‹ Compte-rendu de la seconde session, Luxembourg-1877Chapitre 12 sur 62 · MARDI 11 SEPTEMBRE 1877, A 10 HEURES DU MATIN · texte numérisé non relu

MARDI 11 SEPTEMBRE 1877, A 10 HEURES DU MATIN

Anthropologie et Ethnographie.

M. iVurtii-Paquet invite M. Peterken, de Bruxelles, à présider la séance.

M. p«terk.eu déclare accepter avec gratitude l'honneur qui lui est fait, au nom du Paraguay qu'il représente dans le Congrès.

M. Lebrun, architecte à Lunéville, donne lecture de la traduction en langue française d'un mémoire de M. Fraocis, A. Allen, intitulé : La très-ancienne Amérique, ou Origine delà civilisation primitive du Nouveau Monde — Seconde partie — De la parenté des races civilisées de r Amérique avec celles du Sud-Est de F Asie.

Mesdames, Messieurs^

Dans la première partie de ce mémoire (1), j'ai essayé de déterminer la nature des antiquités architecturales et autres qui abondent sur le continent américain, et aussi de résumer

(1) Voir la première partie de ce travail dans le Compte-rendu de la première session du Congrès des Amêricamstes, tome II, pages 198 et suivantes.

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les informations qui nous sont parvenues touchant les races préhistoriques civilisées, à l'industrie desquelles ces antiquités doivent leur origine. Je voudrais maintenant appeler, durant quelques minutes, votre attention sur les considérations diverses qui me portent à attribuer l'origine de la civiUsation américaine primitive aux nations de l'Asie sud-orientale.

Je n'ai point à m'excuser des emprunts que je vais faire à quelques-unes des dernières publications de plusieurs archéologues et philologues anglais qui ont étudié les antiquités américaines, car je suis certain que les membres du Congrès préféreront à un exposé qui me serait personnel, les paroles mêmes de ces savants. Cependant, je tiens à déclarer que les conclusions de ce mémoire m'ont paru, depuis plusieurs années déjà, constituer la seule solution probable du problème de l'origine et du développement do la civilisation américaine.

Dans le discours inaugural qu'il a prononcé à Nancy (1), M. Torrès-Caicedo a fait cette remarque judicieuse, que, dès le début des études archéologiques américaines, les chercheurs se sont divisés en deux groupes : l'un, forméde ceux qui croient que la civilisation américaine a été autochthone ; l'autre, comprenant ceux qui tiennent cette civilisation pour étrangère et importée.

Mus par des sentiments patriotiques parfaitement justifiés, la plupart des archéologues américains ont embrassé la première opinion, tandis qu'en majorité les archéologues européens ont soutenu la seconde.

Un écrivain distingué, critiquant l'ouvrage de M. Bancroft : The native races of the Paciïîc States (2), s'est exprimé ainsi qu'il suit, à ce sujet: «Je pense, comme M. Bancroft, qu'Userait chimérique de prétendre déterminer avec précision la ma-

(1) Compte-rendu de la première session du Congres des Américanistes, tome I, p. 33.

(2) Revue d'Edimbourg, octobre 1876. ,.,,-;,,

nière dont l'homme a fait son apparition en Amérique, mais je crois fermement, ({u'en ce qui concerne les ancêtres des tribus existant de nos jours, les témoignages ont toute la clarté que l'on peut exiger en pareille matière. Quand M. Bancroft discute cette question, il se laisse influencer par l'hypothèse que, l'homme ayant été créé sur plusieurs points du globe, l'Amérique aurait été l'un de ces centres de création, hypothèse — qui, pour le dire en passant, a trouvé plus de faveur en Amérique que parmi les naturalistes européens. L'unité de l'espèce humaine et la descendance de tous les hommes d'un couple unique, sont pour moi des faits aussi indiscutables que la descendance de tous les chevaux et celle de tous les bœufs, de couples uniques; aussi, quand je vois que les traits principaux communs aux races américaines, les seuls Esquimaux exceptés, sont précisément ceux que l'on a observés chez les Polynésiens, les Japonais, les Samoyèdes, j'admets sans difficulté la conclusion tirée par Humboldt, Prescott, Tschudi et Wilson, à savoir que les Américains sont d'extraction asiatique.

« Depuis 1782, suivant les calculs de M. Brookes, quaranteet-une barques japonaises sont venues échouer à la côte américaine, et vingt-huit de ces naufrages ont eu lieu postérieurement à l'année 1850. Huit de ces barques sont arrivées à vide, et les hommes qui se trouvaient encore dans les autres sont demeurés dans les contrées où ils avaient pris terre. Il convient d'ajouter que ces quarante-et-un naufrages sont simplement ceux dont il a été pris note. Ces barques avaient traversé le Pacifique sous l'action du grand courant, qui se dirige des mers du Japon vers la côte américaine, avec une vitesse de douze milles à l'heure ».

Il est assurément légitime d'admettre que des faits qui se produisent de nos jours se sont également produits dans le passé, et que, par conséquent, à des époques très-reculées, des nations entières cédant à quelque grande impulsion, ont pu émigrer de l'Ancien Monde dans le Nouveau, par la route que suivent aujourd'hui encore les traîneurs.

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Nier cela, et prétendre que les innombrables traits de ressemblance, observables entre les civilisations de l'Ancien et du Nouveau Monde, ne constituent que des coïncidences purement fortuites, c'est manquer de logique et faire preuve d'une crédulité, d'ailleurs notoire chez les sceptiques.

<( C'est » dit le docteur Hyde Clarke, dans son intéressant ouvrage sur la civilisation américaine primitive (1), «une étrange illusion que celle qui s'empare, en Amérique, des descendants des colons européens : ils rcputent grand et original tout ce qui est américain, bien qu'ils soient eux-mêmes étrangers au pays, et qu'ils n'y soutiennent leur existence qu'au moyen des chevaux, des bûtes à cornes, des moutons importés par leurs ancêtres, et au moyen du blé que ceux-ci y ont semé les premiers. On peut excuser cette aberration, quand celui qui s'y laisse entraîner est un Espagnol devenu péruvien par le sang et par le langage, mais non quand elle est le fait d'un habitant de la Nouvelle Angleterre ou de la Virginie, qui n'a point dans ses veines de sang indien, ou qui n'en a tout au plus qu'une goutte — la population de ces contrées ayant, loin de s'unir à eux par les liens du mariage, contraint les Indiens tialler périr dans leurs déserts. Et cependant telle est l'illusion de tout homme né en Amérique, qu'il voit quelque chose d'exclusivement américain dans le sang des Indiens et dans leur langage. Au surplus, cette manière de voir commence à se propager en Europe. Le puma, le Uama, le condor, l'alligator et le serpent-à-sonnettes appartiennent en propre à la faune du monde occidental, les bois de charpente y diffèrent des nôtres ; pourquoi les hommes ne seraient-ils pas, eux aussi, différents et d'une autre extraction? . ; .

(1) Researches in prehistoric and protohistoric comparative philology, mythology, in connection with the origin of culture in America and the Accad or Sumerian families. N. Triibner, London, 1875.

