LES MOUND-BUILUERS. , IIS
des tribus séparées, car les constructions échelonnées sur leurs bords sont suffisamment distinctes, et leur caractère est assez prononcé, pour qu'il nous soit possible de déterminer avec une précision relative, les subdivisions de cette grande race. Mais le temps nous manque pour développer cette partie de notre sujet.
Il nous reste encore une question à examiner : quels étaient les traits distinctifs des Mound-Builders? La réponse sera brève.
i° Les Mound-Builders se distinguaient par les progrès qu'ils avaient faits dans les arts mécaniques, leur habileté et leur état de civilisation. C'est ce que nous apprennent nonseulement leurs constructions, mais encore les objets qu'ils ont laissés derrière eux, ainsi que tous les témoignages recueillis.
Les Mound-Builders appartenaient à l'âge de la pierre polie, et même à une période de cet âge assez avancée. Les objets (lui nous restent d'eux en sont la preuve. Ils diffèrent on effet des ustensiles grossièrement taillés des Indiens postérieurs, et aussi de ceux qu'emploient actuellement les tribus de l'Ouest. Ils occupent une position moyenne entre les ustensiles en bronze des Péruviens et les armes grossières en silex des races sauvages. On peut les considérer comme étant les meilleurs spécimens de la pierre polie.
Remarquons en passant que cette distinction des âges ou degrés de civilisation, d'après les ustensiles en usage, se trouve pleinement confirmée sur ce continent. Nous avons de nombreux échantillons de tout ce qui correspond à ces expressions: d'âge paléolithique, d'âge néolithique et d'âge du bronze. Il se peut que ces différents âges ne se soient pas succédé dans l'ordre qui leur a été assigné en Europe. Us sont contemporains les uns des autres, si nous embrassons d'un même coup d'œil les localités diverses, et dans quelques-
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unes de celles-ci, l'ordre a été directement renversé. Rien néanmoins ne peut donner une idée plus nette des degrés de la civilisation.
Mais les Mound-Builders nous fournissent un quatrième âare. Non- seulement ils étaient fort avancés dans l'art de fabriquer des ustensiles en pierre, mais encore ils se servaient d'outils en métal, ce qui les place au-dessus de toutes les races préhistoriques. Nous pouvons dire que les Mound- Builders ont été par excellence le peuple de l'âge de cuivre, et que l'emploi de ce métal a marqué pour eux un état particulier de civilisation. — Nous réclamons pour l'Amérique l'honneur de fournir des illustrations de tous les âges indiqués par les archéologues européens, et d'avoir ajouté au moins un âge à la liste dressée par ceux-ci.
Les Mound-Builders ne se sont point bornés à travailler parfaitement la pierre et le cuivre. Leurs spécimens de poteries, de draps, de tissus et d'autres industries domestiques témoignent d'une grande habileté, surtout quand on considère l'état sauvage des races postérieures. Même, leurs ouvrages en terre révèlent un goût architectural remarquable et beaucoup d'habileté dans l'art de construire. Il n'existe pas de traces de leurs maisons, de sorte qu'il nous est difficile de déterminer exactement leur mode de bâtir. Mais quiconque, connaît à fond les différentes manières de vivre et les divers styles d'architecture, pourra se faire une idée de ce qu'ont été leurs maisons, leurs temples et leurs autres bâtiments.
Les Mound-Builders étaient certainement parvenus à un degré d'avancement aussi élevé que celui des Lake-dwellers de la Suisse, et inférieur de très-peu à celui des Anciens Pueblos qui vivaient dans des habitations couimunos. Ils n'ont rien laissé d'où l'on puisse induire ({u'ils avaient atteint l'âge de la pierre taillée; en effet, on ne trouve dans leurs constructions aucun vestige de sculptures ou de gravures d'ornement, semblables à celles qui ont été découvertes dans l'Amérique centrale. Mais ils excellent dans l'art d'imiter, etiiersonne
15 LES MOUND-BUILDEaS. 117
ne les a surpassés dans cette sorte d'habileté dont la condition première est le long temps que l'on peut consacrer au polissage.
2° En second lieu, nous pouvons considérer l'état de leur agriculture comme particulièrement caractéristique.
Parmi les races préhistoriques de l'Amérique, les unes ont vécu de la chasse, les autres ont été nomades, celles-ci ont vécu dans des villages, celles-là ont connu l'existence citadine ou métropolitaine. La vie du village combinée avec la vie agricole, a été propre aux Mound-Builders; c'est ce qui est prouvé par leurs constructions et aussi par les objets que celles-ci renferment.
Un ftiit qui nous frappe, sur toute l'étendue do leur habitat, c'est qu'ils choisissaient les lieux les plus favorables pour y établir leurs demeures, et que les principaux sièges de leur gouvernement étaient placés au centre des régions agricoles les plus fertiles. Ils paraissent avoir évité les bords de la mer. Ils se sont fixés dans l'intérieur du continent, dans la grande vallée du Mississipi, et précisément dans la partie de cette vallée la plus riche.
Leurs villages s'élevaient sur le bord des rivières, et il est prouvé que ces cours d'eau servaient de moyens de communication entre les différents groupes de chaque tribu; mais il ne paraît pas que les grands fleuves ou toutes autres voies de comnmnication aient servi à nouer entre les tribus les liens d'une confédération générale.
Il est vraisemblable que chaque tribu avait son territoire particulier où elle vivait stationnaire, cultivant les mêmes champs et réunie dans les mêmes villages.
Leurs ouvrages attestent qu'ils menaient une vie agricole iet paisible. Tandis que dans d'autres tribus, noLanunenl dans celles qui habitaient l'Etat de New- York et le Canada, les principaux ouvrages étaieni des fortifications, et bien qu'il en ait été de même dans certaines tribus des Mound-Builders, par exemple dans celles qui résidaient sur les rives du Tennessee, il nour, parait néanmoins que })arlout, à l'Ouest comme
au Sud, les constructions avaient pour raison d'être les exigences de la vie religieuse, sociale et civile. S'il y a chez eux des têtes de flèches, des pointes de javelots, des lances et des insignes d'offices militaires, il s'y trouve aussi de nombreux ustensiles qui servaient exclusivement à des usages pacifiques, non-seulement des grattoirs , des ciseaux et des gouges, c'est-à-dire des outils industriels, mais encore des outils agricoles tels que des houes, des bêches et des pics. Quelquesuns des ustensiles en cuivre les plus remarquables sont précisément ceux qui servent à la culture, comme des boyaux, des bêches et des tranchants de charrue.
Leur poterie se distingue par un grand fini et dénote des quahtés artistiques; elle indique aussi qu'ils jouissaient de ces loisirs et de cette vie paisible qui sont le privilège des peuples agricoles.
Nous sonnnes quelquefois égayés par les ligures vraiment comi(iu6s que présentent certains spécimens de leur poterie; mais nous y trouvons aussi au moins un épisode parfaitement réussi de leur vie domestique. Sur un fragment, découvert récemment dans le Missouri, un artiste a représenté trèsexactement un bas de petit enfant, au moment où, par le retrait du pied, il demeure gonflé et lâche. Cette gracieuse fantaisie nous fait songer à l'état domestique (jui doit avoir existé parmi eux, pour inspirer le goût et donner la disposition d'esprit que suppose la représentation d'un semblable sujet.
3° La troisième et la plus importante des particularités qui distinguaient les Moand-Builders, était leur condition religieuse. Il semble que le peuple ait été pénétré d'un profond : sentiment religieux; par là, il différait certainement des tribus sauvages venues après lui. Chez ces dernières, les constructions ne portent point la trace d'une religion; et de quelque nature qu'ait été celle qu'elles pouvaient posséder, ces tribus ne l'ont exprimée, ni par leurs constructions, ni par les objets qu'elles ont laissés derrière elles. Chez les Mound-Builders, la religion paraît avoir tout dominé, et c'est principalement le sentiment religieux qui caractérise leurs énormes constructions.
17 LES lIOnM)-BUILDERS. 119
Elevés sur chaque tlanc de colline, dans chaque vallée, au miUeu de leurs chauips, sur les bords de maintes belles rivières, dominant leurs nombreux villages, ou surgissant au centre de leurs agglomérations, les édifices reUgieux sont, de tous leurs ouvrages, les plus nombreux et ceux qui produisent l'impression la plus vive. Partout, les preuves abondent qu'ils étaient gouvernés par un puissant et prodigieux système de religion, semblable, sous plusieurs rapports, à celui qui a régné chez les races civilisées de l'Amérique centrale, pendant la période primitive et avant qu'il n'ait dégénéré en la monstrueuse cruauté des Montézumas. A n'en pas douter, la religion était le pouvoir qui dirigeait ce peuple, et c'est par elle que son état social avait été réglé.
Voici ce que nous apprend l'examen des constructions : les grandes et massives pyramides, les vastes cercles qui sont mnombrables non moins ([u'expressit's, les temples, les autels et les plate-formes sacrées qui forment connue les traits saillants de leurs villages, les mounds emblématiques si étranges et si significatifs, les tertres funéraires répandus dans toute la région, sont autant de manifestations sensibles du sentiment religieux qui animait ce peuple.
En réalité, la religion est ce qui nous frappe partout. Nous rencontrons en tous lieux les divinités des Mound-Builders; elles nous regardent du haut des collines, elles se dressent devant nous au milieu des villages populeux, elles nous apparaissent dans les vallons solitaires, elles nous poursuivent dans l'intérieur des forêts; leurs formes variées passent el repassent autour de nous dans toutes les directions.
Peu importe que nous disions que les différentes sections de ce peuple, répandu sur un si vaste espace, avaient des divinités différentes. Les totems des Mound-Builders peuvent n'avoir pas été autre chose que des animaux; et, dans cet état rudimentaire d'animisme, le peuph; regardant peut-être ces animaux connue des ancêtres et des divinités^ leur rendait un culte. Le Dieu des Constructeurs de mounds funéraires était peut-être le soleil, la lune ou le.i cm'ps célestes, et il se peut
12Ô CUNGUt;S DES AAlÉiaCAMISTES, 18
que les inscriptions consacrées à ces astres aient été enfouies dans les tumuli sans qu'il nous soit resté d'autres preuves de ce fait. Le Dieu des Constructeurs de temples de l'Ohio éiait peut-être le feu lui-même, tel qu'il flambait sur leurs autels sacrés, ou brûlait à perpétuité dans leurs temples, tel qu'il répandait sa douce lumière à travers l'obscurité sur leurs visages tournés vers le ciel. Le Dieu des Constructeurs de palais du Sud était peut-être le roi qui les gouvernait du sommet d'une haute pyramide. Enfm, partout, nous voyons que l'élément religieux avait acquis une grande puissance. C'était là le caractère le plus distinctif des Mound-Builders.
Il y a beaucoup de monuments compliqués et étranges qui ne s'expliquent que par la supposition qu'un clergé nombreux gouvernait ce peuple.
Parfois, les figures géométriques tracées dans ses ouvrages nous surprennent, et nous nous étonnons de ce que le cercle, le triangle et le carré figurent ainsi dans ses constructions. Parfois, nous trouvons qu'il existe une ressemblance entre leurs ouvrages en terre et leurs ornements sacrés ou leurs pierres emblématiques. Parfois nous sommes étonnés du mystère qui enveloppe un grand nombre de leurs constructions et des objets qu'ils ont laissés derrière eux. Mais, nous oublions qu'un vaste système de symbolisme i)révalait parmi eux, symbolisme ({ue leurs prêtres avaient sans doute introduit et que seuls ils pouvaient expliquer.
