‹ Compte-rendu de la seconde session, Luxembourg-1877Chapitre 26 sur 62 · CONGRÈS DES AMÉRICANiSTES. o · texte numérisé non relu

CONGRÈS DES AMÉRICANiSTES. o

croix soit le signe du chrétien, elle n'est pourtant pas une marque infaillible de christianisme et de la prédication de l'Evangile. » Depuis, un profond numismate danois, M. G. L. Mùller, a fait d'immenses recherches sur les Symboles religieux en forme d'étoiles, de croix et de cercles chez les peuples de r Antiquité (1), et un archéologue français, M. Gabriel de Mortillel, a traité amplement du Signe de In croix avant le Christianisme (2).

La croix a donc été universellement répandue, aussi bien dans les temps anciens que dans les siècles modernes, et certes personne n'oserait prétendre qu'il y ait ^ eu des chrétiens partout où il y a des objets ou des figures cruciformes. Qui prouve trop ne prouve rien; aussi les . nombreuses croix, que les premiers explorateurs européens disent avoir vues dés leur arrivée dans divers pays de l'Amérique, m'ont-clles foi t embarrassé. Si je me suis permis de tirer argument de celles de la péninsule située au Sud de l'estuaire du St-Laurent, c'est-à-dire de l'ancienne Acadie des Français, c'est que j'y étais autorisé par une série de faits concordants et surtout de preuves historiques, très-positives, atlestant la présence de chrétiens dans la même contrée. Ges croix n'étaient d'ailleurs pas des objets accidentels et isolés, ni des figures que les indigènes avaient tracées sans y attacher de sens mystique ; non, c'étaient des insignes religieux et elles rece-

(1) Religiœse Symboler af Stjerne-, Kors-, og Cirfiel' Formhos Oldtïdens Kulturfolk, avec une planche et des gravures sur bois, Copenhague, 1864, in 4"; extrait de Det KoiKjl. Danske Videnshabcyncs Sclskals Shrifter. 5'^ série, section historico-pliilosophique, t. III.

[2) Paris, 1866, in-8", avec 11* grav. sur boiè.

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vaient un vérilablo culle qui se perpétua chez les Gaspésiens jusque vers la fia du XVIP siècle. J'ai approfondi celte question dans un mémoire spécial (1), que je liens à la disposition de ceux des membres du Congrès que le sujet intéresse.

M. l'abbé Scltmitz. Je ferai observer que j'ai trouvé, dans la bibliothèque des PP. Jésuites, à Buffalo,des manuscrits qui fournissent des renseignements précis sur la vénération dont la croix était l'objet au Paraguay, où l'on avait la connaissance du Rédempteur et de sa naissance d'une vierge, combinée avec la tradition d'un homme blanc nomme Pny-tuma.

M. le Comte d« marsy. Les communications qui viennent d'élrc faites au Congrès, à la suite de la lecture du mémoire de M. Beauvois, ont une importance telle qu'il y aurait lieu de mettre à l'ordre du jour de la prochaine session, la question complexe des croix en Amérique et de la tradition de l'homme blanc.

L'Assemblée accueille favorablement la proposition faite par M. le Comte de Marsy.

M, Peterken. J'ai habité le Paraguay pendant plusieurs années, j'en ai visité les principales bibliothèques, mais jamais je n'ai trouvé un document sérieux sur lequel on puisse appuyer cette assertion que l'on aurait trouvé,

(1) Les derniers vestiges du CJiristianisme prrcJié du X" au- XIV<^ siècle dans le Markland et la Grande Irlande : les Porte-Croix de ' la Gaspésie et de V Acadie {Domination Canadie.me) ; extv. des Annales de philosophie chrétienne. Avril, 1877. p. 284-310.

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dans ce pays, lors de sa découverte, des vestiges de la prédication du christianisme.

M. liiifien AilaiBfi. Les relations dont M. l'abbé Schmitz vient d'entretenir le Congrès identifient Psiy- Tiiiua ou plutôt Pay-Tsiima avec l'apôtre St-Thonias.

Je me permettrai, à ce sujet, de faire observer que d'après une tradition sur laquelle je n'ai point à me prononcer, le christianisme aurait été prêché dans l'Inde par l'apôtre St-Thomas ; qu'il est difficile d'admettre qu'après avoir évangélisé la péninsule gangétique, cet apôtre ait pu non-seulement passer au Paraguay, mais encore en revenir , puisque d'après le bréviaire romain cité par M. de Ravisi, lors de la 1" session du Congrès des Orientalistes (1), les reliques de ce saint auraient été transportées à Edesse, en l'an 200 de J.-C.