« Il a été généralement afilrmé que tous les Indiens se ressemblent entre eux^ quelle que soit la distance qui les sépare les uns des autres, et qu'il existe une grammaire américaine^ laquelle se reconnaîtrait dans toutes leurs langues, quelle que puisse être la dissemblance de leurs radicaux ; et, il est à noter que l'on compte en Amérique un millier de langues absolument inintelligibles de tribu à tribu, et que plusieurs d'entre elles ne sont parlées que par un petit nombre d'individus sur des espaces très-restreints. Cependant il faut chercher l'explication de ces faits dans des périodes de développement grammatical, c'est-à-dire dans les limites de la préhistoire et non dans celles de la géographie.

« Si la population de l'Amérique est autochthone et aborigène, il faut que la civilisation soit, elle aussi, aborigène, ou qu'elle ait été importée de l'Est par un petit nombre de gens, aventuriers, chefs de bandes ou missionnaires. Ici nous pouvons prendre pied sur un terrain solide. Il est vrai que l'Océan pacifique a pu, aussi bien (}ue l'Océan atlantique, être traversé dans son entier par des barques et des canots égarés; mais, les monuments de l'Amérique du Sud, et plus particulièrement ceux de l'Amérique du Nord, sont tellement nombreux et tellement considérables, qu'il est impossible de concevoir comment ils seraient les effets de causes aussi minimes, et qu'au contraire ils se présentent comme étant l'œuvre de grandes nations.

« Bien que l'on ait tenté ici quelques identifications, il faut reconnaître que la grande masse des langues américaines n'a pas encore été, plus que celle des langues de l'Afrique ou du Caucase, l'objet d'un travail de classification. Partout, nous rencontrons ce même phénomène (mieux connu pour ce qui est du Caucase que de tout autre point) d'un grand nombre de langues dissemblables, juxtaposées les unes aux autres, mais provenant d'origines diverses.

« Cela n'est point particulier au Caucase, car la même chose a lieu le long du Nil, dans l'Afrique occidentale, et dans plu^

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sieurs régions de l'Amérique. En revanche, le Nouveau Monde ne nous offre point, comme l'Ancien, le phénomène de langues ayant pris une expansion comparable à celle du Chinois ou de l'Indo-européen. Tout au plus, pourrait-on mettre en parallèle l'expansion, dans le Brésil, du Guarani, branche de l'Agaw, mais il n'y a dans cet ordre d'idées, aucune comparaison à tenter. Une langue à grande expansion, c'est le Malais ; après lui vient le Sumérien ou Peru-Peguan. »

Dans son très-intéressant et très-savant petit ouvrage (un exemplaire en a été adressé à votre excellent Secrétaire), le D" Hyde Glarke fait connaître les résultats auxquels il est arrivé on comparant, avec les plus grands soins, les langues du Mexique, du Pérou et de l'Amérique centrale, avec celles du pays d'Accad (Babylonie), de la Chine et de l'Indo-Chine. Sa conviction est que les langues de l'Ancien et du Nouveau Monde présentent de grandes affinités. Les noms de lieux de ce dernier offrent particulièrement de frappantes ressemblances avec ceux des noms de lieux de l'Ancien qui sont de provenance pélasgique.

Antérieurement, le D'' Latham était arrivé, dans ses Opuseiila (1), à cette conclusion : qu'il y a des affinités considérables entre les langues de l'Amérique centrale et celles de rindo-Chine.

Dans la session du Congrès international des Orientalistes qui s'est tenue en Septembre 1876 à Saint-Pétersbourg, M. Schmidt de Gevelsburg a lu un mémoire ayant pour objet d'assigner à la civilisation égyptienne la Mésopotamie, comme» lieu d'origine; or^ je vois qu'il a fortement intéressé ses auditeurs en appelant leur attention sur les analogies frappantes qui existent entre les langues des tribus américaines et celles de l'Arméno-Caucase. D'après lui, ces analogies sont trop intimes, trop nombreuses et trop caractéristiques, pour qu'il

(1) Voir Reséavches in prehisioric etc. p. 40.

7 LA TRÈS-ANCIENNE AMERIQUE. 8o

soit permis de prétendre les expliquer par l'hypothèse d'une similitude accidentelle.

Le D'' Hyde Glarke considère l'Egyptien, le Chinois, le Tibétain, les langues dravidiennes, l'Accadien et le Péguan comme étant étroitement alliés aux langues du Mexique et du Pérou, et il assigne à tous ces idiomes un centre commun dans la Haute Asie, ce berceau de la primitive humanité. A cette langue originelle et au peuple qui l'a parlée, il donne le nom de « Sumérien », mis en avant par M. Oppert, comme étant l'appellation par laquelle les Accadiens ou gens du pays d'Accad se sont désignés eux-mêmes, sur leurs monuments : Sunier ou Sumiri.

M. Hyde Glarke partage les Sumériens en deux groupes qui ont l'un et l'autre émigré d'un centre commun, le premier comprenant : les Accads, les Mons, les Cambodgiens, les Aymaras, les Mayas (et les Toltecs?), le second: les Géorgiens , les Etrusques , les Siamois , les Quichuas et les Aztecs (1).

Même en dehors de ces spéculations philologiques, il m'a toujours semblé que, pris en lui-même, le caractère propre aux antiquités américaines démontrait suffisamment leur origine véritable et leurs affinités.

Un écrivain a récemment observé avec raison que « les arts de la construction fournissent des indications de la plus grande valeur sur les affinités ethnologiques. Les temples, les palais et les tombeaux peuvent être regardés comme autant de pétrifications des aspirations, des pensées et des sentiments des peuples ; ils sont l'expression spontanée et inconsciente de particularités mentales héréditaires » (2).

Si cela est vrai, demandons aux monuments américains eux-mêmes de nous livrer la clef de leur origine.

On ne peut, je pense, mettre sérieusement en doute qu'un

(1) Voir Researches etc. p. 41.

(2) Etruscan researches by the Rev. Isaac Taylor, p. 33.

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grand nombre de constructions du Nouveau Monde aient été, dans le sens propre du mot, des monuments destinés à perpétuer la mémoire des morts. La préoccupation de maintenir l'aspect extérieur des cadavres par l'embaumement — pratique aussi générale en Amérique qu'en Egypte — en est à elle seule la preuve; et, selon toutes les vraisemblances, les pierres monumentales, les monolythes, les « casas cerradas » et les temples se rattachent, comme les vastes « huacas » ou « moiinds » funéraires du Pérou, à un gigantesque système de culte ancestral, aussi rigoureux et aussi raffiné que l'est celui des Chinois.

L'auteur que je viens de citer poursuit en ces termes « Les Aryens et les Sémites ont été de grands constructeurs ; ils nous ont laissé des temples, des théâtres, des basiliques^ des palais; ils ont fait des ponts, des chemins, des canaux, mais ils n'ont jamais été renommés comme constructeurs de tombeaux.... Il ne peut y avoir d'hésitation sur la souche originelle des anciens anaryens, bâtisseurs de tombeaux. La grande race touranienne, qui la première s'est répandue hors du berceau de l'humanité et dont les Chinois, les Mongols, les Tartares et les Finnois sont les représentants actuels, cette grande race est par excellence la race des bâtisseurs de tombeaux (1). » - .' .

11 dit encore « Trois grandes races civilisées ont bâti des tombeaux, celle des Egyptiens en Afxnque, celle des Lydiens et des Lyciens en Asie, celle des Etrusques en Europe (2). »

Ne pouvons-nous pas ajouter à cette liste une ({uatrième race « celle des Sumériens en Amérique, puisque les analogies entre l'architecture des Mexicains et des Péruviens d'une part et celle des Egyptiens et des Pelages d'autre part, sont tout bonnement innombrables ? Il est d'ailleurs à remarquer

(1) Researches, p. 34.

