‹ Compte-rendu de la seconde session, Luxembourg-1877 (volume 2)Chapitre 93 sur 117 · LE PORTRAIT DE CHRISTOPHE COLOMB · texte numérisé non relu

LE PORTRAIT DE CHRISTOPHE COLOMB

tophe Colomb. De quelle date est-elle? jusqu'à quel point est-elle un portrait? c'est ce que j'ignore.

Il y a une tache obscure entre l'œil gauche et l'oreille, due probablement à une relouche ; la manche est mauvaise, mais la figure est bonne, c'est l'important. Cependant l'œil gauche est un peu trop grand, et le droit un pou trop petit. La place blanche, à gauche, est le morceau qui manque au tableau, et que je suppose avoir contenu le nom du peintre destiné à prouver possession, et sans lequel le portrait perd infiniment de sa valeur.

382 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES.

Le Jeudi, 13 septembre 1877, la ville de Luxembourg- a donné, dans la Maison Faber, un banquet auquel avaient été priés, avec M. le Ministre d'Etat, MM. les Directeurs Généraux, M. le baron van Hogendorp, aide de camp de S. A. R. Mgr le Prince Henri des Pays-Bas, MM. les représentants du Conseil communal, MM. les présidents des différentes sections de l'Institut royal grand-ducal. — Mesdames Leemans, Meulemans, Madier de Montjau, Léon de Rosny, Mademoiselle Leemans, MM. les Savants étrangers et luxembourgeois ayant pris part aux travaux du Congrès, ainsi que MM. les Membres du Bureau de la session.

M. Servais, bourgmestre, et MM. les échevins et conseillers communaux ont reçu les invités dans les salons de la maison Faber.

A sept heures, le dîner a été servi dans la grande salle, décorée de massifs de verdure, et oii les pavillons de l'Amérique unissaient leurs couleurs à celles des drapeaux luxembourgeois et néerlandais ; la table disposée en fer-à-cheval était garnie de quatre-vingt-trois couverts.

Pendant le dîner, la musique du Corps des Chasseurs luxembourgeois a fait entendre plusieurs morceaux, parmi lesquels on a particulièrement remarqué et applaudi la « Marche des Américanistes » composée par M. Ph. Decker, adjudant sous-officier.

Au dessert, M. Servais, bourgmestre, a porté le premier toast :

Mesdames, Messieurs, •

J'ai l'honneur ae proposer la santé de Sa Majesté le Roi Grand-Duc.

Je bois au Souverain qui a toujours veillé avec la plus vive sollicitude aux intérêts du Grand-Duché, qui a fait tous ses efforts pour protéger notre pays pendant les jours de danger qu'il a eu à traverser.

Je bois au Souverain, sous le règne duquel des libertés aussi larges que celles que possède aucun pays nous ont été accordées et sont pratiquées sans entraves, sous le règne duquel la population luxembourgeoise, contente de son sort, n'a à envier celui d'aucune autre nation.

Je bois au Chef d'une Maison Princière illustre, populaire dans toute l'Europe, qui s'est associée l'une des premières aux idées généreuses de notre temps, qui n'a cessé de donner des exemples éclatants des plus belles vertus civiques.

Mesdames et Messieurs, en signe de votre sympathie pour les Luxembourgeois, je vous prie d'accueiUir chaleureusement le toast que je porte à Sa Majesté le Roi Grand-Duc !

Ces paroles ont été couvertes de vivats prolongés.

Le second toast a été porté par M. le D"" fScliœtter, l'un des vice-présidents du Congrès :

Mesdames, Messieurs,

J'ai l'honneur de vous proposer de boire à la santé de S. A. R. Monseigneur le Prince Henri des Pays-Bas.

Les Luxembourgeois savent que la participation du Prince aux travaux du Comité d'organisation, dont il avait

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bien voulu accepter la Présidence d'honneur, a décidé dans le Grand-Duché du succès de l'œuvre.

Durant le trop court séjour qu'ils ont fait parmi nous, MM. les Membres étrangers du Congrès ont pu apprécier, par l'affection respectueuse dont notre pays entoure le Représentant de S. M. le Pioi Grand-Duc, les hautes qualités qui distinguent Monseigneur le Prince Henri (Bravos).

Ils s'uniront donc aux Luxembourgeois dans l'expression de ce vœu :

Longue vie à S. A. Pi. Mgr le Prince Henri des Pays-Bas!

