‹ Compte-rendu de la seconde session, Luxembourg-1877 (volume 2)Chapitre 78 sur 117 · UN ABRI EN PENSYLVANIE · texte numérisé non relu

UN ABRI EN PENSYLVANIE

mon avis, rien n'autorise à affirmer que la néphrite ne se trouve pas^ en Amérique, à l'état géologique. , i ;

M. Sladler de Montjau. D'ici à peu de temps, mon ami M. Schœbel, publiera un travail qui, approuvé ou non, sera fort remarqué. Je crois rendre service à la Science en annonçant cette publication qui sera le développement et l'application à la question des populations américaines du système de Jaeger, auteur allemand à peu près inconnu en Allemagne, qui fait descendre toutes les races humaines du pôle boréal. M, Schœbel se propose de rechercher si les populations américaines n'ont pas rayonné du pôle vers l'équateur.

M. Emile Gulmet. Je suis fondé à croire que le jade et la néphrite se trouvent en Amérique. Au surplus, c'est là une question sur laquelle il y aura heu de revenir.

M. madler de MoMtJau. Je n'entends point contester la présence de la néphrite en Amérique. Quant au jade, dont la nature est si voisine de cette roche, il a pu être apporté dans le Nouveau Monde par les populations descendues du pôle Nord vers l'équateur.

M. Lucien Adam présente et résume un mémoire de M. S. S. Haldemanii, intitulé : Un abri en Pensylvanie (A Rock-retreat in Pennsylvania).

Cet abri est situé non loin de la base occidentale et sur le front d'une falaise de quartzite à veines de quartz blanc se dressant parallèlement à la rivière Susquehanna, de laquelle elle est aujourd'hui séparée par une voie ferrée distante d'en-

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viroii 14 mèlres, et par un canal distant de 22 mètres. Autrefois la rivière atteignait le pied de la falaise, et lorsqu'elle était gonflée par des crues ou obstruée par les glaces, il arrivait quelquefois que ses eaux envahissaient l'abri. Le 18 mars 1875, des masses de glace accumulées contre l'abri forcèrent la porte et envahirent le rez-de-chaussée de ma propre maison qui est située dans le voisinage. Le site, bien que plus pittoresque, rappelle celui de Cromagnon {Reliq. Aqiiitaniese, p. 64).

L'abri est une cavité naturelle donnant accès à la lumière du jour ; il est formé par une voûte anticlinale, haute d'environ deux mètres (7 pieds) dans sa partie centrale, et s'abaissant graduellement vers le sol .dans toutes les directions, de ' manière à couvrir un espace d'environ quatre mètres du nord au sud (parallèlement à la rivière) et de 3'", 70 de l'est à l'ouest. La roche de quartzite est très- dure, et elle ne présente aucune apparence soit de travail humain soit d'érosion,

par l'action des eaux.

La localité est située à 132 kil. (82 milles) à l'ouest' de Philadelphie, et à 3 kil. au nord de Golombia en i Pensylvanie, sur le territoire du village de Chickis, où l'on travaille le fer et dont le nom est emprunté à un cours d'eau voisin (400 mètres plus au nord) : le Ghickiswalungo, nom qui, dans la langue des Delawares ou Lenâpes, signifie « place de l'écrevisse ». Ce crustacé (astacus) se rencontre dans le cours d'eau, et la tribu des Lenâpes a occupé cette région durant la période historique. Au nord du Ghickiswalungo se trouvent des strates calcaires fournissant de la pierre à chaux qui, avec le quartzite de la falaise et le quartz blanc de ses veines, servait à faire des pointes de flèches. Entre le cours d'eau et l'abri, il y a une belle source vive, et à côté un volumineux galet du diluvium, à la surface supé-| rieure duquel on remarque une cavité ronde qui n'est peut-

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être qu'une dépression naturelle élargie intentionnellement de manière à former un mortier (1).

Dans la photographie ci-jointe, le poteau au nord, c'est-à-

; (1) Comp. la fig. 199 du docteur Abbot dans le Smithsonian ■Report, 1876.

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dire à la gauche du centre, mesure 28 cent. (11 pouces) de diamètre ; à gauche de ce poteau le sol est demeuré dans son ancien état, mais j'ai fait nettoyer la partie au sud ou à main droite ainsi que tout l'intérieur, afin de faciliter l'exploration. Le sol extérieur est composé d'arg-ile mêlée à des fragments anguleux et à des masses de quartzite et de quartz provenant de la roche qui le domine. Plusieurs masses semblables de même nature ont été trouvées dans l'intérieur de l'abri ; elles se sont probablement détachées de la voûte. Bien que ces fragments soient anguleux et sans trace d'érosion, de nombreux cailloux de rivière roulés par les eaux, ayant plus ou moins d'un centimètre de diamètre, se sont rencontrés à l'extérieur et à l'intérieur, mais ils n'étaient ni accumulés ni stratifiés, comme s'ils avaient été apportés par les eaux. Quelquesuns ont sans doute été transportés par les glaces, mais il se peut que les autres aient été collectionnés pour servir de claquets, les jouets de cette sorte étant très-communs parmi les sauvages.

Les objets que l'abri contenait reposaient sur une couche d'excellent terreau noir, épaisse de 76 cent. (30 pouces), formée non d'alluvions mais de détritus de plantes, de feuilles et de racines. II a peut-être bien fallu de deux à trois mille ans pour former une couche de cette épaisseur ; et, comme j un certain nombre de pointes de flèches étaient endommagées et en mauvais état, je pense que l'abri a dû être occupé il y a au moins deux mille ans (1), et que cette occupation s'est prolongée jusque dans la période historique — une balle en plomb et trois grains de verre s' étant trouvés parmi les débris, à l'extérieur. De ces grains, l'un avait conservé son poli originel tandis que les deux autres étaient devenus rugueux.

(1) Le docteur C. C. Abbot (Amer. Naturalist, Feb. 1876, p. p. 67-68) est d'avis qu'il faut treize siècles pour former dix pouces de terreau végétal, et ici nous avons trois fois cette épaisseur.

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