UN ABRI EN PENSYLVANIE
Une petite pointe de flèche triangulaire en cuivre appartient peut-être à cette dernière période.
A l'exception des fragments de pierre détachés de la roche elle-même, nous sommes fondés à inférer que tous les objets découverts dans cet abri y ont été apportés par l'homme, y compris les pierres rondes provenant du gravier de la rivière, et non- seulement les marteaux ou percuteurs portant d'un côté ou de deux une dépression artificielle destinée à loger le pouce et les doigts, marteaux dont les bords ont été brisés par l'usage (1), mais encore les spécimens exempts de toute marque artificielle et paraissant avoir été colligés en vue d'un emploi ultérieur.
Il y avait là environ 150 cailloux d'un volume (environ 5 centimètres ou deux pouces) permettant de les employer comme projectiles, et qui peuvent avoir été amassés en partie pour la défense personnelle ou pour s'en servir à la chasse, je dis en partie, car on avait détaché des deux tiers d'entre eux des fragments formant quelquefois le quart ou la moitié de l'échantillon, sans doute pour vérifier par cette cassure si la matière première convenait à la fabrication des pointes de flèches — hypothèse qui a été adoptée indépendamment des remarques faites par le docteur Abbot (2).
A en juger par le nombre des pointes de flèches, soit encore entières, soit brisées (environ 400, y compris plusieurs pointes de lances et de javelots de pèche), et par la quantité d'éclats
(1) Ces outils ressemblent à ceux qui ont été figurés par Nilsson {L'âge de pierre, Paris 1868, p. p. 31-33; pi. 1, fig. 1, 2, 7, 9, 11).
(2).,. Il y a sur les emplacements anciennement occupés par les ateliers des fabricants de flèches, non-seulement une grande accumulation d'éclats de roche le plus communément employés pour faire des pointes de flèches, mais encore quantité de cailloux roulés provenant du lit des rivières et des ruisseaux, lesquels ont été cassés en deux ou éprouvés de toute autre manière, afin de voir par la première cassure si l'on pouvait les utiliser plus tard.
324 CONGRES DES américanisïes. B
(plusieurs litres), l'abri semble avoir été occupé par une succession de fabricants de flèches. Les spécimens présentent assez de variété pour qu'on y puisse suivre les différentes phases de la fabrication depuis la première fracture du caillou jusqu'à la fin de l'opération, l'extrémité de la pointe étant terminée en premier lieu (2), et en dernier, un cran ayant été entaillé à la base, de chaque côté.
Les pointes de flèches diffèrent entre elles par la matière première, les dimensions; le fini, et il serait nécessaire d'en donner des dessins. Quelques-unes des formes les plus anciennes ressemblent à celles de la planche VI, fig. 3, 8, 12 des Reliq. Aqiiilanicse. Le quartzite et le quartz blanc, qui sont cependant les matériaux les plus communs de la localité, n'ont été employés que rarement dans la fabrication des pointes de flèches ; on leur a préféré des pierres provenant de la rivière (et môme de la pierre à chaux) telles que pétrosilex, jaspe, basalte, argilolite. Dans plusieurs localités oi:i il fait défaut, le quartzite semble avoir été choisi de préférence, à cause de sa rareté, tandis que le quartz, matière première universellement employée, paraît avoir été ici dédaigné précisément à cause de son abondance ; mais le jaspe rouge et brun i qui est rare a été recherché, et on en a fait des pointes de ' flèches ainsi que des flnkc Jaiives, les aborigènes ayant un | goût prononcé pour les belles couleurs. '<■
Parmi les objets trouvés dansj'abri figurent quatre moi-; tiés de tomahawks perforés pour recevoir un manche, de ' l'espèce que l'on nomme hanner stones , tomahawks of honor, ou sceptres, car ces spécimens sont trop légers et trop fagiles pour servir de casse-tôtes de guerre. L'un d'eux m'a été apporté comme ayant été trouvé dans l'argile jaune
(2) Ce point a été établi par Paul Schiuiiacher qui a vu à l'œuvre; le dernier fabricant de flèches Klamath, depuis décédé. Bulletin of ifie Umjden Su.rvey, 1877, vol. 3, p. 547; pi. 29.
7 U>f ABUI EN PENSYLVANIE. 3l0
sur laquelle repose le terreau noir ; des fragments de cette argile étaient encore adhérents aux irrégularités de cet instrument, et celui qui l'avait recueilli me fit voir la place où il disait l'avoir trouvé. Etant admise l'exactitude de ce dire nous avons la preuve de l'ancienneté de ces sceptres. Il y a sur le plat du spécimen en question, comme sur celui d'un sceptre dont M. C. C. Jones a donné le dessin {Antiqiiities, 1873 ; pi. 13, fig. 3), un trou d'une faible dimension et en forme d'entonnoir des deux côtés, ayant servi probablement à régulariser l'épaisseur des cordes d'arc. Que ces objets aient été des insignes d'offices, cela paraît probable, d'après un fait que W. B. Stevenson rapporte des Araucans (1). L'insigne des quatre chefs suprêmes est une hache de bataille : en cas de guerre, s'ils élisent un dictateur qui ne soit pas l'un d'eux, ils déposent leurs insignes, car le dictateur a seul le droit de porter cette marque d'autorité.