[2] Ibi'1. p. 38.

que tous les constructeurs d'édifices cyclopéens ont été des Tourtmiens (1). »

Une autre preuve assez curieuse de l'origine touranienne des races civilisées d'Amérique se tire de leur état d'isolement. Tandis que la dispersion paraît être la règle parmi les Touraniens, « on n'a pas trouvé un seul peuple aryen ou sémite qui ait été séparé par des intervalles considérables d'autres peuples de sa race » (2).

On peut aussi constater l'existence de traits essentiellement touraniens, dans le gouvernement paternel et despotique des anciens Américains ; dans leur foi profonde à la magie et à la sorcellerie (chamanisme ou médecine) ; dans le respect dont ils entouraient les femmes, et dans l'influence considérable que ces dernières exerçaient; dans l'habileté avec laquelle ils extrayaient et travaillaient les métaux.

D'autres traits de ressemblance peuvent être constatés, dans le despotisme tout -à- fait chinois des Incas du Pérou (3) ; dans la pluralité des rois Quiches, qui rappelle le dualisme monarchique de Siam ; dans l'usage au Pérou, comme à la Chine et à Babylone, du parasol en signe de dignité (i) ; dans l'habitude péruvienne de mâcher de la coca et des cendres, rapprochée de l'habitude asiatique de mâcher un mélange de chaux et de noix de bétel (5) ; dans ce fait, que le calendrier était disposé en forme de roue au Yucatan, et en forme de croix à Siam (6) ; dans l'identité substantielle du calendrier des Aztecs et des Mongols, signalée par Humboldt et par Prescott (7) ; dans l'emploi des Quippu ou corde-

(1) Researches, p. 39-40, 50-53, 58-59, etc.

(2) Ibid., p 68-70.

(3) Ibid., p. 39. ^

(4) Ibid., p. 36. . . ^ ''',' ■

(5) Ibid,, même page. ' . ' >' . -j ■

(6) Ibid., p. 36. ... ,.

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(1) Ibid., même page. . ,

88 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 10

lettes à nœuds, aa Pérou, à Hawaï et à la Chine (1) ; dans la construction de pyramides tronquées et d'éditices sur des terrasses et des « mounds », comme à Babyione et en Egypte, etc., etc. (2). ' '

Prises isolément, ces analogies sont peu de chose ; mais, réunies, elles forment un puissant faisceau de preuves attestant qu6 la civilisation américaine a pris naissance dans le Sud-Est de l'Asie. Il n'est pas jusqu'à la queue, si chère aux Mongols et aux Chinois, et qui fut connue des Etrusques, que l'un ne retrouve en Amérique chez les anciens Aymaras du Pérou. Enfin, l'aplatissement du crâne est encore pratiqué dans le pays d'Arakan (3).

Etant probable que les anciens Américains constructeurs de monuments appartenaient à la famille touranienne, il reste à déterminer s'ils se rattachaient à la branche du Nord ou à celle du Sud.

M. Max Mueller comprend dans la première : les Tongouses, les Mongols, les Tartarus et les Finnois; dans la seconde: les Taies, les Malais, les Tibétains et les Tamouls (4).

Plusieurs considérations étrangères à la philologie viennent à l'appui de la théorie, suivant laquelle les Américains civilisés auraient été des rameaux do la branche méridionale,

i° Il parait difficile d'admettre que des immigrants, encore tout à fait barbares, aient réussi à se frayer un passage par la région arctique, alors qu'ils avaient devant eux des tribus sauvages et féroces.

2° L'exode vers l'Amérique, par la voie des archipels polynésiens, semble plus facile et plus naturel pour les popula-

(1) Researches, p. 35.

(2) Comp. Researches , p. 34, avec Proctor's Our place among, etc. p. 319-320.

(3) Researches, p. 38-39.

(4) Voir 'Et&.q.ç>& Manual of Ethnology, "ç. \2'Z.

il LA TRÈS -ANCIENNE AMERIQUE. 89

lions très-denses de l'Asie, que par le long détour des régions inhospitalières du Nord.

3° Les Péruviens et les Toltecs paraissaient avoir conservé traditionnellement le souvenir d'une arrivée par mer ; en tous cas, ils n'avaient pas gardé mémoire des glaces du Nord. Cependant, les Quiches (immigrants probablement interlopes venus du Nord en compagnie des Aztecs) avaient distinctement le souvenir des phénomènes polaires, et les Aztecs possédaient des cartes sur lesquelles ils avaient figuré leur arrivée en Amérique par la voie du détroit de Behring (1).

L'introduction du coton et du maïs (attribuée aux Toltecs) a été également relevée comme une preuve que les premiers immigrants seraient venus par la voie du Tropique, de contrées situées au Sud (2). ,, -, , ,:

On ne sait pas généralement assez combien il est facile de traverser l'Océan, qui sépare le Sud-Est de l'Asie de la côte américaine, même sur une barque du plus faible tonnage.

Le missionnaire John Williams dit à ce sujet : « J'ai déjà fait voir que pour se rendre de Sumatra à Taïti, la plus longue traite à fournir dans la direction de l'Est, ne serait que de 700 milles. Moi-même, lors de mon premier voyage aux Iles des Navigateurs, j'ai fait en peu do jours jusqu'à 1600 milles, dans cette même direction » (3).

Il ajoute : « Je suis tellement convaincu de la possibilité de faire la traversée de Sumatra à Taïti, dans un grand canot indigène, que, si cette entreprise promettait un résultat de quelque importance, je n'hésiterais pas à l'entreprendre » (4).

Le capitaine Blyth, après une révolte à bord du Bounty, a

(1) Abbé Brasseur de Bourbourg, cité dans la Revue d'Edimbourg, avril 1867, p. 354-355.

(2) Voir Pickering, Races of men, p. 113.

(3j William's Missionary enterprises, p. 512. .;■',! .h

(4) Ibid., p. 509. ., ;. 'u> ' ' .:

90 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 12

fait heureusement, avec seize hommes, dans une embarcation non pontée, la traversée de l'Ile Pitcairn dans la Polynésie orientale (à quelques cents milles seulement de l'Amérique du Sud), à l'Ile de Timor; la distance est de 1300 milles.

Il n'est pas indifférent de constater que les Iles Sandwich et l'Ile de Pâques (également célèbres par les antiquités cyclopéennes qu'on y a trouvées) sont non-seulement les deux points de la Polynésie les plus rapprochés de l'Amérique du Nord et de l'Amérique du Sud, mais encore qu'elles sont presque exactement situées aux latitudes de Mexico et de Guzco, les deux centres de la civilisation américaine primitive. Bien que le groupe des Sandwich ne soit distant du continent Nord-américain que de 200 milles, il est hors de doute que ses habitants sont originaires de l'île Taïti, avec laquelle ils entretiennent des relations régulières. Quant à la population de l'Ile de Pâques, elle est, comme celle des îles de la Société, de race maléo-polynésienne (1).