M. l'abbé Sclmiitx. Beaucoup d'autorités font de Pav- 7'i/i22« fapôtre St-Thomas; mais je n'ai point l'intention de soutenir cette thèse. Pour moi, Pay-Tuina est l'homme blanc quel qu'il soit qui a prêché l'évangile au Paraguay. J'apporterai demain l'extrait que j'ai fait des manuscrits delà bibliothèque des PP. Jésuites à Buffalo.

M. Peterkeii. Ni en tupi ni en guarani Pay-Tsnma ne signifie : homme blanc.

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M. le Baron de Hellwald. Puisque le Congrès, sur la proposition de M. le C* de Marsy, a mis à l'ordre du jour de la prochaine session, la question que nous discu-

(1) Congrès international des Orientalistes. Paris-1873. T. II. p. i). o33-35.

1 LES l'Ér.L'VlENS SOUS LES 1\GAS. 2'J5

Ions en ce moment, je pense qu'il n'y a point lieu d'insister davantage. Cependant, je tiens à constater une chose : c'est que la coïncidence de deux événements et de deux faits ne suffît point pour prouver leur connexion. Ainsi que l'a fort judicieusement fait observer l'honorable M. Leemans, le signe de la croix est antérieur au chrislianisme, et ce signe, consistant dans le simple croisement de deux lignes droites, il n'y a pas à s'étonner que des peuples étrangers les uns aux autres aient pu le trouver. Quant au lien qui unirait la tradition de l'homme blanc au signe de la croix, il est à chercher.

M. Blaise, l'un des Secrétaires du Comité d'organisation, présente au Congrès le résumé d'un mémoire de M. José Fernandez ivodal, intitulé : Législation civile comparée des Mexicains sous les empereurs Aztecs et des Péruviens à Fépoque des Incas. , ... ^

Ce travail comprend neuf chapitres dans lesquels l'auteur traite sommairement, et sans rien ajouter aux faits connus jusqu'à ce jour: i° de l'antériorité d'une civilisation dont Tiahuanaco aurait été le siège, à la civilisation qui a eu son centre dans la ville de Guzco ; 2" de l'origine solaire et divine des IncaS; de leur coiffure, des insignes de leur pouvoir, des Apusqui ou Conseillers d'État, et des Auqni ou nobles connus depuis la conquête espagnole sous le nom expressif (ï Orojoncs ; 3" delà division territoriale en quatre su/os ou régions ; 4° de la grande voirie ; 5° des quipos ; 6° de la hiérarchie administrative : apo ou gouverneur d'un suyo, curaca ou gouverneur d'une province, llactayoc ou chef de 10,000 familles, tocrichic ou chef de 1,000 familles, huaranca-camayoc ou chef de 100 îamAlQ?,, ayllo-camayoc ou chef de 10 familles; du partage des biens en quatre parts, affectées : la première aux frais du culte, la seconde à l'Inca, la troisième à l'autorité de la pro-

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vince, la quatrième aux familles de la localité; 7'' des lois relatives au mariage, de la cérémonie matrimoniale, des terres concédées aux nouveaux-mariés, et de celles qui leur étaient données en supplément à chaque naissance d'enfant, des empêchements résultant de la parenté, de la polygamie, du dhvorce, de l'adultère, de l'inceste, du suicide des veuves, de la croyance à la survivance de l'âme attestée par certains rites funéraires ; 8° des marques particulières que les habitants des diverses provinces devaient porter pour se distinguer les uns des autres.

Enfin, dans un neuvième et dernier chapitre (XI du manuscrit) oi^i le Mexique apparaît pour la première fois, l'auteur constate brièvement : 1° que les connaissances astronomiques des Aztecs étaient plus étendues que celles des Péruviens ; 2° que la monarchie était chez ceux-ci héréditaire et autocratique, tandis qu'elle était chez ceux-là élective et contrôlée par un Conseil suprême ; 3" qu'à la différence des Mexicains, les Péruviens n'avaient point de système monétaire régulier ; 4° que les deux peuples n'entretenaient l'un avec l'autre ni . relations commerciales ni rapports diplomatiques.

M. Nodal donne, ainsi qu'il suit, l'étymologie du nom de Tiahunnaco. « Ce nom, de provenance quichua, a pour racine

le verbe tiany ou tiyany « asseoir » Voici, au sujet de son

étymologie, la légende qui a cours dans le peuple : Un Inca, se trouvant dans le lieu qui porte aujourd'hui ce nom, aurait reçu un message apporté par un clmsqui ou exprès ; charmé de la rapidité de la course de ce zélé serviteur, le monarque lui aurait donné le sobriquet de himimcf){i), puis voulant qu'il se reposât de sa fatigue lui aurait dit : tiyay huanaco « assiedstoi, Huanaco. » De là le nom donné à la ville bâtie depuis dans ce lieu.

« L'examen des ruines vénérables de cette antique cité suggère une étymologie bien autrement significative et de

(1) Ruminant de l'espèce llarna à la uiarche bondissante.

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