On a trouvé dans l'abri des Flake knives d'argilolite dont le côté concave est poli, tandis que le côté convexe porte une cannelure et parfois présente le « bulbe de percussion ». Par . ses dimensions et son aspect, l'un d'eux ressemble à la figure 166 des Grave Mounds de Jervitt ou à la figure 82-4 des Prehistovic tinies de Lubbock, réduite aux deux tiers.
On y a également trouvé un grossier peson de filet de d|. pêche, en schiste, plat, long de 8 centimètres, entaillé au * milieu de chacun des bords et ressemblant au plus petit des échantillons dessinés par M. G. G. Jones {Antiq. pi. 19, fig. H), ainsi que quatre petits cailloux plats de 3 à 5 cent, de long, également entaillés et servant probablement de pesons pour la ligne à pêcher.
On n'a trouvé qu'un seul core d'où on avait détaché de petits éclats dont quelques-uns ressemblent plus ou moins à des pointes de flèches ou à des perçoirs. On a aussi recueilli
(1) Tvuentij years Résidence in Souih- America. Lonrlon, 1S25;
vol. I, p.p. 49, 51-52.
320 coiS'GiiÈs DES a:\iéuicAiMsïes. 8
euvii'un 25 perçoirs lails d'éclats cl cinq alcnes dont deux en pierre et trois en os.
Les os brisés d'animaux comestibles abondaient. Les os* creux et cylindriques avaient été fendus pour retirer la moelle ainsi que le cas s'est rencontré fréquemment. On a aussi trouvé plusieurs os de tortues (Emys ?) et des fragments endommagés de valves de coquillages (Unie cariosus, U. purpureus) provenant de la Susquehanna.
On a trouvé, outre un fragment de tuyau de pipe en terre, un spécimen tubulaire de stéatite, long de 0 centimètres, de forme aplatie et conoide, à base élargie, ressemblant assez à un court porte- cigare. On trouve en Pensylvanie des pipes de plus grande taille et régulièrement cylindriques (1).
Selon Heckervelder {Indinn n/itions, 1876, p. 204-5), les Indiens de la Pensylvanie se peignaient avec du rouge et du i noir (2) : l'abri de Ghickis nous fournit plusieurs morceaux de minéraux ferrugineux rouges et noirs ne provenant pas de la localité, ainsi qu'un pilon à couleurs dans une crevasse duquel il est resté du rouge.
La poterie cuite est représentée par environ trois cents fragments dont la matière première est de l'argile pure ou de l'argile mêlée soit avec un fin gravier de quartz, soit avec de la poussière de coquillages provenant de la rivière. Les spécimens, ornés de lignes imprimées, ressemblent à ceux que l'on trouve dans les tombeaux ou dans le sol des champs, mais ils sont d'un style que je ne me rappelle pas avoir vu ailleurs : il y a près du bord supérieur un rang d'impressions
(1) Voir Pacific Railroad Reports, 1856, vol. 3, p. 45, fig. b; ,i W. H. Holmes iu Rayden's Survey, pi. 13, fig. 7,
(2) Il en était de même à Nootka, en 1815. «. Parfois une moitié de la face est couverte de carrés de couleur rouge, tandis que l'autre | moitié Test de carrés de couleur noire ; d'autrefois la figure est jj semée de taches rouges et noires. » Adventures of John R. Jewitt,
1 l'habitat primitif des esquimaux. ^1
rondes et profondes paraissant avoir été faites au moyen d'un petit bâton cylindrique qu'on aurait enfoncé dans presque toute l'épaisseur de l'argile, de manière à produire du côté opposé un rang de mamelons correspondant à celui des dépressions. Quelques vases ont reçu les impressions dont il s'agit par le dedans, d'autres par le dehors.
On a recueilli un fragment de vase en stéatite, substance qui n'existe point dans la localité; ainsi que deux fragments minces et plats d'une pierre schisteuse ayant une partie du rebord arrondi comme si on s'en était servi pour racler la concavité des pots.
On n'a trouvé qu'une seule hache à rainure, longue d'environ 20 centimètres et large de 10 vers le milieu. Elle a été grossièrement taillée dans un grès; la rainure paraît avoir été pratiquée en frappant à petits coups, et l'on a façonné le tranchant en détachant quelques grands éclats.
On n'a trouvé ni place à feu, ni charbons.
On se propose de décrire un jour plus complètement, avec dessins à l'appui, les objets qui viennent d'être indiqués, ainsi que d'autres qui ont été recueilhs dans ce même abri.
