij. aux Sources du Nil, p. 101, tr. Forgucs). Mais ce sont des nègres, c'est-à-dire une race réellement inférieure.
CONGRÈS DES AMÊRICANISTES.
Planche :23, Album de Waldeck.
ARCHEOLOGIE AMERICAINE.
Planche 24, Album de Waldeck.
Certainement, l'art le plus parfait qui soit, l'art qui a créé la Vénus de Milo et l'Apollon du Belvédère (1), a connu, lui aussi, des formes qui ne le cèdent en laideur à aucun produit plastique de l'ancienne Amérique ; il a, pour tout dire, produit
(1) Nous n'en avons malheureusement pas l'original. Le marbre du Vatican est une copie ou, comme dit Brunn, une libre reproduction. Il paraît que l'original était en bronze et que nous en aurionsla copie incomplète dans le bronze StroganofF. Voyez du reste la dissertation de Brunn, Ueber den Apollon von Belvédère, dans les Verhandlungen der Sô" Versammlung deutscher Philologen (1868.)
CONGRES DES AMERICANISTES.
la Gorgone dont le regard cause, comme ce nom de Gorgone le fait déjà pressentir (yopyôç; yo^ybv cpdv), l'horripilation de la pem*. Mais n'oublions pas que cette personnification de l'horrifiant est, en principe, étrangère à la Grèce (1), que l'art grec a eu hâte de se débarrasser d'une image qui faisait son cauchemar, et qu'il n'a pas tardé à transformer l'image du tout au tout. Un des maîtresdema jeunesse, le savant archéologue Levezovv, a écrit à ce sujet un mémoire des plus substantiels, où il montre les évolutions rapides que le génie du beau plastique de la Grèce a fait subir au type plein d'épouvante du monstre primitif, un gorille sans doute ou quelque autre singe (2).
D'abord, tant que dura l'époque mythique, la laideur des images dérivées du type précité, se maintint et fut capable de mettre en déroute la joyeuse armée de Bacchus, de faire glacer
(1) Schoemann, die hesiodische Théogonie, p. 131.
(2) Levezow, Ueber die Entioickelung des Gorgonen Ideals in der Poésie und bildenden Kimst der Alten, dans les Mémoires de FAcad. de Berlin, 1832.
le sang dans les veines du fiancé d'Andromède et de l'amant de Danaé, ou de pétrifier ceux qui bravaient son aspect, comme cela arriva à Atlas.
Mais le monstre ne put tenir contre le ciseau d'un Myron ou d'un Phidias, et il finit par prendre cette expression de beauté démoniaque et de grandeur tragique qu'on lui voit sur la coupe Farnèse^ au musée de Naples.
310 COXGUÈS DES AMEUICA.MSTE5. 14
Voilà lo triomphe d'un art qu'inspirait la religion toujours sereine do l'Olympe. Il savait idéaliser la laideur au point de rendre jalouse Minerve elle-même (1), car la Gorgone idéalisée fut aimée par un grand dieu, (Neptune), chantée par un grand poëte (Pindare) (2) et, ce qui est presque plus significatif encore , admirée par un grand avocat (Gicéron) (3).
Rien de semblable à cette perfection de l'art plastique ni même d'approchant ne se voit parmi les œuvres de la sculpture américaine. Nous en avons déjà administré la preuve, et celui qui voudra contrôler notre jugement, n'a qu'à passer en revue les Antiqiiities of Mexico par Aug. Aglio. Geux auxquels cet énorme ouvrage en 7 vol. gr. in-folio ne serait pas accessible, pourront consulter les publications de Stephens, deTschudiet Rivero, de Waldeck, deGharnay, les planches que M. Angrand a jointes à sa Lettre sur les Antiquités de Tiaguanaco, dans le Haut-Pérou, et aussi les Archives de la Société Américaine pubUéesparmon savant ami M. Ed. Madier de Montjau (4). En vérité, on finit par être énervé de l'aspect sans cesse renouvelé de tous ces masques et visages laids et grimaçants. Le cas d'une exception comme celle que nous offre la planche 25 de l'album de Waldeck m'a paru si singulier qu'étant allé aux renseignements chez Stephens dont les reproductions sont faites sur les photographies de l'habile Gathervvood(5), j'ai vu
(1) V. Ovido, Mctam, IV, 800.