La tâclie principale de l'antiquaire consiste à étudier ce symbolisme, et à découvrir les dogmes de cette religion, de manière à en devenir lui-même l'interprète.
La nature, cette inspiratrice éternelle, peut avoir été la grande institutrice do ce peuple livré à lui-môme, ou peutêtre ses prêtres avaient-ils emprunté une partie de leur système religieux à des peuples éloignés. Quoiqu'il en soit, nous pourrons avec le temps résoudre même ce grand problème et j préciser quelle était la religion des Mound-Builders. En atten- ) dant, nous avons fait connaître les témoignages les plus récents (jui aient été recueillis touchant leur i-ace, leur elassifi-
1 LA RACE DES JIOUND-BUILDERS. 121
cation, leurs divisions et leurs caractères particuliers; et c'est, arrêté dans ses grandes lignes, que nous laissons le sujet de ce mémoire.
M. Lucien Adam donne lecture d'un mémoire de M. Force, de Cincinnati : A quelle race ont appartenu les Mound-Builders?
Les constructions en terre, connues aux Etats-Unis sous le nom générique « d'ouvrages des Mound-Builders », ont été évidemment élevées par un peuple qui, à quelques égards, différait matériellement des tribus indiennes que l'on rencontre actuellement sur notre sol.
Ces ouvrages sont de diverses sortes. Les uns constituent manifestement des fortifications ; d'autres sont des stations à signaux. Les niounds tronqu'^s, dont quelques-uns atteignent à une grande hauteur, tandis que d'autres sont assez peu élevés pour que la qualification de terrasses leur soit applicable, servaient aux Indiens visités par De Soto, de substructions pour leurs temples ainsi que pour les habitations de leurs chefs ; et l'on peut supposer que ces mounds avaient été construits, soit pour ces U:;ages, soit pour y accomplir publiquement des cérémonies religieuses.
Quelques-uns des plus petits mounds sont des tombeaux particuliers. Squier considère les grands mounds coniques comme étant, eux aussi, des tombeaux de cette espèce. Mais je tiens de feu le docteur Wilson, de Newark, Ohio, observateur assurément trôs-sagace, que ceux de ces mounds qu'il a fait ouvrir étaient généralement formés de plusieurs couches de terreau et de charbon contenant des restes d'animaux. Il pensait que ces mounds s'étaient accrus graduellement par des inhumations successives, et que le plus souvent on y avait inhumé en une fois plusieurs cadavres ou squelettes que l'on avait recouverts d'une couche de terre. Le Président Hayes, alors Gouverneur de l'Ohio, était présent à l'ouverture du grand mound de Miamisburg, et il m'a dit y avoir constaté
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une stratification semblable. Quand le grand mound de Cincinnati a été ouvert, il a présenté la môme apparence, et il en a été de même de plusieurs mounds situés dans les Etats du Sud. Il est probable que plusieurs de ces grands mounds coniques ont été des cimetières plutôt que des tombeaux. Les ouvrageS; auxquels Squier et Davis ont donné le nom de « Mounds-autels », paraissent avoir été élevés pour recouvrir et enfouir des constructions qui avaient apparemment été le théâtre de sacrifices publics. Les petits remblais circulaires, avec un mound au centre, peuvent fort bien être les ruines d'habitations construites sur le même plan que les huttes des Mandans et des Ricaris.
Il existe, dans le comté d'Hamilton, Ohio, à quelques milles au-dessus de Newton, un ouvrage dont je n'ai trouvé nulle part la description. La rivière du Petit Miami baigne le pied des collines hautes et abruptes qui bordent la vallée à l'Ouest, tandis qu'un plateau élevé s'étend des collines situées à l'Est jusqu'au bord de la rivière, séparant ainsi la partie supérieure de la vallée de sa partie inférieure. Un chemin a été creusé à travers le plateau, au point où celui-ci est le plus étroit, et la terre de ce déblai transportée du côté de la face Nord a servi à établir un plan incliné qui relie le sommet du plateau au botiom-hnd. Juste au point où le plan incliné aboutit sur le plateau, se trouve un remblai circulaire dont le diamètre mesure environ 100 mètres et au centre duquel s'élève un mound. C'est la situation de cet ouvrage qui fait son importance, car du mound central, la vue s'étend au Nord jusqu'à l'extrémité de la vallée, et au Sud jusqu^aux collines du Kentucky, au delà de In rivière d'Ohio. Pendant que j'étais en ce lieu, mon imagination se laissa aller à évoquer l'image d'une procession solennelle gagnant, par la tranchée et le plan inchné, le cirque et le mound central, pour y accomplir les cérémonies sacrées en présence des anciens habitants delà vallée.
Quelques ouvrages sont tout à fait singuliers, par exemple, les mounds à effigie qui représentent sur une grande échelle des images d'hommes, d'oiseaux, d'animaux couchés sur le
sol, et aussi les remblais qui forment de grands carrés ou de grands cercles, soit isolés, soit combinés les uns avec les autres, et dans certains cas, compliqués d'ouvrages auxiliaires se développant parallèlement au remblai principal.
Tous ces ouvrages couvrent une région immense. On les trouve au Texas, dans les Etats du Golfe, en Géorgie, dans la Floride, et àl'Estdes AUeghanys dans la Caroline. Ils couvrent la grande vallée qui s'étend des AUeghanys aux bords occidentaux du Mississipi. Au nord de ce fleuve, ils s'étendent jusque dans le Wisconsin et le Minnesota, et on en a trouvé à plusieurs centaines de milles au-delà de ces derniers, sur les rives du Haut-Missouri et de ses affluents. Leur distribution n'est cependant pas uniforme. Dans les Etats du Sud, on trouve surtout de grands mounds tronqués et des terrasses, tandis que les ouvrages défensifs sont rares, à moins que l'on ne range dans cette catégorie les grandes tranchées particulières aux constructions de ces latitudes. Le groupe extraordinaire des grands mounds tronqués de Garthage, Alabama, était autrefois entouré par une ligne de remblais peu considérables que la charrue a fait disparaître, et qui peuvent avoir servi de base à une pahssade.
Les ouvrages élevés sur les rives des affluents du Haut- Missouri sont d'énormes ouvrages défensifs. Dans le Wisconsin, on trouve exclusivement des mounds à effigie et des mounds coniques isolés. On trouve très-rarement des mounds à effigie en dehors des limites de cet Etat. A l'Est du Mississipi, dans rillinois et l'Indiana, nous rencontrons de nombreux mounds coniques de toutes les dimensions ; dans l'IUinois, à Gahokia, le géant des mounds tronqués; dans l'Indiana, un petit nombre d'ouvrages défensifs d'un travail médiocre. On trouve dans l'Ohio les ouvrages défensifs les plus importants, de nombreux mounds dont quelques-uns sont énormes, quelques mounds tronqués, et aussi quelques mounds à effigie. Non-seulement cet Etat possède des spécimens de tous les ouvrages que l'on trouve ailleurs, mais encore il possède exclusivement des ouvrages qui lui sont
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propres, je veux parler des combinaisons de carrés et de cercles à grandes dimensions, ainsi que des « moundsautels ». Dans les Etats situés au Sud de l'Ohio, le Kentucky et le Tennessee, il y a prédominance d'ouvrages militaires.
Un examen attentif fait discerner des diversités locales plus minutieuses. C'est ainsi que la vallée de Scioto, qui forme une bande courant Nord et Sud au centre de l'Ohio^ possède en propre, outre les niounds que Squier et Davis ont désignés sous le nom de mounds-autels, des systèmes de remblais disposés en enceintes et affectant les formes de diverses figures mathématiques, principalement celles du carré et du cercle. La bande orientale de l'Etat est caractérisée par le mound tronqué ou terrasse, ouvrage fort rare au Nord, bien qu'on en trouve à Marietta des spécimens d'une grande perfection. Enfin, ce qui distingue la bande occidentale de ce même Etat, c'est une longue ligne d'ouvrages défensifs considérables qui s'appuient les uns sur les autres. Ces trois bandes qui correspondent à trois vallées — à l'Ouest la vallée de Miami, au centre la vallée de Scioto, à l'Est la vallée de Muskingum — paraissent, à raison de ces particularités locales, avoir été les habitats de trois tribus distinctes, bien qu'apparentées entre elles, tribus qui auraient séjourné dans ces vallées pendant un temps assez long pour apprendre à se faire mutuellement des emprunts, car on trouve dans la vallée de Scioto un petit mound tronqué ou terrasse, et quelques-unes des figures mathématiques qui abondent dans cette même vallée ont des similaires imparfaits dans la vallée de Miami.
La pipe de forme particuHère, dénommée par Squier et Davis « pipe des Mound-Builders », semble avoir été plutôt une spécialité de la tribu qui vivait dans la vallée de Scioto. Cependant un spécimen de cet article , faisant aujourd'hui partie de la collection de la Société historique et philosophique de rOhio, a été trouvé dans les ruines du fort qui s'élevait à l'embouchure du Grand Miami.
Les ouvrages des Mound-Builders nous fournissent quel-
ques indications sur le caractère et la condition de ce peuple. Et d'abord ces ouvrages nous frappent par leur grandeur.
Plusieurs d'entre eux s'élèvent à plus de 60 pieds, et quelques-uns à 90. Le Mound de Gahokia, dont la base occupe huit acres de terrain et qui est haut de 90 pieds, forme à son sommet un plateau de cinq acres ; il contient environ vingt millions de pieds cubes de terre. L'ouvrage défensif du Petit Miami, connu sous le nom de Fort Ancienf, se compose d'un remblai circulaire de quatre milles de longueur dont une portion mesure jusqu'à vingt pieds de haut, et en outre de deux remblais parallèles formant un chemin couvert de plus de mille pieds, lequel conduit de l'entrée principale à un mound considérable qui servait d'observatoire. Les ouvrages de Newark (Ohio), comprenaient douze milles de remblais, et ceux de Portsmouth en comprenaient vingt milles.
Ce qui nous frappe ensuite, c'est que beaucoup de ces ouvrages se relient les uns aux autres de manière à former dans quelques localités tout un système. Ainsi la ligne du Grand Miami est défendue par trois ouvrages situés : le premier à son embouchure, le second à Golerain, le troisième à Hamilton, point à partir duquel des ouvrages auxiliaires s'étendent à six milles le long de la rivière. En outre, plusieurs ouvrages avancés protègent, au Nord et à l'Ouest do Hamilton, le cours des affluents du Grand Miami, tandis que d'autres ouvrages de même nature s'échelonnent jusqu'à Dayton et à Piqua. Tous ces ouvrages, communiquant entre eux par des mounds à signaux élevés sur des points bien en vue, constituent, le long du Miami, une ligne de défense continue. Fort Ancient, construit sur le Petit Miami, forme, en arrière de cette ligne, une sorte de citadelle centrale. Un mound, situé à Norwood, derrière Cincinnati, communique — à l'Est, grâce à la dépression des collines vers Redbank, avec un mound situé dans la vallée du Petit Miami — au Nord, par la vallée de Mill Greek, avec les ouvrages de Hamilton — à l'Ouest, par l'intermédiaire d'une série de mounds dont deux qui s'élevaient dans Gincinnati et ses faubourgs ont été
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détruits, avec le fort construit à l'embouchure du Grand Miami, De même, un signal d'alarme pouvait être transmis du petit ouvrage qui s'élève au Nord de Worthington — à travers toute la vallée, et par une série de mounds disposés le long du Scioto, depuis l'extrémité septentrionale du comté de Franklin, c'est-à-dire sur une ligne de plus de cent milles de longueur — jusqu'aux ouvrages de Portsmouth.