M. Valdemar Sghmit résume un mémoire de M. H. Riaik sur U habitat primitif des Esquimaux.
Bien que la question de l'origine des Esquimaux et de l'habitat primitifde ce peuple arctique soit d'une haute importance au point de vue de l'ethnographie du Nouveau Monde tout entier, c'est à tort que l'on veut faire dépendre de sa solution celle du problème du peuplement de l'Amérique. Je n'hésite pas à dire qu'on a donné trop de relief à cette question particulière et qu'on en a tiré des conclusions prématurées. ' ^ -:-'- '^---^" . i .j>>-^^.iiM j
C'est une opinion très-répandue que les ancêtres des Es-' quimaux sont originaires de l'Asie, et qu'ils ont immigré en Amérique, soit en traversant le détroit de Behring, soitensui-
828 co^'GHKS des améhicanistes. 2
vaut la chaîne des îles Aléoutes ; aussi admet- on générale- |
ment que les Esquimaux américains sont bien plus apparentés j
avec les habitants de l'Asie qu'ils ne le sont avec les peu- i
plades du reste de l'Amérique. Tout au moins m'a-t-il semblé,
en lisant le Compte-rendu du Congrès de Nancy, que la
plupart des Américanistes qui ont pris la parole dans cette
session admettaient l'origine asiatique des Esquimaux. !
Relativement à l'hypothèse que les Esquimaux auraient immigré d'Asie en Amérique par le détroit de Behring et les îles Aléoutes, je ferai tout d'abord observer qu'une immigration semblable ne pourrait avoir été accomplie que par une • tribu de chasseurs de phoques munis d'instruments de la i nature de ceux dont se servent actuellement les Esquimaux, j ou bien par un peuple plus civilisé ayant fait d'assez grands \ progrès dans l'art de la navigation. Il est tout-à-fait impossible que des peuplades disposant exclusivement de pirogues . du genre de celles dont font usage les habitants de l'Australie j et des îles de la Polynésie, aient pu faire le trajet d'Asie en { Amérique, à une latitude aussi boréale que l'est celle des | récrions oii les côtes du Nouveau Monde et de l'Ancien sont i le plus rapprochées. - .
Maintenant, supposons pour un moment que l'immigration j d'Asie en Amérique n'ait pu s'effectuer par aucune autre voie, i Il s'en suivra qu'il nous faudra admettre que les habitants de ; l'Amérique tout entière, depuis l'extrémité la plus septentrio- j nale du continent jusqu'à la Terre de Feu, descendent, soit d'une tribu dont le genre de vie aurait été celui des Esquimaux actuels, soit d'une tribu bien autrement civilisée et possédant, en fait de navigation, des ressources considérables.
Il faut nous décider en faveur de l'une ou de l'autre de ces deux hypothèses ; mais, il est aisé de voir que, d'un côté comme de l'autre, nous allons nous heurter à des difficultés f d'une nature très-pénible.
Avant d'aller plus loin, qu'il me soit permis d'émettre un soupçon relatif à l'origine de cette théorie de l'origine asia-
3 l'habitat primitif des esquimaux.
tique des Esquimaux. Je suis convaincu que tous nous serons d'accord pour respecter le sentiment sous l'influence duquel s'est formée cette théorie, mais j'espère qu'en même temps nous reconnaîtrons tous que les recherches scientifiques doivent être complètement libres.
Nous ne sommes qu'au début de nos études, et le moment n'est point encore venu de proposer des conclusions définitives. Notre tâche consiste exclusivement à réunir des mntériaux, et il faut nous livrer à ce travail sans nous préoccuper du résultat définitif auquel aboutiront un jour nos recherches.
Quoiqu'il en soit, je dois faire remarquer qu'à mon sens l'admission de l'origine asiatique des Esquimaux est loin de prêter un appui sohde aux traditions bibliques, ou pour mieux dire aux théories qu'on a voulu faire dériver des traditions vénérables de la Bible. En effet, dès lors qu'on sépare les Esquimaux du reste de la population américaine pour les rapprocher des peuples asiatiques, on coupe, pour ainsi dire, le chemin aux autres peuples américains, et ce faisant on rend d'autant plus difficile à soutenir la thèse de l'origine asiatique de ces mêmes peuples.
Ainsi que je viens de le dire, notre tâche principale est de recueillir des faits ; lors donc que nous serons forcés d'émettre des opinions et de proposer des théories, il ne faudra pas nous écarter trop du rayon des faits que nous aurons étudiés. Maintenant revenons à notre sujet.