Ce toast a été salué par les applaudissements unanimes du Congrès. , . ' • '

M. Fischer, l'un des échevins de la ville de Luxembourg, a porté ensuite un toast aux Membres étrangers du Congrès :

Mesdames, Messieurs,

En ma qualité d'échevin de la ville de Luxembourg, je tiens à donner une expression aux sentiments de gratitude qui animent la population do la cité envers le Congrès des Américanistes, pour l'honneur fait à la Ville d'avoir été choisie comme siège de ses travaux. I

Nous avons été heureux d'assister pendant ces jours solennels aux joutes paisibles des champions d'une science qui intéresse toute l'humanité. j

Nous avons applaudi de cœur aux éclatants succès; obtenus par les communications des savants distingués qui, de tous les points du globe, ont répondu à l'appel qui leur avait été adressé.

i BANQUET. 385

Nous sommes fiers du relief donné à notre pelile cité par une réunion pour le séjour prochain de laquelle de grandes et célèbres villes rivalisent .

Au nom de la ville de Luxembourg-, je bois aux Membres étrangers du Congrès !

En réponse à ces paroles courtoises, M. le Doctem' Pai*i- 80t, premier adjoint au Maire de la ville de Nancy, a prononcé l'allocution suivante :

Monsieur le Bourgmestre, Mesdames et Messieurs,

On a dit que si les hommes pouvaient se connaître, toute trace de division disparaîtrait à l'instant, et que la paix, ce bien toujours recherché, jamais complètement obtenu, ne cesserait d'habiter parmi eux. Cette connaissance réciproque des uns des autres existe surtout chez les privilégiés qui ont fait de la culture de l'esprit leur oeuvre spéciale ; aussi, est-ce l'honneur des Congrès scientifiques de réunir sur un même point les hommes les plus séparés par la nationalité, par l'espace^ par la religion et par la politique, pour en former une assemblée réunie dans la plus affectueuse concorde. (Applaudissements).

Américains de l'Amérique, Américains de TEurope, Américains de tous les pays^ Américanistos en un mot, tous aujourd'hui assis à cette table qui, elle aussi, est sainte par la fusion des esprits et des cœurs, vous êtes un bel exemple de ce que je viens d'avancer.

Votre premier berceau a été Nancy, ville que vous avez aimée, puisque vous l'avez choisie pour y naître : Nancy vous a rendu votre première affection, en vous donnant assez de vie pour que vous ayez pu apporter à

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Luxembourg votre vigoureuse adolescence. Luxembourg hier encore étouffant sous l'étroite pression de sa ceinture de guerre, débarrassée aujourd'hui de cette étreinte asphyxiante, élevant des palais où étaient des casernes, transformant en riants jardins ses tristes et menaçants bastions, Luxembourg vous a grandis encore par son souffle de paix et de liberté ; il vous a donné des forces assez puissantes pour que maintenant des capitales se disputent votre présence. (Bravos prolongés).

Honneur donc à la ville de Luxembourg ! Grâces lui soient rendues aujourd'hui pour avoir si bien continué l'œuvre ébauchée par Nancy ; et, puisque je parle de Nancy, permettez à l'un de ses plus humbles, mais de ses plus dévoués représentants, de remplir à cette place le devoir sacré dont l'oubli ne lui serait pardonné par aucun de ses concitoyens, permettez-lui de remercier encore une fois Luxembourg de nous avoir ouvert les bras à l'heure de la souffrance, et d'avoir abrité sous ses toits hospitaliers nos fils, épaves de la plus néfaste des guerres. (Bravos).

Merci encore une fois à Luxembourg, merci à ses habitants, dont nous emporterons les plus durables souvenirs. Merci à son aimable bourgmestre dont le charmant accueil a fait de chacun des jours que nous avons passés ici, un jour marqué par une fête.

Je bois à la ville de Luxembourg, à son vénéré Bourgmestre, Monsieur Servais ! - ■

M. Servais interrompt les applaudissements réitérés de l'assistance, en se levant pour répondre à l'honorable M. Pa- RisoT. M. le Bourgmestre s'exprime en ces termes :

Je ne puis me dispenser de répondre au digne repré->

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sentant de la ville de Nancy, mais je ne sais, je l'avoue, comment exprimer les sentiments qu'éveille le noble langage que vous venez d'entendre : le cœur en est réjoui. Les services que nous avons pu rendre aux habitants de Nancy, pendant des jours de malheur, ont été l'accomplissement d'un devoir d'humanité; ils nous étaient d'ailleurs insi^osés par notre aeutralité. Neutralité oblige ! (Bravos.)

