I.— Ponce de Léon
Au commencement du XVP siècle, il y avait à Porto-Rico, dans les Antilles, un adolaufado du nom de Ponce de Léon ; il était de ces fameux conquistadores que les rois d'Espagne jetaient alors chaque jour sur l'Amérique. Quelques anciens auteurs prétendent qu'il avait eu la bonne fortune d'accompagner Christophe Colomb dans fun de ses voyages.
Les Indiens lui dirent que dans l'île de Bimini et dans une autre île du nord-ouest se trouvaient une fontaine et un fleuve
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dont les eaux miraculeuses rendaient aux vieillards la jeunesse et la santé.
Ponce avait une jeune femme et ne comptait pas moins de cinquante-deux ans. C'est dire qu'il regardait souvent en arrière, aux jours de sa jeunesse ; que le plaisir qu'il aurait eu à recouvrer la vigueur de corps et d'esprit, les rêves de gloire et d'amour de sa vingtième an.née, lui faisait prêter une oreille attentive aux discours des Indiens.
En ce temps-là, on voyait partout des choses surnaturelles. Les gracieuses fictions de la Grèce et les créations fantasli({ues du moyen-âge avaient droit de cité dans la cosmographie chrétienne et dans les croyances de l'Europe. Le monde réel était noyé dans le monde imaginaire : le vrai seul paraissait invraisemblable. Les aventuriers que le fanatisme et la fièvre de l'or poussaient en Amérique s'attendaient à fouler une terre enchantée. Il y avait d'ailleurs en Europe, à ce que l'on disait, beaucoup de sources qui guérissaient toutes les infirmités ; pourquoi n'y aurait-il pas eu en Amérique une fontaine et un fleuve guérissant de la vieillesse ?
Ni plus ni moins crédule que ses contemporains et que beaucoup des nôtres, Ponce admit connue exacts les récits des Indiens et partit avec l'espou' que, si la fortune le favorisait, sa femme le reverrait dans tout l'éclat de la jeunesse.
Son expédition dura six mois. A son retour les Porto-Ricciens remarquèrent malicieusement qu'il était plus vieux et l)lus malade qu'avant son départ. Ils voyaient juste, ce qui ne les a pas empêchés, comme tous les autres Espagnols, de chercher, un siècle durant, dans les rivières, les fontaines, les lacs et les marais, l'eau miraculeuse qui les devait rajeunir.
Ponce de Léon n'avait pas, cependant, perdu sa peine.
Le 27 mars 1512, jour dePàques-FIeuries (PascuaFlorida), il avait découvert et baptisé du nom de Floride la péninsule qui termine au sud-est l'Amérique septentrionale; il avait observé les forts courants qui viennent de l'ouest et ouvert aux marins espagnols le canal de Bahama. Celle double