Pickering nous apprend encore « que les embarcations des habitants des Iles Tonga et des Iles de la Société étaient long-courrières, et qu'antérieurement à l'impulsion donnée à la marine de l'Europe civilisée par la grande entreprise de Colomb, les Polynésiens entreprenaient fréquemment des traversées à peu près aussi longues que celles des Européens, s'exposant à des périls tout aussi grands, et cela sur des bâtiments d'une construction bien autrement imparfaite. »

Sir Charles Dilke a constaté que les courants et les vents, qui dominent dans cette partie de l'Océan pacifique, pousseraient à la côte Sud-américaine, dans la direction de Quito, lui canot détaché de la rive de l'Ile de Pâques (2). Il a également constaté l'existence d'un courant se dirigeant de la Californie vers l'Amérique centrale, de telle sorte qu'à San-Fran-

(1) Pickering, Races of men, p. 298.

(2) Voir Greater Britain, p. 255.

cisco, le Mexique est considéré comme se trouvant sur la route de Manille (1). Or, il est à remarquer que la tradition fait venir les Toltecs de la Californie, et qu'eux-mêmes avaient conservé le souvenir d'un débarquement opéré par leurs ancêtres sur la côte occidentale du Mexique, lorsque ceux-ci avaient gagné par mer le continent américain.

La ressemblance des temples ou temples -tombeaux de l'Egypte et de l'Amérique centrale a été fréquemment signalée. Mais peut-être n'avez-vous pas connaissance d'un curieux passage de VIndian moimchism (2) de M. Hardy. Ce missionnaire s'exprime ainsi, au sujet de la similitude frappante que les édifices de Chicken (3), ancienne cité de l'Amérique centrale, offrent avec les Topes ou Dagohas des Bouddhistes : « La forme de l'un des dômes, sa hauteur apparente, la petite tour placée au sommet, les arbres qui ont cru sur les côtés, çà et là l'aspect de la maçonnerie, la configuration des ornements, la petite porte d'entrée à la base, tout, en un mot, ressemble tellement à ce que j'ai vu à Anarajapoura (ancienne capitale de Ceylan), qu'après avoir jeté les yeux sur la gravure qui représente ces ruines, je crus tout d'abord avoir affaire à une illustration des Dagobas de Ceylan. »

On trouve aussi, dans l'île de Java, des restes considérables d'une antique civiUsation, et l'on a dit à leur sujet: «Le grand temple de Palenqué correspond si exactement, dans ses principaux détails, à celui de Boro-bodo, situé dans la province de Kédu, qu'il n'est pas possible de contester raisonnablement la communauté d'origine et de destination de ces deux monuments » (4).

Quand on songe que ces grandes ruines de structure pré-

(1) Races of men, p. 297,

(2) Page 122.

(3) Stephens and Catherwood, Incidents of travel, etc., t. II, p. 290-324.

(4) Revue d'Edimbourg, avril 1867, p. 341-342.

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historique, dont le caractère se rapproche plus que celui de toutes autres du type américain, sont disséminées à travers les épaisses forêts de l'Hindoustan, de Geylan et de l'Indo- Ghine; qu'elles se continuent à travers l'île de Java, et qu'elles se relient visiblement à une chaîne non-interrompue de gigantesques constructions en pierre — autels, pyramides, murailles; forteresses et statues — découvertes à travers la Polynésie, dans les îles des Larrons, à Taïti, à Tongatabou, aux îles Sandwich et dans l'Ile de Pâques (toute proche de la côte américaine), on ne peut s'empêcher de conclure que l'on vient de suivre la trace laissée, durant la période préhistorique, par le passage d'une grande race de constructeurs (la race touranienne?), émigrant de l'Ancien Monde dans le Nouveau — émigration dont, au surplus, les traditions de l'Asie Sud-orientale semblent avoir conservé la mémoire.

Aucun doute n'est plus d'ailleurs possible, depuis que le docteur Hyde Glarke, après une laborieuse comparaison des langues américaines avec les langues de l'Ancien Monde, a découvert que les affinités les plus étroites relient les idiomes de rindo-Ghine (particulièrement le Mon du Pégu) à l' Aymara et au Maya. Il considère le nom d' Aymara comme pouvant être l'équivalent de Kemer ou Khmer, nom des Gambodgiens, et de Sumer, nom du peuple d'Accad. Enfin, il n'hésite pas à affirmer l'origine touranienne des races américaines civiHsées (1).

A l'égard de l'époque durant laquelle a eu lieu l'immigration touranienne, l'accord paraît s'être fait entre les différentes autorités. Et d'abord, que l'on tienne les races américaines civilisées pour autochthones ou pour immigrées, toujours est-il que le développement d'une forme particulière et idiosyncrasique de civilisation suppose un laps de temps considérable.

Au jugement de l'écrivain de la Revue d'Edimbourg, déjà

(1) Researches, p. 42-43. , . . , ,

cité « Il faut admettre, pour expliquer les divergences linguistiques constatées, que l'Amérique a été très- anciennement habitée » (1). Il ajoute (2) « Le contact de l'Asie avec l'Amérique doit avoir eu lieu pendant cette période énormément reculée du progrès humain, qui est caractérisée par l'emploi du bronze en même temps que par l'ignorance de l'usage du fer. Les émigrants ne doivent pas avoir quitté l'Asie postérieurement à l'âge du bronze... De l'identité manifeste des haches en pierre polie trouvées dans les deux mondes, on peut inférer que l'émigration principale s'est produite à un moment oii l'Asie n'avait point encore dépassé la période néolytique.

« Nous pourrions espérer tirer de la linguistique quelques lumières pour nous aider à résoudre ces intéressants et difficiles problèmes ; mais malheureusement, aucun linguiste n'a encore entrepris de réunir et de comparer entre eux les dialectes américains d'une façon assez complète, pour qu'il soit possible de les utiliser dans les recherches dont il s'agit. — Nous pouvons en dire autant, avec non moins de justesse, de l'état de nos connaissances en ce qui touche les dialectes nonaryens de l'Asie ».

L'écrivain que nous continuons à citer résume ainsi son opinion (3) : « L'impression générale que m'a laissée l'étude du problème ethnologique américain comporte les conclusions suivantes :

1" Les Américains sont, à l'exception des Esquimaux, de race mongoUque; ils ont habité le Nouveau Monde pendant un temps assez long pour y développer plusieurs langues ainsi qu'une civihsation particulière.

2° Par intervalles, de nouvelles bandes d'émigrants sont

(1) Revue d'Edimbourg, Octobre 1876, p. 288

(2) Ibid. p. 317.

(3) Ibid. p. 318.

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venues d'Asie, probablement par mer, apportant avec elles la connaissance des arts et des sciences qui constituaient la civilisation des peuples de cette partie du monde.

3° Il n'y a point de preuve que les trois civilisations du Mexique, de l'Amérique centrale et du Pérou aient été mises en contact avec la civilisation de rx\ncien Monde, postérieurement à l'âge du bronze.

4° Le courant des migrations s'est généralement dirigé d'Asie en Amérique ; et, dans cette partie du monde, la marche des tribus s'est effectuée le plus souvent du Nord au Sud. »

Quant aux différences qui existent entre les civilisations du Pérou, du Mexique et de l'Amérique centrale, l'écrivain de la Revue d'Edimbourg incline à en chercher la cause dans l'arrivée successive et à différentes époques de plusieurs corps d'émigrants. « En somme, » ajoute- l-il, (1) « je suis porté à croire que ces trois grandes civilisations se sont formées indépendamment les unes des autres, ou que si leur point de départ a été commun, il se trouve à une telle distance dans le passé, que, pratiquement, nous pouvons les considérer comme ayant été distinctes dès l'origine. »

Deux éminentes autorités anglaises, M. Forster et le D"" Latham, estiment que la ligne de migration, suivant laquelle la j Polynésie a été peuplée, part des Philippines et aboutit aux | îles des Navigateurs, en passant par les Pelews, les Garolines, lesRaliket lesRadak (2).