Les peuples qui n'ont pas à supporter les rmaux de la guerre, doivent au moins contribuer à soulager ceux qui en souffrent. C'est ce qui a déterminé notre conduite pendant la dernière guerre. Nous n'avons fait qu'obéir à la loi la plus élémentaire de la fraternité humaine. Et voilà, Messieurs, que la ville de Nancy nous a voué une reconnaissance dont les témoignages sont bien faits pour nous émouvoir.

Vous aussi, habitants de Nancy, vous nous avez rendu dans d'autres temps des services qui ne doivent pas s'oublier. Je tiens à le dire devant cette réunion composée d'hommes venus de toutes les parties de l'Europe : nous n'avons peut-être pas assez fait pour témoigner la reconnaissance à laquelle nous étions alors nous-mêmes tenus.

Comme expression des sentiments des Luxembourgeois, je porte un toast d'entière sympathie à la ville de Nancy. Puisse la générosité dont cette ville fait preuve, se rencontrer partout ; la paix ne serait jamais troublée entre les peuples !

Le Bourgmestre de Luxembourg à la ville de Nancy ! (Acclamations.)

Vers neuf heures, une grande sérénade a été donnée aux hôtes de la ville par la Société philharmonique, la Société Concovdia et les musiques des Corps de Pompiers de la ville

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haute, de Glausen et des villes basses. L'air du « Feierwon » joué par ces fanfares réunies a été chaleureusement acclamé (1).

Pendant que retentissaient dans la salle du banquet les paroles de cet air national chantées par les invités luxembourgeois, à la demande des invités étrangers, le télégraphe a apporté les réponses de S. M. le Roi Grand-Duc et de S. A. R. Mgr le Prince Henri, aux toasts qui Leur avaient été portés :

Le Roi Grand-Duc, Irès-reconnaissant pour les bons souhaits manifestés à son égard au banquet offert par la

(1) Pour satisfaire au désir exprimé par MM. les Etrangers, on reproduit ici les paroles du Feierwon, en dialecte luxembourgeois, et en français.

De Feierwon dén as berêt, E peîft durch d'Loft a fort et gêt *,.

Am Daùschen iwer d'Strosz fun Eisen, An hiê gêt Stolz den Noper weisen, Dat mîr nun och de Wé hun font, Zun êwég grosse Felkerbond.

Kommt hier aûs Frankreîch, Belgie, Preisen, Mîr kennen iêch ons Hémécht weisen ; Fret dîr no aile Seîten hin :

We mir eso zefride sin.

Mîr haie fèst un onser Scholl, Fu Lêft fir d'Land sin d'Hiêrzer foll ; Wa mîr och kèng Milliônen ziélen, Dîr get ons uôchter d'Wèlt ze wiélen.

Mîr rufen ail aûs èngem Monn :

Kê bèssert Land beschéngt jo d'Sonn !

Kommt hier aûs Frankreîch etc.

ville de Luxembourg au Congrès international des Américanistes, témoigne ses sincères remerciements.

■ ■ • L'aide-de-camp du Roi, ^

Gapellen.

« Je suis fort reconnaissant des bons vœux que le ^ Congrès des Américanistes, réuni en un banquet offert par la ville de Luxembourg, a l'attention de former pour moi.

D'Nalur de làclit ons iweral, Si rescht de Biêrég an deii Dal • ' '

Mat Fiêlze wô gewaltég Hiseii, ' ,

Strét Bluinen iwer Gard a Wisen :

Kè Iveppclien lérd, wô Halin a Heîs Net riéde fun dem eise Fleîs.

Kommt hier aùs B'rankreîch etc.

An d'Folk a méngem Héméschsiand Huôt gênt ail Mensch d'Hiêrz op derHaiid] Séng Freîhêt dêt em d'Ae blénken, An d'Trei de dêt séng Wirder klénken ; Séng Sproch mat hire friémcn Ton, D'Gemitléchkèt de mécht se schôn.

Kommt hier aûs Frankreîch etc.

Mîr hu kèng schwêer Lèscht ze dro'n Fir onse Statswon dun ze go'n :

Kèng Steire kommen ons erdrécken, Kèn Zwank de freîe Gêscht erstécken; Mir mâche spuorsam onse Stot, Kè Birger a kè Bauer klot.

Kommt hier aùs Fraukreich etc.

390 CONGRÈS DES AMÉrICANISTES. 'J

Je suis heureux d'avoir pu faciliter la tâche ardue entreprise par le Congrès. Puissent ses efforts produire le

meilleur résultat ! »

Prince HENRI, Président d'honneur.