Les recherches auxquelles je me livre ne concernent que les Esquimaux, ce peuple chasseur des régions polaires de l'Amérique, qui habite exclusivement les côtes de la mer arctiquO; et qui se nourrit, pour ainsi dire, exclusivement des 'produits de la chasse au phoque. Je me suis principalement appliqué à déterminer quel a été l'habitat primitif de ce peuple, quel a été le pays oii ses ancêtres ont développé la civilisation qui lui est particulière, et où ils ont inventé ces instruments et engins fort ingénieux, à l'aide desquels leurs descendants parviennent à vivre dans des régions oià aucun
330 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 4
autre peuple ne peut subsister. J'ai déjà eu l'honneur de le dire au Congrès de Nancy (1), les outils, instruments et engins de chasse des Esquimaux sont d'une perfection telle que, quel que soit le génie inventeur de notre race, les Européens n'ont jamais pu apporter à aucun- d'eux la moindre amélioration.
Gomme il est absolument impossible de vivre dans les régions aujourd'hui habitées par les Esquimaux sans se faire esquimau, c'est-à-dire sans aller à la ciiasse du plioque dans la mer, il faut disposer des instruments et des engins de chasse dont ce peuple se sert actuellement. Par conséquent, les ancêtres des Esquimaux n'ont pu habiter les côtes que ceux-ci occupent, avant d'avoir inventé ces instruments ; ils ont habité ailleurs, ils se sont nourris d'une autre manière, et le pays oîi ils ont habité avant cette invention doit avoir été situé à une latitude moins boréale, sous un climat moins rigoureux. Tout cela va sans dire.
Mais où était situé ce pays dans lequel les ancêtres des Esquimaux ont vécu avant d'émigrer vers le Nord?
Notons d'abord que cette marche vers le Nord n'a pu s'opérer tout d'un coup et à la hâte. Ce n'est pas en effet, dans un moment, que se produisent des inventions aussi remarquables que celles des Esquimaux. Il a fallu évidemment un laps de temps considérable pour construire les pirogues, pour inventer les harpons et les nombreux objets qui servent à la chasse. Il doit donc y avoir eu une période assez longue durant laquelle les ancêtres des Esquimaux se sont nourris, d'une autre manière que les Esquimaux actuels, et ont commencé à aller chasser le phoque sur mer, ce qui n'a guère pu avoir lieu que près de l'embouchure d'un grand fleuve.
Tout fait supposer qu'en effet les ancêtres des Esquimaux ont habité autrefois près d'une embouchure à laquelle ils sont arrivés après avoir suivi le cours du fleuve.
(1) Compte-rendu du Congrès de Nancy, tome ii, p. 180 et suiv.
5 l.'lIAniTAT PUIMITIF DKS ESQUIMAUX. 331"
Quant à l'événement qui les a fait émigrer de leur pays ! primitif et se diriger vers le Nord, je suis disposé à croire ' que cela a été une guerre, mais je pense que cette guerre n'a fait que les mettre en mouvement, que la marche vers l'embouchure a été très-lente, et que la durée du séjour en ce lieu s'est prolongée.
D'autre part, j'ai cherché à démontrer que c'est dans la ! partie nord-ouest de l'Amérique du Nord, dans la région du Mackenzie et de l'Athna, qu'il faut chercher le fleuve ou les , fleuves à l'embouchure desquels les Esquimaux ont développé j leur civihsation, et que leurs ancêtres sont issus des régions 1; attenant aux cours supérieurs de ces fleuves.
En effet, la grande majorité des Esquimaux se trouve en •Amérique, et un petit nombre seulement habite l'Asie. Gela paraît indiquer que ce peuple est originaire du continent américain. Cependant, tout en soutenant cette thèse, je ne me dissimule point que cette seule considération ne suffit pas pour que la question soit vidée.
Mais, dans mes études comparatives sur les mœurs, la langue, la religion et les traditions des différentes tribus esquimaudes, j'ai déjà trouvé bien des choses qui confirment la thèse de l'origine américaine des Esquimaux, tandis qu'au contraire je n'ai trouvé que très-peu de faits favorables à la thèse de leur origine asiatique.
I ' Voici à cet égard le fait le plus remarquable. Dans les langues esquimaudes, comme dans les langues ougro-altaïques ou finnoises, l'indice du duel est -k, et celui du pluriel -t. En outre, dans ces deux groupes linguistiques, les mots se forment par suffixation et jamais par préfîxation. ' i
Ce sont là incontestablement des analogies ; mais ces analogies sont des faits isolés, car à tous autres égards il n'y a pas de rapprochements à tenter entre les langues esquimaudes et les langues ougro-altaïques, tandis que la comparaison des premières avec les diverses langues du continent américain met en lumière bien des traits de ressemblance. Je
332 CONGRÈS DES AMÉRIGANISTES. 6
me bornerai pour le moment à celui-ci : que la langue des Esquimaux partage avec les langues américaines le caraclère poly synthétique.
Je no disconviens pas que les analogies signalées entre les langues esquimaudes et les langues ougro-altaïques constituent un fait important; cependant, selon moi, il faut se garder de tirer de là des conclusions trop étendues. L'existence de ces analogies nous apprend seulement qu'on ne saurait être . trop précautionneux, et que la prudence commande de n'émettre des théories qu'avec une extrême réserve.