(2) Pindari Pithia XII, 12 199.
(3) Cicéron contre Vm-rès, liv. IV, 56.
(4) V. surtout pi. V et XX, et la figure 2, p. 311.
(5) Stephens, Incidents of travel in Central America, Chiapas and Yncataii. II, ad pag-. 349; 11« édit. 1841.
que le lithographe Waldeck avait permis à son crayon de nous présenter une belle infidèle (1).
Maintenant, je reviens aux monuments de Santa-Lucia. Il fauf, bien convenir que leur aspect nous révèle des traditions et une école d'art qui paraissent foncièrement différentes de toutes celles que, jusqu'ici, on connaissait aux Américains. Qu'on examine le buste de l'hacienda de los Tarros. Cette lourde face qui vous dévisage, maussade et renfrognée, ne prête pas précisément à des comparaisons olympiennes, mais du moins sa laideur n'a rien de monstrueux. On dirait un vieux moine bouddhiste, abruti par les exercices d'une religion toute mécanique et mécanisante. Ça doit être, comme nous dirions, ■ un abbé crosse et mitre. Bizarrement coiffé d'une espèce do courge ou calebasse qui garnit un vase rempli d'un bouquet de feuilles d'oiî s'élancent, symétriquement, deux tiges d'agaves fleuries, il est accroupi sous un dais, les épaules enfoncées dans une lourde chape qu'agrafe sur la poitrine le symbole accouplé du lingam et de l'yoni. Nulle part ce symbole n'est mal vu ; les pays chrétiens le connaissent et l'apprécient comme les pays païens (2), mais l'état encore fort peu avancé de nos connaissances historiques sur l'ancienne Amérique ne nous permet de rien affirmer sur la religion à laquelle appartient notre personnage. C'est pourtant l'histoire qui pourra seule trancher la question archéologique qui est en litige ici, à savoir, si les monuments plastiques de Santa-Lucia sont autochthones ou s'ils suivent une tradition asiatique. A ne les juger que sur la vue, on affirmerait leur origine asiatique et, spécialement bouddhique. Mais faute d'indices historiques
(1) «M. Waldeck,» dit le rapport officiel au ministre, «se laisse induire à tracer sur le papier un peu plus de choses qu'il n'en voit an réalité.» (V. Monuments anc. du Mexique, p, VI, et p. XIII).
(2) Voir les témoignages dans le Mythe de la femme et du serpent \}W Ch. Schœbel, p. 41.
318 CONGRÈS DES AlIKRIGANISTES. 16
précis, il serait périlleux de se prononcer. Tout ce qu'il nous est permis d'assurer d'une manière générale, et cela parce qu'il y a une preuve géologique bien constatée, c'est que l'élément asiatique s'est fait une place dans les origines américaines. En effet, beaucoup d'idoles ornementées qu'on a trouvées dans le Mexique et dans l'Amérique centrale sont faites d'une roche inconnue au sol américain. Or, cette roche ou pierre qui est la néphrite, celle précisément qui est une variété du jade chinois, n'est à l'état géologique que dans la haute Asie orientale et septentrionale (1). Les idoles américaines qu'on trouve faites de néphrite indiqueraient donc la provenance asiatique du peuple américain qui les possède, tout comme les idoles de la femme de Jacob indiquaient l'origine araméenne de la belle et rusée Rachel (2). L'histoire est là pour nous dire que les peuples emportent dans leurs migrations les choses sacrées du sol qui fut leur berceau, et qu'ils laissent volontiers à la terre dont ils vont prendre possession ses dieux vaincus. Le mot attribué à Marcellus quand les Romains vinrent dans la Grande-Grèce : laissons aux Tarentins leurs dieux irrités, Relniquamus, Tarentinis deos suos ivatos, explique, dans sa portée historique, la présence des idoles de néphrite sur le sol de l'ancienne Amérique ; les envahisseurs y ont apporté avec eux leurs dieux aborigènes.
M. Valdeinar iSehmit. Le Musée des antiquités de' Copenhague possède plusieurs objets en néphrite, notamment des pointes de flèches provenant du Groenland. A
(1) Schaafhausen dans le Compte-Rendu des séances de la Société des sciences naturelles et tnédicales de Bonn , le 11 décembre
(2) Y. Genèse, XXXI.