• An huôt dîr dan de Wiêrt erkant Fum klènge Letzeburger Land, An dîr musst fort 'rem fun ons goen, . (

Da kennt dîr an der Hémécht soen :

T'as d'Grêsst net grad, de d'Gléck bedeit, Wèll an dém Land si gléckléch Leit !

Kommt hier aûs Frankreîch etc.

La locomotive est prête — elle siffle dans les airs et s'élance — en mugissant sur la route de fer. — Elle va fièrement montrer au voisin — que nous aussi nous avons trouvé le chemin — qui unit à jamais les peuples.

Venez de la France, de la Belgique, de la Prusse — nous vous montrerons notre patrie. — Demandez de tous côtés — combien nous sommes heureux. . , -. ; .

Nous tenons fermement à noire sol, — les cœurs sontremphs d'amour pour le pays. — Bien que nous ne comptions pas par millions, — donnez-nous à choisir dans le monde entier, — nous crierons tous d'une seule bouche : — Le soleil n'éclaire pas un pays meilleur ! , • ''

Venez, etc. ' ' •

La nature nous sourit de tous côtés : — elle décore les montagnes et les vallées — de rochers semblables à des géants, — répand des tleurs dans les jardins et les prairies.

M. liucien Adaiu, l'un des vice-présidents des deux sessions de Nancy et de Luxembourg-, a remercié le Gouverment du Grand-Duché, de la bienveillance avec laquelle il est venu en aide au Comité d'organisation :

Le protectorat de S. M. le Roi Grand-Duc et l'acceptation de la Présidence d'honneur par S. A. R. Mgr le Prince Henri ont décidé le succès de l'œuvre laborieuse entreprise par le Comité d'organisation.

Mais, il serait injuste de passer sous silence la faveur

— Pas un coin de terre où les herbes et les branches — ne proclament notre invincible travail ?

Venez, etc.

Le peuple de mon pays natal — a pour tous le cœur sur la main, — le feu de la liberté brille dans ses yeux, — la loyauté retentit dans ses paroles. — Sa langue aux sons étrangers,

— c'est la cordialité qui la rend belle !..

Venez, etc.

Nous n'avons point de lourdes charges à supporter, — pour faire marcher notre gouvernement . — Les impôts ne nous accablent pas, — aucun joug n'est imposé à notre libre esprit;

— nous tenons notre ménage avec économie ; — ni le bourgeois, ni le paysan ne se plaignent.

Venez, etc.

Quand vous aurez reconnu le prix — du petit pays do Luxembourg — et que vous devrez nous quitter, — vous pourrez dire dans votre patrie : — Ce n'est pas la grandeur qui fait le bonheur, — car dans ce petit pays les gens sont heureux.

VeneZ; etc.

392 CONGRES DES AMÉUICANISTES. il

accordée par le Gouvernement au Secrétaire général de l'autoriser à affranchir ses innombrables dépêches avec des timbres-poste portant la mention « officiel » . Grâce à cette recommandation, dont l'ancien secrétaire général du Comité de Nancy apprécie toute l'importance, le Congrès international des Américanistes a pu faire de nouvelles conquêtes qui assurent son avenir.

Qu'il me soit aussi permis do remercier publiquement S. A. R. Mgr le Prince Henri d'avoir bien voulu déléguer auprès du Congrès, pour lui rendre compte des travaux de la session, M. le baron Van Hogendorp, son aide de camp. Et ici, Messieurs, je saisis avec joie l'occasion qui m'est offerte de constater que la session de Luxembourg a été en progrès sur celle de Nancy. — Vous protestez, par un sentiment de délicate courtoisie ; mais, Messieurs, si ce quej'aftirme en ce moment était contraire à la vérité, il faudrait donc dire qu'au lieu de marcher dans la voie du progrès, nous sommes engagés dans celle de la décadence !

Mesdames et Messieurs, je vous propose de boire au Gouvernement du Grand-Duché !

M. ^aleiitiiiy, Directeur général de l'Intérieur :

Je remercie M. Adam de la manière obligeante dont il vient de parler d'une faveur postale, qui était bien due à une œuvre scientifique aussi désintéressée que l'est celle du Congrès international des Américanistes. !

Le Gouvernement accepte avec une satisfaction légir ' time le témoignage rendu par M. Adam à l'importance de la session de Luxembourg ; il se félicite de ce ({ue la capitale du Grand-Duché ait été appelée à martpier l'une des étapes de la science qui a pour objet l'Amérique anté- colombienne. ;

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