Les populations qui ont construit ces ouvrages n'étaient évidemment point clairsemées ; elles devaient être jusqu'à un certain point agricoles, et il faut qu'elles aient été régies par un vigoureux système de gouvernement, soit celui d'un Chef unique, soit celui d'un Conseil, chaque tribu formant peut-être un corps politique distinct.
Des recherches récentes montrent que l'exploitation des mines de cuivre natif a été pratiquée par un ancien peuple sur une échelle vraiment extraordinaire. On assure que dans un seul district (18 milles carrés) de l'Ile Royale, laquelle est située sur la côte septentrionale du lac Supérieur, ils ont extrait par leurs grossiers procédés, plus de métal que n'en a donné pendant les vingt dernières années la mine du Lac la plus riche, exploitée avec les engins modernes.
Il n'y a pas de traces d'habitations dans le voisinage des anciennes mines, mais des fragments de blocs de cuivre extraits de ces mines ont été trouvés dans les mounds de l'Ohio. Les mineurs étaient des visiteurs d'été, qui s'éloignaient lorsque l'hiver menaçait de leur fermer le Lac, et qui revenaient aussitôt que le dégel avait rendu la navigation possible. Montés sur de frôles bateaux pesamment chargés, il leur fallait ou contourner en faisant plusieurs centaines de milles les dangereux rivages du Lac, ou le traverser sans le secours de la boussole, malgré sa largeur et ses orages (1),
(1) La Commission de publication a jugé utile de compléter les indications données par M. Force, en extrayant d'un travail de M. Jacob Hougton, les passages qui suivent :
Les ouvrages des anciens mineurs, sur la rive raéridionale du
Ce peuple était donc doué d'un remarquable esprit d'entreprise. Mais on ne saurait dire qu'il ait été adonné au commerce, bien qu'on ait la preuve que des produits étaient échangés. Les outils en cuivre passaient du Nord au Sud. Des
lac Supérieur sont disséminés dans une région comprenant ce que l'on appelle la k zone du Trapp » laquelle, longue de 150 milles, traverse les comtés de Keweenaw, de Houghton et d'Ontonagon, Mich., oii sa largeur varie de quatre à sept milles. Les anciens mineurs exploitèrent aussi, dans l'île Royale, les dépôts de cuivre de cette même zone, dont la surface mesure 40 milles en longueur, sur une largeur moyenne de 5 milles. Leur mode d'exploitation était rudimentaire et grossier: il consistait à échauffer les roches ambiantes en allumant des feux sur les affleurements des veines, à désagréger partiellement ces roches par la contraction qu'y déterminait une projection d'eau froide, et à faciliter l'enlèvement des blocs de cuivre natif, en abattant avec des marteaux en pierre les fragments rocheux adhérents. Cette manière d'opérer nous est révélée par la présence, dans tous les anciens puits, de grandes quantités de charbon et d'innombrables marteaux en pierre portant les marques d'un long usage. Que les mineurs d'alors aient ignoré comment on peut élever l'eau mécaniquement, cela ressort du fait que les puits n'ont jamais été creusés qu'à la profondeur où l'on pouvait vider l'eau à bras. Les orifices des puits creusés à la suite les uns des autres sont séparés par des bourrelets de rocher et de terre, ménagés entre eux, pour servir de digues, et empêcher l'eau de passer d'un puits déjà comble dans un puits en voie d'exploitation.
Des puits, du charbon, des marteaux en pierre, des ustensiles et des outils en cuivre, voilà tout ce qu'a laissé la race qui a autrefois exploité ces mines. On n'a trouvé ni un tombeau, ni un vestige d'habitation, ni un squelette, ni un ossement. Les Indiens qui occupaient cette région, au moment où les Blancs y ont pénétré, n'avaient conservé des anciens mineurs ni une tradition, ni une légende. Ils ignoraient même qu'il y eût dans la roche des veines de cuivre, tant celles-ci étaient dissimulées à leurs yeux par les débris que le temps avait accumulés. Ils ne connaissaient
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coquilles marines étaient transportées dans l'intérieur. Du mica, extrait des monts Alleghanys, circulait dans la vallée de rOhio. Des éclats de silex provenant de Flint Ridge, au centre de l'Etat de ce nom, servaient à fabriquer des outils jusque
que les blocs erratiques de cuivre plus ou moins engagés dans le sol.
Quand on considère l'étendue do la contrée sur laquelle a été pratiqué le travail des mines, les grossiers et lents procédés employés, et l'énorme quantité d'ouvrage qui a été fait, il devient évident que le travail a duré des siècles, et qu'un nombre considérable d'ouvriers y était employé.
Le plus vaste ensemble de puits que l'on ait découvert jusqu'à ce jour est situé dans l'île Royale, sur ce qu'on appelle le a minong Belt y> . Là, sur une longueur de 1 mille 3/4, et sur une longueur moyenne de 400 pieds, les puits creusés à la file montrent qu'il a été extrait de la roche, à une profondeur de plus de 20 pieds. Les mineurs ont laissé sur le terrain des quantités de marteaux en pierre que l'on compterait par millions.
Il n'est pas supposable que cet ancien peuple ait ignoré les avantages de la division du travail. Il y avait, sans aucun doute, des mineurs, des videurs d'eau et des ouvriers chargés de fabriquer avec les morceaux de cuivre natif extraits par les premiers, des ustensiles et des outils. D'autres avaient pour emploi de procurer et de transporter les aliments ainsi que tout ce qui était nécessaire à la vie. Enfin, un certain nombre de gens étaient exclusivement occupés à réunir et à apporter des rivages du Lac, les galets de diorite et de porphyre dont les mineurs se servaient en guise de marteaux.
Beaucoup de ces marteaux en pierre ont été échancrés de manière à être assujettis dans des manches fourchus, mais la plupart sont des galets bruts que l'on tenait à pleine main. M. A. C, Davis, de la mine de Minong, m'a informé qu'il a vu, non loin de l'embouchure de l'Ontonagon, un vaste terrain tout couvert d'éclats de pierre et de fragments, tant de diorite que de porphyre, ce qui indique qu'il y a eu là un atelier où l'on préparait les marteaux, avant do les transporter dans l'intérieur.
9 LA RACE DES MOUXD-BUILDERS. 129
dans rillinois tout au moins. Quelques petits frag-ments d'obsidienne, originaires des Montagnes Rocheuses ou du Nouveau Mexi£{ue, parvinrent dans l'Oliio. Quoiqu'il en soit, l'échange de ces divers articles n'implique point un mouvement tel
Les anciens mineurs se sont trompés rarement clans le choix des dépôts à exploiter. C'est presque toujours dans les lieux où ils ont le plus travaillé que, dans ces derniers temps, on a ouvert les mines qui ont le plus donné.... Ce fait est souvent allégué à l'appui de l'hypothèse que cet ancien peuple aurait possédé des connaissances mystérieuses, lui permettant de découvrir et de suivre les veines métalliques.
11 est beaucoup plus raisonnable de supposer que ces anciens
mineurs, venus peu de temps après la rétrogradation des glaciers, ont occupé la contrée à une époque à laquelle l'action des éléments n'avait pas encore recouvert les dépôts métalliques d'un sol produit par la désagrégation des roches
Il est hors de doute que la matière première des outils en cuivre trouvés sur toute l'étendue des Etats-Unis, au Mexique, dans le Yucatan et dans les Antilles, provenait des anciennes mines du lac Supérieur. Il y avait bien de nombreux et d'énormes dépôts de minerai de cuivre dans l'Arizona, le Nouveau Mexique, l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud, mais il n'est point prouvé que les connaissances métallurgiques des indigènes leur aient permis de réduire le minerai à l'état de cuivre.
La circonstance que le l'uivre natif était fragmenté en morceaux de poids divers, a permis aux anciens mineurs de suivre facilement le dépôt, et de séparer sans trop de peine les blocs de métal de la roche où ils étaient engagés. Cette fragmentation favorisait aussi particulièrement les forgeurs d'outils. L'extrême ductilité du métal, due à sa pureté, leur était également avantageuse. Quand on examine les outils retrouvés jusqu'à ce jour, on est surpris malgré soi de la perfection du travail, et de l'identité de leurs formes avec celles (1 r outils de même nature dont nous nous servons aujourd'hui; ces anciens outils sont les prototypes de ceux de la civilisation actuelle.
Les douillt-s des fers de lance, des ciseaux, de? têtes de flèches,
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qu'il n'ait pu s'effectuer entre les tribus par des trocs de voisins à voisins. Toutefois, parmi les pipes en pierre que Squier et Davis ont recueillies dans un mound de la vallée de Scioto — pipes qui forment une collection unique — il en est sept, sur lesquelles le Manati ou Lamentin a été figuré avec assez d'exactitude pour qu'il faille admettre que le sculpteur connaissait parfaitement cet animal ; or, la seule partie du terri-
des couteaux, sont presque toujours faites avec autant de symétrie et de perfection qu'on en pourrait attendre du meilleur de nos forgerons, usant de toutes les ressources de son art. Cependant, les douilles de ces outils sont invariablement ouvertes d'un côté, et il n'a été fait aucune tentative de soudure ou de brasure. Quelques personnes ont avancé que si le plus grand nombre de ces outils sont des blocs de cuivre natif forgé, il en est néanmoins plusieurs (jui ont été fondus. Je pense que c'est là une erreur.
Si les outils à douille avaient été fondus, il est raisonnable
de supposer que les douilles auraient été fondues complètes La
présence de fragments d'argent natif dans les outils proteste contre l'hypothèse de la fonte. L'argent natif se rencontre fréquemment dans toute la région avec le cuivre, mais toujours comme un métal distinct et séparé formant des taches et des filets, sur et dans le f^uivre. La fonte d'un morceau de cette catégorie produirait un alliage, et comme la proportion du cuivre est plus considérable que celle de l'argent, ce dernier métal ne serait pas visible. ... On trouve souvent, dans les mouuds, des morceaux, de galène à côté d'outils en cuivre, mais jamais il n'a été question de la trouvaille d'un ustensile en plomb. Or, le point de fusion du plomb n'étant qu'à 594 degrés Fahrenheit, tandis que celui du cuivre est à i?,.548 degrés, il serait singulier que les Mound-Builders aient fait assez de progrès dans la métallurgie pour réussir à fondre ce dernier métal, alors qu'ils n'auraient su ni fondre ni utiliser le premier... .