Je vais maintenant passer en revue plusieurs faits qui ont été donnés comme autant de preuves de l'origine asiatique des Esquimaux, soit au Congrès de Nancy, soit dans un ouvrage extrêmement important qui a été récemment publié par un des savants membres de ce Congrès, le R. P. Petitot; il s'agit du Vocabulaire français-osquimau.
En citant cet ouvrage, je dois dire que j'admire sincèrement le courageux et savant chercheur à qui nous le devons, et que ce livre comble une lacune très-fâcheuse de nos connaissances des langues esquimaudes. Je suis véritablement étonné que des résultats aussi considérables aient été obtenus en si peu de temps, et par un homme qui ne disposait que de moyens fort modestes.
Je suis actuellement occupé à étudier, ligne par Hgne, mot par mot, ce précieux livre qui, pour la première fois, nous permet d'établir des comparaisons entre les langues des Esquimaux do ÏEst et celles des Esquimaux de l'Ouest.
Ici, je ferai observer qu'il n'est nullement étonnant qu'en ce qui concerne les traditions des Esquimaux, le R. P. Petitot soit arrivé à un autre résultat que moi. Il faut se rappeler à ce sujet combien il nous a été difficile à, nous autres Danois, malgré tous nos efforts, malgré notre connaissance de la langue des Grœnlandais, malgré nos rapports intimes avec ce peuple, de nous procurer un recueil bien complet et bien
7 l'habitat primitif des esquimaux. 333
authentique des anciennes traditions et légendes des Esquimaux du Grœnland.
J'ai dit plus haut que l'on ne rencontre en Asie qu'un nombre très-restreint d'Esquimaux et que la masse de ce peuple occupe les côtes de l'Amérique. La partie de la côte asiatique oh se trouvent des Esquimaux n'a qu'une étendue de sept à huit cents kilomètres, tandis que les côtes de l'Amérique qui sont habitées par des hommes de cette race, ont un développement de plusieurs milliers de kilomètres. Le peuple de race esquimaude qui habite les côtes asiatiques du détroit de Behring et les bords de la mer d'Ochotzk; est celui des Tschouktses ou Tschouktses littoraux.
L'intérieur de cette partie de l'Asie est habité par d'autres peuplades qui portent aussi le nom de Tschouktses, mais qui diffèrent entièrement des Tschouktses de race esquimaude dont nous venons de parler.
La manière de vivre de ces Tschouktses de l'intérieur, ou Tschouktses proprement dits, est tout autre que celle des Tschouktses du littoral. Les premiers sont des pasteurs, et les seconds des chasseurs se nourrissant principalement, comme tous les Esquimaux, des produits de la chasse du phoque.
Gomme les Tschouktses qui habitent les côtes asiatiques avoisinant le détroit de Behring diffèrent tout-à-fait de ceux qui habitent l'intérieur, tout fait présumer qu'ils diffèrent non moins absolument des Kamtchadales qui sont leurs voisins vers le Sud.
Généralement parlant, il n'y a pas dans l'Ancien Monde, les Tschouktses du littoral seuls exceptés, de peuple qui cherche sa subsistance en chassant le phoque dans la mer, ou qui de tout autre manière se rapproche sensiblement des Esquimaux de l'Amérique arctique. Les peuples polaires de l'Ancien Monde sont tous des peuples pasteurs. Au contraire, dans le Nouveau Monde, qui possède tant d'autres particularités, les peuples polaires sont tous deà peuples chasseurs se
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nourrissant principalement de la chair des phoques qu'ils capturent sur le bord de la mer et dans les Ilots.
L'existence d'une peuplade esquimaude sur un point de la côte asiatique situé en face des côtes américaines qui sont habitées par des Esquimaux, n'a rien de surprenant, et l'on ne peut légitimement tirer de ce seul fait la conclusion que : les ancêtres des Esquimaux d'Amérique sont originaires de l'Asie. . ••• -■ ■- -•^■, -^ ':"■■ ■"■=■■' ■'■:' ■■•■•^^' ■ -.
Il est évident que les Esquimaux ont éprouvé le besoin de se répandre au loin. La diminution du nombre des phoques sur une partie du littoral anciennement habitée par ces chasseurs a dû les contraindre fréquemment à chercher d'autres côtes oiî le gibier fût plus abondant. Parvenus à l'extrémité du continent, sur les bords du détroit de Behring, ils ont dû, en allant à la recherche de côtes et d'îles hantées par les phoques, découvrir facilement la côte asiatique de ce bras de mer ; et, la découverte une fois faite, il était bien naturel que plusieurs familles allassent se fixer sur cette même côte. Les bras de mer que les Esquimaux ont été obligés de traverser pour aller coloniser le Grœnland et d'autres parties de la région arcHque de l'Amérique du Nord, sont bien plus larges et bien autrement dangereux que le détroit de Behring.
