VI. Les Khita-péruviens
Tableau chronologique des langues et des migrations. — « Dans le but, dit l'auteur, de présenter immédiatement une esquisse de la chronologie ou succession des langues, des races et des migrations, sur le plan de la stratification géologique, j'ai dressé le tableau qui suit, sans avoir la prétention qu'il soit complet ; je le donne simplement, comme un moyen de se rendre compte des faits, et dans l'espoir que d'autres feront mieux. »
Les langues et les races se stratilient en trois étages qualifiés : le premier, de préhistorique; le second, de protohistorique; le troisième, d'historique.
A l'étage préhistorique appartiennent les treize groupes qui suivent :
1° Pygméen austral: Amérique du Nord, creek ; Amérique
du Sud, fuegan ; Australasie, Andaman.
2° Pygméen septentrional: Amérique du Nord, shoshone ; Amérique centrale, daricn ; Amérique du Sud, majoruna ; Afrique septentrionale, gouga \ Australasie, andamsu.
3° Pygméen polaire: Amérique du Nord, esquimau; Afrique occidentale, hochiman; Asie, esquimau; Europe, (lapon ?)
4° WoLOF (Caraïbe?): x^lVique occi'Jentale, wolof ; Asie, kliond.
5° Sandé : Afrique septentrionale, sandé ; Australasie (tasnianien ?)
6" Garo (Caraïbe?) : Amérique du Nord, paduca ; Afrique septentrionale, jangaro ; Inde, garo.
1° Lenca : Amérique centrale, lenea ; Amérique du Sud, coretu ; Afrique occidentale, kouri.
8° Caraïbe : Amérique du Sud, caraïbe ; Afrique septentrionale, akka; Afrique occidentale, daliomey; Australasie, (Java?) ; Asie, aino; Inde, (garo?).
9° Bribri : Amérique centrale, bribri; Afrique septentrionale, aku.
10° Agaou : Amérique du Nord, skwali; Amérique du Sud, omagua ; Afrique septentrionale, agaou; Afrique occidentale, (egbele?) ; Australasie, galéla; Asie, kajuna; Inde, gadaha , rodiga ; Caucase, avkass ; Europe, (akhaioi?).
11° Vasco-Kolarien : Amérique du Nord, (attakapa?) ; Amérique du S\id,puelche; Afrique septentrionale, furian ; Afrique occidentale, houssa ; Asie, coréen ; Inde, kolarien ; Caucase, lesghien; Europe, basque. 12° Odgrien : Afi'ique occidentale, bamon ; Asie, ostiaque;
Inde, népaul; Caucase, (nogai?) ; Europe, magyar. 13° Malai : Afrique septentrionale, madagascar ; Australasie, malai.
A l'étage protohistorique, appartiennent cinq groupes : 1° Egyptien : Afrique septentrionale , égyptien ; Afrique
occidentale, tibhoo; Caucase, ude.
2° Sumérien : Amérique du Nord, mexicain, othomi ; Amérique centrale, Jiiaya ; Amérique du Sud, aymara, quichua ; Asie, akkad; Inde, peguan ; Caucase, géorgien ; Europe, (étrusque ?).
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3° Chinois : Asie, chinois.
4° Tibétain : Asie et Inde, tibétain.
5" Dravidien : Amérique du Nord, {chetcnmclm?) ; Asie, japonais; Inde, tamoul.
A l'étage historique , appartiennent les deux grandes familles classiques :
1° Sémitique : Afrique septentrionale, sub-sémitique ; Asie,
sémitique.
2° Aryenne: Asie, aryen occidental; Inde, aryen; Caucase, ossèle; Europe, aryen occidental.
Les populations pygméennes. — L'auteur s'exprime ainsi : « Pour moi, les premiers habitants de l'Amérique ont été ces tribus de petite taille qui occupent aujourd'hui les extrémités de ce continent : Esquimeaux, Muskolgis ou Greeks, Natchez, Shoshones, Utes, Comanches, Nétélas, Kijs, Mayorunas, Kiriris, Alikulips et Tékénikas de la Terre de Feu. » Les langues de ces tribus « sont en relation directe avec les idiomes de l'Ancien Monde», notamment avec le minkopie de l'île Andaman, « dans lequel des éléments africains se mêlent à des éléments australiens ».