N'est-il pas supposable que les Sumériens ont suivi à- peu près la même route ? ' ■'::■-:;

Le D'' Pickering dit « qu'il existe actuellement deux voies par lesquelles les émigrants des Indes Orientales gagnent les

(1) Revue d'Edimbourg, p. 317.

(2) Voir la ^Dréface des Opuscula par le D''Latliam, Williams and Norcate, Lond©n, 1860.

confins de l'Océan pacifique : fune passe par la Micronésie ; l'autre, par les archipels de la Papouasie. » (1)

Le D^'Hyde Clarke pense, lui aussi, que les races américaines civilisées ont suivi deux routes. Il s'exprime ainsi à ce sujet : « M. Park Harrison soutient énergiquement que la civilisation a dû passer de l'Ancien Monde au Pérou, par l'île de Pâques; et, il a traité cette question devant flnstitut Anthropologique ainsi que devant fAssociation Britannique. Le phénomène de la distribution des populations dans l'Amérique du Sud, tel qu'il est décrit ici, favorise cette manière de voir. Cependant, eu égard aux conditions géographiques, il est probable que les émigrants ont pris deux routes, passant : l'une, par les courants et les îles du Nord; l'autre, par les courants et les îles du Sud. Ainsi s'exphquerrfrent les positions prises par les diverses populations du continent Sud-Américain » (2).

Il dit ailleurs (3) : « A leur départ de l'Inde, les émigrants se sont très-probablement dirigés vers l'Indo-Ghine, d'où ils auront gagné F Amérique par l'Australasie », et plus loin (4) : « On peut en inférer que les premières migrations (celles des races caraïbes) ont passé par le détroit de Behring, et que les dernières (celles des Sumériens) ont passé par le Pacifique et l'île de Pâques. »

Le même auteur a tenté d'établir, par approximation, la chronologie des immigrations en Amérique : « Il y a trois mille ans que la race sumérienne s'est heurtée, en Asie, à la race sémitique qui devait demeurer victorieuse. Sept cents ans plus tard, le heurt aura eu lieu contre la race aryenne... Bien que les Sumériens aient été attaqués, il y a trois mille ans, par les Sémites, ils ont, il y a quatre cents ans seulement, été soumis par les Espagnols, et, à l'heure présente, ils sont

(1) Races of men, p. 299.

(2) Researches, p. 41.

(3) Ibid., p. 19. J^-^-'-^^'i ^h

(4) Ibid., même page. . > ■ ■' -'i --^-l'^f- (^)

96 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 18

encore les maîtres dans F Indo-Chine. La question est donc de savoir, non pas combien de temps leur langue a été cultivée, mais bien quelle durée a exigé son développement.

« Si l'établissement des Sumériens dans la Babylonie remonte à quatre mille ans (Voir Ernest de Bunsen, Chronologie de la Bible), leur établissement dans l'Inde serait de la même époque, étant donné, bien entendu, que les deux émigrations aient eu un même point de départ dans la Haute- Asie, ce que semble indiquer la division en Sumérien oriental et en Sumérien occidental, au regard des pronoms et d'autres parties du discours.

« L'occupation de l'Indo-Chine a dû suivre peu après; ensuite, sera venue celle de Java et des Iles.

a Enfm, il est très-possible que le Pérou ait été atteint, il y a trois et même quatre ou cinq mille ans. Remarquons à ce sujet, que l'occupation de l'Australasie par les Malais doit avoir eu pour effet de couper aux Sumériens toute communication avec l'Amérique. Or, ceci a son importance, car si les Sumériens avaient pu communiquer avec le Nouveau Monde, postérieurement à l'emploi de navires d'un fort tonnage par les Phéniciens, les Chinois, les Grecs, les Romains ou les ArabeS; des bestiaux et des chevaux eussent été transportés de l'autre côté du Pacifique, et par suite, la civilisation américaine se serait développée dans d'autres conditions. Si d'ailleurs, les relations de l'Amérique du Sud avec l'Indo-Chine avaient été récentes, les navigateurs arabes en auraient eu connaissance » (1).

Dans un autre passage (2), le D"" Hyde Clarke démontre habilement, que l'on peut suivre, à travers toute l'histoire, la notion inerte et inconsciente d'un contrepoids de l'Ancien Monde situé dans les régions occidentales. Par exemple, le titre de roi des quatre races, des quatre mondes ou des quatre

(1) Researches, p. 19-20. .i i (,

(2) Ibid., p. 60. .M,, i, , ■ . ..../,;-(.{.

régions était commun à la Babylonie, au Pérou et à Rome. Le Tiniée de Platon, Gratés de Perg-ame (160 av. J.-C), Virgile^ l'Ecole de Pergame, parlent de quatre mondes et de continents perdus. « Il est possible » suggère notre auteur (1) « que la constitution en Chine d'un grand pouvoir politique ait jeté le trouble dans les relations de l'Inde avec l'Amérique, ainsi que dans la géographie des royaumes de l'Asie méridionale. »

Enfin voici sa conclusion : « L'ensemble du phénomène humain, en Amérique, donne l'idée, au regard de ce qui s'est passé en Europe et en Asie, d'une civilisation arrêtée dans son développement (non par le climat, comme en Afrique), mais néanmoins assez avancée pour comprendre les deux périodes des grands monuments construits en pierre et des palais avec inscriptions — époques qui correspondent à la première religion spiritualiste, celle du culte de la lumière, et qui nous reportent à des milliers d'années en arrière, puisque nous voyons d'une part, qu'aujourd'hui les adorateurs du feu sont réduits à un petit nombre de Parsis, habitant la ville de Bombay, et d'autre part, que les quatre grandes religions du Judaïsme, du Christianisme, de l'Islam et du Bouddhisme ont eu le temps de conquérir l'hémisphère oriental, tandis qu'antérieurement à la conquête espagnole, les Américains n'avaient entendu parler d'aucune de ces révélations

« Une autre preuve de cet arrêt de développement nous est fournie par la linguistique : il n'y a point en Amérique de langue ayant atteint l'étage supérieur. Quand l'antique Accad est devenu stationnaire, tout s'est arrêté sur ce continent ; et, c'est précisément ce qui donne la fausse impression qu'il y aurait une grammaire américaine « siii gêner is » (2).

Je crois devoir clore ici ce mémoire dans lequel j'ai tenté, bien imparfaitement, sans aucun doute, d'assigner aux races

(1) Researches, p. 61. " '"'-' ^■'' '^"" '''■' '■' '''

(1) Ibid., p. 59. , ■ ',. "" ■^-'^■' ■•'iiy^

98 CONGRÈS DES AMEfilCANISTES, 20

civilisées de l'Amérique un « home » dans la partie Sudorientale de l'Ancien Monde.

Je n'ajouterai qu'un mot. Nous sommes, je le crois, à la veille de découvertes importantes dans le champ de l'archéologie américaine. Les travaux de savants et de voyageurs comme Humboldt, Waldeck, Brasseur de Bourbourg, Stephens, Wilson, Schoolcraft, Bollaert, etc., n'ont point été stériles; les recherches de philologues tels que Latham, Gallatin et Glarke n'ont point été non plus sans résultats.