La langue des Tschouktsos cbnsseurs est absolument esquimaude, et elle diffère autant de la langue des Tschouktses pasteurs habitant dans l'intérieur des terres, que des idiomes de tous les autres peuples asiatiques. Il est vrai cependant, que certains outils et certains objets employés chez les Esquimaux le sont également chez les Tschouktses de l'intérieur, que plusieurs mots et plusieurs expressions de la langue esquimaude se retrouvent dans la langue de ces Tschouktses, et qu'en revanche l'idiome des Tschouktses du littoral possède des mots inconnus aux Esquimaux de l'Amérique. Mais cela s'explique aisément par des emprunts mutuels qui ont été la conséquence de rapports fréquents et pacifiques entre des peuplades voisines les unes des autres. En tout cas, les con-
9 l'habitat primitif des esquimaux. 335
clusions que l'on voudrait tirer, relativement à rorigino des Esquimaux, de ce polit nombre de similitudes^ seraient évidemment prématurées et téméraires.
On a parfois prétendu que la langue esquimaude présente de grandes analogies avec plusieurs idiomes de l'Asie sudorientale et aussi avec certaines langues de la Polynésie. Mais les ressemblances que Ton a relevées jusqu'à ce jour n'ont point une grande valeur. Elles nous paraissent être à peu près du même genre que celles qu'on a cherché à constater entre les langues des Peaux-Rouges et les langues scandmaves ; en réalité, elles sont de la nature des similitudes qu'avec un peu de bonne volonté on peut relever entre toutes les langues du monde.
J'ai maintenant à m'occuper d'une tradition qui a cours parmi les Esquimaux de l'embouchure de Mackenzie et du district d'Alaska, tradition suivant laquelle la race esquimaude serait originaire d'un pays situé vers le sud-ouest.
L'existence d'une tradition isolée de cette nature n'a pas une grande valeur scientifique. Il faudrait, en effet, que l'on connût tout le cycle des traditions auquel cette tradition appartient, et que ce cycle lui-même ait été recueilli par des personnes très-versées dans la langue esquimaude et familiarisées de longue date avec la manière de vivre de ces peuplades. Or, nous n'avons pas une collection complète et authentique des traditions existant chez les peuples esquimaux de cette partie de l'Amérique. Les conclusions que l'on voudrait tirer dès aujourd'hui de cette tradition isolée seraient donc tout au moins prématurées. Au surplus son authenticité paraît trèsdouteuse quand on se reporte aux traditions des Esquimaux grœnlandais.
Non-seulement il n'existe au Grœnland, dont nous avons réussi à explorer à fond les anciennes traditions, aucune tradition sur l'immigration des ancêtres dans ce pays, mais encore il n'y existe pas même une seule tradition historique. Il est donc fort probable que des peuplades se trouvant dans
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l'état de civilisation des Esquimaux ne peuvent pas posséder des traditions Instoriqiies proprement dites. L'authenticité de la tradition historique dont il s'agit devient dès lors fort problématique. Notons cependant que cette non-existence chez les Esquimaux de traditions historiques ne nous empêche nullement de déduire des conclusions historiques de la comparaison des traditions ayant cours chez les diverses tribus entre lesquelles se divise cette race arctique. Seulement, ainsi que je viens de le dire, il faudrait avoir des collections complètes de traditions parfaitement authentiques. Quant à l'origine des anciennes traditions des Grœnlandais et des autres Esquimaux, j'ai essayé de prouver que ces traditions remontent à l'époque durant laquelle les ancêtres de ces chasseurs ont inventé les instruments ingénieux dont ceux-ci se servent pour capturer le phoque dans la mer, c'est-à-dire qu'elles appartienent à l'époque oi^i les ancêtres sont devenus des Esquimaux, j'entends par là des chasseurs habitant exclusivement les rivages de la mer arctique. Depuis ce temps, les traditions sont demeurées aussi stables que les outils et que la manière de vivre. A la suite des longues migrations qu'ils ont effectuées, les Esquimaux ont fini par localiser leurs traditions anciennes dans les divers pays oii ils se sont fixés.
Le précieux ouvrage du R. P. Petitot nous fournit une preuve fort intéressante de cette localisation des traditions. L'auteur nous apprend que les Esquimaux du Mackenzie se servent pour désigner les Peaux-Rouges exactement du même nom dont les Grœnlandais font usagepour désigner un peuple fabuleux qui, conformément à leur croyance superstitieuse, habiterait l'intérieur du Grœnland. La dérivation du mot, le dédain et l'horreur qu'on attache à ce nom sont identiques au Grœnland et sur les bords du Mackenzie.