[The ancient copper mines of lake Superior, by Jacob Houghton dans VHistory and Revieu) of the minerai ressources oflahe Supeyfû','. — Swineford. Marquette. 1816.)
toire des Etats-Unis où l'on ait trouvé le lamantin est la côte de la Floride. Sur une autre pipe, on a représenté un oiseau que l'on suppose être un toucan, mangeant dans une main ouverte ; mais, le Toucan n'appartient point à l'ornithologie des Etats-Unis, il habite les Indes occidentales et l'Amérique du Sud; et c'était à l'époque de la découverte du Nouveau Monde, le seul oiseau que les indigènes eussent apprivoisé. Cependant ces sept pipes sont faites de la même matière et aussi habilement que les autres pipes de la collection, lesquelles représentent des oiseaux et des animaux communs dans l'Ohio. Ces faits semblent indiquer, entre l'Ohio et la côte du Sud, des communications directes, soit individuelles, soit multiples.
La manière dont les Mound-Builders travaillaient la pierre avec laquelle ils fabriquaient des pipes, des bijoux et des articles dont l'usage est demeuré inconnu, dénote une habileté, une variété dans le choix des sujets et un sens artistique bien supérieurs à ce que l'on trouve dans les ouvrages du même genre exécutés par les Indiens postérieurs.
On a souvent agité la question de savoir si les Mound- Builders connaissaient la fusibilité des métaux, et s'ils faisaient des ouvrages en fonte. Il a été déposé, dans le musée du Collège de Marietta, une bosse de cuivre qui a été trouvée à la base d'un mound, et qui serait exactement semblable à d'autres bosses trouvées dans d'autres mounds, si la surface convexe extérieure n'était point comme plaquée d'argent. Ainsi que l'ont constaté Squier et Davis, cet argent n'a point été uni au cuivre par le martelage, mais bien par une sorte de fusion. Cependant, examen fait de ce curieux objet, je ne mets pas en doute que cette bosse soit du cuivre natif travaillé au marteau. On trouve, en effet, dans les mines qu'exploitaient les Mound-Builders, des parties d'argent plus ou moins considérables qui sont adhérentes au cuivre, ainsi qu'on peut s'en assurer en examinant, dans la collection de la Société Historique du Wisconsin, une javeline en cuivre à laquelle
l32 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 12
adhère un morceau d'argent. Aujourd'hui encore, quand ils ont mis la main sur une partie de cuivre argentifère convenable, les mineurs du lac Supérieur l'emploient à forger des bagues en cuivre qui se trouvent être plaquées d'argent par un jeu de la nature. L'artisan mound-builder qui a forgé la bosse duMusée de Marietta a tiré parti d'un échantillon argentifère.
On avait prétendu que, dans la grande collection d'outils en cuivre acquise récemment par la Société Historique du Wisconsin, figuraient quelques outils qui n'auraient point été forgés, mais fondus. Cette prétention ne s'appliqueplus aujourd'hui qu'à un. spécimen paraissant être un coin ou une hachette ; mais, le fait est contesté. J'ignore quelle est à cet égard l'opinion de la Société Historique, et je n'ai pas vu par moi-même l'outil dont il s'agit. Toujours est-il que si cette hachette a été fondu3, et que si elle est bien de provenance mound-builder, elle constitue, parmi plusieurs milliers d'ustensiles en cuivre venus jusqu'à nous, un échantillon unique qui ne suffît en aucune façon pour invalider cette constatation du docteur Wilson, du Canada: « que pour les Mound-Builders, le cuivre natif était simplement une pierre malléable. »
Les Mound-Huilders ont fait preuve d'une aptitude d'un genre différent, dans le tracé de leurs enceintes carrées, octogonales, circulaires ou elliptiques (par exemple dans la vallée de Scioto), dont l'exactitude mathématique a été constatée par plusieurs de nos ingénieurs. Ainsi que Squier et Davis en ont judicieusement fait la remarque, le tracé de circonférences, dont les diamètres ont plus de mille pieds et parfois même plus de 1,700, implique la connaissance d'un procédé pour mesurer les angles ; et le fait, (pi'un grand nombre de carrés sont construits sur un cùté mesurant exactement 1,080 pieds, révèle que les constructeurs étaient en possession d'une certaine unité de mesure.
Tous ces faits dénotent' un état de civilisation ne répondant nullement aux idées que nous nous faisons de la vie indienne. Mais il ne faut pas oublier, qu'après avoir vu leurs fortifica-
13 LA RACE DES MUU.\D-rUILL)KIlS. ' * 133
lions détruites par les Français, les Cinq Nations, ont dès avant l'an 1700, renoncé à élever des ouvrages défensifs; qu'antérieurement à cette date, les Murons avaient abandonné leurs anciennes demeures, et que les autres tribus sédentaires précédemment fixées sur les bords des Lacs avaient été exterminées par les Cinq Nations. L'idée générale que nous avons aujourd'hui de la vie indienne s'est formée sur le dernier état dans lequel ont vécu les Cinq Nations, les Hurons, les Algonquins, et sur la condition des tribus nomades qui vivent sous la tente à l'Ouest du Mis-jissipi. La vérité est que la vie indienne a eu plusieurs phases. Entre les tribus qui fouillent le sol de l'Arizona, et les Péruviens tels que les a trouvés Pizarre — bien que les uns et les autres soient de la même race, et qu'ils appartiennenl également à une même famille, celle des Indiens d'Amérique — il y a bien de la marge. En fait, les Européens ont trouvé des états de civihsation très-divers dans les limites des Etats-Unis actuels.
A l'époque de la découverte, les tribus ({ui vivent à l'Ouest du Mississipi étaient nomades, comme elles le sont encore aujourd'hui. La grande famille algonquine, qui s'étendait de la Nouvelle-Ecosse à la Géorgie el de l'Atlantique au Mississipi, n'était pas moins barbare. Alais la famille huronneiroquoise qui, entourée par les tribus algonquines, habitait les bords du lacErié, du lac Ontario, et la rive orientale du lac Huron, ne comprenait que des nations sédentaires : les Hurons, les Iroquois ou Cinq Nations, les Eriés, les Andastogues ou Andastes, la Nation Neutre, et autres tribus dénommées par les missionnaires jésuites. Ces nations vivaient dans des villages permanents, entourés de hautes et fortes palissades, munis d'une plate-forme intérieure sur laquelle montaient les guerriers chargés de la défense, et pourvus de conduites amenant l'eau nécessaire à l'extinction des incendies. Les habitants occupaient de spacieuses cabanes solidement bâties ; ils faisaient d'abondantes récoltes de maïs, emmagasinaient des vivres et du bois de chauffa.'i'c i)0ur la saison d'hiver,
184 CONGRÈS DES AMÉrICAMSTES. 1-4
et obéissaient à des gouvernemenls régulièrement organisés.
De Soto trouva les Indiens des Etats actuels de Géorgie, d'Alabama, du Mississipi et de la partie orientale du Tennessee, vivant dans des villages à demeure, dont plusieurs étaient défendus par des palissades, quelquefois par des palissades et des tours, parfois aussi par des fossés creusés au devant de palissades. Les habitants récoltaient du maïs et s'approvisionnaient pour l'hiver. Ils étaient gouvernés par des chefs, dont un grand nombre avaient élevé leurs habitations sur le sommet de mounds tronqués ; ces chefs exerçaient leur autorité et recevaient des marques de respect, dans une mesure qui contredit absolument les idées ayant cours sur le caractère des Indiens.
Les Mandans, fixés sur le Haut-Missouri, non loin de l'embouchure de Yellow Slone River, n'ont été visités par les Blancs, que dans les premières années de ce siècle. Ils n'étaient plus, à cette époque, que les survivants d'tine tribu autrefois puissante, mais qui a été décimée par les incursions incessantes des Dakotas ainsi que par la petite vérole. Cette peHte tribu sédentaire, formant comme une île au milieu d'un orageux océan de tribus nomades, et parlant une langue sans affinité avec aucun autre idiome, habitait un village, situé sur une falaise à pic qui dominait le cours de la rivière, et qui était fortifié du côté de la terre par une solide palissade et par un fossé. Les cabanes, constrnites de bons matériaux, étaient recouvertes de terre ; elles étaient de forme circulaire, et leur diamètre mesurait quinze pieds. Plusieurs familles vivaient dans la môme cabane. Les lits, rangés en cercle contre la muraille, étaient garnis de rideaux de peaux ayant reçu une préparation. Les boucliers, les armes et les ornements des guerriers, empilés entre les lits, donnaient un certain air d'agréable propreté au vaste appartement. Les Mandans récoltaient du maïs qu'ils troquaient avec les tribus de l'Ouest contre des chevaux et des pelleteries, sauf à échanger ensuite ces articles, avec les tribus que visitaient les colporleuis
15 LA RACE DES MOL'.XD-BUILDERS. 135
blancs, contre des objets de fabrication européenne. Ils fabriquaient d'excellente poterie, ainsi qu'une sorte de grain de collier grossièrement émaillé, qui était fort recherché par les Indiens.
Bien que le commerce tel que le pratiquaient les Mandans ne fût pas chose commune, il y a toujours eu cependant, entre toutes les tribus, soit par"la voie de la guerre soit par celle du troc se répétant de voisins à voisins, autant d'échanges d'articles qu'il en faut supposer pour expliquer la possession par les Mound-Builders d'objets provenant de diverses contrées. Les expéditions guerrières des Cinq Nations, durant le XVIP siècle, firent passer du Tennessee sur les bords des Lacs, des ornements en plumes de perroquet — la distance est d'un millier de milles. Les tribus qui manquaient de « wampum » s'en procuraient auprès de celles qui fabriquaient cet article. La terre à pipe rouge du Minnesota n'était pas connue des Mound-Builders, mais durant le dernier siècle on voyait fréquemment des pipes faites de cette terre, dans la vallée de rOhio, c'est-à-dire à mille milles de la carrière.
Les Indiens Pueblos, visités et décrits par Coronado vers l'an 1540, habitent encore aujourd'hui, en grande partie, les mêmes villages, et leurs coutumes ne se sont point modifiées jusqu'à ce jour. Je traversais l'été dernier (1876) le pays desPueblos^ me rendant à Santa Fé, lorsque je fis halte pour une nuit auprès du pueblo de Taos, dans lequel on reconnaît sans peine le Brabra de Coronado. Ces Indiens Pueblos sont réputés avec raison former la meilleure part de la population du Nouveau Mexique. Ils sont industrieux, honnêtes, chastes, braves en même temps que pacifiques, bons chasseurs et bons commerçants, les meilleurs cultivateurs de tout le territoire, et les seuls arboriculteurs de la vallée ; ils fabriquent de bonne poterie et des couvertures écrues. Leurs maisons, à quati-e ou cinq étages, dont quelques-unes avec cour intérieure, et qui constituent chacune un village, bien que vieilles aujourd'hui de plusieurs siècles, sont de beaucoup les édifices de la région les plus curieux et les plus intéressants.
136 COXGUÈS DES A:\lEmCA.MSTES. IG
Chaque pueblo a son gouvernement, et le Chef est traité avec un grand respect. Lorsqu'on vit que nous approchions du pueblo de Taos, lequel est construit comme une pyramide à terrasses et sans cour intérieure, le Chef monta sur le sommet le plus élevé, et, drapé dans sa couverture, harangua son peuple, lui ordonnant, ainsi que nous l'apprîmes par la suite, de se tenir dans l'intérieur du bâtiment. Un interprète lui ayant crié que le Général commandant le district désirait lui parler, (le Général Hatch, commandant le district du Nouveau Mexique était de la partie) le Chef descendit de toit en toit par des échelles extérieures, et nous souhaita la bienvenue avec autant de courtoisie que de dignité. Les jeunes braves entourèrent bientôt le feu de notre camp, d'abord pour nous vendre de la venaison, des pommes, du bois et du foin, puis pour nous demander du tabac, enfin pour nous voir souper et nous entendre ensuite causer. C'était une bande de jeunes gens de superbe apparence. Comme la nuit venait, je demandai au Chef de renvoyer ses jeunes hommes. Un mot de lui mit fin à leurs joyeux propos, et ils se retirèrent paisiblement.