Il est vraisemblable que le problème des origines de la civilisation américaine sera résolu de ce côté-ci de l'Atlantique, par la raison que l'exhumation et le déchiffrement des inscriptions accadiennes, l'étude des langues de l'Indo-Ghine et de la péninsule dravidienne, l'exploration méthodique des antiquités de rindo-Chine et de celles de l'Ile de Pâques sont autant de préliminaires, sans lesquels on ne peut arriver à se former une opinion de quelque consistance, sur l'origine des races américaines primitives et sur leur mystérieuse civilisation.

Postérieurement à la rédaction de cet Essai, on a publié, sur le Pérou, un important ouvrage dont voici le titre : Incidents of travel and exploration in tlie land of tlie Incas, by ! George Squier, autliov ai' « Tlie monuments of the Mississipi I valley, Travels in Nicaragua, etc., Macmillan, London, 1877. \

Les extraits qui suivent ont trait au sujet de mon Mémoire. '| « Pachacmac (près de Lima) est Tune des localités les plus j remarquables du Pérou ; en effet, les anciennes chroniques ] nous apprennent, qu'antérieurement à la conquête incasique, j les natifs de la côte avaient là leur cité sainte » (p. 63),

« G'est justement à Pachacmac, où se trouvait la châsse j vénérable de la principale divinité des natifs, que le courant il antarctique atteint la côte. » L'auteur a trouvé, échouées au [ pied de la colline, sur laquelle sont situées les ruines, les carcasses de deux baleines qui, indubitablement, avaient été tuées en mer par les baleiniers du Sud-Pacifique qui fréquentent cette côte (p. 66-7). ,

L'auteur constate que, selon le récit de Montesinos, une bande d'étrangers noininés Ghimus avait paru sur la côtC; apportant de nouvelles idoles, et que, supérieurs aux indigènes, ces Ghimus avaient ;■ oumis les tribus échelonnées entre les Montagnes et l'Océan. Ils étaient réputés être venus par eau dans des canots ; leur taille était gigantesque, et on les disait très-belliqueux.

L'auteur rapporte également (p. 106) ce dire de Balboa : que le peuple de Tumbez, à deux journées de marche au Nord de Lambayeque, prétendait être venu de la montagne sur la côte, tandis que les gens de Lambayeque affirmaient qu'à une époque très-reculée, leurs ancêires étaient venus du Nord sur un immense radeau, conduits par un chef habile et courageux, nommé Naymlap, qui avait emmené avec lui un grand nombre de suivants et de concubines. Débarqués à l'embouchure d'une rivière portant le nom de TaquisUanga, ils avaient construit, dans le voisinage; et en un lieu appelé Ghof, un temple où ils avaient déposé LLampallec, idole en pierre verte (jade polynésien ?) représentant leur chef.

Enfin, il s'exprime ainsi; à la page 175 : « J'affirme que l'on trouve, au Pérou, des monuments qui, s'ils ne sont pas contemporains de ceux que la Science considère comme étant les plus anciens de ce qu'on appelle l'Ancien Monde, leur sont tout au moins absolument semblables par le caractère.

La lecture de ce mémoire ayant été interrompue par M. le Président, en exécution de l'article 8 des statuts définitifs (1), M. l'Abbé Hengescli a présenté les observations qui suivent :

On a attaqué, dans le mémoire dont il vient d'être

(1) Article 8, — Les communications seront ou verbales ou écrites. Elles ne pourront durer plus de vingt minutes.

La règle des vingt minutes a été strictement observée pendant toute la durée de la session.

100 CONGRÈS DES amériganistes. 22

donné lecture, un des dogmes principaux de la religion delà population luxembourgeoise, en disant que la question de savoir si l'homme a été créé sur différents points du globe, est une question ouverte. Toutes les traditions humaines, d'accord en cela avec la science véritable, attribuent l'origine de l'humanité à un couple unique. Notre population catholique sait cela par la foi. Nous protestons donc énergiquement contre les fausses doctrines que l'on vient soulever, sans aucun argument sérieux à l'appui, sur notre sol luxembourgeois, catholique.

On dit que les diverses langues ne peuvent pas provenir d'une langue mère. L'tiypotliése la plus probable est que la diversité des langues date de la Tour de Babel. Que l'on prouve le contraire ! Notre histoire le dit ; et tant qu'aucun argument solide n'aura pas détruit la créance qui lui est due, nous, membres du Congrès qui sommes attachés à la doctrine catholique, nous devons repousser toutes les allégations contraires. J'espère que mes paroles seront reproduites dans le Compte-rendu qui sera délivré aux souscripteurs, afm que les Luxembourgeois y trouvent la contradiction des doctrines professées dans le mémoire que nous venons d'entendre.

M. GfiâBDMet: M. Allen, l'auteur du mémoire incriminé, me prie de faire observer que les doctrines aftîrmées par M. l'Abbé, sont précisément celles qu'il a exposées et soutenues dans son travail.

M. l'Abbé Heaîgeselis On a dit que la question est ouverte de savoir si l'homme a été créé sur plusieurs points !

M. Peterken, président: Je crois que la discussion ;

23 LA TUÈS-A\CIENNE A.MÉRIOUE. ' 101

sort du programme de nos travaux. Nous ne sommes point réunis ici pour faire de la théologie, mais bien et exclusivement de la science. On vient de m'apprendra que S. A. R., IVF'' le Prince Henri, ayant bien voulu présider, il y a six mois, une séance publique du Comité d'organisation, a convié les Américanistes do tous les pays à venir discuter à Luxembourg, en les assurant qu'ils y trouveraient un champ libre. Maintenons-nous, Messieurs, sur le terrain de la libre discussion.

M. l'Abbé Hengescli. J'ai parlé au point de vue de la logique. Je laisse pleine liberté à la Science, assuré d'avance qu'ehe ne pourra rien contre notre Doctrine.

M. Petes*keii, président. M. l'Abbé Hengescli s'est servi tout à l'heure d'une expression que je dois relever. Il a dit qu'il protestait énergiquement contre les doctrines qui auraient été professées dans un mémoire lu au Congrès. Si chacun de nous voulait protester contre toute assertion qui lui paraît inexacte, nous n'en Unirions pas. Acceptons ou rejetons les faits énoncés, suivant que nous les jugeons vrais ou faux, mais abstenons-nous de protester. Dans un Congrès scientitique, on discute et on ne proteste pas au nom, soit d'une doctrine religieuse, soit d'une nationalité.

M. liucien Adam. Il y a ici un malentendu évident. Je connais à fond le travail de l'honorable M. x\llen, pour ) l'avoir traduit de l'anglais en français. Dans le passage ' qui a si vivement impressionné M. l'Abbé Hengesch, M. Hyde Clarke, cité par Allen, combat le polygénisme et la thèse de l'autochthonie des Américains. M. Hengesch s'en est pris à un mémoire orthodoxe ; et je ne puis m'expliquer l'erreur singulière dans laquelle il est tombé,

102 CONGRÈS DES AMÉlUCAiVISTES. ' " 24

que par la rapidité de lecture à laquelle la règle des vingt minutes condamnait M. Lebrun. Si M. Allen pouvait s'exprimer courammenten français, il confirmerait ce que je viens dédire.