Le R. P. Petitot a aussi trouvé, chez les Esquimaux du Mackenzie, la tradition sur le pays akilinek qui joue un rôle si important dans les légendes et les récits du Grœnland. Je
11 l'habitat primitif des esquimaux. 337
ferai toutefois observer à ce sujet que le R. P. n'a pas été heureux dans son interprétation du mot akilinek, qui ne peut signifier ni « ce qui est le commencement» ni « terre première ». Akilinok est dérivé de la racine ake^ laquelle signifie « ce qui est vis-à-vis » ; c'est une sorte de superlatif désignant un pays d'assez d'extension situé au-delà de la mer. Les Grœnlandais n'attachent nullement à ce mot l'idée d'une patrie originaire ou d'un pays heureux auti'efois habité par leurs ancêtres, mais bien celle de quelcfue chose d'étranger, de surnaturel et môme de dangereux. Tout porte à croire que le même mot existe aussi chez les Esquimaux de la côte américaine du détroit de Behring, et que ceux-ci l'emploient pour désigner la côte asiatique de ce bras de mer. Il y aurait un grand intérêt à faire des recherches exactes sur ce } joint.
Au nombre des animaux fabuleux qui jouent un rôle dans les traditions grœnlandaises, il faut citer spécialement un serpent énorme dont le souvenir se rencontre dans plusieurs légendes. Gomme le Grœnland n'a point de serpents, l'existence de cette tradition nous fournit un témoignage du séjour des ancêtres des Esquimaux dans un pays où il se trouvait des serpents. Mais pourquoi chercher ce pays en Asie ? Il y a aussi des serpents en Amérique et les serpents américains sont à une moindre distance du pays actuel des Esquimaux que les serpents asiatiques.
Le R. P. Petitot a trouvé sur le Makenzie, le souvenir des singes que nous avons trouvé au Grœnland, mais rien ne prouve que ce soit en Asie plutôt qu'en Amérique que les ancêtres des Esquimaux aient fait la connaissance des singes.
Relativement aux traditions^ nous nous permettrons de faire les observations suivantes :
On n'a pas trouvé dans les traditions des Grœnlandais la moindre trace de souvenirs d'un déluge. Il est vrai que plusieurs des Européens qui ont exploré le Grœnland dans les premiers temps qui ont suivi la colonisation du pays ont
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affirmé y avoir trouvé des traces de ce souvenir. Mais, sans aucun doute, ils n'ont pas bien compris ce que les indigènes leur disaient, ou bien leurs demandes auront été mal comprises par ceux-ci. Au reste, il est de notoriété que fatigués d'entendre répéter les mêmes questions, les Esquimaux Unissent par répondre au gré de l'interrogateur pour se débarasser de lui.
Les Grœnlandais possèdent sur le Soleil et la Lune un mythe que Simpson a également trouvé chez les Esquimaux de Point Barrow. Il est probable que ce même mythe existe aussi chez les Esquimaux du Mackenzie. Mais rien n'autorise à affirmer comme l'ont fait plusieurs voyageurs que la race esquimaude adore ces deux corps célestes. Le soleil et la lune ou plutôt les propriétaires des deux astres sont considérés par les Esquimaux comme des hommes élevés de la terre aux deux, mais rien ne fait supposer que ces hommes aient été les bienfaiteurs de l'humanité.
Quant à l'idée de Dieu, elle ne peut être rendue que par le mot tornarsuk. Le R. P. Petitot nous dit, il est vrai, que les Esquimaux du Mackenzie se servent pour exprimer cette idée du mot anernealuk ; mais cela nous paraît fort problématique. La racine de anernealuk ne peut être que anernek (1), mot grœnlandais qui signifie « haleine » ou c souffle ». Le sens du mot est tout physique ou matériel, et jamais anernek ne signifie « esprit », bien que les missionnaires aient traduit « Saint-Esprit » par anernek iluartok. Le mot « esprit », entendu au sens européen, doit être rendu par imm (mot qui signifie le propriétaire invisible d'une chose) ou par tarnik (âme) ou par tornak (génie). Si donc, le mot anerne-aluk existe véritablement chez les Esquimaux du Mackenzie, avec le sens de « Dieu », il doit être d'origine européenne; en tout cas, le mot est un européïsme flagrant. /.lo-.} ^
(1) -aluk est un suffixe.
13 l'habitat nUMITIF UEri ESQUIMAUX. 330
Les idées religieuses des Esquimaux semblent présenter en général bien plus d'analogie avec les idées des Américains qu'avec celles des Asiatiques. Ainsi, les Esquimaux comme les peuplades Peaux-rouges auxquelles ils confluent n'ont point d'idoles ; ils font bien moins de sacrifices que les Asiatiques ; il n'y a pas non plus chez eux, comme chez les peuples de l'Asie, une hiérarchie de divinités supérieures et inférieures.