L'immigration des Pyginéens en Amérique « doit avoir eu lieu par le détroit de Behring, probablement sous la pression de races plus vigoureuses. »
Les Wolofs et les Caraïbes. — L'auteur a trouvé, dans les langues caraïbes, « des relations avec les langues de l'Afrique, » parmi lesquelles il cite : le wolof, le colugdan, le dahoniey, Vadampi, le krepec, Vanfue, le niahe, le popo, Vankaras, le 117/7; .
Les Lencas du Honduras et les Bribris de Costa-Rica. — Relativement aux premiers, M. Hyde Clarke se borne à cette semi-affirmation : « Les langues lencas du Honduras paraissent avoir des rapports avec les langues de l'Afrique, notamment avec le kaouri, le koama, le legba, le bargbalan^ le kiamba, etc.
Quant aux Bribis (bribri, cabecar, tiribi, terraba, hrunka).
l'auteur a pu les étudier mieux que les précédents, grâce à l'ouvrage du professeur W.-M. Gabb : On the Indian tvihes and langiiages of Costa-Rica ; Philadelphia, 1875. Ils sont apparentés non-seulement avec diverses tribus africaines mais encore avec plusieurs peuples d'Asie.
Ici la thèse de l'auteur est appuyée sur trois tableaux empruntés à l'une de ses dernières publications (1) : Siva and Serpent- Worsbip in Asia, Africa and America, and the hribri language. Triihner, 1877 .
Le premier tableau comprend les noms de plusieurs animaux, en tout 118 mots, dont 34 appartiennent aux dialectes bribis ; 66, à 42 langues de l'Afrique ; 13, à 12 langues d'Asie.
Voici, à titre d'exemple, les noms du serpent : Amérique: Bribri, lœbe, Ima ; Gabecar, /iej6i; Tiribi, bgiir ;
Brunka, tebek. Afrique : Kisi, kewo ; Pika, kuredi; Landoma, abiik.
M. Hyde Glarke fait remarquer que le nom africain de l'éléphant a été donné au tapir dans l'Amérique centrale. Afrique : Sobo, eni\ Wolof, nyei; Pulo, niwa; Ngoala, eso,
so ;Nki, eslma; Aléje, esuo.
Asie : Yerukala, ana; Tamoul, anei ; Naga, tsu ; Japonais, zo. Amérique : Bribri, nai; Gabecar, nai; Brunka, nai; Tiribi, so.
Le second tableau comprend des noms d'outils, d'armes, etc.; en tout 198 mots, dont 131 appartiennent à 92 langues africaines; 59, aux dialectes bribris; 8, à des langues d'Asie.
Voici, par exemple^ les noms du maïs : Afrique: Nupe, kawa; Opanda, agwa ; Eafen, iikui ; Mbe,
ekui ; Kupa, akaba ; Landoma, kebalm.
Amérique : Bribri, ikwot ; Gabecar, ikwo ; Brunka, kup.
Après avoir présenté ainsi « un amas de faits de nature à
(1) M. Hvile Clarke a joint à son Mémoire sept tableaux que la Commission de publication n'a pas cru devoir reproduire, par la raison que tous figurent dans des opuscules publiés par Tauteur, chez Trùbner, à Londres. : • " :;■:,/.
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convaincre parfaitement un philosophe », l'auteur s'en prend aux sceptiques : « D'ordinaire, on demande des faits nombreux ; mais, aussitôt qu'il a été satisfait à cette juste exigence, on se rejette sur le hasard, en prétendant que les mots poussent spontanément identiques, en plusieurs lieux ! Il faut, à cet égard, s'en référer au critérium mathématique, à la loi des probabiHtés, telle que l'a formulée Quetelet, à cette loi qui régit les sévères investigations de la Statistique. Il n'est pas possible de constituer un jeu de hasard qui produirait une telle multiplicité de phénomènes. Nous devons donc accepter les faits avec toutes leurs conséquences. »
Le troisième tableau comprend les noms : dieu, démon, phallus, serpent, idole, sacrilice, ciel, nombril, poisson, — en tout 1:21 mots, dont 88 appartiennent à 70 langues africaines; 13, aux dialectes bribris; 20, à des langues d'Asie ou d'Europe (grec, russe, finnois).