Le lendemain matin, je fus éveillé dès l'aube par un chant étrange. Ayant tiré aussitôt les rideaux de l'ambulance dans laquelle j'avais passé la nuit, je distinguai vaguement sur la voûte du ciel, le profil du Chef qui se tenait debout au sommet du pueblo. Lorsqu'il eût fini de chanter, il lança une proclamation qui semblait être une harangue. Il l'avait à peine terminée que je vis des figures se mouvant avec rapidité. On m'expliqua que le chant du Chef constituait un acte d'adoration, et que la proclamation avait pour objet de faire connaître quelle serait, durant la journée, la tâche des différentes familles auxquelles appartiennent les 500 personnes vivant dans le pueblo.
Les EstiifRs ou chambres souterraines du Conseil subsisteTit encore avec une construction ressemblant à un autel. Si un feu perpétuel y est encore entretenu, ses charbons artlents étaient recouverts de cendre, dans l'estufa que je visitai.
Les Indiens Pueblos, à en juger par les ruines qui couvrent le pays, doivent avoir formé autrefois un grand peuple. La plupart de leurs villages sont maintenant situés dans les vallées, mais quelques-uns de leurs hill-towns sont encore habités. L'histoire contemporaine confirme l'impression produite par les ruines, à savoir que si les pueblos des vallées ont été construits de telle sorte qu'ils pussent se défendre par eux-mêmes, les habitants ne s'en étaient pas moins ménagé, au sommet des falaises à pic, d'autres forteresses qui devaient leur servir de place de refuge. La constitution géologique de la contrée est telle que des rochers se dressent au-dessus de la plaine comme des tours, et qu'on ne peut gravir leurs pentes abruptes qu'en cheminant par des sentiers étroits et périlleux. En cas pareil, toute la défense consiste dans la situation; mais, là où le lieu de refuge, au lieu d'être complètement isolé, pouvait être abordé d'un côté par un chemin à peu près uni, on trouve parfois des ouvrages qui paraissent avoir été défensifs. Dans le Bulletin des explorations de Hayden durant l'année 1875, publié en mars 1876 par le département de l'Intérieur, figure un plan des ruines de Ojo Caliente, qui rappelle d'une manière frappante les ouvrages défensifs représentés dans l'ouvrage de Squier et Davis sur les Mound-Builders. Un autre plan dressé dans le même bulletin — celui des ruines du Rio de la Plataoùl'on voit des mounds simples, des mounds à terrasse, des cercles et des carrés — rappelle, quoique moins distinctement, les ouvrages de la vallée du Scioto. Il est dit, à la page 4 de cette publication, que « dans les lieux oi\ la conformation du sol le permet, les carrés sont des carrés parfaits et les cercles, des cercles parfaits ». Les ruines des Anciens Pueblos présentent des constructions en maçonnerie d'une grande solidité , et qui témoignent de beaucoup d'habileté, par exemple des tours à triple muraille, qui sont construites en pierres de taille courbées extérieurement, proprement jointes et disposées sur un lit de mortier. On lit, à la page 19 du bulletin précité, que les ruines d'Aztec Sprints cubent environ 1,500,000 pieds d'ouvrages en pierre.
138 CONGRÈS DES AMÉRTCANISTES. 18
Les Mûund-Buiklers et les Indiens Pueblos ont vécu sous des climats et sur des sols différents, dans des contrées qui n'avaient pas les mêmes caractères et qui ne donnaient pas les mêmes pi'oduits. Mais ils paraissent avoir atteint le même degré de développement, et si leurs industries et leurs coutumes n'ont point été identiques, elles ont été du moins équivalentes, de telle sorte qu'en changeant réciproquement d'habitat, l'un aurait pu devenir ce que l'autre a été.
On peut dire avec certitude que les Mound-Builders ont atteint un degré d'avancement qui les place entre les Algonquins et les Aztecs, au niveau des Pueblos, et qu'autant qu'on puisse juger de l'état de leur civilisation par leurs ouvrages, rien ne s'oppose à ce qu'on voie en eux des tribus d'Indiens de l'Amérique du Nord. Reste à déterminer l'époque à laquelle ils ont vécu.
Une indication nous est donnée à cet égard par le fait que des arbres ont crû sur les mounds. Squier et Davis mentionnent l'existence, sur le grand fort de Paint Creek, d'un arbre vieux de 600 ans. Barrandt parle d'un arbre du même âge crû sur des ouvages situés dans la région du Plaut- Missouri. On dit que le D'' Hildrelh a eu connaissance d'un arbre vieux de 800 ans, s'élevant sur l'un des mounds de Marietta. On a compté, sur divers mounds, un grand nombre d'arbres âgés de trois et de quatre cents ans. Il suit de là que plusieurs ouvrages ont dû être abandonnés, il y a six ou huit cents ans. Toutefois, il est possible que la date de leur abandon remonte plus haut, car les arbres actuels peuvent n'avoir pas été les premiers qui aient crû siu' ces ouvrages. D'autres ouvrages n'ont été abandonnés que plus tard. Dans l'appendice de son travail sur la Louisiane, Brackenridge mentionne au sujet du grand mound de Sulzertown, Miss., le fait qui suit « Lorsqu'il y a vingt ans, le propriétaire actuel prit possession du domaine sur lequel se trouve la fortification, la contrée était couverte de tilleuls, et il n'y avait pas, sur la fcir-tillcation, d'arbre ayant plus d'un pied de diamètre ». Il est
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question; dans le Sinithsonian Report for 1872, d'un canton de 21 acres, où les mounds abondent et qui est couvert de noyers, tandis que la furet adjacente est peuplée d'un côté de chênes blancs et de l'autre côté de pins. Par cela seul que la végétation de ce canton diffère de la végétation avoisinante, il est clair que l'abandon des ouvrages qu'il renferme ne remonte pas à une époque fort reculée. On voit que, d'après les indications fournies par la croissance des arbres, il n'y a pas nécessité de reporter l'abandon d'aucun ouvrage à plus de mille ans en arrière, que l'on peut assigner une date beaucoup plus récente à l'abandon de la plupart d'entre eux, et que quelquesuns ont continué à être occupés, soit par les constructeurs, soit par d'autres tribus indiennes, jusqu'à une époque relativement rapprochée.
Bien qu'en thèse générale, des ouvrages en terre une fois recouverts d'arbres soient assurés d'une longue durée, certaines causes peuvent néanmoins hâter leur ruine. Les affluents du Mississipi et ce fleuve lui-même modifient continuellement leur cours ; ils arrachent de l'un des bords des terres d'alluvion peu résistantes pour les déposer sur le bord opposé. Il arrive de la sorte, que par des mouvements lents mais continus, ces cours d'eau se portent tantôt à droite, tantôt à gauche, et qu'ils oscillent entre les collines qui bordent la vallée des deux côtés. Depuis que les Blancs se sont établis dans la contrée, c'est-à-dire depuis cinquante ou soixante ans, plusieurs ouvrages ont été ça et là entamés par les eaux et partiellement détruits. Mais l'état d'intégrité du plus grand nombre, et la rareté des cas dans lesquels leurs contours ont été atteints, ne nous autorisent cependant pas à leur attribuer une grande antiquité.
Les flancs des collines qui donnent sur les vallées sont sujets à être lavés par les pluies qui y forment et y creusent sans relâche des rigoles ; à la longue, les eaux mangent le sol. Or, les ouvrages défensifs sont établis sur des ergots de falaises abruptes, et ils consistent en des remblais de terre
140 CONGRÈS DSS amékicanistes. 20
qui sont ainsi exposés à èlre lavés et rompus par l'eau des risroles creusées dans le flanc de la colline. On constate néanmoins, non sans surprise, que les dégâts causés sont peu graves et que les lignes des remblais suivent exactement, dans ses moindres accidents, le contour de la surface sur laquelle ils ont été élevés.
Les Mound-Builders qui ne faisaient que visiter les mines de cuivre du lac Supérieur, ont dû renoncer à les exploiter, avant d'abandonner les lieux qu'ils habitaient. Il est en effet hors de doute qu'ils ont pu encore se maintenir dans ceux-ci, alors qu'ils étaient devenus incapables de poursuivre au loin le cours de leurs expéditions hasardeuses. Et cependant, on retrouve encore aujourd'hui dans les mines des ustensiles en bois dont se sont servis les anciens mineurs. Tandis qu'après un ©xamen très attentif, M. Gillman est arrivé à cette conclusion que, vraisemblablement, l'abandon des ruines remonte à 800 ans, un observateur non moins consciencieux, le docteur Lapham du \\''isconsin, a émis l'avis (selon moi erroné) que les mines étaient encore exploitées lorsque les Français ont commencé à s'établir dans le Nord- Ouest.
On a invoqué, comme preuve de la haute antiquité des Mounds, l'absence parmi les Indiens postérieurs de toute tradition relative à ces ouvrages. Mais, chez les Indiens, la tradition est chose éphémère et fugace. A l'exception des Creeks, il n'y a peut-être pas actuellement une seule tribu qui soit, au sujet de sa propre histoire, en possession d'une tradition de quelque valeur remontant à un siècle. L'expédition de De Soto témoigne d'une manière frappante du peu de prise que la tradition ;i sur l'esprit indien. Il est difficile d'imaginer quelque choso qui ait été de nature à produire sur les Indiens une impression plus profonde que l'arrivée soudaine parmi eux d'une armée d'étrangers blancs, barbus, portant des vêtements et des armures dont la substance non moins que la forme leur étaient inconnues, montés sur des animaux qu'ils n'avaient jamais vus, ayant pour armes le tonnerre et l'éclair, suivis d'un millier de captifs enchaînés
comme des esclaves, détruisant leurs villages les plus forts, dévastant toute la contrée, puis tout d'un coup disparaissant et descendant le fleuve en fugitifs, pour gagner la haute mer. Eh bien, pas un des Européens qui ont visité la contrée cent cinquante ans après ces événements, n'a trouvé le moindre vestige d'une tradition concernant De Soto !
Les Indiens ont souvent changé de lieu de résidence, et souvent aussi, dans le cours de leurs interminables guerres, des tribus entières ont été exterminées. En 1535, Jacques Cartier avait trouvé les Iroquois à Montréal ; en 1612, Ghamplain les trouva entre le lac Ontario et le lac qui porte son nom. Après la destruction de la tribu des Eries, en 1655, le territoire qui est devenu l'Etat d'Ohio demeura inhabité jusqu'au siècle suivant ; les nations connues sous le nom d'Indiens Ohio n'occupèrent ce pays que postérieurement à l'an 1700. Les Shawnees apparaissent pour la première fois à la lumière de l'histoire dans la région qui est devenue le Tennessee et le Kentucky, mais ils y étaient des immigrants venus d'une autre contrée. Les Greeks et les Alabamas arrivèrent dans l'Alabama et dans la Géorgie actuelles après l'expédition de De Soto. Donc, alors même que les Indiens seraient aptes à conserver des traditions, il n'y aurait pas lieu de s'étonner qu'ils ne sachent rien au sujet des Mounds que le hasard leur a fait découvrir dans leurs parties de chasse.