Notons encore que de temps à autre on s'est ingénié à trouver des analogies, relativement aux mœurs, aux coutumes et à la manière de vivre, entre les Esquimaux et tel ou tel peuple de l'Ancien Monde. On est même allé dans cette voie jusqu'à chercher dans la vieille Egypte, des analogies de ce genre ! Avons-nous besoin de dire que ces analogies prétendues n'ont aucune valeur scientifique, qu'elles ne se rattachent point les unes aux autres par des liens solides et que par conséquent elles ne prouvent rien. Des analogies isolées, sont purement fortuites, et nous croyons qu'il ne serait pas difficile d'en découvrir de cette nature entre les peuples les plus distants les uns des autres. J'ai dit plus haut que la manière de vivre des Esquimaux diffère complètement de celle de tous les autres peuples, les peuples polaires de l'Ancien Monde y compris, ces derniers étant des peuples pasteurs à l'exception toutefois des Kamtchadales qui vivent de pêche. Les personnes qui désirent de plus amples renseignements sur les Esquimaux du Grœnland pourront consulter les deux ouvrages que j'ai récemment pubhés (1).
Pour ce qui est des diverses hypothèses émises jusqu'à ce
(1) Taies and traditions of the Eskimo. W. Blackwood aud Sons. Edinburgh and London, 1875.
Danish Grœnland, its People and its Products. Henry S. King and Co. London, 1877.
340 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 14
jour sur l'habitat primitif des Esquimaux, je ne puis y attacher aucune valeur définitive. Ce qu'il nous faut avant tout, ce sont des études sérieuses sur les dialectes et sur les traditions des différentes tribus.
De tous les pays esquimaux, le Grœnland est le seul qui soit bien connu; je crois pouvoir affirmer que nos recueils de traditions grœnlandaises contiennent à peu près tout ce ({Li'il est à même de fournir en fait de traditions authentiques. Vient ensuite le Labrador dont les traditions et l'idiome sont aussi assez bien connus. Quant aux autres tribus esquimaudes, nous ne possédons sur elles que des notices rédigées par des voyageurs n'ayant pas fait chez elles de longs séjours. Il nous faut avoir, pour les connaître mieux, des vocabulaires et des recueils de traditions et de légendes; mais, ni les uns ni les autres ne sont faciles à faire. Ainsi que je l'ai dit déjà, les traditions doivent être authentiques et il importe qu'on les réunisse toutes, car des traditions isolées sont sans valeur. J'ajouterai qu'il ne faut jamais adresser dos questions sur l'existence de telle ou telle tradition, et que l'on doit au contraire s'appliquer à sténographier en quelque sorte les récits traditionnels que les Esquimaux se font entre eux pour passer le temps et se distraire. Malheureusement, comme j'ai eu l'honneur de le dire au Congrès de Nancy (i), les Esquimaux n'aiment pas à s'entretenir de leurs traditions en présence d'étrangers, aussi faut-il passer chez eux de longues • années pour que l'on arrive à posséder avec certitude un recueil complet.
Permettez-moi, Messieurs, de dire en terminant, que personne n'a salué la fondation du Congrès international des Américanistes avec plus de joie que moi; qui me suis voué depuis longtemps déjà à l'étude de la race la plus septentrionale de l'Amérique. En effets les Américanistes ne pou-
(1) Compte-rendu dit, Congres de Nancy, l. ii, p. 181.
1 Iaxtiquités américaines. 341
vant se passer des Esquimaux, il était évident pour moi que la formation du Congrès international devait donner un nouvel essor à l'exploration scientifique de cette race encore trèsimparfaitement connue, puisqu'il y a, je ne saurais trop le répéter, plusieurs tribus dont les dialectes et les traditions sont pour nous lettre close. Parmi ces tribus, je citerai notamment celles qui habitent les deux bords du détroit de Behring : un recueil complet de leurs traditions serait d'une importance exceptionnelle.
M. Valdemar Sclimit, appelle fi' attention des Américanistes sur le fait constaté au Groenland par M. Rink : que les Esquimaux à qui on pose avec insistance des questions sur l'existence de telle ou telle tradition finissent le plus souvent par répondre affirmativement. Il est convaincu que le Groenland n'est pas le seul pays où les indigènes cèdent de la sorte aux obsessions des Européens qui veulent à tout prix retrouver partout leurs traditions à eux. Il est infiniment probable que les indigènes des autres parties de l'Amérique ont fait souvent comme les Grœnlandais. Tout ce que nous lisons sur l'existence de certaines traditions chez les divers peuples du Nouveau Monde ne doit donc être accepté qu'avec la plus grande défiance.
M. Jean Ensling dépose sur le bureau une note ayant pour titre : L'ancienneté do l'homme en Amérique attestée par les silex.
L'auteur entend établir, par la comparaison des armes et ^des outils en pierre des deux hémisphères, 1° l'ancienneté de l'homme en Amérique, 2° la dispersion de l'homme primitif et de ses races sur les diverses plages du nouveau continent,