L'objet particulier de ce tableau est de montrer que le nom du dieu suprême, dans l'Amérique centrale, est : sibu, zibo, zubo ; que, dans l'Ancien Monde, ce thème prend les significations d' « idole », ou de « sacrifice », ou de « ciel » ou de « démon » ; que l'analogue de sibu, c'est le nom du nombril (Gajaga, sumpo ; Bode, sabu, etc.) et aussi celui du serpent (Dewoi; zebe, zewe ; Tharu, dans l'Inde, sapa); que le sibu bribri est identique au phrygien saba ou sabazios, au grec seba et au sanskrit siva; que le nom de Kali, épouse de Siva, signifie « démon », dans l'un des idiomes africains; le Boko ; que par l'effet du phénomène préhistorique de la différenciation, le thème bribri sibu, zubo est devenu soko « dieu » dans la langue Nupe, et ncbo « ciel » dans la langue Russe; enfin que la linguistique peut seule donner la clef de ces légendes d'Asie, d'Afrique et d'Amérique « dans lescjuclles nous trouvons le nombril et le serpent »; d'où il suit « qu'une mythologie solidaire a dominé les deux hémisphères et que le culte de Siva n'est point Hindou et aborigène, mais préhistorique. »
Après avoir ainsi démontré que, sous le triple rapport de
la langue, de la mythologie et de la civilisation^ les Bribris appartiennent à l'Ancien Monde, l'auteur nous apprend que leur passage en Amérique s'est effectué par l'Océan Atlantique, de la côte de l'Afrique à la mer des Caraïbes et aux embouchures de l'Orénoque et de l'Amazone « oii se dessinent des langues alliées aux idiomes africains. »
Les Agaou-guaranis. — Postérieurement aux migrations des Caraïbes, des Lencas et des Bribis s'est produite celle de tribus appartenant à la famille agaou, laquelle est issue de la région du Nil. « Les Guaranis, Omaguas et autres Agiias du Nouveau Monde sont apparentés aux Agaous du Nil, ainsi qu'aux Avkhas, Ahchassiviis, Akamcbas , et aux anciens Achéens de la Caucasie. »
M. Hyde Clarke entend démontrer cette proposition étonnante, par un tableau emprunte à son Mémoire intitulé : Researchcs in prehistoric and protobistoric comparative pliylology , mjtliology and archaelogy. Trûhner , 1875 (pages 49-51).
Ce tableau comprend : 1" 198 noms de rivières, dont 79 appartiennent à la Bolivie, au Pérou, à l'Equateur, à la Nouvelle Grenade, à l'Amérique centrale et au Mexique ; 45, à l'Arye orientale; 74, à l'Arye occidentale ; t' 19 noms de lacs, dont 9 appartiennent au Pérou, à l'Amérique centrale et au Mexique ; 10, à l'Ancien Monde ; 3° 32 noms de montagnes, dont 15 appartiennent à l'Equateur, à l'Amérique centrale et au Mexique; 17, à l'Ancien Monde.
Voici quelques-uns des rapprochements tentés par M. Hyde Clarke, à qui je dois rendre cette justice qu'il a fait suivre son tableau de cette annotation : some of thèse must be identical, but many are doubtful. ,•,..,...
S'eiie Grenade :
Cusiana; Caiica Pau te
Arye occ,
Casuenliis ; C dieu s Padus
Arye
orient..
Acesines.
Cacathis.
Spauto.
Bolivie :
Guapai
Gabellus
Kophos.
Pérou
Paso Kiinac
Pœsus
Rubico
Hyphasis,