Mais la superstition est plus vivace que la tradition. En 1670, Marquette trouva, chez les Indiens du lac Supérieur, la croyance superstitieuse que des Esprits étaient commis à la garde du cuivre gisant sur les bords du lac, et que quiconque s'aventurerait à l'enlever serait frappé de mort. Il est possible qu'après la destruction de la race qui enlevait le cuivre sur les bords du lac, la tradition de cet événement se soit graduellement obscurcie au point de se transformer en une croyance superstitieuse, et que Marquette, en constatant l'existence de cette croyance, ait recueilli le résidu par éva-
^'*^ CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 2^
poration d'une tradition relative à l'expulsion des Mound- Builders de la région du lac Supérieur.
On a parfois attribué une très hante antiquité aux ouvrages des Mound-Builders, en s'appuyant sur un prétendu fait dérivant de leur situation.
Les rivières du bassin de l'Ohio, en se creusant dans le cours des siècles des lits successifs, ont mis à découvert, sur leurs bords, jusqu'à trois bancs. Le banc inférieur ou Bottom Innd est généralement recouvert par les grandes eaux. Or, on a avancé que les Mound-Builders n'ont point construit d'ouvrages sur ce banc, que celui-ci se trouvait encore sous l'eau lorsque ce peuple vivait, et que dès lors ce peuple a vécu durant une période géologique très ancienne. La déduction est logique, malheureusement elle s'appuie sur un fait sans réalité. Lors de la visite de Long, les ouvrages de Piqua s'avançaient jusqu'au bord de l'eau. A Portsmouth, les remblais se prolongeaient sur le « bottom land » jusqu'au bord de l'eau. Le grand Mound, situé sur la rive de l'Ohio, à quelques milles au dessous de Maysville, a été construit sur le second banc ; mais, les ouvrages qui se relient avec lui s'étendent sur le banc inférieur, lequel, il est vrai, se trouve au-dessus du niveau des grandes eaux. Sur la rive kentuckienne, à environ 4 milles au-dessous de Maysville, trois mounds s'élèvent sur le « bottom land. » Je possède plusieurs objets antiques provenant, suivant le dire de la personne qui me les a cédés, de l'exploration d'un mound construit à North's Bottom, Virg. Occid., sur le « bottom land. » Le capitaine Holloway, de Cincinnati, qui a vécu durant plusieurs années à Mercer's Bottom, au-dessous de Gallipoli, m'affirme qu'il y a là plusieurs mounds reposant sur ce même banc inférieur. La vérité est tout simplement que les Mound-Builders cherchaient, comme nous-mêmes le faisons, à établir leurs constructions au-dessus du niveau des grandes eaux, et qu'ainsi que cela nous arrive aujourd'hui encore, ils s'y sont parfois mal pris. Squier et Davis citent
deux cas dans lesquels quelques-uns de leurs ouvrages sont envahis par les grandes eaux. Au surplus, s'il était besoin de démontrer jusqu'à l'évidence, que la surface du sol était à l'époque des Mound-Builders identiquement ce qu'elle est aujourd'hui, on ferait remarquer que partout oh ils avaient des villages, la population actuelle a des villes ou des bourgs. On peut donc affirmer, avec toute la certitude désirable, que la disparition des Mound-Builders n'a pas commencé antérieurement à un millier d'années, et que ce peuple ne s'est définitivement éteint que plusieurs siècles après.
Les personnes versées dans la science de la philologie comparée disent que les innombrables langues et dialectes parlés en Amérique, depuis la région polaire jusqu'à la Patagonie, constituent une même famille, ont une commune origine, et que toutes les nations ou tribus qui les parlent sont de la même race. Identiques au point de vue des organes intérieurs et de la structure, ces langues, qui se comptent par centaines, diffèrent tellement sous le rapport du vocabulaire que beaucoup d'entre elles ne possèdent pas un seul mot en commun. Or, la formation d'une langue est une opération très-lente. Les langues de l'Europe se sont développées sous une action stimulante et comme en serre chaude ; on connaît leur germination et leur histoire, on peut calculer leur âge. Combien de temps faut-il pour qu'un peuple barbare produise et développe complètement quatre cents langues distinctes ? La durée nécessaire à l'accomplissement de ce travail est dans tous les cas tellement considérable, qu'auprès d'elle une antiquité de mille ans équivaut à la jeunesse, et se confond presque avec le présent. Si restreint que soit leur nombre, les faits semblent nous conduire irrésistiblement à cette conclusion : que les Mound-Builders étaient des Indiens plus civilisés que les Algonquins ou les Dakotas, mais beaucoup moins avancés que les Aztecs ou les Péruviens ; qu'ils s'étaient élevés au même niveau que les Indiens Pueblos, et que leurs tribus étaient florissantes à l'époque de Gharlemagne.
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On a cherché récemment à découvrir quelques particularités dans les crânes des Mound-Builders. Il faut, avant tout, pour déterminer le caractère propre des crânes des Mound- Builders, avoir au moins un crâne de Mound-Builder. Mais, comme les Indiens postérieurs ont fait souvent des vieux mounds leurs cimetières, il importe de distinguer les inhumations originaires des inhumations intrusives. Comme ces dernières ont toujours été pratiquées à la surface, on peut aisément les distinguer des premières, à la seule condition d'y prendre garde — ce qu'on a parfois négligé de faire.
Dans son livre sur les Races préhistoriques des Etats- Unis, feu le docteur Foster, de Chicago, déclare qu'il a découvert le type du crâne des Mound-Builders, et que c'est un type dégradé semblable à celui du crâne de Néanderthal. Cette théorie est basée sur environ une douzaine de boîtes osseuses et des fragments qu'il avait en sa possession. Quatre d'entre eux avaient été recueillis par le docteur Harper dans les ouvrages de Merom, Indiana ; un cinquième provenait d'un moundde Dunleith, Illinois, en face de Dubuque ; le reste avait été trouvé dans les environs de Chicago.
Il ressort d'un mémoire publié par M. Putnam, dans le (luin/ième volume des Proceedings of tlie Boston Society of Naturnl History, qu'il existe à Merom, indépendamment des mounds, quelques tombeaux en pierre formés de minces lames de pierre disposées de flanc sur les quatre côtés avec une couverture de pierres plates, et que le docteur Marper avait extrait trois des squelettes dont il vient d'être parlé, précisément de ces tombeaux. Les tombeaux de ce genre sont assez communs le long des rivières Ohio, Cumberland et Tennessee. Mais ce mode d'inhumation diffère tellement de celui de l'inhumation dans les mounds, qu'il semble avoir été exclusivement prati(iué par un peuple ayant des habitudes tout autres que les Mound-Builders. Au surplus, ce mode paraît être beaucoup plus récent, car les squelettes cjue l'on trouve dans ces constructions funéraires établies à la surface du sol, sont
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généralement dans un meilleur état de conservation que les squelettes trouvés enfouis sous les mounds. Il y a plus ; quelques-uns des squelettes extraits des tombeaux dont il s'agit portent les traces du mal vénérien, qui a été importé dans l'Amérique du Nord par les Européens. Et, dans au moins l'un de ces tombeaux, on a trouvé une balle de fusil incrustée dans un os {Smithsonian Report for 1874 p. 373). Enfin, les Indiens de l'Illinois ont pratiqué ce mode d'inlmmation jusque dans le présent siècle (Jones, Antiqiiities of Southern Indians, p. 220).
Les crânes et les fragments provenant des environs de Chicago avaient été extraits de petits mounds, formés du limon de la prairie et hauts de deux pieds et demi. Les Indiens élevaient assez souvent de ces sortes de mounds sur leurs morts.
Le docteur Poster lui-même convient que les Indiens et les métis avaient fait de quelques-uns de ces mounds des lieux d'inhumation, qu'il n'y avait dans la région d'autres traces des Mound-Builders que ces prétendus mounds, et que ces parages étaient fréquemment visités par les Indiens des confédérations de l'Illinois et du Miami, après qu'un poste français y eut été établi vers 1680.
Quant au crâne de Dunleith qui avait été extrait — avec deux autres crânes sur lesquels les renseignements font défaut — d'unmound haut de douze pieds, il appartenait à un squelette trouvé à une profondeur de deux pieds, dans un cercueil de bois et de pierre. Cette inhumation n'était évidemment point originaire mais intrusive ; d'où il suit, conformément à la règle universellement acceptée, que le squelette était celui non d'un Mound-Builder, mais d'un Indien postérieur.
L'argumentation du docteur Poster est excellente sauf qu'elle manque de base, puisqu'il n'a pas eu en sa possession de squelettes de Mound-Builders.
Après avoir examiné avec le plus grand soin quelques crânes de Muund-Builders dont l'authenticité avait été cens-
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tatée, Morton a reconnu qu'ils étaient identiques à ceux des Indiens modernes. Le seul crâne de provenance indubitablement mound-builder qu'aient trouvé Squier et Davis, était remarquablement bien développé, et il présentait le même type que ceux de Morton. Le docteur Latham, l'explorateur des mounds du WisconsiU; n'a trouvé qu'un seul crâne dont il ait cru pouvoir alTiriner d'une façon bien positive la provenance mound-builder; un second crâne de cette provenance a été trouvé dans le Wisconsin en 1874, et il est actuellement conservé dans le cabinet de Milton Collège. On dit, qu'entre ces deux boîtes osseuses et celles des Indiens modernes, il y a des différences consistant dans une certaine projection de l'arcade zygomatique, un angle plus obtus formé par les os malaires, des orbites moins anguleux, une mâchoire inférieure plus massive et un aplatissement de l'occiput. Les deux crânes trouvés dans le Minnesota et appartenant aujourd'hui à la Socie/ei/is/oW^«e de cet Etat, paraissent ne point différer sensiblement des crânes des Indiens modernes. Le docteur Joseph Jones, dont les Antiquités du Tennessee ont été publiées en octobre 1876 j^ar laSmitJisonian Institution, range les crânes des mounds et ceux des tombeaux en pierre, dans la même catégorie. Il s'exprime ainsi, à la page 72 : « les crânes extraits des tombeaux en pierre et ceux des Mound- Builders du Tennessee et du Kentucky possèdent au plus haut degré les caractères qui distinguent la race américaine de toutes les autres races ; les crânes de ces deux provenances paraissent avoir appartenu à des individus de la branche Toltèque. » Le docteur Jeffres Wyman dit, au sujet d'une collection de vingt-quatre crânes de Mound-Builders, qui lui avait été envoyée du Kentucky {Fourtli Anmml Report, Peahody Muséum), « la comparaison de ces crânes avec ceux d'autres Indiens plus modernes montre qu'ils possèdent quelques particularités que l'on appréciera beaucoup mieux en plaçant des spécimens des deux catégories les uns à côté des autres, qu'en consultant des tables de « mensuration ou des desicrip-
"2.1 LA KÂCE DES MOUNU-BUILDERS. 147
lions techniques ». Décrivant ensuite ces différences, il ne trouve point, dans les os de la face, les particularités observées sur les crânes du Wisconsin ; mais, d'autres parties de la boîte lui paraissent être le siège de variations qui n'ont point été constatées sur ces mêmes crânes.