M. Charles niunelieu. Et quand même?

M. l'Abbé Meiigesclfi. Les opinions contraires serontelles insérées au Compte-rendu ?

M. Peterken, président. Certainement ; l'un de MM. les Secrétaires sténographie nos discussions.

M. le Curé-Doyen de Saint-Michel et M. I'Abbé ScHMiTz déclarent avoir parfaitement compris que M . Allen a dit absolument le contraire de ce que M. l'Abbé Hengesch a cru entendre.

M. PeierkeBi; président. Voilà une déclaration qui clôt l'incident. Je donne la parole à M. Schœtter.

M. SciiŒTTRR dépose, sur le bureau, la première partie des, Estudios liistdricos, climatolôrjicos y patologicos de his IsIrs Cannrias, dont l'auteur, M. Clsil y iVaraïajo, de Las Palmas, fait hommage au Congrès; il annonce, en même temps, que MM. les Membres du Congrès pourront examiner, dans l'une des salles de la Bibliothèque publique , un certain nombre de crânes et d'ossements (juanches que le D' Chil y Naranjo, a bien voulu envoyer au Comité d'organisation.

M. liucieii Aelani dépose, sur le bureau, les premières feuilles d'une réimpression de la Grammaire Caraïbe du P. Piaymond Breton, en tête de laquelle on lit la dédicace qui suit :

1 LES MOUND-BUILDERS. 103

La ville de Luxembourg . où s'est tenu

du 10 au 13 septembre '1877 le second Congrès international

des Américanistes ' •

sous la protection

de

S. M. Guillaume III, Roi des Pays-Bas,

Grand-Duc de Luxembourg ;

sous la Présidence d'honneur

de

S. A. R. le Prince Henri

Lieutenant-Représentant de S. M. le Roi

dans le Grand-Duché ;

M. E. Servais, ancien ministre d'Etat,

étant Bourgmestre

- Hommage respectueux

des éditeurs Lucien Adam, Ch. Leclerc.

M. Adam dépose ensuite, sur le bureau, les premiers fascicules d'une publication intitulée Bibliotheca Americana, dont l'auteur, M. lieclere-maisonneuve, fait hommage au Congrès.

M. Henrion, secrétaire général du Congrès, donne lecture d'un mémoire de M. ste|»lien », Peet, secrétaire correspondant de l'Association anthropologique américaine, secrétaire d'Etat de l'Association archéologique de l'Ohio, sur les Mound-Builders :

On sait que l'intérieur de l'Amérique du Nord, a été autrefois habité par une race d'hommes, qui ont reçu le nom de

104 CO.NGUÈS DES AMÉRICA>fISTES. ^ 2

Mound-Builders. Mais on ignore quel était ce peuple, d'où il est venu, et ce qu'il est devenu ; un mystère impénétrable enveloppe toute son histoire. Son nom est dérivé des constructions qu'il a élevées ; et, tout ce que nous savons de lui, nous le tenons de ces monuments silencieux.

Ces étranges témoins d'un peuple nombreux qui a disparu, ces tombeaux sans nom d'un peuple sans nom, sont disséminés dans toutes les forêts de la contrée.

Nous interrogeons ces monuments innombrables, mais ils ne rendent pas de réponses ; aucune voix ne sort de leurs profondeurs silencieuses ; ils ne portent aucune inscription ; pas lui mythe, pas une tradition ne planent sur leurs enclos consacrés !

Le rôdeur solitaire, dont la tribu habite au loin, ne peut nous rien dire de ce peuple. Les anciens habitants du pays n'en savent pas davantage que les nouveaux citoyens, et les tribus indigènes ne possèdent point de traditions se rapportant à ces constructions mystérieuses.

Les Mound-Builders sont encore aujourd'hui tout aussi inconnus qu'ils l'étaient le jour où leurs ouvrages ont été découverts pour la première lois. Tout ce que nous pouvons dire d'eux, doit être emprunté aux témoignages qu'il est possible de tirer de leurs monuments, des jjroduits industriels qu'ils ont laissés derrière eux, des traces de leur présence, et du petit nombre d'objets que certains de leurs ouvrages peuvent représenter. Les questions que nous pouvons ainsi résoudre n'éclairent ni leur origine, ni leur histoire, ni leur destinée dernière. Elles ne sont que des indications de leur existence, de leurs affinités de race, de leur division en tribus, de leurs coutumes sociales et religieuses. Ce sera donc à ces considérations que nous devrons nous restreindre, dans ce que nous allons écrire sur ce peuple intéressant mais inconnu.

La première ([uestion, sur laquelle nous appellerons l'attentiovi, a Irait aux distinctions de race à établir parmi les

3 ' LES MOUND-BUILDERS. 105

Mound-Builders. Nous n'avons à noire disposition, pour la résoudre, que trois sortes de témoignages : 1° les constructions qu'ils ont élevées, 2° ce qui nous reste d'eux, 3" leurs coutumes en fait d'inhumation.

Les distinctions de race peuvent être jusqu'à un certain point pénétrées, à la condition, qu'en examinant ces témoignages, nous tiendrons compte des localités dans lesquelles ils auront été recueillis ; des particularités qui les distinguent, de ceux qui sont fournis par les races plus modernes ; et de la possibilité, que plusieurs races se soient succédé sur le même territoire.

Le nom de Mound-Biiilder est un terme générique, applicable à tout peuple qui a élevé àesmouiids. Pris dans ce sens général, ce nom pourrait convenir aux premiers habitants d'un pays quelconque. D'autres continents ont eu leurs Mound- Builders^ aussi bien que l'Amérique. Il y a des tertres ou mounds, en Europe, en Asie et même en Afrique. Il y a aussi des mounds et des ouvrages en terre sur toute l'étendue du continent américain, dans le Honduras, dans le Yucatan et dans l'Amérique centrale, comme dansla vallée du Mississipi. Nous désirons cependant qu'il soit bien entendu, que nous ne nous occuperons, dans ce mémoire, que du peuple qui a construit les mounds d'une région déterminée. On sait que la grande vallée du Mississipi est remplie d'immenses ouvrages en terre, à ce point remarquables, qu'on a fini par la considérer comme étant particulièrement la patrie des Mound-Builders. C'est donc au peuple dont la vallée du Mississipi était l'habitat, que ce nom est surtout donné. ...

Le caractère géographique de cette région réclame notre attention. L'habitat des Mound-Builders était protégé par de grandes barrières naturelles : au Nord, par la chaîne des grands Lacs ; à l'Est, par le réseau des monts AUeghanys; au Sud, par le golfe du Mexique ; et à l'Ouest, par le grand désert. Il semble donc que la nature en avait fait un peuple séparé ; aussi, les ouvrages que l'on a trouvés dans cette région diffè-

106 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 4

rent-ils de tous ceux qui ont été trouvés ailleurs sur le continent. A l'Est de ce territoire, il y a des ouvrages en forme d'estacades, de fortifications et parfois de tumuli ; à l'Ouest, il y a des pueblos, des forteresses dans les rochers, et des constructions en pierre. Mais, dans cette grande vallée du Mississipi, les ouvrages revêtent un caractère distinctif constitué par la réunion de trois éléments : 1° la solidité, 2° la masse, 3° les formes typiques. C'est sur ces trois éléments que je désire appeler l'attention du Congrès.