Dans un mémoire, qui fait partie du bulletin de l'exploration de Hayden déjà précédemment cité, le docteur Emile Bessels décrit un certain nombre de crânes provenant des Pueblos, et il ajoute, que se trouvant à l'Institution Smithsonienne après qu'il avait terminé la rédaction de son mémoire, il a assisté à l'ouverture d'une caisse contenant quelques antiquités recueillies dans un mound du Tennessee et au nombre desquelles se trouvaient deux crânes. « Il y a, dit-il, entre les crânes provenant de ces deux localités (Tennessee et Nouveau- Mexique) une telle ressemblance, qu'on pourrait aisément les confondre. »
En somme, Morton, Squier et Davis regardent les crânes des Mound-Builders comme étant identiques à ceux des Indiens d'aujourd'hui. Les deux crânes du Minnesota, dont il est vrai je n'ai pas vu de description complète, paraissent également être semblables à ces derniers. Les deux ou trois crânes authentiques trouvés dans le Wisconsin ne diffèrent de ceux des Indiens actuels qu'en ce qui concerne les os de la face. Les vingt-quatre crânes du Kentucky diffèrent quelque peu des crânes modernes par ce qu'on appelle la couronne, mais non par les os de la face. Enlin, les crânes du Tennessee sont identiques à ceux des tombeaux en pierre dans lesquels sont inhumés les Indiens modernes, et aussi aux crânes des Pueblos. Il suit de là que les crânes des Mound-Builders appartiennent à la famille des Indiens d'Amérique, et que l'on n'a point encore découvert de caractères qui leur soient communs à tous, en même temps qu'ils seraient étrangers aux crânes des tribus aujourd'hui existantes.
M. Henry Gillman du Michigan a ftut quelques découvertes dont la portée n'a point encore été délerminée. Il a remarqué
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que 50 O/q des squelettes exhumés de quelques inounds voisins de Détroit, sont caractérisés par l'aplatissement des tibias, et que dans certains cas cet aplatissement, qui constitue une déviation du type normal ou moderne, excède de beaucoup celui qui a été observé sur les squelettes européens les plus anciens. Les humérus de ces mêmes squelettes sont perforés à leur extrémité inférieure. 11 a, en outre, extrait de ces mounds nombre de crânes artificiellement perforés, non par l'opération du trépan telle qu'elle a été trouvée pratiquée sur d'anciens crânes de France et du Pérou, mais après le décès et au sommet, comme si l'intention des perforateurs avaitétéde les suspendre pour les conserver. Ces découvertes de M. Gillman ont provoqué des recherches et amené des constatations dont voici les résultats : 33 O/q seulement des squelettes exhumés d'autres mounds, sur toute l'étendue de la contrée, sont affectés de l'aplatissement du tibia, mais à un degré moindre (|ue les squelettes des mounds de Détroit ; 31 O/o seulement présentent la particularité de la perforation humérale ; un seul crâne perforé a été trouvé, et cela en Californie, c'est-à-dire fort loin de la région habitée par les Mound- Builders.
Jusqu'à ce jour, M. Gillman s'est sagement abstenu de théoriser sur ces curieuses particularités locales; il se borne à noter soigneusement les faits.
Le peuple qui occupait cette région a-t-il disparu sans laisser de descendants, et après sa disparition a-t-il été remplacé par d'autres tribus ? Deux faits, que les Européens ont constatés parmi les tribus trouvées par eux dans la région dont il s'agit, permettent de répondre à cette question. Le premier est que ces tribus avaient coutume non-seulement d'incorporer; dans les familles qui les composaient, les individus faits prisonniers, mais encore d'admettre dans leur sein ou dans leurs confédérations les restes des tribus réduites à un petit nombre de tètes. C'est ainsi que les Cinq Nations reçurent les Tuscaroras expulsés de la Caroline, dans ieiu"
:29 LA RACE DES MOU.ND-UUlLlJEUS. 149
confédération connue depuis sous le nom des Six Nations ; il est vrai que les Tuscaroras étaient une nation apparentée. Mais les Greeks admirent parmi eux les survivants de la tribu des Alabamas, les Uchees et les Natchez qui leur étaient étrangers, comme ils l'étaient les uns aux autres.
Le second fait est, qu'une fois subjuguées, les tribus sédentaires ont rétrogradé en civilisation. Les Hurons, après avoir été chassés de leur territoire par les Cinq Nations, cessèrent de vivre dans des villages fortifiés. A la suite des défaites que les Français leur firent essuyer, les Cinq Nations elles-mêmes renoncèrent aux ouvrages palissades. Les Andastogues ou Andastes, qui demeuraient sur les bords de la Susquehanna, dans des villages très-bien fortifiés, comptaient parmi les tribus partiellement civilisées ; mais, après avoir lutté pendant près d'un siècle contre les Cinq Nations, leur tribu fut détruite en 1674, et les survivants formèrent un clan misérable qui disparut durant le siècle suivant. Postérieurement à leur incorporation dans la nation des Greeks, les Natchez conservèrent leur langue, mais non leurs coutumes particulières. Ce que nous savons des Indiens nous autorise donc à conjecturer ou que des j\Iound-Builders furent adoptés individuellement ou bien que les débris de ce peuple, oublieux de leurs coutumes et de leurs industries, formèrent des clans distincts ou furent incorporés dans une tribu conquérante.
L'industrie des Mound-Builders différait de celle des Indiens postérieurs, au point de vue du degré de perfection, mais non sous le rapport du caractère; les anciens ouvriers étaient plus habiles, mais les objets qu'ils fabriquaient étaient les mêmes. Il n'est pas jusqu'aux mounds, dont nous avons formé le nom des tribus les plus anciennes, que les tribus postérieures n'aient su construire. Un grand nombre d'ouvrages attribués aux Mound-Builders ont été depuis reconnus l'œuvre de tribus plus récentes ou même actuellement existantes. Lemound funéraire du chef Maha, Blackbird, construit sur une falaise du Missouri est bien connu. En Géorgie, M. G. G. Jones a ouvert
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un mouiid recouvrant un squelette, à côté duquel se trouvaient des articles de fabrique européenne. Bartram a décrit un groupe de mounds géorgiens qui sont les tombeaux des Uchees tués dans une bataille livrée cinquante ans auparavant. Un certain nombre de petits mounds du Wisconsin, que l'on supposait avoir été édifiés par les Mound-Builders, se sont trouvés être simplement des huttes recouvertes de terre qui avaient servi de demeure aux Indiens Yowas. On a découvert, dans rindiana et le Kentucky, des mounds tellement remplis de restes humains qu'ds semblaient être des monceaux de squelettes recouverts de terre. Généralement^ dans les mounds de cette sorte, il n'y a point de squelettes entiers, mais seulement des ossements amoncelés pêle-mêle, et auxquels leur état de conservation ne nous permet pas d'attribuer une grande antiquité. Ils peuvent marquer la place des funérailles qui ont suivi une bataille, ou bien indiquer une de ces inhumations collectives auxquelles procèdent aujourd'hui encore les Indiens. Du Pratz nous apprend que les Ghoctaws conservaient les squelettes de leurs morts jusqu'à ce qu'ils pussent en former un monceau qu'ils recouvraient de terre, en donnant au tout la forme d'un mound. D'un autre côté, Lafiieau signale chez les tribus des Cinq Nations, la coutume de conserver les ossements des décédés jusqu'au retour d'une certaine fête annuelle, pendant laquelle toute la tribu les inhumait solennellement dans une fosse commune.
Les ouvrages en terre d'un caractère défensif du Nord de rOhio ont été attribués aux Mound-Builders jusqu'à ce que le Col. G. Whiltlesey eiàt appelé l'attention des archéologues ; sur certaines particularités de la construction, et sur la cir- , constance que ces terrassements sont les seuls ouvrages en | terre qui aient été élevés dans le Nord de l'Ohio. Ges travaux ] de défense, peu considérables et fort simples, entourent gêné- j ralement quelques acres, et consistent souvent en une seule } ligne établie par le travers d'une langue de terre sur quelque j point du haut pays faisant saillie. Le remblai est de dimensions [ tellement médiocres qu'il n'a jamais pu servir (jue de Ijase à
' 81 LA BACE DES MOUND-BUILDERS. 151
une palissade. Squier et Davis y avaient vu les ouvrages défensifs de la frontière des Mound-Builders. Mais, après avoir examiné avec soin des ouvrages tout semblables situés dans l'Etat de New- York, Squier a reconnu qu'ils étaient simplement les ruines de forts palissades construits, soit par les Cinq Nations, soit par quelque tribu plus ancienne ayant pratiqué le même mode de défense.
Sur d'autres points, la ressemblance est plus étroite. Tous les crânes des Mound-Builders ont l'occiput aplati, ce qui indique que chez eux comme chez les Indiens postérieurs, les enfants étaient tenus attachés sur une planche. C. G. Jones a trouvé, en Géorgie, un crâne authentique de Mound-Builder dont la partie antérieure était aplatie artiticiellement. Ainsi, parmi eux, comme parmi les Indiens plus modernes, certaines tribus, par exemple les Ghoctawset les Gatawbas dans le Sud, aplatissaient le front des enfants, tandis que d'autres ne le faisaient pas.
Le soin extraordinaire avec lequel ont été taillées et ornementées les pipes en terre recueiUies dans les mounds indique que pour ce peuple, comme pour les Indiens postérieurs, fumer du tabac constituait un cérémonial aussi bien qu'un délassement.
Encore jusqu'à la fin du siècle dernier, le jeu du chungké était en faveur parmi les Indiens du Sud. Il était joué par deux hommes, sur une longue bande de terrain plane, le long de laquelle toute la tribu se tenait assise pour jouir du spectacle. Les instruments de ce jeu consistaient en des bâtons recourbés à un bout qui avaient la forme de la lettre romaine f, et en un disque circulaire d'une pierre très-dure. Du Pratz nous apprend que ce jeu était pratiqué par lés Natchez, mais il ne nous en donne pas le nom indien. Adair, qui avait vécu chez les Greeks et chez les Ghoctaws, et qui avait visité souvent les Gherokees et les Ghicasaws, rapporte que tous les Indiens jouaient à ce jeu, que les disques faits d'une pierre très-dure devaient coûter une somme de tr-^vail incroyable, qu'ils setrans-
162 CONGUÈS DES AAlÉillCAMSTES. . 32
mettaient de génération en génération et qu'ils constituaient une propriété publique que l'on conservait avec soin et respect. Il ajoute que le nom de ce jeu était « chungke ». Bartram dit qu'il y avait chez les Greeks, des Chunk-yards, consistant en un espace rectangulaire entouré d'un petit talus sur lequel les spectateurs s'asseyaient.
Le nom de ce jeu s'est conservé dans celui de Chu nkey que porte encore une rivière de la partie de l'Etat de Mississipi, autrefois habitée par les Ghoctaws. Lorsqu'au commencement de ce siècle, les Mandans furent visités pour la première fois par Lewis et Clarke, ils furent trouvés jouant à ce jeu sur un , terrain plane disposé à cet effet, et ils lui donnaient ce même nom de chungke. Or on trouve, dans les mounds, des disques en pierre identiques à ceux dont il vient d'être parlé, et ce jeu a été pratiqué dans des localités oii l'on a trouvé des traces des Mound-Builders. Il se peut que ceux-ci aient joué au Chungke, dans celles de leurs enceintes qui ressemblent aux Chunk-yards des Creeks. Enfin, divers faits ayant rapport à ce jeu, indiquent que les Indiens plus modernes l'ont reçu par tradition de leurs prédécesseurs.
Parmi les ustensiles en pierre des Mound-Builders, figurent des tubes qui ont donné lieu à bien des conjectures. M. Rau a récemment émis l'avis que plusieurs de ces tubes ayant une embouchure ont dû être employés par les Docteurs mound-builders, de la même manière que l'étaient certains roseaux par les médecins des Indiens postérieurs. Après avoir placé l'une des extrémités de l'un de ces roseaux sur la partie du corps qu'il s'agissait de traiter, l'opérateur appliquait sa bouche à l'autre bout, et par l'effet de la succion, produisait un vide partiel dont l'effet était analogue à celui de la ventousation.
Il n'y a point de différence sensible entre les outils en pierre ordinaires des Mound-Builders et ceux des Indiens postérieurs. A moins que toute incertitude soit écartée par la connaissance de la localité dans laquelle a eu lieu la trou-
vaille, personne ne saurait dire d'une haciiette, d'une hache, d'un grattoir, d'une houe, d'une javeHne ou d'une tète de flèche, si l'outil est de fabrication ancienne ou de fabrication moderne. On ne peut se déterminer par le seul aspect.
La poterie trouvée dans les mounds n'est pas toujours de la même qualité. Celle dont Squier et Davis ont recueilli de nombreux spécimens dans la vallée de Scioto, l'emporte, il est vrai, en beauté sur la poterie des Indiens plus modernes. Mais, les Natchez étaient des potiers assez habiles pour que Du Pratz leur ait commandé un service pour sa propre table. D'un autre côté, la poterie des Mandans n'est en rien inférieure à celle des Mound-Builders, sauf toutefois les magnifiques échantillons trouvés non loin de Ghihcothe par Squier et Davis.
Les Indiens des côtes du golfe du Mexique différaient notablement, sous plusieurs rapports, de ceux des tribus septentrionales, et l'on constate chez eux des habitudes et des traits identiques à ceux que nous aitribuons aux Mound- Builders. L'expédition de De Soto, en 1540, a été racontée par le gentilhomme d'Elvas et par Biedma, ses compagnons, ainsi que par Garcilaso de la Vega, qui a composé son récit sur des matériaux à lui fournis par plusieurs des survivants. Toutes ces relations parlent de chefs, dont les habitations étaient édifiées sur des collines artificielles, au sommet desquelles on avait accès par des escaliers. On a trouvé des constructions de ce genre depuis la Floride jusqu'à la rive occidentale du Mississipi ; et Garcilaso donne, sur la manière de construire ces mounds, des détails tels, qu'il est évident que ceux dont il les tenait croyaient qu'ils étaient l'œuvre des Indiens, à l'usage desquels ils les avaient vus servir.
L'autorité exercée par les chefs, l'obéissance et les honneurs qui leur étaient rendus par le peuple contrastent singulièrement avec les habitudes des tribus actuelles. Il est plusieurs fois question de chefs portés sur des litières garnies de dais. Le fier Tuscaluza, lorsqu'il reçut De Soto, était assis
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sur une pile de coussins, et ses assistants, debout auprès de lui, tenaient au-dessus de sa tète un parasol de couleur, pour le protéger contre l'ardeur du soleil. Quand le chef de Guachacoza, sur le Bas-Mississipi, éternuait, tous les Indiens présents inclinaient la tête, étendaient les bras et le saluaient en disant « que le Soleil vous garde ! » ou bien « que le Soleil vous fasse grand ! » La coutume était, à Guachacoza, d'enterrer avec le chef, des femmes et des serviteurs.
Jusqu'en 1720, les hommes de la tribu des Ghoctaws travaillaient à la terre et s'engageaient comme laboureurs au service des colons français. Les Natchez et les Tensas entretenaient dans leurs temples un feu perpétuel. Les temples des Natchez étaient bâtis sur des mounds tronqués où l'on montait par des degrés. Chaque année, à la fête du Blé, le chef ou Grand Soleil était porté en litière sous un berceau construit à cet effet, sur un mound peu élevé, et là il bénissait le blé destiné à son peuple. La personne du Grand Soleil était sacrée. Les chefs secondaires formaient un corps aristocratique héréditaire, et différaient du commun peuple, non-seulement par le rang, mais encore par la caste. C'était, à la mort du Grand Soleil, un privilège et un honneur que d'être admis au nombre de ceux qu'on égorgeait et qu'on enterrait avec lui.
Rapprochée de ces faits, l'observation de Gallatin qu'il y avait le long du golfe du Mexique, du Mississipi à l'Atlantique, un nombre surprenant de langues radicalement différentes, acquiert une signification nouvelle. Gallatin supposait que le refoulement de tribus, accusé par cette variété de langues parlées dans un cercle assez restreint, était dû à la conformation de la contrée, à ce que la mer de deux côtés et un grand fleuve du troisième faisaient obstacle à toute expansion. Cependant, à vrai dire, le fleuve ne constituait point une barrière, et le Nord tout entier était ouvert aux populations du Sud, à moins toutefois que les tribus septentrionales aient exercé sur elles une pression assez énergique pour les confiner dans leurs territoires.
Nous avons déjà constaté l'existence, le long du Grand Miami, d'une série d'ouvrages en terre considérables, qui formaient avec Fort Ancient sur le Petit Miami et avec des ouvrages de même nature élevés dans le comté d'Highland et le long de Paint Greek jusqu'au Scioto, une solide et permanente ligne de défense faisant face à l'Ouest et au Nord, et munie, à douze et vingt milles de distance, d'ouvrages détachés. Il y a, dans le Kentucky et le Tennessee, des ouvrages semblables, mais en moindre nombre, construits sur une plus petite échelle, moins massifs, isolés, et ne se raccordant point les uns avec les autres. Dans les Etats du Golfe, tandis que les mounds tronqués et à degrés sont nombreux et de dimensions extraordinaires, les ouvrages défensifs n'ont laissé d'autres traces que des indications de palissades, à moins cependant que les larges fossés particuliers à cette région n'aient été creusés dans un but militaire. « .
Cette succession et cette variété dans le caractè]'e des ouvrages sembleraient indiquer — étant admis que les tribus venues du Nord-Ouest qui était alors la « Germanie », la vagina genliiim de l'empire des Mound-Builders, auraient chassé ceux-ci de l'Illinois et de l'Indiana, après les avoir vaincus dans des batailles rangées — que les Mound-Builders de l'Ohio, protégés par une solide ligne d'ouvrages permanents, opposèrent une longue résistance avant d'être rejetés en deçà du fleuve, que la guerre continua dans le Kentucky et le Tennessee, avec des alternatives de paix, jusqu'au jour oîi tout ce qui restait de cette race fut refoulé dans la région qui borde le Golfe ; enfin que là, éclairci, réduit et mêlé aux tribus conquérantes, ce peuple perdit quelques-unes de ses industries, tout en conservant quelques-uns de ses traits originels.
En l'état actuel de nos connaissances, on est donc amené à conclure que les Mound-Builders étaient des tribus d'Indiens d'Amérique appartenant à la même race que les tribus actuelles, qu'ils parvinrent à un degré de civilisation aussi
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élevé que les Indiens Pueblos, qu'ils se trouvaient il y a un millier d'années dans un état de prospérité remontant à une époque antérieure et qui s'est continué encore durant des sièclfes ; enfin, que certaines de leurs coutumes et quelquesuns de leurs descendants se sont maintenus reconnaissables au sein des tribus du Golfe, jusque dans les temps qui ont suivi la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb.
M. Lucien Adam a la parole :
Messieurs,
Le Comité d'organisation a reçu de l'honorable M. Hyile €larke, vice-président de l'Institut anthropologique de Londres, un mémoire au sujet duquel j'ai à présenter quelques observations au Congrès.
Et d'abord, ce travail; rédigé en français par un gentleman qui reconnaît lui-même avoir perdu l'habitude de rendre sa pensée dans cette langue, ne pourra être inséré dans le Compte-rendu des travaux de la session, qu'autant que l'auteur en aura fait améliorer la rédaction actuelle, ou qu'il aura pris le parti de se traduire luimême dans sa langue maternelle. Le Comité avait pensé que je pourrais me charger de la révision littéraire de ce mémoire ; mais après avoir remanié quelques pages, j'ai dû m' arrêter dans la crainte de rendre inexactement la pensée de l'auteur. Le Comité a partagé mes scrupules, aussi m'a-t-il demandé de substituer à une rédaction qui eût engagé sa responsabilité vis-à-vis de M. Hyde Clarke, un compte-rendu sommaire qui m'exposera peut-être de la part de ce gentleman au reproche de ne l'avoir pas bien compris, mais qui m'épargnera celui d'avoir, une fois de plus, justifié l'adage : tradiittore, traditore. Cela dit, je n'éprouve aucun embarras à confesser
publiquement le motif qui a déterminé le Comité à désirer que le système de M. Hyde Glarke vous fût exposé.
Le Congrès des Américanistes n'a pas seulement pour mission de travailler à mettre en lumière les faits sur lesquels on peut édifier des théories avec quelque sécurité ; il doit aussi déférer à l'examen des Américanistes les systèmes hâtifs, dont les conclusions trouvent de nos jours un accueil trop facile dans le monde de la vulgarisation et de la polémique. Le Congrès de Nancy avait signalé aux linguistes la théorie des Races aryennes au Pérou, qui commençait à se répandre dans l'Amérique latine (1) et ailleurs. — Vous trouverez, Messieurs, dans le compte-rendu du Congrès de Luxembourg, un mémoire de M. Henry qui fait bonne justice de cette chimère d'une langue indo-européenne par le lexique, et polysynthétique par la grammaire ! Le même Congrès avait invité les archéologues à examiner de très-près les inscriptions prétendues sémitiques qui nous viennent de temps à autre d'un pays où il paraît que le cél bre mystificateur Barnum a fait école. — M. le colonel Whittlessey a répondu à cet appel par une brochure dont le titre est significatif : Archaeological Frauds.
Aujourd'hui, Messieurs, nous soumettons à votre examen un système qui ne tend à rien moins qu'à superposer, sur le sol de l'Amérique, à des populations pygméennes venues de l'Ancien Monde via Behring, des tribus afri-
(1) Dans un ouvrage récent, d'ailleurs excellent à tous égards, dont l'auteur M. de Magalhaês a bien voulu faire remettre plusieurs exemplaires au Comité; Oselvagem, Curso da lingua gérai segundo Ollendorf ; origens, costumes, regiâo selvagem, Rio de Janeiro, 1876, la théorie des Races aryennes au Pérou est tenue pour absolument certaine !
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caines ayant émigré de l'Est à l'Ouest par l'Atlantique, et des colons Sumériens ayant suivi de l'Ouest à l'Est, la voie de l'Asie sud-orientale, de l'Australasie et de la Polynésie. Ce système est résumé dans un mémoire ayant pour titre : Les origines des langues, de la mythologie et de la civilisation de l'Amérique , dans l'Ancien Monde.
Aftn de procéder avec plus de clarté, je divise le Mémoire de M. Hyde Glarke en six parties :