1° La solidité des pyramides de Cholula, d'Uxmal et de l'Amérique méridionale a été signalée par les voyageurs. Le caractère massif des ouvrages de l'Amérique centrale a été également remarqué. Les formes typiques de ces constructions ont la plus grande analogie avec celles des ccnstructions des Mound-Builders. Enfin, sous ce triple rappoi-î, les constructions de la région du Sud-Ouest leur sont analogues. Mais, les constructions de la vallée du Mississipi sont entièrement faites de terre, et leur architecture est plus grossière. Il semble, que l'on peut s'autoriser de ces trois éléments, pour admettre que la région dont il s'agit a été autrefois habitée par une race distincte. Il est certain qu'aucune autre race plus moderne n'a jamais élevé de constructions semblables. On trouve, il est vrai, sur ce même territoire, d'anciens ouvrages en terre que l'on suppose avoir été élevés par les Indiens à peau rouge ; mais, grâce aux caractères qui viennent d'être indiqués, nous sommes à même de distinguer ces deux classes. Le fait évident, que ces ouvrages constituaient ou des fortifications ou des enceintes de villages, leur ressemblance avec les ouvrages élevés par la grande race algonquine dans l'Etat de New^-York et ailleurs, la proximité d'une source intarissable cachée dans quelque coin de la vallée, les caches et d'autres particularités encore, nous aident à reconnaître dans ces constructions l'œuvre de races plus modernes.

Les Mound-Builders seuls ont élevé, dans la vallée du Mississipi, ces grands ouvrages en terre. Ils ont pu ressem-

bler aux habitants du Mexique et de l'Amérique centrale, car leurs ouvrages sont analogues ; mais, quand on examine de près ces derniers, la race apparaît manifestement distincte.

2° Les restes desMound-Builders eux-mêmes nous donnent la même réponse.

On trouve, dans la grande vallée, les crânes et les squelettes de deux races, et l'état dans lequel ces ossements nous apparaissent, fait naître la pensée qu'ils sont les restes d'hommes tombés sur des champs de bataille. Il y a, sur les bords de rOhio, de longues rangées de ces squelettes, et l'on en a trouvé sur d'autres points, dans des couches de gravier, dans le sol des hautes collines.

Les crânes courts, les occiputs droits et les hauts sinus frontaux de l'une des races contrastent avec les crânes allongés et étroits, les occiputs à protubérance saillante, les sinus frontaux étroits et bas de l'autre race. Les crânes des Ghinooks, des Aztecs et des Mound-Builders offrent entre eux une grande ressemblance ; il en est de même de ceux des Mongols, des Tartares et des Algonquins.

Il est de tradition que les Algonquins expulsèrent les Mound- Builders. Suivant cette tradition, les deux races des Léni Lénapes et des Iroquois, venues du Far-Ouest, auraient formé une confédération et uni leurs forces contre un ennemi commun. C'était une nation puissante que leurs espions avaient découverte dans la contrée située à l'Est du Mississipi, la nation dite des Jellégénis ou mieux Allégernis, qui avait bâti beaucoup de grandes villes sur les fleuves du pays qu'elle occupait. Les hommes de cette nation étaient grands et robustes, d'une stature plus élevée que les plus grands des Léni Lénapes, cependant ils furent à la longue vaincus, et après avoir été expulsés de leur territoire, ils descendirent le Mississipi pour ne plus revenir. Les marques distinctives de ces deux races étant imprimées dans leurs crâneS; il faut admettre que le peuple conquérant avait le crâne large, carré et bas, qu'il était guerrier par nature et chasseur par habitude.

108 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. \ ^ .6

Quant au peuple conquis, il avait le crâne plus rond et plus haut, ce qui dénote qu'il était un peuple pacifique, sédentaire, adonné à l'agriculture et très-révérencieux.

Les témoignages fournis par les crânes et les squelettes ne méritent cependant point une entière confiance. On trouve dans des tumuli, sur les bords du lac Erié, des crânes et des squelettes que l'on suppose provenir des Eriés, des Andastes ou des Algonquins. On en trouve d'autres, que l'on suppose provenir des Mound-Builders, dans des couches de gravier, sur les bords des rivières, et au plus profond des mounds situés le long de l'Ohio. On trouve aussi, le long de la rivière Tennessee, dans des mounds et des amas do coquilles, des crânes que leur prognathisme et leur forme particulière ont fait attribuer à une race plus ancienne que celle des Mound-Builders. Enfin, on a découvert, dans différentes localités, d'autres squelettes dont les proportions sont tellement gigantesques, et dont les formes offrent tant de variétés, que nous nous trouvons dans l'impuissance de préciser ce qui est distinctif et ce qui ne l'est pas, dans le crâne des Mound-Builders.

Pour ce qui est de la vallée de l'Ohio, nous arrivons à certaines conclusions touchant la succession des races; mais alors, se présente la question de savoir quels ont été les premiers habitants des Etats du Sud, et ici nous retombons dans l'incertitude.

Quelques personnes ont avancé, à ce sujet, que la tradition et d'autres témoignages, provenant des tribus plus modernes, se réunissent pour attester l'antériorité des Mound- Builders ; mais, les restes, découverts jusqu'à ce jour dans la région, n'ont pas fourni de preuves concluantes à l'appui de cette opinion.

Bertram rapporte que, suivant une tradition ayant cours parmi les tribus du Sud, les ouvrages que celles-ci occupaient auraient été élevés par une race antérieure. On peut rappeler, à ce sujet, que lors de l'expédition de Ferdinand de Soto, les

7 LES MOUND-BUILDERS. 109

ouvrages en terre qui existent aujourd'hui encore dans ces contrées, étaient surmontés des palais des Chefs.

Relativement aux deux races qui auraient ainsi occupé tout le territoire, nous ne pouvons rien dire, sinon que nous ne sommes encore arrivés à aucune certitude. La situation géographique, les vestiges d'une occupation ancienne et les traditions des habitants postérieurs, semblent rendre probable que les Mound-Builders ont anciennement habité toute cette vallée. L'étude des crânes pourra vraisemblablement nous conduire à quelque conclusion définitive, mais pour le moment, nous considérons la distinction de race comme problématique et comme encore mal déterminée.

3° On considère parfois les modes d'inhumation pratiqués par ce peuple, comme une indication nouvelle de la séparation des races.

Isaac Taylor affirme que la grande race touranienne, qui fut la première à se répandre hors du berceau du genre humain, et dont les Chinois, les Mongols et les Tartares sont les représentants actuellement vivants, est, par excellence, la race des « Constructeurs de tombeaux ». Cette race forme le substratum ethnologique du monde entier, et il ne peut y avoir aucun doute sur la filiation des Tomb-Builders nonaryens. Si l'on parvenait à étabhr que cette grande division de la famille humaine a eu des représentants en Amérique, nous n'hésiterions pas à affirmer que les Mound-Builders ont été des touraniens. Nous ne les croyons point aryens.

Il nous est très-difficile de déterminer à quelle race particulière appartenaient spécialement certains modes d'inhumation. Les races indigènes de l'Amérique avaient différentes manières d'inhumer leurs morts. Nous supposons que les Mound- Builders disposaient habituellement les cadavres dans une attitude horizontale, et qu'ils plaçaient à côté d'eux certains signes indiquant leur rang, leur position et leur tribu ; la signification rehgieuse de cette coutume est particulièrement caractéristique.

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